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Agathe Bordeaux

samedi 9 octobre 2021

Enluminures - Livre I, La Cité des Scients

Chapitre 8

La frontière des Sciences


Et pour cette Scission, qui nous coûtait déjà nos âmes, moi, seul peut-être, je ne pus m’affranchir du passé et je verrouillai au sein-même de notre utopie une fraction du mal qui nous bouleversait.

Car, ce qui est enfermé, n’est-il pas toujours un peu détruit ?

Pierre Aslénide, Pensées serrurières.


I l s’avéra que la punition de la guilde prit un tour inattendu. Héro ne connaissait pas le détail de l’affaire, mais elle avait cru comprendre que nombre de maîtreurs avaient décliné l’offre de son assistance, et le premier jour, encore étonnée de ne pas se rendre à l’Académie, elle se trouva relativement désœuvrée. Relativement, car le grenier-forêt lui cachait encore maints secrets.

Elle avait consacré la matinée entière à tourner autour du manoir, équipée d’une lunette grossissante, à scruter la toiture à la recherche des branches de l’arbre susceptibles de révéler les merveilles du grenier à un observateur étranger. Heureusement, seules quelques feuilles jaunes flottaient au vent, dissimulées dans l’épaisse glycine et les lierres profonds qui engloutissaient la façade. Au reste, le manoir dominait le domaine astréen depuis sa colline et seuls les oiseaux –et les griffonets– devaient apercevoir la béance entre les tuiles. Par acquis de conscience, Héro passa tout de même le reste de la journée à tailler les branches les plus hautes, perchée en équilibre précaire sur le faîte de l’arbre d’or.

L’exercice était d’autant plus périlleux qu’une nuée de lézards-papillons avait niché dans la canopée et observait sa paire de cisailles avec de petits yeux mauvais. Elle n’avait pas eu d’autre choix que de déplacer quelques nids, et n’avait dû qu’à l’épaisse paire de gants de jardinage de sa mère de ne pas se faire mordre par un couple d’un bleu foudroyant qui avaient eu l’excellente idée de s’installer au plus près du ciel. De manière générale, avait-elle remarqué, les lézards-papillons orange se blotissaient dans l’aimante, alors que leurs congénères azurés se bâtissaient d’élégantes ruches alvéolées aux fourches de l’arbre. Leurs différences ne s’arrêtaient pas là, puisque les œufs des uns étaient irréguliers et sombres, tandis que ceux des autres étaient lisses et nacrés.

La raison lui en fut révélée dans l'après-midi, lorsque tous les manuscrits furent sec –à l’exception de deux d’entre eux qui avaient pris une teinte verdâtre. Elle découvrit dans Hybrides lépidoptériques que ces créatures se nommaient draguillons, et que la variété orangée protégeait ses œufs des scarabées trop entreprenants en les baignant dans l’étrange poix qui dégouttait de l’aimante. Bien que fascinée par l’étroite dépendance qui liait les espèces du grenier les unes aux autres, Héro ne put poursuivre ses explorations autant qu’elle l’aurait souhaité, car Johannes n’attendit pas l’avis de la Guilde pour faire de sa fille sa propre assistante, et ce dès le premier soir. En effet, il estimait l’imprimeuse “en bonne voie”, ce qui était bien évidemment sa façon de signifier qu’il leur restait une somme considérable de réglages à effectuer pour la rendre présentable.

La plupart des inventeurs se contentaient de tracer d’admirables plans de leurs machines, ou tout au plus d’en construire un prototype, avant d’en confier la réalisation aux artisans compétents. Ce n’était pas le cas de Johannes Brintaigu. Le résultat était souvent surprenant.

Et toujours affreusement lourd.

— Je n’ai toujours pas vraiment compris pourquoi tu refuses de la monter sur roulettes, pesta Héro, arc-boutée entre le mur de l’atelier et l’imprimeuse rétive – qui ne bougeait pas d’un pouce.

Les bras chargés de plans, Johannes Brintaigu balaya sa remarque d’un haussement d’épaules :

— Si tu n’arrives pas à la déplacer je demanderais de l’aide à Daviel, voilà tout.

Puis après un coup d’œil humide à sa création :

— Ne pousse pas comme ça, malheureuse, tu vas la tordre !

Héro, qui avait le sentiment de s’être fêlé deux doigts et luxé une épaule, abandonna l’affaire et jeta un regard venimeux à l’engin.

L’imprimeuse avait été bâtie sur une machine agricole, que son père avait cru bon de sortir d’une retraite somme toute méritée, et à laquelle il avait joint une certaine quantité de plaques métalliques et d’écrous en tous genres. Ce bricolage aurait encore pu trouver grâce aux yeux d’Héro, si l’adjonction récente d’une manivelle n’avait pas fait ressembler l’ensemble à une énorme et grossière boîte à musique.

Mais les éclairs de bonheur qui papillonnaient dans les yeux de son père valaient toutes les luxations. Héro ne put retenir un large sourire et la joie de son père s’enflamma subitement :

— Nous allons changer le monde ! s'écria-t-il en lançant ses plans dans les airs.

Johannes eut un rire clair, des schémas voletant tout autour de lui. La vie avait repris tant bien que mal dans l’atelier, comme si les préparatifs les avaient tous forcés à sortir de leur deuil. La pièce vrombissait à nouveau de dizaines de tintements mécaniques, et, bon gré, mal gré, tous ces rouages artificiels semblaient avoir relancé à leur suite le cœur d’Héro et de son père. Ce n’était pas vraiment que tout était oublié... Mais la course aveugle du temps ne les attendait pas. Une partie d’Héro souffrait de devoir continuer à faire semblant de vivre, et contemplait distraitement les flammes de la forge-cheminée. Une autre, tapie dans un coin sombre de sa poitrine, un peu honteuse, avait hâte de se rendre à la fête de l’Invention.

Un tonnerre de tintements arracha la jeune fille à ses pensées rougeoyantes.

Johannes venait de renverser ce qui ressemblait à une centaine de petits cubes de métal sur l’établi central.

Les caractères d’imprimerie.

— Notre bon forgeron s’est surpassé, remarqua-t-il, le nez au ras de son nouveau trésor. Les empattements sont d’une finesse !

Héro s’approcha également : là, dispersés sur le bois verni, s’étalaient tout l'alphabet et tous les nombres. Tous les signes de la langue.

De quoi tout écrire, tout dire.

Un univers entier en vrac.

Un univers à trier.

— Tout devrait rentrer là-dedans, ahana Johannes qui tenait maintenant à bout de bras un immense tiroir compartimenté.

Héro pesta et se précipita pour l’aider :

— Vraiment, tu devrais commencer tes plans en te posant les bonnes questions.

— Comme quoi ? répondit distraitement son père, désormais à quatre pattes sous l’établi, à la recherche de caractères en fuite.

— Comme: « Est-que, vraiment, construire un tiroir titanesque que-je-ne-peux-pas-porter-tout-seul est une idée judicieuse? ». Ou bien : « Ai-je tant besoin d'ajouter ce plateau en chêne massif sur une machine qui pèse un quintal ? » Ou encore…

Johannes l'interrompit, l'œil taquin :

— «  Faut-il s’embarrasser d'une apprentie quand on possède déjà des machines aussi bruyantes ? »

Héro lui tira la langue. Son père lui avait manqué.

— Si tu as fini de râler, je te propose un marché, continua-t-il, l’ombre d’un sourire au coin des lèvres. Je range les caractères, – Héro laissa échapper un soupir de soulagement – et toi tu recomposes une page du Petit Traité de la Parcimonie.

Joignant le geste à la parole, il lâcha sur la table ledit « petit traité » (qui pesait bien ses quatre livres) en provoquant une soudaine envolée de poussière. La jeune fille coula un regard sombre en direction de l'ouvrage : il était renommé pour être aussi lourd qu'assommant. Ce qui, se dit Héro, n'était peut-être pas une coïncidence. Si son père espérait que l'imprimeuse fasse sensation à la fête de l'Invention, le moment était sans doute venu de le remettre sur le droit chemin. Elle leva un sourcil intéressé :

— Parfait ! On m'a dit que la cité se plaint d'insomnie, et à toi seul tu vas guérir tout le monde d'un coup !

Modérément vexé, Johannes Brintaigu tripota quelques caractères et fit la moue, maugréant quelque chose en rapport avec « la tradition » et « le chef d’œuvre du Genium ».

Héro balaya tout à la fois le vieux volume et ces faibles protestations d'un revers de main décidé :

— Les Scients connaissent cette horreur par cœur, et l’Académie nous l’a fait étudier à tort et à travers. Tu n'as peut-être pas remarqué, mais comme son nom l'indique, la fête de l'Invention célèbre la nouveauté !

Johannes surjoua l'indignation, des lettres plein les mains, un grand sourire aux lèvres.

— La machine est nouvelle, sale gosse !

Héro laissa glisser l'insulte, et porta son dernier coup :

— Nouvelle ? Ton tas de ferraille ? C'est un vieux pressoir à raisins  !

Simulant un accès de rage mutique, son père abandonna le livre et retourna à son atelier à grands pas. Sur la table, composée en caractères de métal, luisait son ultime estocade : « Débrouille-toi  ! ».

Héro éclata de rire en découvrant le message. Cela faisait de nombreux jours qu'elle n'avait pas vu son père aussi heureux. Malgré toutes ses plaisanteries, la conception de l'imprimeuse avait été un succès de bout en bout, et promettait de redorer le blason des Brintaigu. Pouvoir copier des livres en centaines d’exemplaires ! Cette invention changerait à jamais la face de la Science.

Johannes revenait, une énorme loupe à la main :

— Je n’ai pas le temps de rapporter l’ouvrage moi-même, alors tu peux aussi bien aller faire un tour à la bibliothèque de l’Acad...

L’inventeur s’interrompit brutalement, interdit.

Héro avait le sentiment qu’un vent glacial venait d’arracher toute la joie qu’ils ressentaient un instant plus tôt.

— Je... hésita-t-elle.

Avait-elle seulement le droit de se rendre à la bibliothèque ? C’était a priori la prérogative de tout astréen... Même suspendu ? Héro secoua ses boucles brunes :

— J’irai l’échanger.

Si je peux, pensa-t-elle.

Johannes semblait se poser les mêmes questions. Pensif, il triturait nerveusement le revers élimé de son gilet gris. Héro crut qu’il allait enfin la sermonner pour tous ses manquements, pour sa fougue, pour sa suspension... Mais son père ne dit rien, et sa lèvre inférieure sembla trembler de tous ces reproches avortés.

Lâche.

Il baissa les yeux sur les caractères de plomb et entreprit tristement de les trier à l’aide d’une pince minuscule. La loupe déformait son œil et Héro, soudain furieuse devant cet homme qui avait tout accepté, toute sa vie, fut prise de haine pour son visage grotesque. Elle ouvrit la bouche pour le secouer, lui faire dire à lui aussi que tout était injuste ou bien que c’était entièrement de sa faute à elle, n’importe quoi pourvu qu’elle reconnaisse enfin en lui cette colère qui la rongeait depuis sa mort, qu’elle sache qu’elle n’était pas la seule à haïr ces jours terribles...

Et fut interrompue par le carillon de la porte d’entrée.

Johannes releva le nez, inconscient de la tempête qui faisait rage sous le crâne d’Héro.

— Tu veux bien aller ouvrir, ma chérie ? Peut-être que la Guilde t’a appointé un maîtreur ?

L’annonce fit à la jeune fille l’effet d’une douche froide et elle ravala honteusement sa colère. Son père n’était-il pas tout simplement gentil ?

Elle quitta l’atelier en s’essuyant de son mieux les mains sur son tablier de ferronnerie. Était-ce seulement la Guilde ? Et si oui, quel maîtreur avaient-ils convaincu ? Héro grimaça en faisant le compte des académiciens et des courbettes qu’elle allait devoir faire jusqu’à la Fête de l’Invention. C’était là sa dernière chance : le témoignage de son tuteur serait sans doute déterminant lorsque la Guilde choisirait de la bannir ou non de l’Académie.

Arrivée devant la porte à la serrure de lion, Héro prit un moment pour respirer et chasser les dernières bribes de son irritation. Quelle que soit l’identité du maîtreur qu’on lui indiquerait, il faudrait qu’elle paraisse honorée de servir un tel scientifique. Elle renonça avec humeur à se détendre lorsqu’elle comprit que tout cela ne faisait qu’accroître son sentiment d’écœurement, et choisit au contraire d’écourter son supplice. Elle tourna la poignée et entrouvrit la porte, son plus beau sourire plaquée sur les lèvres.

— C’est pas trop tôt ! grogna Léontin. Tu t’es perdue dans le hall ou quoi ?

Héro laissa tout faux-semblant glisser de son visage et poussa un grand soupir :

— T’as vraiment besoin d’un portier pour rentrer chez toi ?

— J’ai oublié mes clefs.

Léontin n’avait pas l’air le plus désolé du monde.

— Tu parles d’un petit-fils de serrurier, se moqua Héro.

— J’ai oublié mon pied-de-biche, aussi.

La jeune fille accusa le coup et menaça de refermer le battant :

— Si c’est pour entendre des choses pareilles, tu peux aussi bien rester dehors ! Moi, je voulais juste savoir à laquelle de ces antiquités de l’Académie je vais servir de petite main.

Un gloussement filtra dans l’embrasure, fort peu léonin. Le sang d’Héro se figea, et Léontin eut un rire gêné :

— Et bien justement, tu devrais vraiment rouvrir la porte, je ne suis pas venu tout seul.

La mort au ventre, Héro obtempéra.

Sur le seuil se tenait un Léontin vaguement inquiet.

Et Maîtreuse Éromélis.


— J-je suis vraiment confuse, maîtreuse...

Héro remonta le Petit Traité de la Parcimonie sous son bras, et trottina sur la route pour rester à la hauteur de la vieille académicienne. Cette dernière agita vaguement une main, sans daigner ralentir son pas étrangement élastique :

— Il n’y a pas de mal, jeune apprentie. Les antiquités ne sont-elles pas les objets qui ont le plus de valeur ?

Héro se sentit rougir et s’emmitoufla un peu plus dans sa cape rouge. Elle n’osa cependant pas se dérober :

— Si, j’imagine...

La logicienne s’arrêta net et planta un doigt dans la poitrine de la jeune fille, qui faillit en lâcher son livre :

— Faux ! L’âge seul ne peut suffire à estimer la valeur de quoi que ce soit. Je pensais que vous, plus que tout autre, vous l’auriez deviné.

La maîtreuse lui adressa un regard sévère, avant de reprendre sa marche vigoureuse.

Héro la suivit tant bien que mal, incertaine de la conduite à tenir, sa besace lui glissant sans arrêt de l’épaule

Dans quel pétrin venait-elle encore de se fourrer ? De tous les professeurs de l’Académie, c’était sa préférée qui se présentait à sa porte, et il avait fallu qu’elle l’accueille par un affront... Et voilà qu’elles cavalaient maintenant toutes deux dans les feuilles mortes, en direction de...

Héro jeta un œil égaré autour d’elle. Toute à son embarras, elle n’avait pas prêté garde à la direction prise par la logicienne. Elles se dirigeaient plein Sud, dans la direction opposée à la ville. La jeune fille jeta un coup d’œil inquiet à Maîtreuse Éromélis, mais cette dernière avançait toujours d’un pas décidé, tout un tapis d’automne virevoltant dans son sillage. Bientôt les pavés de la route se firent plus éparts, et le paysage plus sauvage. De grands pins bleutés prirent le relais des forêts de chênes que la saison avait mises à nues. Leurs aiguilles les habillaient d’une fourrure épaisse piquée de quelques cônes. Derrière eux se profilait une ligne noire.

Héro resta saisie. Il y avait bien longtemps qu’elle n’avait vu la frontière des Sciences. Éromélis l’attendit un peu, puis infléchit sa marche le long d’un petit sentier qui courait dans la forêt de plus en plus clairsemée et qui les conduisit au pied d’un promontoire parfaitement rond, comme une calvitie de vieille forêt. Héro, hors d’haleine, suivit la logicienne avec le sentiment d’escalader le crâne d’un géant et, parvenue au sommet, se trouva légèrement guérie de sa gêne, de sa peur, comme si elle était arrivée quelques pieds au-dessus du monde. La forêt s’étirait à leurs pieds, moins dense qu'au bord de la route, et au travers de son crible mité se devinait l’ombre prodigieuse de la frontière, comme une rature immense qui barrait l’horizon.

La muraille d’Astrée.

Transfixée, Héro suivit des yeux l’ouvrage titanesque qui ceinturait son univers, et derrière lequel roulaient déjà les sombres nuages de la nuit à venir. À l’ouest, un soleil moribond tendait encore ses derniers rayons vers le ciel et y allumait des reflets de fin du monde. Le reste de la frontière se perdait dans la brume qui montait du soir, laissant presque croire qu'il s’y s’ouvrait une brèche par laquelle le brouillard engloutissait les terres astréennes.

— À quoi pensez-vous, chère Brintaigu ?

Éromélis s’était assise à terre, comme pour éviter de troubler la contemplation d’Héro. La jeune fille hésita et lui jeta un coup d’œil, mais la vieille logicienne avait fermé les yeux.

— Quand j’étais petite, j’espérais un jour franchir cette muraille, dit tout bas Héro.

Éromélis hocha doucement la tête, comme pour l’encourager.

— Je me demandais, poursuivit Héro, dont les yeux devinaient presque maintenant les couleurs des Terres du dehors dans les nuances des nuages, si je ne pourrais pas ramener de là-bas une merveille inconnue, qui élèverait la Science. Avec Marysa, nous ne pensions qu’à faire une grande découverte, digne des maîtreurs de l’ancien temps.

La jeune fille s’interrompit, une note d’amertume posée au coin du cœur.

— Quel enfant d’Astrée ne s’est jamais imaginé en explorateur du dehors  ! s'amusa Éromélis, avant de rouvrir les yeux et de poser son regard perçant sur la jeune fille :

— Et pourquoi, jeune apprentie, les adultes perdent-ils ce désir ?

Inquiétée par ce revirement, Héro s’agita, et choisit prudemment ses mots :

— Je suppose... Que nous craignons les guerres irrationnelles des Terres du dehors...

— C’est donc par lâcheté, que nous nous terrons entre ces murs ? enchaîna Éromélis, à brûle-pourpoint.

Héro ne savait plus où se mettre :

— N-non ! Notre peuple a souffert de leur fanatisme ! Ils ont déclaré la guerre à la connaissance !

— Puisse la haine du savoir demeurer pour toujours au-dehors des murailles de notre cité-libre ! psalmodia la logicienne. Du cercle de sa prison, Astrée s’évadera par le haut, à travers l’étroit chemin de la meurtrière des Sciences.

Elle laissa ses paroles flotter un instant dans l’air brumeux, avant de pousser un long soupir :

— Des prisons et des meurtrières... Un bien triste sens de la formule.

Héro, qui n’avait jamais entendu personne questionner le style du texte fondateur de la cité-libre, retrouva un peu de courage – et de curiosité :

— Qu’allez-vous apporter à la Fête de l’Invention, Maîtreuse ?

— Qu’allons-nous apporter, vous voulez dire, gloussa Éromélis.

Elle se releva, prit le temps d’épousseter soigneusement sa vêture et de chasser le brouillard qui lui grignotait les manches, avant de lui sourire :

— Une clef.


Héro ne parvint pas à en apprendre davantage sur le chemin du retour. Lorsqu’elles arrivèrent au portail du manoir Aslénide, la jeune fille s’arrêta... pour se voir dépassée par la logicienne, qui lui fit un clin d’œil :

— Ma fille, je n’en ai pas fini avec vous ! Ne deviez-vous pas d’ailleurs rapporter ce noble ouvrage à la bibliothèque ?

L’épaule en feu, Héro se résolut à lui emboîter le pas à nouveau.

Le ciel avait abandonné les dernières lueurs du soleil, et quelques étoiles éparses s’allumaient derrière les nuages bleus. Héro n’avait de regards que pour la minuscule silhouette de maîtreuse Éromélis.

Quel pouvait bien être le projet véritable de la logicienne ? Et par quel troublant hasard Éromélis, en quête d’une clef, choisissait pour apprentie une jeune fille qui en avait dérobé tout un trousseau ?

Héro hésita longuement, et ce ne fut qu’arrivée en vue de l’Académie que le courage lui revint. Elle pressa le pas pour rattraper la maîtreuse :

— Je ne vous ai pas remercié pour...

— Pas de ça entre nous, jeune Brintaigu, grimaça la logicienne, avant de poursuivre d’un air docte :

— Aux cieux nuageux ne comptez pas d’étoiles. J’ai beaucoup de travail pour vous, il se pourrait que l’atelier de votre père vienne à vous manquer !

Héro hocha la tête, avant d’être coupée dans son élan par le portail de l’Académie. Éromélis l’avait franchi sans même ralentir le pas, mais Héro s’arrêta net :

— Attendez ! V-vous êtes certaine que je peux entrer ?

— Évidemment !

La logicienne avait répondu par-dessus son épaule.

— Mais c’est que... Je suis...

Maîtreuse Éromélis sembla enfin consentir à s’arrêter à son tour et en profita pour planter son regard dans les yeux de la jeune fille :

— Exclue temporairement de cours ? Qui ne le sait pas ! clama-t-elle d’une voix dégagée. Mais nous n’allons pas en classe : filez à la bibliothèque puis gagnez mon étude. Au reste, si l’on vous ennuie, dites que vous êtes à mon service.

Un sourire craquela fugitivement les rides de son visage :

— Ce qu’il y a de bien à être une antiquité, c’est qu’on vous passe tout.


De fait, si le bibliothécaire avait froncé le sourcil à la vue d’Héro – mais quel archiviste ne se méfiait pas de la “cambrioleuse”  ? –, la mention du nom d’Éromélis avait suffi à lui faire rendre les armes. Héro lui remit le Petit Traité de la Parcimonie avec un soulagement certain, et peut-être trop évident car les yeux du bibliothécaire s’étrécirent à nouveau :

— J’espère que votre lecture a été instructive, fit-il avec un air entendu qui échauffa immédiatement le sang d’Héro.

— Au-delà de mes espérances, répliqua-t-elle, l’air de rien. C’est d’ailleurs mon ascétisme tout neuf qui m’enjoint de vous rendre ce copieux ouvrage.

Indifférent ou distrait, le bibliothécaire ne releva pas, et Héro se mordit la langue. Ne pouvait-elle donc plus se tenir tranquille ?

— J’aurais aimé vous emprunter un nouveau texte, au nom de mon père, reprit-elle, avec autant de politesse qui lui en restait.

Le bibliothécaire esquissa une légère courbette, disposa amoureusement un linge de protection sur le Petit Traité, et invita Héro à le suivre  :

— L’Artisan Brintaigu est bon lecteur, commenta-t-il en s’enfonçant dans les rayonnages obscurs de la bibliothèque de l’Académie. Que cherche-t-il ?

Héro ne répondit pas immédiatement, la tête pleine de son grenier-forêt  : jamais la Salle aux livres de l’Académie ne lui avait paru si sombre. Certes, elle n’y était que rarement venue, à l’instar de tous les étudiants et de la plupart des maîtreurs – il n’y avait que son père pour s’attarder au milieu de si tristes rayonnages, à la recherche de l’inspiration ! – mais elle devina que sa merveilleuse découverte avait encore amoindri à ses yeux le prestige de la bibliothèque de l’Académie. Tout n’était ici que poussières et ténèbres, et la nuit pressée de cette fin d’automne n’arrangeait rien à l’affaire : d'obscures étagères recelaient d’obscurs ouvrages, et l’ensemble se tapissait misérablement dans son petit cloître de pierre. Une nouvelle fois, Héro se demanda pourquoi l’Académie ne soignait pas davantage ses archives. Seule luciole d’un si triste univers, le bibliothécaire promenait le mince faisceau de sa lanterne entre les étagères.

— Mademoiselle ?

Héro repoussa le souvenir de son arbre d’or et lui sourit :

— Nous aimerions un texte à mettre en valeur lors de la fête de l’Invention.

Le vieux bibliothécaire grimpa sur une échelle rongée aux vers, et, durant un temps qui sembla infini à Héro, arrangea le Traité sur son étagère.

— Rien ne met jamais mieux en valeur l’éclat du neuf que les affres de l’âge, reprit-il enfin.

Cette fois, Héro s’abstint de la moindre remarque. Le bibliothécaire poursuivait, ignorant de cette victoire minuscule :

— Pourquoi ne pas exposer votre invention aux côtés du plus ancien document d’Astrée ?

La jeune fille prit le temps de réfléchir, avant de demander :

— Vous pensez au Manifeste de la Scission ?

Le bibliothécaire acquiesça, une lueur de reproche dans le regard :

— L’avant-propos d’Astronomie Nouvelle, c’est bien cela. Je vais vous en prêter une copie, mais si vous l’employez, je ne saurais que vous encourager à soigner sa dénomination.

Héro accepta l’ouvrage et le conseil de bonne grâce, puis fila sans demander son reste : Éromélis l’attendait.


Au-dessus des arcades de l’amphithéâtre-sur-ciel nichait l’étude de la logicienne. Héro n’y parvint qu’au terme d’une série de colimaçons et de coursives bordés de larges pans de nuit. La porte du bureau l’attendait, entrebâillée, mais la jeune fille hésita sur le seuil et préféra frapper au battant.

— Entrez, Héro, entrez ! claironna la voix de la maîtreuse, avant de reprendre, un ton plus bas :

— Par tous les Scients, Archimine, ces démonstrations sont encore bien mauvaises !

Mais à la surprise d’Héro, lorsqu’elle poussa la porte, elle ne distingua personne d’autre que la logicienne dans la pénombre de la pièce. Il lui fallut un instant pour comprendre que la maîtreuse se morigénait elle-même. Archimine Éromélis, se répéta la jeune fille, un peu étonnée. Les autres étudiants oubliaient-ils aussi que les maîtreurs avaient un prénom ?

La jeune fille ne s’étendit guère sur la question, car le spectacle qui s’ouvrait devant ses yeux balaya la moindre de ses pensées. Tout autour de l’étude d’Éromélis, ourlées par de fines colonnades, se déployaient des vitres titanesques derrière lesquelles la nuit pressait ses vastes tentures d’étoiles. Le bureau semblait bâti à même les astres. Ce n’est que lorsqu’elle s’approcha des fenêtres qu’Héro aperçut le reste de l’Académie, en contrebas, et la tour des Astronomes.

— Jolie vue, n’est-ce pas ?

La logicienne semblait amusée par l’expression de la jeune fille.

— Bien sûr, il m’arrive de me demander si je ne préfèrerais pas un cagibi sans fenêtres que je puisse éclairer à ma guise, lui dit-elle avec un air de confidence, un petit bougeoir à la main. Elle en tendit un à la jeune fille, avant de conclure :

— Mais rien ne vaut des éclats d’étoiles pour affûter ses pensées.

Héro acquiesça, séduite par les propos de la maîtreuse. Tous les logiciens cultivaient-ils ainsi la langue ? La logique se définissait comme une exploration des causes et des conséquences de l’humanité, mais n’était-elle pas plutôt l’art de formuler les méandres de la pensée ? Héro avait appris à ne pas se payer de mots, mais dans la bouche d’Éromélis le Vrai tendait à devenir le Beau.

La logicienne avait repris sa place derrière un bureau encombré et exhumé un fauteuil et une tasse d’infusion pour la jeune fille. Héro accepta les deux avec gratitude et s’assit, son livre sur les genoux. La maîtreuse coula un œil curieux en direction de l’ouvrage, et Héro entreprit de s’expliquer :

— Mon père a inventé une machine pour reproduire du texte en grande quantité, commença-t-elle, mais Éromélis enchaîna avec enthousiasme :

— Et vous en cherchiez un digne de cet honneur ! L’Astronomie Nouvelle est un excellent choix, et il se trouve que cet ouvrage n’est pas étranger à ma propre présentation.

La jeune fille se redressa discrètement, toute-ouïe. Éromélis allait-elle enfin parler de la Fête de l’Invention  ? La logicienne lui jeta un long regard perçant, avant de reprendre la parole :

— Mademoiselle, je vous dois par avance des excuses.

Héro surprise, but un peu de thé pour garder une contenance.

— Ce n’est pas par charité que je vous ai mêlée à mon projet. Il ne séduira ni vos détracteurs, ni les miens, hélas. Mais j’ai senti en vous un vent de révolte qui ne m’est pas inconnu.

La maîtreuse joua un instant avec le bouchon d’un encrier de cristal.

— Quoiqu’en dise l’Inquisiscience, les logiciens ne devraient jamais être privés de leur libre-pensée.

Éromélis resta silencieuse un moment, avant de reprendre, les yeux dans ceux d’Héro :

— Il n’est pas dit cependant que m’assister ne vous apportera rien. Je puis parler en votre faveur à la commission des délusionnistes, mais surtout, je connais une leçon qu’il vous faut apprendre urgemment.

Son regard se fit plus doux, mais sa voix avait une fermeté qui glaça Héro.

— Vos mésaventures passées ont allumé en vous une profonde colère, qui cependant ne vous mènera nulle part. Les Astréens ne sont pas vos ennemis. Ils ne vous persécutent pas par méchanceté. Vous êtes bien plus astréenne que vous ne le pensez : comme eux, vous croyez détenir la vérité. C’est là leur seul tort, et très probablement le vôtre. Vous ne gagnerez votre liberté qu’en vous battant sur leur propre terrain, et ce terrain est celui de la démonstration scientifique, et non de la vengeance.

Héro se sentit soudain minuscule et voulut se défendre, mais la logicienne n’avait pas fini :

— Choisissez. Le chemin que nous allons arpenter ne laisse pas de place à l’erreur. Abandonnez ici et maintenant toute votre colère, ou rentrez chez vous. Mon projet est révolutionnaire, énonça Éromélis avec simplicité, mais il ne peut en aucun cas devenir une révolution.

La maîtreuse se rencogna dans son fauteuil. Derrière elle se déployaient des milliers de galaxies inconnues. Il sembla soudain à Héro les voir tourner avec la même grâce que les poussières de tisane dans le fond de sa tasse, et l’ensemble apaisa la légère blessure faite à son orgueil. Ses bravades devant la commission lui parurent soudain bien puériles : avait-elle véritablement accusé les délusionnistes d’avoir fait souffrir sa mère à dessein ? Sans doute n’avaient-ils jamais voulu sa mort...

Éromélis attendait, absorbée elle-aussi dans la contemplation du ciel.

La quiétude d’Héro fut brisée par le souvenir de l’audience de Léontin. Quoiqu’en dise Éromélis, Bergevin n’était-il pas cruel ? Bannir un maîtreur après tant d’années ?

Mais Léontin ne s’était pas défendu à coup d’arguments, objecta une petite voix qu’Héro ne se connaissait pas. Il n’a fait que provoquer et insulter le conseil.

Avec le sentiment de trahir l’un de ses seuls amis, Héro reposa sa tasse et soutint le regard de la logicienne :

— Je ne peux vous promettre de ne plus ressentir ni haine ni colère, énonça la jeune fille, car ces sentiments n’appartiennent qu’à moi, et sont, ces jours-ci, le seul héritage qu’il me reste de ma mère.

Héro hésita un instant, mais Éromélis ne la pressa pas. Son expression était impénétrable.

— Mais je peux vous jurer de ne plus y céder. Je vous crois lorsque vous affirmez que la rancœur ne me mènera nulle part, et je...

Héro sonda son cœur, et l’océan tumultueux qui clapotait encore tout au fond. Pouvait-elle véritablement tenir une telle promesse ?

— Si vous me choisissez comme assistante, je ne vous décevrai pas, conclut-elle.

La maîtreuse la regarda longuement. La réponse d’Héro lui suffisait-elle ? Enfin, la logicienne posa les mains à plat sur son bureau  :

— C’est donc entendu. Nous œuvrerons ensemble. Et ce que nous préparons changera la face de la cité-libre...

Le cœur battant un peu plus fort, Héro, acquiesça, des questions plein la tête. En face d’elle, la logicienne avait quitté son fauteuil pour faire les cent pas, rejoignant la valse lente des galaxies lointaines.

— Que savez-vous de la fondation d’Astrée, Mademoiselle Brintaigu ? demanda-t-elle enfin.

Héro haussa les épaules, un peu surprise. Assurément, la logicienne ne pensait pas modifier le passé de la ville ?

— Rien de plus – ou de moins – que les autres citoyens, je présume, hésita-t-elle avec prudence. Pour échapper aux guerres et aux héliosceptiques...

La maîtreuse lui renvoya un petit sourire :

— Mettons que cela ne suffise pas. Puisque vous l’avez avec vous, nous feriez-vous la lecture de notre texte fondateur ?

La jeune fille baissa les yeux vers l’Astronomie Nouvelle, navigua rapidement dans le sommaire et l’ouvrit à la page de son avant-propos. Elle ouvrait la bouche pour entamer sa lecture, quand la logicienne l’interrompit à nouveau, impatiente :

— Commencez au Manifeste proprement dit.

Héro esquissa un sourire, mais la maîtreuse avait l’œil plus sérieux que jamais, alors elle reporta son attention sur la page et lut :

— Contre toutes doctrines et pensées nous précédant, nous prenons aujourd'hui le parti de la preuve scientifique et du raisonnement logique pour affirmer sans détour que la Terre tourne autour du Soleil, centre de notre univers. Nous rendons sa juste place à notre astre bien-aimé et mettons à la portée de tous la preuve de la méprise qui, durant tant d'années, a prétendu garder un système fautif au profit d'un orgueil humain déplacé, à tout point de vue. Le peuple libre-penseur qui nous suivra sera le premier à embrasser la véritable place des humains dans l'univers : non pas au cœur, mais au parterre, spectateurs d'un monde devant nous avant d'être fait pour nous. Nous serons sujets, et non plus objets. À compter de ce jour, l'Institut des astronomes devient la cité-libre d'Astrée et ferme ses portes aux mensonges et à la vaine ambition des hommes pour se consacrer à la recherche pure et infinie de la plus grande vérité…

La jeune fille suspendit sa lecture et jeta un œil à la maîtreuse. Celle-ci lui tournait le dos, absorbée dans la contemplation d’un invisible horizon.

— Nous avons érigé un mur entre le déni scientifique et nous. Nous n’avions ni la force ni la patience de remédier à leur aveuglement. Mais aujourd’hui nos progrès sont indéniables, et nous ne sommes plus une petite Guilde, mais des milliers !

Maîtreuse Éromélis se tourna vers Héro, et dans ses yeux brûlait la lumière du tout premier soleil :

— Que craignons-nous encore les Terres du dehors ? Que savons-nous de l’histoire du reste de notre espèce ? Que savons-nous du reste de l’univers ? Sommes-nous des poissons pour chercher ainsi la connaissance du fond de notre bocal ? N’est-il pas temps de partager nos lumières avec les autres hommes ?

Héro ne disait rien, l’esprit balayé par la tirade de la logicienne. Sans doute, elle n’y songeait pas...

Mais Éromélis dévisageait Héro, droite et fière, comme un trait tiré sur une page caduque :

— Vous avez deviné, Mademoiselle Brintaigu.

Puis, impérieuse :

— Prouvez-moi que vous choisir n’était pas une erreur.

Dans un état second, Héro se leva à son tour, et sa cape de velours tomba tout autour d’elle :

— Vous voulez ouvrir les portes de la ville.

La logicienne étendit les mains, et les deux citoyennes se firent face un instant, traversées par la même vision grandiose. Puis, comme un grand nuage recouvrant les étoiles, une fatigue soudaine sembla s’abattre sur la logicienne qui se rassit lentement.

Héro la fixait toujours, sous le choc :

— Mais... L’Inquisiscience...

La maîtreuse lui renvoya un pâle sourire :

— Il faut bien qu’être première logicienne de l’Académie ait ses avantages. Le Genium lui-même n’osera pas m’interrompre.

Mais le feu de ses yeux s’éteignait doucement, et de petites rides réapparurent au coin de ses paupières :

— Je n’aurai qu’un discours, une unique conférence.

Héro, toujours debout la contemplait, émerveillée par cette femme prête à saborder sa carrière au nom de ses idéaux. Maîtreuse Éromélis soutenait son regard, l’œil devenu rieur :

— J’entrerai dans l’Histoire, ou en serai chassée.


Cette nuit-là, Héro ne parvint pas à s’endormir. Pelotonnée dans son grand lit trop vide, elle songeait à Éromélis et Desdémone, Léontin et Johannes, à toutes ces passions mêlées de déconvenues. Était-ce cela, la Science ? Le fil tranchant entre le génie et la délusion ? Et elle, perdue dans tout cela, avec sa colère et sa pauvre promesse... Il lui semblait arpenter un pont étroit, suspendu entre deux abîmes.

Un ronronnement naquit dans le noir, et une forme sombre vint se blottir contre la jeune fille.

— Galéio ?...

Héro enfouit son visage dans la fourrure – qui lui chatouilla curieusement le nez – et le calme se fit dans ses pensées. Si Éromélis pouvait faire tomber les murailles d’Astrée par la force d’un seul discours, elle pourrait convaincre les Scients des errances de la commission. Elle aussi, du haut de ses quinze ans, pouvait faire avancer la Science, songeait Héro, l’esprit embrumé. Il n’y aurait aucune autre Desdémone.

La jeune fille s’endormit, bercée par la rhétorique des discours à venir.

Dans ses bras tressaillait lentement une grande paire d’ailes.

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