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Julie Nadal

dimanche 24 juin 2018

Petit guide de la Fantasy à l'usage des débutants

Vous connaissez probablement la fantasy, ce genre littéraire popularisé notamment par le Seigneur des Anneaux de J.R.R. Tolkien – d’abord en livres en son temps, puis avec l’adaptation cinématographique de la trilogie par Peter Jackson – et plus récemment par Le Trône de Fer de George R.R. Martin – adapté cette fois en série. Elle a peu à peu dépassé les barrières du simple genre littéraire pour s’étendre à de nombreux domaines : jeux vidéos, mangas, séries télé, films, BDs, etc.

Le mot fantasy, comme cela n’a sûrement pas échappé à votre sagacité, est un terme anglophone. Une version française a été adoptée par le « Vocabulaire du patrimoine et de la création contemporaine (liste de termes, expressions et définitions adoptés) » publié au Journal Officiel de la République Française n° 0298 du 23 décembre 2007 : la fantasie. Je n’ai, en pratique, que très rarement – voire jamais – vu ce vocable employé.

Définir la fantasy est un exercice délicat tant elle est devenue protéiforme et vaste au fil du temps. Ses racines plongent dans le merveilleux, les mythes et les légendes, mais elle s’en est affranchie par la création d’œuvres et d’univers originaux, souvent complètement étrangers à notre monde. Je n’évoquerai pas ici l’histoire de la fantasy, afin d’éviter de rallonger un article censé être succinct.

Revenons donc à notre définition. Le Journal Officiel cité plus tôt explique que la « fantasie » est un « genre situé à la croisée du merveilleux et du fantastique, qui prend ses sources dans l'histoire, les mythes, les contes et la science-fiction ». Autrement dit, on ne savait pas trop alors on vous laisse avec un truc un peu vague et puis comme ça vous pouvez mettre n’importe quoi dedans. La référence à la science-fiction me fait tiquer en ce que la fantasy a été en germe bien avant que l’idée de science-fiction n’apparaisse dans le cerveau de qui que ce soit. J’y vois un amalgame des littératures de l’Imaginaire, toutes résolument innovantes et donc qui sont forcément apparentées dans l’esprit des sceptiques. Mais peu importe, là n’est pas le propos.

Le site TV Tropes (malheureusement en anglais), site dédié au repérage et à la catégorisation des schémas récurrents dans les œuvres de fiction (littérature, jeu vidéo, film, animation, etc.), propose également une définition de la fantasy : « it's stuff with magic in it, not counting Psychic Powers, or Magic from Technology, or anything meant to frighten, or Magical Realism, or anything strongly religious, or the technology behind the magic that is Magitek, or — where did that clean-cut definition go? », que l’on pourrait librement traduire par : « c’est un truc avec de la magie dedans, mais aussi des pouvoirs psychiques, de la magie issue de la technologie, des choses qui font peur, du réalisme magique, des trucs religieux, des hybrides magico-technologiques (Magitek), ou encore – mais où est passée la définition claire qu’on vous avait promise ? ». Toutes les occurrences en majuscules renvoient à des tropes (les schémas récurrents dont je vous parlais plus haut) eux-mêmes définis sur le site. Et j’aime bien cette définition, je trouve qu’elle illustre bien l’immense bazar qu’est devenu le genre, ce qui fait aujourd’hui sa richesse.

Ainsi, dans la fantasy, cohabitent désormais des dragons sanguinaires, des magiciens qui savent parler aux pigeons, des dirigeables propulsés par magie, des mafieux télépathes, et un peu tout ce que votre esprit peut imaginer en définitive. L’esprit humain ne supportant pas un tel désordre (ou les libraires ne s’y retrouvant pas dans leurs rayons), des sous-genres de la fantasy ont émergé.

Après cette introduction beaucoup trop longue, entrons donc dans le vif du sujet des sous-genres de la fantasy. Avant toute chose, il faut noter qu’il n’y a pas, une fois encore, de définition officielle de chaque sous-genre, ni même de liste définie. Ceux que je vais vous présenter ici me paraissent pertinents et sont ceux qui reviennent le plus souvent, ou que nous vous proposons sur l'Attelage. J’emploierai des généralités pour parler des caractéristiques de chaque sous-genre, qu’il peut exister des exceptions, mais que j’ai fait ce choix pour des besoins de fluidité et afin d’éviter huit adverbes par phrase.

Pour chaque sous-genre présenté, je vous donnerai une rapide définition, ainsi que les œuvres attelées qui peuvent y être rattachées, avec le chemin pour les rejoindre.

La High Fantasy

Commençons par la plus emblématique. La High Fantasy, également nommée Epic Fantasy (soit fantasy haute ou fantasy épique), narre généralement les pérégrinations d’un groupe d’aventuriers – princes vagabonds, héritiers d’une prophétie ou simples villageois dépassés par les événements – dans leur combat contre le Grand Méchant Vilain – à savoir un sorcier maléfique, un seigneur du mal ou toute autre entité extrêmement puissante et malveillante. Les héros se lanceront dans une lutte épique où ils affronteront mort, trahison et tensions amoureuses, afin de sauver le monde.

La High Fantasy a été codifiée par Le Seigneur des Anneaux, qui a apposé son empreinte sur toutes les œuvres qui ont suivi. Elle se caractérise par une magie souvent très présente, de multiples races (les elfes, les dragons, les orques, les nains, etc.) et une approche assez manichéenne des enjeux. Les histoires se déroulent généralement dans un monde différent du nôtre.

Œuvres attelées :

Vous pouvez lire Le Livre du Destin de Marion Roudaut à cette adresse. Marion s’y amuse des codes de la High Fantasy afin de les déconstruire petit à petit.

La Low Fantasy

La Low Fantasy (soit fantasy basse) se définit par opposition à la High Fantasy : peu d’éléments magiques, pas d’enjeux à l’échelle mondiale, une dominance des humains et une morale en nuances de gris. Les héros ne sont plus les élus d’une prophétie, ils se battent pour survivre plutôt que pour sauver le monde. Ils peuvent être beaucoup moins candides que les protagonistes de High Fantasy, moins tournés vers le bien absolu et plus vers leurs intérêts personnels.

Certains considèrent la Low Fantasy comme une grande catégorie qui regrouperait Dark Fantasy, Urban Fantasy, Heroic Fantasy, par opposition à la High Fantasy.

Œuvres attelées :

Vous pouvez découvrir Les Chroniques du Vieux Moulin d’Antoine Bombrun en cliquant ici. Dans cette œuvre, pas de magie pour sauver les hommes de leurs luttes de pouvoir et de leurs histoires personnelles, ils doivent se contenter de leur courage et de leur force.

La Mid Fantasy

La Mid Fantasy est un genre plus rare dont l’appellation n’est pas très répandue. Elle se situe à mi-chemin entre High et Low Fantasy en ce qu’elle tire sur le réalisme de la Low Fantasy pour expliquer des éléments magiques. Les créatures extraordinaires s’y trouvent soumises aux lois de la physique dans un monde qui, en leur absence, pourrait être le nôtre ou en tout cas y ressemble (situations géopolitiques différentes par exemple).

Œuvres attelées :

Vous pouvez découvrir Les Serres du Griffon de Maxime Duranté à cette adresse. Vous y suivrez les aventures d’une garnison de chevaucheurs de griffons.

Vous pouvez également découvrir Le Royaume d’Ena de Marine Labaisse en suivant ce lien. Ici, pas de créatures surnaturelles, seulement de la magie et des humains déterminés à comprendre pourquoi un de leurs soleils est tombé malade.

L’Heroic Fantasy

L’Heroic Fantasy ressemble à la High Fantasy, mais s’en distingue par un focus sur un groupe de personnages plus restreint, voire sur un seul personnage. Les enjeux sont donc à échelle plus humaine. Les œuvres dépeignent les aventures d’un héros solitaire, généralement un guerrier à la morale parfois douteuse – il peut être mercenaire, assassin, voleur – et au comportement brutal, souvent enclin au combat.

L’Heroic Fantasy peut aussi prendre la forme de Sword and Sorcery (épée et sorcellerie) et se traduit alors par une ambiance plus violente et plus sombre.

L’œuvre emblématique de l’Heroic Fantasy est sans nul doute Conan le Barbare de Robert E. Howard.

La Dark Fantasy

« Vous qui entrez, laissez toute espérance ». La Dark Fantasy (soit fantasy noire) s’intéresse aux univers sombres, aux ambiances lourdes. Le monde va mal, est à l’agonie ; les héros sont désespérés, ou les pires crapules imaginables. La magie noire règne en maîtresse, même si elle peut également être réservée à une élite ou difficile à manier. Il n’est pas rare que des éléments d’horreur s’ajoutent à l’œuvre.

Œuvres attelées :

Vous pouvez aller lire Les Traqueurs d’Antoine Bombrun par ici. Des héros pas très fréquentables y recherchent un nécromancien sans pitié.

L’Urban Fantasy

L’Urban Fantasy, ou fantasy urbaine, ajoute des éléments de fantasy dans un environnement urbain moderne. Le cadre est généralement une grande ville, réelle ou fictive, dans laquelle des événements et des créatures surnaturelles apparaissent. Ces bizarreries demeurent le plus souvent cachées des humains, à l’exception de quelques initiés, mais peuvent également être considérées comme normales dans ce monde.

La fantasy urbaine peut se décliner en bit-lit, un genre dans lequel une héroïne, magique ou humaine, évolue dans un univers peuplé notamment de vampires et de loups-garous sur lesquels elle fantasme plus que de raison, ou en romance paranormale.

Œuvres attelées :

Vous pouvez lire L’Empire des Invisibles de Chimène Peucelle à cette adresse. Une société secrète, le Möbius, y protège le secret des cryptides, des créatures surnaturelles.

Vous pouvez également découvrir Prime de Fisc de votre humble serviteuse par ici. Vous y suivrez les enquêtes d’une inspectrice du fisc confrontée aux créatures surnaturelles peu désireuses de payer leurs impôts.

La Science Fantasy

La Science Fantasy est le dernier sous-genre que je souhaite vous présenter. Il s’agit d’un mélange entre Fantasy et Science-Fiction : dans ces univers, la technologie côtoie la magie, l’explique ou non. On peut ainsi retrouver des vaisseaux spatiaux qui atterrissent sur des planètes peuplées de dragons ou autres créatures surnaturelles, ou au contraire une vieille magie inconnue qui apparaît dans un monde régenté par la technologie et la science.

J’aurais pu citer de nombreux autres sous-genres de la fantasy tels la Romance Fantasy (je pense que c’est assez explicite), l’Historical Fantasy (avec notamment toutes les reprises des mythes arthuriens) ou encore la Comic Fantasy (à coup de parodies ou d’humour décapant), mais l’article aurait été encore plus long.

Je terminerai en disant que toutes ces catégorisations sont poreuses, qu’il est rare qu’une œuvre soit enfermée dans une seule et n’aille pas piocher à côté. Prenez le présent écrit comme un guide pratique pour vous aiguiller et non comme une règle absolue.

En tous les cas, soyez curieux dans vos lectures, et n’hésitez pas à venir découvrir nos œuvres !

Commentaires

Merci pour ce petit guide très utile de la fantasy. Lisant moi-même pas mal de livres de ce genre, j'ai appris un certain nombre de choses. Avant, je n'avais jamais vraiment prêté attention à ces sous-genres, pourtant assez différents. Un super article, comme toujours !
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jeudi 9 août à 17h23
Avec plaisir, je suis ravie que tu aies appris des choses ! Il y a tellement de subtilités maintenant (je n'ai même pas tout traité) qu'il est facile de s'y perdre !
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mardi 14 août à 13h20