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Julien Willig

samedi 9 janvier 2016

Les Survivants de l’Après-Minuit, I - L’Immortelle

Chapitre 7 : La clé

La nuit vire au blanc.

 

Qu’est-ce ce que je fais là ? Je n’ai même plus froid maintenant. Il n’y a rien. Rien. Ni sol ni ciel. C’est… tout blanc, c’est tout. Ah, si : je respire. C’est déjà ça. Mais je suis la seule présence autour de moi. Où est ma mère ?

 

Alors c’est toi ? Que tes pensées sont confuses.

 

Je sais, je suis désolée. Mais je ne comprends pas ce qu’il m’arrive.

 

Je voulais te voir.

 

Pourquoi ?

 

Avoir un aperçu de mon futur.

 

Vous êtes qui ?

 

Ton futur.

 

Pourquoi je ne vous vois pas ?

 

Le blanc s’éventre sans crier.

Un panache de brume pourpre tournoie.

Les sourds murmures de sa puissance sont les bruissements de la traînée qu’il laisse dans son sillage.

Les mots chuintent, traînent, mais aussi se gravent par leur profondeur à faire fondre les entrailles.

 

Vous me rappelez quelque chose.

 

« Fougue et joie simple,

Deux billes noires brillent

Là dans le sable. »

 

Hanako ? Vous connaissez Hanako ? Vous avez utilisé ma voix pour réciter ça. Qu’est-ce que vous savez ?

 

La fillette a les yeux d’un noir humide.

Elle lutte pour ne pas pleurer.

Tout son être n’est que souffrance.

Elle hurle : « Koneko ! Ko-koneko ! »

Puis tend la main dans le vide.

Elle part…

 

Hanako ! C’est moi, prend ma main ! Ha… Hanako ! Reviens ! Que se passe-t-il ? Où est-elle ? Aidez-moi !

 

Tu ne peux rien pour elle. Pas encore.

 

Que dois-je faire ?

 

Le panache de fumée pourpre s’approche.

Une pointe se dresse, comme un visage.

 

Rejoins-moi.

 

Le visage de brume se change en oiseau de proie.

C’est un faucon, un faucon aux plumes lisses et aux yeux d’acier.

 

« Suis-moi jusqu’aux étoiles, Yamaneko. »

« Suis-moi jusqu’aux étoiles, Yamaneko. »

« Suis-moi jusqu’aux étoiles, Yamaneko. »

« Suis-moi jusqu’aux étoiles, Yamaneko. »

« Suis-moi jusqu’aux étoiles, Yamaneko. »

« Suis-moi jusqu’aux étoiles, Yamaneko. »

 

 

La sentence tonne et résonne comme un écho du futur.

 

 

 

Fin du XVIe siècle après J.-C., époque Azuchi Momoyama,

Village du clan Kaerizaki, Province de Hizen, Japon.

 

 

J’ai mal dormi. Je rêve rarement, d’habitude, mais cette nuit, c’était vraiment étrange. J’ai ressenti une intensité incroyable, c’est comme si cette rencontre avait été réelle, ou plus que ça. Ça me préoccupe ; je suis réveillée d’un coup, comme si cette brume rougeâtre m’avait extirpée du sommeil en le déchirant comme elle avait déchiré l’espace dans ma vision.

Il fait frais, c’est le petit matin. Les fragments de ciel, que j’aperçois dans les défauts du toit, sont encore indigo : ils traînent au lit comme un enfant capricieux. Je ne suis pas chez ma mère. Après avoir fui, je me suis réfugiée dans mon repaire : une légère cavité sous la roche montagneuse, habillée de feuillages et de branches glanées çà et là. Une cruche d’eau érodée, une corbeille d’osier tissée maladroitement pour contenir quelques fruits, une mauvaise natte creusée par mon corps recroquevillé, et une grossière étagère accueillant de trop rares vêtements composent mon mobilier. Ce n’est pas une maison, à peine une vulgaire cabane digne du plus honni des parias. Mais c’est chez moi.

Je frissonne. L’automne s’éveille ; d’ordinaire, je ne me retire pas ici en cette période de l’année. Pourtant, hier soir, j’ai préféré le froid au reste. C’est dur à dire, mais la solitude m’est plus appréciable que mon entourage.

 

Le jour se lève. Moi, je suis déjà à ma toilette, agenouillée devant une source non loin de mon antre. Ma nuit onirique a rendu mon visage tout poisseux ; je le frotte énergiquement. La fraîcheur de l’eau me revigore sans douceur, mais c’est tant mieux. La journée sera dure. Je n’ai pas le temps de me bichonner. Bien que tremblante et encore humide, je délaisse ma serviette pour me revêtir de mon kimono.

 

Je ne rejoins pas la maison. Akiko, comme à son habitude, est sûrement déjà partie.

Elle n’est pas là pour moi. Elle n’est jamais là. L’échange tendu que nous avons eu hier soir est l’un des plus longs de toute notre existence : c’est dire la chaleur de nos contacts ! En sa présence, je sens… un rejet, ou quelque chose dans le genre. Elle ne cherche pas ma présence, elle ne veut pas me voir, et notre cohabitation sombre dans le silence. Ça fait longtemps que j’ai déduit l’origine de cette gêne.

Elle n’a jamais voulu de moi.

Je suis la cause de tout son malheur.

 

Avant, elle occupait une place privilégiée dans la vie du clan. Avant, on la respectait et elle était libre de tout mouvement. Avant, elle avait une vie exaltante, une vie qui avait du sens.

Puis il y eut ma naissance. Son déshonneur, sa faute, le cadeau empoisonné qui a causé sa chute. Elle a tout perdu par moi.

 

Je n’en sais pas plus. Mais son fardeau est trop lourd à porter. Que je le veuille ou non, qu’elle-même le veuille ou non, j’hérite de sa disgrâce. C’est tout ce que j’ai pu apprendre, à l’affut des langues indiscrètes. C’est tout ce que je sais sur moi-même. Et j’ai perdu l’accès aux sources de ce maigre savoir : on me refuse l’accès à la maison Kaerizaki comme au Sanctuaire de l’Étoile. Et ce n’est pas ma mère qui m’en dira plus, elle à qui ma simple présence semble insoutenable.

 

Seule, je descends la colline : je dois retourner sur la Montagne du vent et accéder à son versant ensoleillé, où terrassements, pentes et déclivités offrent les plantations de thé à la chaleur du Soleil. C’est d’un œil las que je regarde ma destination à mesure que je m’approche. Les arbustes alignés en rangs serrés ondulent sous le vent, esquissent des vagues figées sur leurs courbes rocheuses. Entendez-vous le chant des cimes ? Tout est harmonieux, paisible et chatoyant ; c’est un piège. Une toile d’araignée dans laquelle les insectes humains que nous sommes perdent leur vie à essayer de la gagner. J’arrive devant l’antre de la bête, d’où ses nombreux yeux guettent les travailleuses courbées sur leur tâche tandis qu’entre ses mandibules, la salive du profit dégouline sans pudeur.

La cabane du contremaître, Noboru.

Il me fixe tandis que j’approche. À sa main, son éternelle baguette en bambou, fine et souple, n’attend qu’une chose : « corriger » ses employées les plus lentes. Le dard de l’araignée. De son arme, Noboru me désigne l’équipement qui m’attend au sol. Point de hotte pour moi : il n’y a qu’un outil, une espèce de pelle à lame arrondie, perpendiculaire à son long manche en bois.

— Je ne récolte pas ? demandé-je à contrecœur.

— Le Soleil a été mauvais cette année, répond le contremaître. On ramasse dans une quinzaine de jours. Prends et vas-y.

J’avais oublié son vocabulaire aussi limité que sa courtoisie. Cet homme doit avoir le crâne farci de feuilles de thé imbibées au vin de riz.

— Qu’est-ce que je dois faire avec cette… pelle ?

— C’est une binette. C’est pour biner.

Ah.

Visiblement, il estime que cette explication suffit ; me voilà bien avancée. Le contremaître fronce les sourcils à tel point que ses yeux semblent disparaitre derrière. J’attrape la chose – la binette, c’est ça – en vitesse et je file vers les plantations sans demander mon reste. Un déplacement d’air dans mon dos, accompagné d’un sifflement aigu, me prouve que ma hâte était justifiée : la baguette de bambou n’a pas dû passer loin.

Je disparais dans les arbustes. Le répit sera de courte durée : je sais que Noboru me suivra de près pour surveiller ce que je fais. Je tente de demander à des filles que je croise ce que je suis censée faire avec ma binette, mais la plupart feignent de m’ignorer, quand d’autres ont carrément un mouvement de rejet en relevant la tête sur mes maudits yeux verts. Qu’importe, je finis par comprendre en les observant : aérer la terre en y traçant des sillons par la pointe de l’outil, mais surtout déterrer les mauvaises herbes qui entravent la croissance des arbres à feuilles de thé. Quand il y en a, il faut aussi retirer les champignons qui parasitent les racines et les troncs.

 

Je m’attelle à la tâche sans le moindre enthousiasme. Les heures passent. Puis un jour. Puis deux. Et d’autres, que je ne compte plus. Le Soleil et l’air pur sont mes seules récompenses, si l’on oublie la solde misérable que le contremaître daigne nous verser chaque soir – et encore, c’est comme si on lui arrachait une dent. J’ai mal partout, je compte les écorchures sur mes membres et les ampoules sous mes doigts. Parfois je croise Akiko, le temps d’un regard inexpressif avant de continuer notre travail : Noboru semble nous talonner toutes deux. S’il garde une distance presque respectueuse avec ma mère, sa baguette semble particulièrement m’apprécier. La nuit, je n’ai même plus la force de grimper dans mon refuge, je m’effondre sur ma natte dans le logis familial avant même l’arrivée d’Akiko.

 

J’ai l’impression que ma personnalité s’égrène au fil des jours.

Une soirée, particulièrement maussade, je décide de faire un détour par le centre du village : j’ai économisé assez pour m’offrir un fruit ou deux, de quoi me délasser. Autour de la place, les maisons de bois sont plus grandes, plus belles et mieux entretenues que la modeste habitation que ma mère daigne partager avec moi. Les planches sont droites, propres, il n’y a pas de trous dans le toit. Tout y est plus riche, forcément. La fontaine de pierre donne à l’endroit un clapotis agréable, une impression de vie que je ne connais pas ailleurs. En cette heure où le Soleil a presque disparu, il y a encore du monde dehors pour en profiter.

Si le principal des achats a lieu le matin, lors du marché, quelques vendeurs profitent du retour des villageois dans leur logis pour étaler leurs marchandises : fruits et légumes y côtoient outils et objets rares, venus des villes. Ce soir, il s’agit en l’occurrence de marchants ambulants. Installés devant leur chariot qu’ils traînent sur les routes, inlassables, ils taillent le bout de gras avec les habitants. L’ambiance semble légère, pourtant j’aperçois au coin d’une rue Shôkichi, le bras droit du chef de clan, accompagné d’une poignée de soldats. Ils couvent les itinérants d’un œil méfiant, mais ne semblent pas avoir décidé d’intervenir pour le moment.

Maudits soient les renfermés, par l’Étoile !

Je m’approche des marchands. Un jeune garçon – il ne doit pas avoir plus de seize ans – avise mon arrivée. S’il reste interdit devant mon regard l’espace de quelques secondes, il se reprend vite et m’offre un joli sourire.

Que ça fait du bien !

J’ai tout de suite très chaud au cœur. Je contourne la masse compacte des villageois, qui ne semblent pas disposés à m’inclure dans l’attroupement, et le jeune vendeur fait de même, tout à moi. Cette simple attention, j’en ai le cœur qui palpite…

— Bonsoir, me dit-il simplement.

— Bon… bon… bon-bonsoir.

Quelle cruche.

Avec émotion, mon bégaiement me rappelle quelqu’un. Le jeune homme sourit de nouveau, d’un air attendri, et reprend :

— Comment…

— Hanako, lâché-je sans réfléchir.

— … puis-je vous aider ? Pardon ? « Hanako » ? C’est votre nom ? demande-t-il.

Bravo. Juste bravo.

Je m’enflamme, rouge des pieds à la tête. J’ai cru qu’il me demandait comment je m’appelle. Ce n’était pas le cas. Encore mieux, je n’ai pas réussi à lui donner mon propre nom.

— Enchanté, Hanako.

Il esquisse une révérence exagérée, un salut ironique plein de légèreté qui trahit l’espièglerie qui doit sommeiller en lui.

C’est trop mignon, personne ne m’a jamais traitée comme ça.

— Je m’appelle Leiji, reprend-il.

« Leiji… » Dis quelque chose !

— Bonsoir Leiji.

Très original.

Au moins, j’ai pu prononcer la phrase correctement. Visiblement plus à l’aise que moi, Leiji continue cette charmante conversation :

— Si je puis me permettre, ce nom vous sied fort bien. Vous êtes aussi fraîche qu’une fleure un matin de printemps, vous êtes l’innocence incarnée.

Je n’aurai jamais le courage de lui révéler mon vrai nom maintenant.

Prise au dépourvu devant tant de gentillesse, je n’arrive même pas à répliquer. C’est alors une autre voix qui vient briser l’harmonie du moment :

— Leiji, grogne son employeur devant le chariot, cesse de faire du charme et occupe-toi des clients.

Je baisse la tête, honteuse de l’embarras dans lequel Leiji est plongé à cause de moi.

— Excusez-moi, Hanako, il semble que je traîne un peu. Que puis-je faire pour vous, petite fleur de printemps ?

— Je… voudrais…

Je n’y arriverai jamais.

À force de s’y plonger, Leiji déchiffre mon regard baissé sur le présentoir qui nous sépare :

— Une prune, c’est ça ?

— Deux, merci, lâché-je dans un souffle.

Je commence à tendre les mains, mais le jeune homme a autre chose en tête. Après une rapide œillade à son chef – occupé ailleurs –, il saisit les deux fruits et les lance en l’air. Éberluée, je ne comprends pas la manœuvre. Puis Leiji les rattrape au vol, leur fait parcourir de nouveaux cercles et les attrape encore, enchaîne les figures. Il jongle pour moi ! Je finis par laisser échapper un rire franc de ma poitrine comprimée. Cela fait tellement de bien que c’en est presque douloureux. Quelque chose de chaud perle au bord de mon regard. Constatant sa réussite, Leiji cherche mes prunelles de ses yeux noirs. Mais cette distraction n’est pas sans incidence : les deux prunes finissent par terre.

 

Nous rions tous les deux.

 

— Pardonnez-moi, dit-il une fois le calme revenu.

Il ramasse les fruits et les époussette. Il les replace ensuite dans l’étal – de ses lèvres, un sourire de complaisance s’échappe vers moi au passage – et en prend deux autres. Leiji dépose les prunes dans mes mains tendues. L’espace d’un instant, nos doigts se frôlent.

Je frémis tout le long de mon corps, électrisée.

Je n’oublierai jamais cet instant.

 

Je perçois un mouvement du coin de l’œil. Shôkichi et ses sbires ont décidé de venir s’intéresser de plus près au manège des vendeurs ambulants. Je donne la monnaie et replie mes bras, brisant cet instant de paix.

— Je crains qu’il faille nous quitter, observe Leiji.

Il est soudain plus sérieux. Je m’incline.

— Au revoir Leiji, merci pour tout.

— Ce fut un plaisir. Au revoir Hanako.

Je recule le plus lentement possible. Les villageois se dispersent et les soldats font remballer leur marchandise aux itinérants. Je prends maintenant la direction de la maison. Le Soleil s’est couché, le soir règne.

Aujourd’hui, je me sens plus heureuse. La rencontre avec Leiji a été une bouffée d’air frais, le souffle vital dont j’avais grand besoin.

J’espère le revoir.

Mes paumes parcourent les courbes des deux prunes qui nous ont réunis. J’ai décidé d’en offrir une à ma mère ; nous les mangerons ensemble. Ce soir, j’ai envie de me rapprocher de ceux qui ont des attentions pour moi. Ce soir, je suis prête à…

— Eh regardez, v’là Yamaneko !

— C’est pas vrai, elle est toujours pas morte celle-là ?

Des rires moqueurs accompagnent cette remarque. La ruelle gagnée par les ombres, que je gravis pour rentrer chez moi, se peuple soudain de plusieurs faciès potelés. Ce sont les garçons et les filles qui travaillent dans la maison Kaerizaki, des cuisines aux jardins en passant par les couloirs et les commodités. Dehors, ils n’ont plus leur air de mépris qu’ils me jetaient à la figure lorsque nous travaillions sous le même toit. Loin de la présence des adultes, la haine transparait sous le clair de la lune.

Je tourne la tête. Derrière moi, d’autres enfants me barrent la route.

Je n’ai rien vu venir. Je suis prise au piège.

— J’vous avais bien dit qu’on la trouverait ici… R’gardez, elle tient des fruits, observe celui qui semble mener la bande.

Yoshito, un garçon d’écurie bien rondouillet. Instinctivement, je ramène mes mains derrière moi.

— C’est des prunes, Yoshi’, lance une fille dans mon dos.

— C’est gentil de nous avoir apporté ça, Yamaneko, ajoute Yoshito.

Il avance, une main tendue vers moi. Ma seule réponse est un coup de pied maladroit qui fend le vide. Le rondouillet s’esclaffe.

— On dirait bien que le chat sauvage a b’soin d’être apprivoisé. Pas vrai les enfants ? aboie-t-il à la cantonade.

— Ouais ! jurent tous les autres.

Je n’ai pas vu venir la pierre qui me heurte le front, pas plus que le coup dans l’épaule qui me déstabilise. On me vole un premier fruit. Je ramène mes mains en avant, mais un pied dans les reins me précipite au sol. Je replie fermement les doigts sur ma dernière prune. Là, c’est la volée de coups. Les petits monstres s’en donnent à cœur joie. Je serre les dents, je tiens bon.

Maman, je serai bientôt là.

Au bout de plusieurs minutes, douloureusement longues, mes agresseurs finissent par se lasser. L’un d’eux parvient tout de même à dénicher un seau d’eau sale sur le palier d’une porte proche. Il le déverse sans attendre sur moi. C’est glacé. Un dernier coup de pied dans les côtes, puis ils s’en vont riant.

 

C’est fini.

J’ouvre mes doigts.

 

Il n’y a plus de prune. Juste un coulis de chaire verte broyée autour d’un noyau dénudé, auquel vient se mêler le rouge de mon sang. Puis des larmes.

Je m’agenouille et pleure chaudement.

 

***

Des jours ont passé depuis ma cuisante humiliation. La honte m’a poussé à fuir le misérable fragment de société qu’il me restait ; je dors dans mon refuge le temps que mes stigmates s’estompent, sans avoir revu Akiko. Je ressasse les évènements dans ma tête. Inconsciemment, je crois que je me prépare à la deuxième manche. Car j’en suis sûre : ils n’en resteront pas là.

Et moi non plus.

Il y a autre chose : la souffrance et le chagrin troublaient tous mes sens, mais je jurerais avoir vu une silhouette solitaire se détacher des ombres d’une ruelle adjacente, et disparaître dans la nuit après mon supplice. Quelqu’un de discret et de silencieux, qui m’aurait juste… regardé me faire agresser. Sans intervenir. « J’vous avais bien dit qu’on la trouverait ici », avait dit ce gros lard de Yoshito. Et s’il avait été renseigné par quelqu’un qui savait où j’habite ?

 

Mais peut-être que j’imagine tout ça. Peut-être qu’inconsciemment je me suis créé une excuse à ma défaite pathétique. Je suis pathétique. Ou, en tout cas, j’ai le sentiment de l’être. C’est avec douleur que mon esprit se tourne vers la Montagne du vent, vers mon Hanako. J’aimerais tellement être auprès d’elle, m’envoler vers elle. Être une Gardienne et vivre une vie palpitante d’aventure. Pouvoir me défendre et défendre ceux que j’aime.

Comme Keiko. L’œil-de-Lynx.

Plusieurs générations avant moi, la défunte avait à peu près mon âge lorsque ses parents, chasseurs de profession, furent victimes des exactions des sbires du clan Ichibashi, l’éternel rival des Kaerizaki. La pauvrette allait servir d’amusement aux trois soldats ivres qui avaient tué sa famille, lorsqu’elle parvint à retourner la lame de l’un d’eux contre lui et à lui enfoncer dans le cœur. Elle écopa d’un coup de sabre qui lui fit perdre un œil. Mais la peur de Keiko se mua en une solide détermination : elle put esquiver les attaques pataudes de ses agresseurs et se munir de l’arc de son père. L’œil-de-Lynx envoya vite les deux malandrins restants aux enfers, pour y expier leurs crimes.

Ça, c’est une vraie battante.

Le talent meurtrier de Keiko fut aussitôt remarqué par le clan Kaerizaki. La chute de l’Étoile sur la Montagne du vent était récente, et ce mystère attira rapidement les convoitises. Alors que les hommes devenaient soldats et luttaient à l’extérieur, un petit groupe de femmes fortes et déterminées fut formé pour protéger le sanctuaire de la divinité. Ce furent les premières Gardiennes. Keiko la chasseresse, malgré son jeune âge, devint leur meneuse. Nombre d’espions et de voleurs furent dévoilés et arrêtés par ces combattantes. Quelques années plus tard, ce furent les Gardiennes qui sauvèrent l’Étoile durant l’attaque massive des Ichibashi, lors de la bataille du col de la Montagne du vent. Keiko vainquit à elle seule trente-et-un ennemis avant de succomber à ses blessures. Les assaillants restants furent tellement terrifiés par les traits de la vierge à l’œil-de-Lynx qu’ils jetèrent leurs armes et fuirent le combat.

Je ne connais que peu de dieux et je ne les honore pas autant qu’ils devraient l’être. Je ne crois qu’en peu de créatures, qu’elles soient célestes ou terrestres ; Keiko est de celles-là.

Son tombeau fut érigé à l’endroit même de sa chute. Je m’y rends parfois, pour me ressourcer et surtout la remercier pour ses actions passées, ainsi que l’influence qu’elle a sur moi. Véritable mémorial en l’honneur de la combattante, il incarne la Gardienne parfaite, l’image à suivre pour toutes les filles du village. Son seul ornement est l’emblème de sa famille ; une pointe de flèche.

 

Je n’ai pas de flèches. Ni aucune autre arme.

Je n’ai que mes mains pour rêver de faire tellement plus de choses que de simplement cueillir ces foutues…

*Schlack !*

La baguette du contremaître fend l’air et mord mon dos.

— Au boulot, Yamaneko ! hurle-t-il. T’es pas ici pour dormir, alors bouge !

C’est le jour tant attendu de la récolte. Noboru est tendu et trépigne d’impatience. J’accuse le coup en ne lâchant qu’un faible grognement ; une réaction plus vive lui ferait trop plaisir.

À croire que je ne fais que rêvasser…

Comment fait-il pour me retrouver à chaque fois ? Les arbres font un mètre de haut, et leur forme évasée donne à la montagne un immense tapis vert. Constamment penchée, je suis noyée dans cette immensité de flots végétaux, et pourtant le contremaître tombe toujours sur moi. À croire qu’il retrouverait une puce dans un jardin.

Je n’ai pas le choix, je continue la cueillette. Toujours la même routine : sélectionner les feuilles de thé arrivées à maturité, pour les sectionner à la tige, puis lancer le tout par-dessus l’épaule pour le recueillir dans la hotte que nous avons sur le dos. L’important est de ne pas se saisir des bourgeons, autrement les futures pousses ne sortiraient pas. Quand notre panier est plein, nous l’apportons au point de ralliement : la cabane du contremaître, où les feuilles de thé sont pesées et contrôlées. Il nous faut aller vite pour qu’elles soient rapidement transportées à la manufacture, afin de prévenir tout risque de fermentation. Et la suite… je m’en fiche, en fait.

Ce thé sera traité pour être vendu hors du village ou bu par la famille Kaerizaki. Je ne suis qu’une des mains anonymes qui arrachent les dons de la nature pour les leur donner. Le seul thé que je bois parfois est préparé par Akiko, avec des feuilles ou des racines qu’elle glane je ne sais où.

À vomir.

 

Ma hotte commence à être lourde. Un coup d’œil par-dessus mon épaule me confirme qu’elle est bien remplie. Noboru est toujours proche, je lui fais signe.

— Tu peux encore la charger, annonce-t-il sans détour.

— Je doute de pouvoir porter plus que ça.

— Ne discute pas.

Ce bougre ne veut rien entendre, mais ma lassitude me pousse à insister. Je lui fais les yeux doux et l’air innocent que j’ai tenté sur Hoshino.

— Je ne voudrais pas renverser ma hotte, annoncé-je.

— Ça va, ça va, expédie-t-il d’un geste de la main.

Puis il lève le regard vers Akiko, quelques rangées plus loin.

— La femme et la bouilloire se bonifient avec l’âge, récite le contremaître.

Il a un faible pour ma mère, c’est évident.

Je file sans demander mon reste. Mes pas légers dévalent les pentes jusqu’à la cabane où les hommes de Noboru examinent les chargements. Je distingue du mouvement derrière les arbustes qui jouxtent l’habitation. Des cueilleuses ? Non, les ombres n’ont pas de hotte : elles font tout pour rester invisibles.

Je subodore quelque chose, une présence que je n’ai pas sentie depuis…

Peu importe. On m’indique le réservoir – une simple caisse de bois où vider mon chargement – sans même lever les yeux sur moi. Sitôt fait, je repars avec mon panier vide. De nouveau, les ombres bruissent dans les broussailles.

Je retourne à mon labeur, là où je m’étais arrêtée. Je grimpe vers les chemins les plus escarpés, ceux qui mènent aux plus hautes « vagues » de théiers. Le chant des cueilleuses me parvient d’en bas :

 

« Cerisiers, cerisiers,

Sur les collines verdoyantes et les montagnes

Aussi loin qu’on peut voir.

Est-ce du brouillard ou des nuages ?

Parfum dans le soleil du matin… »

 

Il n’y a personne dans les environs. Pourtant, j’entends des cailloux rouler plus bas, derrière moi. J’avais pourtant adopté un pas léger… Qu’importe. À mon tour, d’une voix frêle, je me joins aux voix qui s’estompent :

 

« Est-ce du brouillard ou des nuages ?

Parfum dans l’air.

Viens maintenant, viens,

Regardons enfin ![1] »

 

Ce n’est même pas une chanson sur la cueillette. Une simple berceuse sur les fleurs de cerisier du printemps. Son air est entêtant et elle se retrouve sur toutes les lèvres, quelle que soit la période de l’année.

Là-haut sur la montagne, je quitte le sentier et pénètre dans une rangée d’arbustes : un bâtonnet peint en rouge, fiché au so m’indique où reprendre la récolte. Je travaille sur un rang tourné vers la vallée. La vue est belle. Rapidement la nature semble s’éveiller autour de moi : la végétation murmure et le vent se lève. Je me défais de la hotte et la pose au sol. Puis je baisse la tête, fais mine de replonger dans ma tâche.

 

Ils ne sont pas très patients.

 

À peine quelques secondes s’écoulent avant que mes agresseurs déclenchent l’assaut. Trois à droite, trois à gauche : ils émergent des lignes de théiers ! À la traîne à cause de son gabarit, Yoshito hurle :

— Attrapez-la !

Je traverse aussitôt la rangée d’arbres, tête la première. Un choc mou derrière moi et deux corps s’affalent : les gamins n’ont pas prévu ma réaction, ceux en tête se sont rentrés dedans.

— Bougez-vous ! crie le gros Yoshi’.

Je change sans cesse de direction : droite, à travers rang, gauche, à travers rang, gauche, à travers…

Un garçon maigrichon surgit devant moi, bras tendus. Sans m’arrêter, je me baisse et saisis une poignée de terre qui finit dans ses yeux. À peine lève-t-il les mains au visage que je lui décoche un bon poing fermé dans le ventre. Plié !

Celui-là mettra du temps à se relever…

Deux rangées de plus. Je descends la montagne, mes ennemis à la traîne. Je serai peut-être bientôt hors de…

Une grosse main traverse les feuillages et enserre mon bras ; Yoshito. Sa face émerge à son tour, rouge et en sueur. Dans son regard pulsent les veines éclatées.

Il veut me tuer !

J’abats mon autre patte vers sa face ronde, mais il s’en défend d’un geste. Ce n’était qu’une diversion. Je lui mords la main à pleines dents. Il hurle et resserre sa prise. Alors je serre la mâchoire, je mords avec plus de force, encore, encore et encore. Yoshito finit par lâcher mon bras, les larmes aux yeux et la main en sang.

Il tombe à genoux, vaincu.

— On ne m’appelle pas le chat sauvage pour rien, gros tas ! craché-je au faîte de ma colère.

Je ne suis pas tirée d’affaire pour autant : les autres sont toujours sur mes talons. Je me dirige vers la sortie des rangées de théiers pour retourner sur le sentier escarpé, où je serais plus libre dans ma course. Plus que cinq mètres à parcourir pour sortir des « vagues ». Puis trois. Deux. Un.

Ils m’attendaient !

Un garçon fend le rang de gauche et me ceinture par-derrière. Un autre, suivi d’une fille plus âgée, descend par le sentier. Les deux sont armés de bâtons, qu’ils brandissent déjà.

Je lève mes deux jambes, maintenue en l’air par le premier margoulin, et les lance bien tendues dans le foie du petit homme au bâton. Celui-ci s’effondre et entraîne la fille avec lui. Le gamin de derrière est surpris et relâche son étreinte : je tombe à terre. Quatre pattes au sol, je me sers de ma réception pour balancer une jambe dans ses pieds ; il choit à son tour. Je lui décoche un coup de talon dans la mâchoire pour le calmer.

L’air siffle devant moi. Je me jette de côté pour esquiver le coup de bâton. La fille le ramène à elle et, furieuse, elle relance l’attaque. Même pas le temps de me relever, je roule à terre. Soudain, quelque chose de dur sous moi : j’attrape le deuxième bâton et le lève juste à temps pour contrer l’assaut.

— Nous voilà maintenant à armes égales, lancé-je à la fille.

Je souris. Un passage du récit de Keiko, lorsqu’elle s’est battue pour la première fois contre des agresseurs, me revient en tête : « elle parvint à retourner l’arme de l’un d’eux contre lui. »

Je reconnais cette fille : Urumi, celle qui m’a bousculée lors de mon dernier jour de service chez les Kaerizaki, juste avant que je n’aperçoive Hoshino et Shôkichi.

Tu paieras pour tous les autres.

Elle ramène son arme à elle, puis tente une frappe horizontale.

Trop prévisible. Elle ne sait pas se battre.

Et moi j’ai déjà pris trop de coups pour mon âge ; je la bloque sans sourciller. Urumi enchaîne avec une attaque verticale brutale. Au lieu d’utiliser la force, je réceptionne son bâton avec le mien et l’accompagne pour le dévier à côté de moi. La fille est entraînée vers l’avant par son propre coup…

Je ramène subitement mon propre bâton et lui enfonce l’extrémité dans l’estomac. Un cri rauque s’échappe de la gorge d’Urumi. Son arme s’échappe de ses doigts et je laisse tomber la mienne. Je saisis mon assaillante vacillante par le col, et plonge mon regard dans ses pupilles tremblantes.

— Même les singes tombent des arbres, déclaré-je froidement.

Et je la pousse du plat de mes paumes. Elle lève un regard paniqué vers moi quand elle sent la gravité jouer de son emprise.

Un battement de bras, puis la chute. Urumi dévale le sentier rocailleux dans une descente de cris et de pierres, avant de quitter la piste au premier tournant. Quelques craquements ; elle disparaît dans les vagues vertes en contrebas.

 

Un oiseau pépie au loin, puis le silence retombe sur la Montagne du vent.

 

***

Je reviens à la cabane de Noboru, poings fermés jusqu’au sang et dents serrées à se fendre. Ledit contremaître sort, se dirige vers moi. Il lève sa baguette et prend un air courroucé quand il voit que je reviens si tôt et sans ma hotte.

Hors de question !

À mesure que j’approche, il semble se raviser. Si mon visage reflète la furie qui m’habite, je dois avoir un air terrible.

 

Je passe devant lui sans mot dire. Le sang de la colère bat une marche endiablée sous mes tempes. Je ne parle plus, je ne pense plus. C’est à peine si je respire. J’avise une cueilleuse qui sort de l’habitation après y avoir déposé son fardeau. J’approche et lui retire son panier des mains. Elle aussi ne réagit pas et me regarde bouchée bée, éberluée.

 

Je hisse la hotte sur mon dos et repars comme je suis venue. Je finirai cette journée de cueillette dans un coin tranquille.

Et que personne ne me parle.

 

***

Quand je me couche, le bleu vire au noir d’encre et le chant des criquets salue la chute du Soleil. Il m’a fallu une bonne heure de travail supplémentaire et une course à grandes foulées jusqu’à mon refuge pour enfin réussir à me calmer de cette fureur. J’ai le ventre tellement noué que je n’ai rien pu avaler. C’est alors que la fatigue s’abat sur moi : je m’effondre sans demander mon reste…

 

Nouveau matin. Le ciel est de la même couleur lorsque je me lève. Ai-je au moins dormi ? Si j’en juge par les étoiles qui naissent dans le village, au pied de la montagne, le monde est en train de se lever. Et il reste désespérément le même à mesure que je me dirige de nouveau vers la cabane du contremaître. Du moins, jusqu’au dernier kilomètre.

Dans les ombres de la forêt qui m’entoure, je perçois quelque chose.

Là, adossée sur ce tronc…

Cette silhouette qui m’observait lorsque les enfants de la maison Kaerizaki me battaient. J’arrête aussitôt ma marche et campe fermement mes deux pieds au sol. Posture de défense : bras levés devant moi, coudes fléchis, mains ouvertes et doigts joints. C’est comme ça, je crois, que se protègent les combattants au corps-à-corps, pour ce que j’en ai vu.

— Qu’est-ce que vous me voulez, à la fin ? lancé-je à l’ombre.

Celle-ci quitte son arbre. Je continue :

— Si c’est ma vie que vous voulez prendre, ayez au moins le courage de le faire en face de moi !

C’est ce qu’elle semble vouloir faire. Des pas nonchalants, une enjambée d’obstacles, puis la lumière.

Hoshino ?

— Ta vie ne m’intéresse pas, Yamaneko.

— Tu es pourtant bien trop présent autour de moi, rétorqué-je.

Il pose sa main sur la garde de son sabre. Le geste est las et lent, mais le message est clair. Je ravale ma fierté et piétine ma fougue devant le protégé de Maître Tôkaze.

— Si tu crois que j’ai un quelconque intérêt pour toi… , répond-il.

Le combat a déjà lieu dans nos yeux : nous nous toisons comme chien et chat, à l’affut de la première faille. Le temps semble s’être arrêté…

Mais il ne l’est pas. Une rumeur naît derrière mon dos. Elle s’amplifie rapidement : deux cueilleuses bavardent en se dirigeant chez Noboru. Elles nous dépassent et continuent leur chemin. Si nous faisons mine de ne pas y faire attention, il est clair que leur apparition a détendu l’atmosphère. Autant que faire se peut.

— Si tu n’as rien d’autre à me dire, je vais prendre congé et commencer mon travail, annoncé-je au jeune homme.

J’amorce ma marche et le dépasse sans lui accorder un regard.

— Je suis porteur d’un message, lance-t-il.

— Fort bien.

— Tu ferais bien de l’écouter.

Je m’arrête et me retourne avec la même nonchalance que lui.

— Un message… de toi… pour moi ?

— Je transmets un message. L’initiative ne vient pas de moi, sois-en sûre.

— Un message de qui ? demandé-je, soudain intriguée.

— Peu importe. Apprends juste qu’une fille qui travaillait dans la maison Kaerizaki est indisposée et ne peut pas reprendre son service.

— Et alors ?

— Alors, il y a la possibilité pour une autre de travailler bien au chaud pendant l’hiver.

— L’hiver entier ?

Je suis aussi étonnée qu’émerveillée par cette perspective.

— Une certaine idiote du nom d’Urumi se serait cassé la jambe, précise Hoshino. Akemi devrait être disposée à embaucher quelqu’un, pourvu qu’on lui prouve sa bonne volonté.

— Urumi ?

Je tressaille. Un rire nerveux s’échappe de ma gorge. Finalement, je tourne les talons et pivote dans l’autre sens. Je m’élance en direction du village, plantant là le jeune homme. La joie éclate dans ma tête comme une véritable fête en l’honneur de cette nouvelle aube.

 

***

 

 

« Il suffit parfois d’une heure pour acquérir une réputation qui dure mille ans. »

(Proverbe japonais.)

 



[1] Sakura sakura (« Cerisier, cerisier »), chanson traditionnelle japonaise. [retour]

 

Commentaires

Je crois qu'il manque un "ça" dans cette phrase : "C’est comme, je crois, que se protègent les combattants au corps-à-corps, pour ce que j’en ai vu."

On voit enfin Kagerô répliquer \o/ Go go ! Et bien sûr je ne peux m'empêcher de me demander si c'est bien la même Kagerô du prologue !
 1
mercredi 29 août à 18h28
Oups !
Eh oui, enfin : Kagerô va connaître des changements longs et nombreux, et j'avais hâte d'enfin la voir répliquer, comme tu dis^^
 0
mercredi 29 août à 22h36