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Julien Willig

lundi 31 janvier 2022

Sous des milliers de soleils, II - Nephel

Scène cachée

[Le mot de la fin]

Félicitations, vous voilà au bout de l’histoire ! Voici une dernière scène pour vous récompenser. Et merci pour votre lecture :)


Julien.


***


La Sujetterie n’oubliera jamais. Sur une douzaine de terres-plaques à la ronde, toute la population ocritienne put constater le chaos dans l’atmosphère lors de cette longue Fermeture.

“Une bataille, s’écria-t-on, une bataille dans le ciel ! Venez voir, vite !”

Ainsi se déroula le halo que le futur baptisera “l’Ascension”. Le brouillard d’argent et l’horizon de feu percés par cet étrange vaisseau blanc jailli des montagnes. L’apparition du vieux léviathan. Et les déchirures, les voiles éventés par les gerbes d’étoiles bleues et les traînes de fumées noires. Puis, enfin, l’orage : les ondes orange et les éclairs le long du Phylactère, comme une sphère colérique enserrant l’étoile-sanctuaire de son courroux de braises…


Peut-être fut-ce le cas.

Peut-être que la colère d’Ylüne s’abattit sur Ocrit, tel que le ressasseront les prêches et les sermons sous la quadrabranche. Alors seront justifiés les actes inquisitoires, les exécutions sommaires et les procès des hères soupçonnés de collaboration, de conspiration et d’hérésie. Alors seront considérées comme justes les réquisitions par ordre du saint Messager. Alors sera fondé l’Ordre d’Ylüne afin d’accomplir ces devoirs divins, et toute la Sujetterie craindra ses Paladins de feu.

Peut-être, comme l’oseront prétendre les esprits indépendants, l’exode de l’Alliance Néphéline érigea le premier jalon d’une nouvelle ère : le signe de l’espoir et de la liberté. Ainsi ce rêve justifiera-t-il les efforts des Sujettes, des Sujets prêts à se sacrifier pour cette cause juste, l’affranchissement d’un monde voué à sombrer dans la nuit éternelle. Les groupuscules deviendront sociétés secrètes, puis se fédéreront sous le Rassemblement des Sentinelles de Kosteth.


Et s’il existait une alternative ? Un penchant différent de la foi brutale ou de la rébellion armée ? Prôner la non-violence et la conciliation, voilà le bel idéal qu’il reste à construire…

C’est la pensée qui hante la Gargoule lors de sa traversée du désert. Elle n’a même pas attendu la fin du halo de l’Ascension pour partir. Le chaos, les ombres et la lumière, les autres Secteurs en lévitation dans le ciel… Emmitouflée dans son voile et son manteau des sables, elle a profité de l’élévation des terres-plaques dans l’atmosphère pour s’éclipser.

Elle n’a rien laissé derrière elle, car elle ne possède rien. Elle ne s’est permis qu’un mot d’excuse à l’attention de ses parents adoptifs.


Dimel, Nothalas, pardonnez-moi.


Un essaim de scarabées d’os se creuse une cachette sous le passage de Liliah, à l’abri dans l’ombre des dunes. Dans son dos, le vent lui vole jusqu’à ses traces.

Elle ne laisse rien derrière elle, car elle ne possède rien. La relique de Berïn s’est volatilisée lors d’une nuit tragique, disparue en même temps que son être aimé – d’après les dires, enlevé par une ombre pourpre. À quel dessein ? Était-ce là le terrible châtiment du Messager envers sa conduite ?

La Gargoule se raccroche à Sourcier, son destrier fidèle. Elle lui flatte l’encolure alors qu’il bronche sous les bourrasques ; rassuré, le coursier des trois plaines se décide à avancer.

Outre l’horizon trouble aux confins de la mer de sable, il n’y a dans l’avenir de Liliah qu’une simple préoccupation. Que laissera-t-elle derrière elle, si rien elle ne possède ? Le songe se modèle lentement dans son esprit, devient suggestion, puis conviction.

Elle aidera qui n’a rien. Les personnes les plus démunies de la Sujetterie ; elle assistera dans les malheurs comme dans la peur. Elle soignera, elle rassurera.

Ainsi germent les prémices de la Compagnie de Pénitence de Zvat. Que les fidèles le soient pour les vivants et non seulement pour les déesses, et que soient honorées les vies sur lesquelles veillent les astres.


Une autre pensée demeure, prégnante obsession qui l’alourdit jusque dans ses chairs alors qu’elle s’enfonce dans le crépuscule. Le monde s’efface au bord de la nuit, nimbé des bandes ocre du fond du ciel et des premiers chatoiements stellaires. Et Liliah projette son esprit parmi les étoiles, effleurant sans le savoir la présence de celui qui les habite.

Un murmure se perd dans la brise :

« Mon aimé… me reviendras-tu ? »


***

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