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Julien Willig

vendredi 20 mars 2020

Sous des milliers de soleils, II - Nephel

Psaume IV

[Résumé des chapitres précédents]

Abriel et son équipe, les gredins œuvrant pour le bandit Arkon ou libérés des geôles de l’Obscurie, ont découvert le Tombeau du Messager. Si Thalie, sa partenaire, a trahi Abriel en révélant au grand jour son appartenance à la Rébellion Néphéline, tous ont momentanément mis leurs différents de côté pour faire face à une menace plus urgente : les morts-vivants tirés des tombes pour attaquer les intrus. Or, ceux-ci ont été réveillés par la Primae, gardienne de l’entrée des lieux, suite à une mésentente entre elle et le commandant Cédalion ; ce dernier souhaitait pénétrer dans le lieu saint du Mausolée pour appréhender l’équipe d’Abriel, les vrais mécréants. Malheureusement, cette diversion risque bien de leur présenter une opportunité de fuite…


***


[Des explosions ébranlent la cité d’Élanis, devenue champ de bataille. Liane Vestine saute sur une motomonture échouée et la démarre vigoureusement.]

Liane Vestine : « Montez ! »

[Le rescapé qui l’accompagne piétine.]

Rescapé, hésitant : « Mais les bahamuts vont amorcer leur bombardement. »

Liane Vestine, pressante : « Raison de plus pour ne pas traîner ! »

[Le rescapé jette un regard tremblant sur les environs. Une détonation le fait sursauter, et il se jette sur le siège derrière l’aventurière.]

Rescapé, inquiet : « Vous n’espérez tout de même pas échapper à un raid obscurien avec une motomonture ? »

Liane Vestine, déterminée : « Je vous laisse l’espoir ; faites-moi confiance. Et accrochez-vous. »


(Script du feuilleton photomobile Liane Vestine, l’exploratrice, Épisode 7 : « La bataille d’Élanis ».)



La résistance est rude ! Cédalion aurait donné cher pour avoir ne serait-ce que Lyuba à ses côtés. Son cœur ne désemplit pas de colère envers lui-même : avoir cillé suite à la déclaration fallacieuse d’Abriel, vraiment…

Esquive, reculade, pas-chassé : à l’abri derrière un pilier. La lame du Novarien à la peau sombre siffle une dernière fois avant qu’une voix ne le tire en arrière. C’est la femme, la Rebelle aux yeux vairons que Cédalion a rencontrée sur la place d’Ylüne après la bataille – une Néphéline, son intuition avait vu juste !

Abriel, le pillage de tombe était infâme, mais… la Rébellion Néphéline, vraiment ?

Analyse de la situation. Le sabre du commandant est perdu au milieu de la horde de revenants, limaces décérébrées dégoulinant dans le Mausolée – seule leur bousculade les empêche d’investir déjà la pièce. Et l’Oblitorion ? Là, à peine deux enjambées à droite, buté contre le mur.

Trois secondes se sont écoulées depuis la mise à couvert de Cédalion. Il entend le sabreur volter sur la grille du sol : la voie est libre. Le commandant passe la tête hors de la colonne, distingue son adversaire entraîner Abriel et la Néphéline vers la direction opposée à l’entrée. C’est une autre porte, forcée par un Rhakyt en plein effort, lui-même protégé par une curieuse Hydre à l’œil bandé.

Laetere, vous auriez vraiment perdu une combattante ?

Les Rebelles atteignent l’ouverture. Le Rhakyt va lâcher. Et les momies animées qui titubent jusqu’à Cédalion…

Purin d’écailles.

Agripper l’angle du pilier. Propulsion, course : droite-gauche, souple. Ramasser l’Oblitorion d’une main sûre. La sortie ? Le Rhakyt abandonne la cloison et disparaît ; les battants se rapprochent. Ruée… ça passe !

L’huis se ferme lourdement. Cédalion chancelle, halète. Il prend appui sur le mur le temps de dissiper l’essaim qui lui bourdonne les yeux. Encore une porte franchie de justesse – Seigneur-guide, faites que ce soit la dernière.

Les échos d’une cavalcade s’entrechoquent jusqu’à lui. Un nouveau tunnel : pierres brunes, grossières torches bien moins élégantes qu’à l’entrée du Mausolée et plafond sans texture – aussi accueillant que le couloir du vicaire Neptis. Au sol, le sable est raviné par une fuite d’empreintes. Cédalion active son Oblitorion et reprend la poursuite.


***

« Abriel, contactez l’amphiptère et prévenez-le d’un décollage imminent ! »

Elle manque pas de souffle, Thalie. Au propre comme au figuré.

« Faudrait savoir… du coup vous… me trahissez ou pas ? »

Moi j’en peux déjà plus.

Sans interrompre sa course, Béor claque son poing contre le mur ; des miettes s’en échappent et, le temps que j’atteigne le niveau de l’impact, constellent ma crinière.

« C’est ça ou on est morts ! », qu’il beugle.

Pas faux. Oreillette.

« Petit Angelot, ici… Gallinet et Rhinoptère. Préparez-vous à décoller dans… pff, magnez-vous en fait.

— Euh, bien reçu Gallinet, souffle Saren. Vous arrivez par où ?

— Sais pas, dis à Angelot Deux d’ouvrir la soute.

— D’accord, on fait comme ça. Petit Angelot, terminé. »

Cette nonchalance… j’le réveille ou quoi ?

Une éternité plus tard, un cul-de-sac. Thalie freine, dérape dans la poussière, et se rattrape à la paroi qui nous bloque la route.

« La voie est close, souffle-t-elle. Merdelle[1] ! »

Et d’abattre son poing dessus. Chacun s’arrête : Myriel et Darse en retrait, Béor bras croisés pour réfléchir. Et moi qui regarde autour, quand les autres butent devant.

Pitié, pas d’énigme. Pas. D’énigme.

J’avise un petit renfoncement sur la droite, presque invisible sous la danse des flammes. J’y passe les doigts. Un levier ? Allez !

Tremblements. Des filets de sable bavent du sommet. La cloison rocheuse commence à s’effacer dans mon côté de mur. La Damoiselle d’Ormen recule et se retourne, visage ouvert de surprise jusqu’à me voir, main sur la commande. Elle récompense mon clin d’œil par un sourire franc – mon cœur semble déjà s’envoler avec l’amphiptère, tout n’est peut-être pas fichu. Derrière, la porte s’est ouverte, révélant notre véhicule parqué dans un silo marqué “Douve-6”.

« J’avais raison ! »

Thalie ignore ma posture de victoire et lance :

« Allons, à bord ! »

J’ai beau me débrouiller à la course, je me retrouve encore dernier. Darse fuse, ses jambes l’emportent jusqu’à la rampe avant même qu’il comprenne. Myriel suit et s’arrête en bas de l’amphiptère, sabre en main. Béor prend Thalie de vitesse… non, il la prend dans ses bras en fait, et se propulse avec ses muscles lithiques et son sang magmatique.

Et… et moi ?

« Attendez-moi !

— Magne ! », gueule le sabreur.

Les autres sont déjà dedans. À trois mètres de moi, le Lumineur grimpe la rampe. J’entre, enfin !

Myriel se rue dans la cabine de pilotage :

« Tout le monde est là, on y va ! »

Le vaisseau tremble et commence à s’élever. Malgré mes poumons vides, je me redresse histoire de conserver un semblant d’équilibre, seul dans la soute.

C’est à ce moment qu’on me tire en arrière.


***

Cédalion quitte le couloir quand les patins de l’amphiptère délaissent le sol. La rampe d’embarquement se rétracte : c’est sa chance ! Le commandant bondit, fléchit les genoux… et le voilà à bord.

Le vaisseau décolle.

Dans la soute, la porte reste ouverte sur l’extérieur. Une seule présence, dos à lui : Abriel. Cédalion le saisit à l’épaule et tracte en direction du vide. Sa cible jure, tend un bras et se rattrape au premier relief qui passe. L’impulsion est bloquée, mais le commandant profite du contrecoup pour se lancer au centre de l’espace.

Tangage. Les deux Novariens cherchent leur équilibre.

« Saren, aspics en approche, informe une voix féminine depuis le poste de pilotage.

— J’ai pourtant transmis les codes de décollage, répond un homme. Qu’est-ce que vous avez fichu, en bas ? »

Cédalion braque Abriel, Oblitorion chargé.

« Tu viens avec moi. Mort ou vif. »

Cet effronté lève les yeux au ciel !

Une autre voix réagit à l’avant :

« Il y a quelqu’un dans la soute ! »


***

Thalie investit la cabine de pilotage, s’appuie sur le dossier de Kia pour respirer.

« Tout le monde est là, lance Myriel en entrant à son tour, on y va ! »

L’artilleuse n’a d’yeux que pour Darse, candide observateur du tableau de bord, mais Saren pivote et interroge Thalie du regard. Elle hoche la tête pour confirmer.

« Décollage, informe le pilote. Tout va bien, damoiselle d’Ormen ? »

Elle sourit, trop vidée pour articuler. Et resserre sa prise sur le dossier quand le vaisseau tremble en s’élevant.

Abriel est resté dans la soute ? pense-t-elle. Je vais dire à ce nigaud de fermer la porte extérieure. Et d’autres choses, peut-être : elle s’en veut d’avoir paniqué devant le Messager. À peine un pas plus tard, elle se fige suite à la déclaration de Kia :

« Saren, aspics en approche.

— J’ai pourtant transmis les codes de décollage (froncement de sourcils envers Darse, derrière lui). Qu’est-ce que vous avez fichu, en bas ? »

Thalie repense à sa dernière course-poursuite en amphiptère. Une légère nausée monte, et c’est en titubant qu’elle s’apprête à gagner la soute. Soudain, une voix :

« Tu viens avec moi. Mort ou vif. »

Abriel !

Myriel se retourne :

« Il y a quelqu’un dans la soute ! »

Thalie s’élance. Explosion. La porte crépite et se ferme devant son nez.

« Abriel ? »

Elle cogne. Le sabreur la rejoint et agit de même, tout comme Béor.

« Abriel ! »


À l’avant, Saren secoue la tête pour diluer sa confusion.

« Sortie du silo, informe-t-il Kia. Les aspics ?

— Vecteur d’interception.

— Je l’avais dit que c’était une connerie, ce plan. (Il actionne les boucliers, puis la communication radio :) Escadron Alfar, ici Petit Angelot, demande rendez-vous à point de rencontre avancé. Je répète, rendez-vous à point de rencontre avancé.

— Ici Alfar Deux, bien reçu Petit Angelot. Convergence vers point de rencontre avancé.

— Attendez-vous à chasser des mouches. Petit Angelot, terminé. »

Saren souffle et remue dans son siège.

« Ça ira ? demande l’artilleuse.

— À croire qu’Abriel sème le grabuge comme une araignée vorpaline ses œufs. (Il lève ensuite le menton par-dessus son épaule :) Accrochez-vous, ça va secouer ! »


***

« Tu viens avec moi. Mort ou vif. »

Sans déconner. “Salut, Ced’, comment ça va depuis le temps ? On se boit un verre ? Pour moi ça sera un p’tit sang de dragon.”

Myriel braille depuis le poste de pilotage :

« Il y a quelqu’un dans la soute ! »

Oui, je confirme. C’est marrant, j’ai tellement redouté ce face-à-face qu’à présent, après cet interminable foutu halo, je n’en ressens plus aucune tension. Pourtant, le sérieux revient me percuter en plein dans la tronche ; ça commence avec un galop amorcé dans la cabine. Du coin de l’œil, Thalie se précipite. Cédalion pivote. Dresse l’Oblitorion.

Non.

Je me jette en avant.

Pas ça.

Tir. Trop tard !

La gerbe explose sur une interface de commande. Un panneau coulisse, fermant la voie juste avant que la Novarienne ne l’emprunte. Thalie est sauve, j’en frémis de soulagement.

Dans les résidus de gaz bleu, la carrure d’une silhouette solide se découpe en nuances pourpres. Cédalion rive ses yeux sur moi. “Enfin seuls”, déclare son visage.

Mon poing part.


***

Un impact enfonce la tempe de Cédalion.

« Jamais j’y retourne ! »

Abriel se jette sur lui. Il ne tente pas de désarmer le commandant – sa prise est trop bien assurée. En revanche, il le ceinture, balayant la menace de l’Oblitorion par sa proximité. Piètre coureur, mais toujours bagarreur !

Rapport de force. Un pas en avant, un en arrière. Ça tangue encore. L’intérieur de la soute, toujours ouverte, s’éclaire d’orange : le vaisseau sort du silo. D’un coup de crâne, Cédalion désoriente Abriel. La prise se relâche, le commandant la démantèle pour de bon en écartant les bras, puis repousse l’adversaire.

Derrière Abriel, l’horizon se dessine dans le ciel de l’après-midi derrière le château de Béthanie. Au fond, nets au-devant des montagnes érodées par les flaques d’air chaud, des aspics. Interception dans quelques minutes.

Le commandant met en joue.

« C’est ta dernière chance, Abriel. L’amphiptère ne s’en sortira pas. »

Une lueur de défi scintille dans ses yeux : cet inconscient n’abdiquera jamais. Cédalion se résout à le neutraliser.

« Accrochez-vous, lance le pilote, ça va secouer ! »

Quart de tour fulgurant. Cédalion sacrifie sa mire pour la sauvegarde de son équilibre. Abriel mise l’inverse : mains ouvertes, il se jette en avant… rate le commandant et va s’effondrer au fond de la soute.

« C’est trop facile », raille Cédalion.

Un cri d’artillerie explose à l’extérieur. Les aspics. Détonation : le blindage frémit. Impact partiel, juge Cédalion, absorbé par les champs énergétiques du bouclier. L’amphiptère ne tiendra pas trente secondes à ce rythme.

Abriel se ramasse dans un grognement, se redresse comme il peut en s’accrochant aux murs avec, toujours, ce masque rogue lui fermant le visage. Cédalion marche vers lui. À la lueur du Phylactère et du plasma qui file au-dehors, il peut voir les cicatrices écorchant la face de son capitaine. Bien plus que lors de son service à l’Obscurie, constate le commandant. Seigneur-guide, qu’est-ce que leurs séances d’entraînement lui manquent !

Abriel appuie ses membres sur la paroi, prêt à bondir. Cédalion coupe l’opportunité : il dévore la distance et presse son canon contre le plexus de l’adversaire, bloqué. L’autre inspire fort, et le commandant le détaille encore : la chemise noire et le pantalon pourpre de son ancien uniforme, maculés de poussière et de sang, lacérés de griffures profondes ; les crins ébouriffés, la barbe en bataille… Le cœur de Cédalion se serre : même avec son respirateur sur le visage, c’est ainsi qu’il pensait l’avoir toujours connu. Hors du temps.

Le vaisseau s’abîme dans des mouvements amples : ils seraient tombés s’ils combattaient toujours. Les iris du capitaine calculent, entraînés dans une course plus endiablée que l’amphiptère encore. Il va faire une bêtise. Cédalion jauge aussi, tente de le prendre de vitesse. Direction estimée : le désert. Altitude : décroissante, afin d’échapper aux tirs des aspics à la faveur des reliefs.

C’est sa chance.


***

Thalie se ronge les sangs – ou la lèvre, le goût est le même. Alors que Myriel et Béor essayent de forcer l’ouverture de la soute, elle trépigne, Peccamineux en main. Comment ai-je pu manquer de prudence à ce point ?, se fustige-t-elle. Si près du but, elle se tuerait de perdre l’objet de sa quête. Et Abriel…


Aux commandes, Saren lutte pour soustraire son appareil aux tirs ennemis.

« Sainte orgie, sacre le pilote, comment Abriel fait pour survivre à ça dans son rafiot ! »

Kia pose les doigts sur son avant-bras.

« Tu vas y arriver. Il serait trop content de s’être montré meilleur que toi : ne lui laisse pas cette chance.

— Bien d’accord ! »

Virage bâbord. Contre-virage tribord, tonneau vers le haut, piqué vers le bas.

« Petit Angelot, ici Alfar Deux. On vous croise dans dix secondes.

— Je vous vois, Alfar Deux.

— Manœuvre d’évitement serré préconisée. Vous confirmez ?  »

Double boum à l’arrière.

« Plus que jamais, s’enthousiasme Saren, défoncez-les ! Eh, à l’arrière, ça va encore secouer ! »

En tournant la tête, il manque de heurter le museau de Darse : l’Hydre bave d’excitation sur son épaule.

« Garde tes distances, petit ! »


Thalie n’écoute pas. Elle n’entend pas, plutôt. Ses ongles triturent sa robe, ses doigts achèvent les coutures harassées alors qu’elle observe Béor pousser la porte dans l’espoir de la faire coulisser. Myriel, aux mains plus fines, lutte pour saisir le bord du panneau dès qu’il apparaîtra. La Damoiselle d’Ormen ne respire pas, ne frémit plus ; son corps en tension n’est qu’attente.

« Attention derrière, annonce Saren, embardée dans cinq secondes – on laisse passer les copains. »

Thalie n’enregistre pas. Son esprit martèle le champ des possibles : si seulement elle était restée avec Abriel, si elle avait gardé sa confiance.

« Trois. »

Une petite voix remonte ses songes en lui soufflant que “si” n’existe pas. Béor gronde au même instant : un fil de jour naît du cadre de porte.

« Deux. »

Myriel passe un membre et bande les muscles.

« Un. »

La porte commence à s’ouvrir.

« Interception ! », s’époumone le pilote.

Les alfars vrombissent dans le vecteur que l’amphiptère leur abandonne.


***

« Personne n’échappe à l’Obscurie, capitaine L.XIV/2. Je t’offre une dernière chance de la servir plutôt que la subir.

— Crâne de scrofineux, va bien te faire…

— Interception ! »

Mon dos décolle, mon cœur s’envole. Une embardée ! Les moteurs nous assourdissent et la pesanteur nous appelle par l’ouverture de la soute. Cédalion commence à basculer en arrière, et se dessinent derrière lui les premières falaises de la mer de sable. Puis des hurlements de rafales rapides : l’Escadron Alfar entre en piste !

Des cris de muscles viennent de la cabine. La porte cède laborieusement sous les bras de Béor et Myriel. Et Thalie qui s’élance, pistolet à la main. Écarquille les yeux, s’exclame. Et court toujours.

À nouveau, Cédalion pointe son arme sur elle.


C’est le moment d’affronter mon destin. Le moment de pousser, de mes jambes et de mes mains, sur le rempart dévot qui me séparait du vide. De quitter cette arène où je bataillais contre mon plus formidable adversaire. Le moment de gueuler ma rage, d’entraîner le colosse au crâne rasé vers un nouveau terrain de combat. De le percuter de tout mon être, de le précipiter dans l’ouverture aux miasmes de vent et de poussière, à l’atmosphère crépitante de plasma et de carburant en combustion.

L’ai-je fait ? Oui.

Ai-je sauvé la Damoiselle d’Ormen ? Oui.

Alors que je le percute, que Cédalion écarte les bras et laisse échapper son arme, happé par le dehors, le temps m’offre la grâce de tourner la tête et de capter, l’espace d’un battement de cœur manquant, le visage de la Novarienne qui s’élance, le désespoir dans l’être. De voir sa main arrière saisie par Myriel, cramponné au cadre de porte. D’effleurer sa main avant, tendue au-delà d’une distance galactique, quand s’élève le cri de l’âme de Thalie…

« Abriel ! »

Nos regards se touchent. Tout m’échappe, je rate l’occasion. Sa main, son cœur. Le vide m’attrape et m’entraîne. L’amphiptère disparaît dans un nuage de poussière ; Thalie ne subsiste que dans mes rétines.

Et je tombe.


***




[1] Olah ! C’est à moi, ça, elle me la vole encore ! [retour]


Commentaires

Voilà, ça c'est ce que j'appelle des retrouvailles ! Et ça finit en chute libre, parfait haha
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Exactement x)
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