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Julien Willig

samedi 20 novembre 2021

Sous des milliers de soleils, II - Nephel

Psaume XXXVIII

[Résumé des chapitres précédents]

La Médaille du Messager a guidé Thalie jusqu’à Jorus, l’arche néphéline dissimulée dans les astéroïdes du Croc du Serpent. Suite à une bataille spatiale particulièrement intense, l’Alliance Néphéline a pénétré les hangars du vaisseau antique… mais la situation est loin d’être réglée. Il va falloir que la Médaille soit insérée sur le Sceau du Pouvoir, planqué dans la machinerie de l’appareil, pour que l’Alliance en prenne le plein contrôle. En attendant, rien n’empêche les forces obscuriennes de se poser à son tour dans les hangars, malgré une résistance acharnée de la part des Néphélins. Pour couronner le tout, Lyuba s’est échappée et se dirige vers la passerelle du Sylvaer. Cédalion, lui, est en route avec un contingent d’Hydres pour mater une fois pour toute cette rébellion.


***


« Mila, tu te souviens de lui ? Larïm, le premier lieutenant du Grand Vâzir.

Il m’a reconnue – comment m’oublier, me diras-tu. M’agrippant fort le bras, il m’a entraînée à l’écart – il n’a eu aucun égard pour la Gargoule à mes côtés. Je lui ai alors décroché mon plus beau sourire, mes yeux les plus humides.

Bien sûr, il n’a rien voulu entendre ; il s’est contenté de me fouiller avant de juger s’il devait me traîner devant son maître… ou dans sa chambre.


Attends, je te vois déjà t’inquiéter pour moi. Sache que je le laissais croire qu’il maîtrisait la situation. Du moins, assez pour le laisser récupérer le collier de topaze que j’avais prélevé en plus de la broche dans les réserves – le véritable motif de ma venue, crut-il alors. Et pour partager cette vieille bouteille de vin bleu qui n’espérait que mon retour. Une fois saoul, il me fut très aisé de le neutraliser avec cette prise paralysante que j’appris au Temple des Écorces.

Le planhin subtil, quelle beauté. La meilleure manière d’éconduire ses anciens amants. »


(Lettre de Liane Vestine à Mila du Rel – conservation MHiPop, le Musée d’Histoire Populaire de Nybel)



Ça cogne dans la cale.

« Abriel, c’est coincé !

— Ça va, Dunelle, j’arrive ! »

Mais jamais on me lâchera la grappe ?

Je tire le petit couteau de survie sous le tableau de bord, tranche le harnais qui retient Alyce.

« Eh, gamin, oh. »

Je lui tapote la joue.

« ’suis pas un gamin, ânonne le gamin.

— Bon, t’es vivant.

— ’s’est passé quoi ?

— On a atterri un peu rudement. Regagne le Sylvaer, il est dans le hangar à notre gauche. Fais vite, ça va chauffer dans peu de temps. »

Je retrouve l’artilleuse à l’arrière, en train de batailler avec la porte coulissante. Je charge mon Oblitorion ; Dunelle lève les paumes.

« Pardon, mon commandant, je ne voulais pas vous agacer.

— Très drôle. Écarte-toi. »

Une détonation, et la serrure saute : nous ouvrons la paroi d’un coup de pied. La Lumineuse déploie la rampe et s’apprête à descendre. Je la retiens.

« Oui ? »

Cette hâte. Elle paraît si jeune, presque autant qu’Alyce ; je lui demande de veiller sur lui et de l’escorter jusqu’à la frégate.

« Mais… l’Obscurie, dans les autres hangars ?

— On ne rayonne pas moins à protéger les siens qu’à mourir au front, crois-moi. »

Elle opine, à regret, et je descends.

« Sylvaer, où se trouve le deuxième léviathan ?

— Il sera sur nous dans moins de deux degrés.

— C’est le temps qu’il nous reste pour repousser les pourpres et démarrer cette antiquité, c’est bien ça ?

— Affirmatif. J’envoie vos troupes à votre rencontre : prenez possession de la machinerie, nous irons investir la tour de commande. »

Je me précipite vers le fond du hangar. Tout autour, les amphiptères ouvrent le feu : l’Obscurie est déjà là.


***

L’architecture interne de Jorus se dévoile à travers le dôme du Sylvaer. Les longues poutres et leur armée de rivets, les arcs ouvragés en métal brossé, les engrenages à l’arrière des lourdes portes… qui ne se ferment pas.

« Thalie, il est temps. »

Janel dégaine son sabre, Myriel en fait de même.

« Allez rejoindre Abriel, retrouvez le Sceau de Pouvoir. Laurélise, escortez-la. Tout l’équipage derrière Philandre : nous allons prendre le commandement de ce vaisseau !

— Vous n’irez nulle part. »

Une voix saturée… le masque obscurien ?

La boule au ventre, Thalie se tourne vers la porte bâbord. Lyuba fait irruption sur la passerelle, une dizaine de Sylvariens avec elle. Les sabres luisent, les pistolets cliquettent alors qu’on les brandit. Glapissements de surprise : le personnel de navigation recule sur la plateforme en croissant de lune, hagard. La sœur et le frère Inomel, en revanche, font face : même posture, même lame, même couleur de peau où les tatouages gravent leur conviction dans le gouffre de la nuit.

« Les carins quittent le navire, commente Janel.

— Garde tes insultes, hérétique, crache Lyuba. Vous retournerez devant le Messager, de gré ou de force. »

La lieutenante brandit ses dagues, prête à se battre. Ses sbires en font de même. Myriel, lui, éclate de rire :

« Avec cette piétaille ?

— Paix, mon frère, tempère la Palatine. Lyuba, nous vous avions laissé une chance. Et vous, là derrière. Avex, Nevin… l’espoir vous tendait les bras.

— “L’espoir” ? crache Avex, le plus jeune des traîtres. Un calvaire de combien de cycles à travers les dangers d’un espace inconnu, à servir de larbin dans une cage rouillée ?

— Avex, intervient Philandre, vous vous disiez décidé à prendre part aux manœuvres sylvariennes. »

Tout tremblant qu’il soit, le chambellan a lui aussi tiré son arme, bien qu’il n’ose la pointer encore. Avex passe une main dans sa crinière rebelle avant de rétorquer, la voix chargée de venin :

« Oui, chambellan. À la piraterie, pas à l’union forcée avec ces illuminés. »

Myriel fait un pas en avant. Les lames se brandissent, à quelques centimètres du premier heurt.

« Attention, toi.

— Vous nous avez pris Khoras avec vos manigances, assène Nevin à côté. L’halo-ci, nous redressons les choses.

— Avec les visages bleus, donc.

— Il suffit, coupe Lyuba. Pirates, à l’attaque ! »

Deux insurgés tombent sans même tirer ; Laurélise recharge son arbalète et entraîne Thalie à l’arrière. Myriel s’élance, esquive des lames lestement et, d’un coup de taille, désarme un troisième gaillard dans une gerbe de sang. Le Peccamineux crache une salve dans le vide avant de choir au fond de la chambre palatiale.

Il ne reste qu’un dernier pirate prêt à ouvrir le feu. La Damoiselle d’Ormen tâte sa ceinture. Rien. Panique…

J’ai laissé mon pistolet à Eshana.

Laurélise tarde elle aussi, une seconde de trop. Son carreau fuse, traverse la gorge du tireur, mais le plasma illumine la passerelle et Janel vacille, atteinte à l’épaule.

« Ma Sœur ! s’écrie Thalie.

— Ça ira. »

Elle l’arrête d’un geste, la main ouverte dans son dos… tremblante.

« Trouvez le Sceau de Pouvoir, accomplissez votre devoir. Nous nous chargeons des insurgés. »

Laurélise entraîne Thalie à la porte tribord alors que celle-ci peine à décrocher son regard de la Palatine. Philandre exhorte l’équipage à le suivre. Tout le monde quitte la passerelle, les yeux humides diluant la dernière image qui s’imprime : la sœur au laticlave blanc, le frère au long manteau noir, dos à dos face aux renégats revanchards et à l’obscurienne avide de sang.


***

La cocatrice tremble dès qu’elle pénètre le vaisseau antique. Cédalion reconnaît les vibrations : il ne s’agit pas du champ de force, mais des tirs d’artillerie. Sur l’écran photomobile, les alfars et les lindorms stationnés pilonnent les transports de troupes obscuriens.

L’image tressaute, puis s’éteint. Dans la même seconde, une détonation ébranle le véhicule. La Gargoule de pilotage braille :

« Le propulseur droit est touché, accrochez-vous ! »

La cocatrice gîte. Cédalion et ses sous-officiers agrippent les mains courantes tandis que la gravité s’affole. Un impact les précipite à genoux.

Crissement…

Silence.

Odeur de brûlé. L’Hydre de liaison dégrafe son harnais et se tourne vers eux :

« Nous avons atterri.

— Débarquement, tout le monde ! ordonne Cédalion. Soyez hardis, et que la main du Messager guide vos armes. »

Les Oblitorions vrombissent. Le commandant actionne l’ouverture d’urgence : la porte saute vers l’extérieur… et le chaos éclate.

« En avant ! »

Des gerbes de bleu. Un flamboiement jaune. Une autre cocatrice gît loin devant, rongée par un nuage noir, entourée d’autres cadavres volants. L’odeur âcre de la bataille les agresse et un fumet plus doucereux, métallique, les prend au cœur : celui des Hydres déjà tombées, plastron éventré et griffes écartées sur le vide.

Cédalion saute le premier, guidant ses subordonnés. Chacun tâche d’éviter le plasma qui crache autour d’eux, qui s’écrase sur le blindage de la cocatrice. Dans un lourd cliquetis, les compartiments latéraux s’écartent : les parois se soulèvent à l’horizontale, dévoilant tous les “œufs”. Les sphères s’ouvrent et les Hydres se déploient au sol après une réception parfaite. Prêts au combat, les trente reptiles déferlent.

D’une glissade, le commandant se jette à couvert derrière une épave embrasée : un aspic téméraire abattu par les astronefs rebelles. Une poignée d’Hydres imite son exemple. À la suite, trois autres se font tailler en pièces.

« Kymël, regroupez vos troupes des hangars gauche et envoyez une escouade soutenir Lyuba sur la passerelle du Sylvaer. Suivez les coordonnées transmises par son communicateur, elle a dégagé la voie. »

Le reptile de tête acquiesce, ses écailles blanches et orange nimbées du bleu de l’artillerie ennemie.

« Quant à vous-même ici, à vos explosifs : détruisez-moi ces chasseurs pour de bon. »


***

« A… attends… »

Alyce agrippe l’un des nombreux piliers du couloir, la peau en feu, les poumons de même. Son front s’applique contre l’immense poutre d’acier.

« Loué soit le froid spatial… », soupire l’adolescent.

Dunelle se retourne, vingt mètres plus loin. Son laticlave claque dans le vaste espace, dévoile un instant le sabre dans son dos. Elle abaisse son arbalète et laisse sortir son souffle.

« On n’a pas le temps, Alyce, le Sylvaer va replier sa rampe !

— Je… n’y arriverai pas. »

Elle accourt.

« Tu es blessé ?

— Non, je… »

Une nouvelle chaleur envahit son visage.

« Je n’en peux plus, je suis crevé. »

Il les a bien remarqués, les membres athlétiques de la Lumineuse. L’énergie de sa dévotion, la vigueur qui la porte malgré ses pieds nus[1]. Et lui qui crache ses poumons dès qu’il use de ses jambes.

Derrière elle !

À l’autre extrémité du large corridor, une demi-douzaine d’Hydres s’avance au bout de leur fusil d’assaut. Dunelle volte alors que la voix reptilienne leur parvient :

« Hérétique ! »

Le plasma déchire le vide. Dunelle agrippe l’adolescent et l’entraîne derrière la poutre. Le métal brossé encaisse les décharges… pour l’instant.

« La voie est close, constate la Lumineuse.

— Sans blague. On fait quoi ? »

Elle penche la tête et lève le bras. Un double “tchac !” et elle se rabat – des lances bleues la frôlent.

« Il en reste quatre, affirme Dunelle.

— Tu as assez de flèches ?

— Ce sont des carreaux. »

Alyce s’étrangle. Et elle qui garde son calme, impassible…

« Non, répond-elle après avoir fermé les yeux un instant. Je n’en ai que deux, les autres sont plantés dans les Hydres qui gisent autour de Vérin.

— Vérin ! »

La solution était là, si évidente ! Alyce agrippe les bras de Dunelle. Comment peut-elle le fixer comme ça, sans comprendre ?

« Rebroussons chemin, explique-t-il. Le Sylvaer est inaccessible, nous nous mettrons à l’abri dans notre hangar. »

Elle fronce les sourcils, confuse.

« Attends. »

Dunelle se penche, et tire.

« Plus que trois. Tu disais ?

— Retournons à l’intérieur de Vérin.

— Mais… »

Une nouvelle salve leur fait courber les épaules. Les Hydres se rapprochent…

« Alyce, notre hangar est en pleine bataille, les amphiptères et les lindorms se font exploser !

— Oui, ceux qui tirent ! Vérin est déjà en piètre état, l’Obscurie n’en aura que faire. »

Elle ne comprend toujours pas.

La Lumineuse décoche son ultime carreau. À son cri de victoire, l’adolescent devine qu’elle a touché sa dernière cible. Si les deux reptiles restants savaient, ils rappliqueraient pour les descendre à bout portant…

« D’après les plans, explique-t-il, le hangar de Vérin et celui du Sylvaer sont ceux qui mènent aux parties stratégiques du vaisseau : le pont et la machinerie, entre autres. C’est là que toutes les Hydres vont se ruer, bien avant d’inspecter toutes les épaves ! »

Soudain s’éclairent les yeux de Dunelle. Une moue joyeuse naît… et s’éteint doucement.

« Mais si ces écailles nous suivent… »

Elle dresse un pouce piteux pointé par-dessus l’épaule. Alyce ouvre la bouche sans qu’aucun son n’en sorte. Une voix éraillée prend la place :

« Rends-toi, Lumineuse ! Tu es seule, je suis légion. »

Une cavalcade s’amplifie au loin : l’Hydre va recevoir des renforts. Dunelle, pourtant, sourit.

« La Dracène n’a d’yeux que pour moi. Parfait. »

Elle tire sa lame sans changer d’expression.

« Le fond de notre hangar mène à la machinerie, tu es sûr ? »

Alyce opine. Alors, la Lumineuse tire une petite boule de sa ceinture.

« Quand je jetterai ceci au sol, une épaisse fumée va en sortir. Cela ne durera que quelques secondes, mais tu pourras courir en arrière. Ne traîne pas cette fois !

— Mais, et toi ?

— Je sais où aller. Les Hydres ne te suivront pas. Prépare-toi. »

Le doute le prend soudain. Il se souvient de son visage sinistre alors que Serah n’est pas revenue, il y a quelques degrés à peine.

« Att…

— Maintenant ! »

Dunelle éclate la sphère au sol. Le couloir se voile et les éclairs bleus fendent l’air.


***

Thalie n’aurait jamais cru voir Philandre se révéler ainsi… surtout en pleine bataille. Peut-être la vision de la Palatine blessée éveilla en lui le feu qui bouillonne dans son timbre profond. À moins qu’il ne s’agisse de la perspective imminente de voir le Sylvaer, l’œuvre de sa vie, envahi par l’Obscurie. Quoi qu’il en soit, il n’a pas hésité à imposer ses initiatives pour le bien de l’Alliance.

“À tout équipage à proximité de la passerelle, je demande des renforts immédiats, la Palatine est en danger. À tout personnel combattant ailleurs : les ordres sont maintenus, montez la garde des quartiers-refuges et ne quittez en aucun cas les périmètres de défense jusqu’à la fin de la bataille.”

Les mains du chambellan se serrent fort sur la crosse de son Peccamineux. Thalie le talonne de près avec, derrière, Laurélise et les autres. La Damoiselle d’Ormen reconnaît les coursives : les courbes blanches, les ouvertures en verre soufflé. Et pas âme qui vive.

« Philandre, ce sont les couloirs des coffres-forts. Vous pouvez vous y mettre à l’abri, mais j’ai pour mission d’apporter la Médaille à la machinerie de Jorus.

— Je sais bien, Thalie. Je vous mène aux capsules de sauvetage.

— Oh. Eh bien, cédons donc à l’exubérance. »

Cela dit, l’assurance de Thalie diminue alors qu’elle installe le personnel de navigation dans lesdites capsules. Elle boucle elle-même les sangles d’Éloane avant d’embrasser du regard leur compartiment, un cylindre d’à peine trois mètres de long. Tout le monde s’est réparti dans les quelques capsules éjectables. Tout le monde… sauf un.

« Philandre ? »

L’écoutille se verrouille en sifflant.

« Je ne vous suis pas, Damoiselle d’Ormen, répond le chambellan à l’interphone. J’ai pour mission de veiller sur notre foyer, et je l’accomplirai jusqu’au terme, quel qu’il soit. Allez, et faites votre devoir ! »

Elle n’a pas le temps de répliquer : la détonation qui projette la capsule hors du Sylvaer lui secoue les sens.


***

Le plasma crépite, embrase le couloir indigo et occulte le grincement sinistre des brancards à toute vitesse. Béor gronde : une décharge vient de lui chauffer l’épaule. La Néphéline qui courait à sa droite se retourne et, d’une rafale, elle expédie les Hydres à leurs trousses aux pieds du Messager.

Il n’est pas le seul Rhakyt à avoir été touché : celle qui l’avoisine, poussant un lit comme lui, boîte soudain sévèrement.

« Nerül ?

— Ça ira, Béor, c’est juste le mollet… »

Elle grince. Quelques “fragments” de peau noire ont roulé au sol…

« On arrive bientôt ? »

Nombreux sont les gens qu’il a vus trembler, alors qu’il poussait la voix ainsi. Pourtant, Ellis ne lui accorde pas même un frémissement. Au pas de course, elle et Corin veillent sur les blessés dans les brancards que charrient la douzaine de Rhakyts. Autour, une poignée de volontaires en armes protègent l’infirmerie mobile.

La cavalcade est assourdissante, mais elle n’empêche pas la Keroube de répondre au Rhakyt :

« On ne pourra pas les déplacer plus longtemps. Tant pis pour la Frondaison, allons au Carré des chemins.

— Mais il est ouvert de tous côtés…

— Je sais Béor, mais ces personnes sont dans un état critique ! »

Ellis maintient en l’air une poche de sang reliée à Kia, plongée dans un profond sommeil. Corin, à côté, rajuste les bandages sur la poitrine de Saren, lui aussi endormi. Darse, hissée sur le dos du Rhakyt de tête, lui beugle la voie à suivre. Assise sur une autre couchette, Eshana communique avec le chambellan :

« Vous allez devoir défendre la Frondaison tout seul. Je sais pas, barricadez tout le monde dans un pavillon… Comment ça, “Lua” ? “La Gargoule de l’église lengélienne” ? Mais qu’est-ce qu’elle fiche au Carré ? »

Nouvelle rafale de plasma. Un artilleur sylvarien s’effondre, avant que les autres n’abattent les assaillantes. Un pistolet dans sa main mécanique, Eshana se joint à leurs tirs malgré l’opposition de la médecienne – et rien de tout ceci ne la fait taire.

« Par la malepeste, c’est pas possible d’éclairer mieux ces foutus corridors ? Quoi, “Arkon”, il est cané Arkon, je pourrais même m’en tailler une béquille ! »

Au bout de quelques virages, le panneau du Carré des chemins se dessine enfin : l’infirmerie mobile de la Main de Kosteth investit les lieux. Guidés par Ellis, les Rhakyts installent les patients, les machines, et les troupes glanées sur la route prennent position aux quatre ouvertures.

Béor aide Nerül à s’asseoir sur une table de pierre, la jambe tendue sur le banc. Les yeux blancs de la blessée virent au translucide sous la douleur, laissant deviner le sang magmatique de son crâne ; le Devarïm qu’elle a ramassé se met à crisser sous la pression de ses doigts.

« Tu peux poser ton arme, la rassure-t-il.

— Et perdre l’occasion de défendre mon premier halo de liberté ? Jamais.

— Mais…

— Tiens, Lua ? sourit Nerül. Ça te change d’être habillée comme ça. »

Une silhouette s’est avancée, hésitante, si frêle face aux deux colosses de pierre. Seule la chevelure auburn, partagée entre le blanc des lumières de la placette et celui, éclatant, de sa chemise, permet à Béor de reconnaître la petite Gargoule de l’église de Lengel. La mine basse, elle triture ses manches.

« Il a… il a fallu trouver mes vêtements parmi les tailles… les grandes tailles enfant.

— Lua, interroge Béor, tu es toute seule ici ?

— Rheya est allée convaincre le prêtre de lui ouvrir son sanctuaire pour moi.

— Khadel ? Ce vieux bougre n’en fera rien. »

Appuyée sur une canne, Eshana s’est traînée jusqu’au duo en grognant.

« Et Alyce, tu sais où il est ? poursuit la Néphéline.

— N-non. J’imagine qu’il est toujours dans Vérin

— Vérin ? J’espère pas, défoncé comme il est !

— “D-d-défoncé” ? Mais, c-c-c’est le vaisseau d’Abriel, il… »

La jeune Gargoule recule, les ombres commencent à l’engloutir.

« Lua, qu’est-ce que tu fais ? s’inquiète Béor.

— Je… »

Elle tourne les talons et s’enfuit. Le Rhakyt n’a pas le luxe de la suivre : Ellis appelle à l’aide. Eshana observe les deux directions, aussi vivement que lui permet sa douleur.

« C’est pas vrai, c’est moi qui doit lui courir après ? »


***

« Intrusion à l’arrière ! »

Mon détachement néphélin se retourne avec une discipline exemplaire, fusil d’assaut braqué sur le couloir que nous venons de quitter.

« C’est une Lumineuse ! »

En effet, la peau claire de la Sœur tranche parmi les uniformes sombres de ma trentaine de combattants, sans parler de ses tatouages, l’argent vif au milieu du métal brossé. La nouvelle arrivante ne se laisse pas démonter par les canons : sa foulée soutenue la mène à ma rencontre.

« Dunelle ? Crâne de scrofineux, qu’est-ce que tu fiches là ? »

Elle luit de sueur sous son laticlave. Son regard, lui, ne souffre d’aucune faiblesse.

« Alyce et moi avons dû effectuer une séparation stratégique. Je suis là pour vous prêter main forte, mon commandant.

— Ça m’aiderait beaucoup de te savoir capable d’obéir. Bon, il est à l’abri le petit au moins ? »

Elle opine, déterminée. Je discerne sur chaque visage de mon escouade le soulagement d’avoir une Lumineuse parmi nous, malgré la jeunesse de celle-ci[2].

« Très bien… et merci d’être venue. Allez, tout le monde, on ouvre l’œil, la machinerie nous attend. »

En fait, le grondement l’annonçait depuis un petit moment déjà. Nous atteignons une lourde porte, un double battant orné de caractères estompés par le temps. Des restes de couleurs subsistent, épargnés par la lumière depuis douze millecycles : du rouge, du jaune, du noir – j’ai compris, on fera gaffe. Quant aux lettres elles-mêmes, elles me font penser à du très, très vieil ocritin, si ancien que j’échoue à leur trouver un sens.

Pas le temps. Thalie se fera un plaisir de me décrypter tout ça une fois le vaisseau pacifié.

Le système d’ouverture demeure opérationnel. Sous la pression de mon doigt, l’huis s’écarte.


Enfin, la machinerie !


Selon les plans antiques, nous voici dans la galerie droite. Avec sa jumelle, à gauche, elles constituent le Compartiment Un : l’abri des réserves de gaz neutre. Un nombre impressionnant de cuves meuble la salle oblongue ; des tuyaux s’en élèvent et disparaissent à l’avant.

Dunelle se glisse à mes côtés.

« J’imaginais ça plus grand, mon commandant.

— Ces cylindres alimentent le propulseur spatial à plasma. Ils sont petits et blindés, de quoi éviter de tous nous sauter à la gueule en cas d’accident. Escouade, déploiement. »

Nous investissons la galerie, armes brandies. Personne. Porte coupe-feu ; sas ; seconde porte coupe-feu. Derrière, nous rejoignons le Compartiment Deux.

« Alors, Dunelle, c’est assez grand pour toi ? »

Un long, long tube parcourt une salle au moins aussi vaste que la nef d’une cathédrale. Je devine que cet imposant cylindre sert à confiner le gaz. De nombreux affluents le longent, depuis les réserves et jusqu’au bout de la pièce : ils se greffent en une sorte de bouche tout le long du tube de compression.

Il nous faut donc franchir quantité de boyaux pour traverser le Compartiment Deux. Des passerelles survolent et enjambent cet ensemble, des pentes douces aux séries de marches. À chaque bouche, son terminal, placé au niveau du sol ou dans une alcôve, sur une plateforme ou contre un garde-fou. De nombreux panneaux de contrôle jalonnent les tuyaux, truffés de jauges, de vannes et de cadrans. Bref, un bordel de machines sous une poussière millénaire. D’immenses arcs soutiennent le large plafond, renforçant l’aspect cathédralesque de la salle d’acier. Peu de rouille, heureusement : Jorus a dû contenir son oxygène jusqu’à notre arrivée… et son chauffage[3].

« Gallinet, ici Rinoptère, vous me recevez ? »

Je confirme, tout sourire.

« J’ai trouvé des Sœurs pour m’aider à porter l’œuf jusqu’au nouveau nid, nous arrivons par l’accès gauche.

— Parfait, Rinoptère, on vous ouvre la voie. Gallinet, terminé. »

Le Compartiment Trois se dessine au fond de la pièce. Il n’est pas séparé par un mur épais, comme c’est le cas des deux premières salles, mais juste par un parapet. Derrière, d’immenses bobines à induction électromagnétique tournent à toute vitesse, crépitant d’une énergie bleutée : elles chauffent le gaz à l’extrême avant qu’il soit acheminé vers les moteurs.

Avant cette pièce se dresse une cabine isolée, enjambant la fin du tube de compression depuis le muret. Ses baies vitrées donnent sur l’avant et l’arrière : je devine qu’il s’agit du poste de contrôle. Toujours selon nos sources, c’est à l’intérieur que nous attend le terminal du Sceau de Pouvoir…



Le bruit d’une explosion, à l’arrière.

« Contact ! Les Hydres arrivent en masse ! »


***

Les conspirateurs de Lyuba ne sont pas des flèches, elle le savait ; pourtant, les voir tomber sous les carreaux lumineux décuple sa fureur.

Je vaincrai ces deux-là seule, et à la force de mes dents s’il le faut !

Ses sbires ont au moins l’utilité d’occuper la Palatine pendant qu’elle ferraille avec le Lumineur. Lui parade dans de grands tournoiements de sabre, la lame chantante enduite par le sang des mutins ; son propre fluide, écoulé depuis les estafilades le long de ses bras musclés, se perd dans la pénombre de son épiderme.

En noir et bleu sombre, Myriel pourrait se fondre dans un recoin du dôme. Il ne cherche pourtant nulle fuite. Arc d’argent et symphonie d’acier, son sabre tinte sur les couteaux de la lieutenante ; une litanie si rapide qu’elle en paraît régulière, chacun des deux corps s’adonnant à une danse dont la grâce même fait oublier à la mort de leur tendre la main. Un prétendant s’invite pour ravir à Lyuba son dû : le sabre-crochet fend l’air et le cadavre bascule dans le vide, alourdi par l’armure composite.

L’obscurienne ne peut s’en empêcher :

« Belle technique, bien qu’empruntée. Êtes-vous sabreur, ou juste poseur ?

— Le front n’a rien à voir avec vos affiches de propagande[4]. Cessez de vous pâmer et battez-vous ! »

Piquée au vif, Lyuba relance l’assaut.

Grosse erreur.

Myriel l’attendait. Il dévie la première lame, accroche la seconde avec son sabre et absorbe son élan. La lieutenante bascule vers lui, le bras toujours tendu…

La punition fuse, immédiate. Le crochet du pommeau entaille l’uniforme et, à travers, mord l’avant-bras. La douleur explose, aussi vive qu’un soleil mort.

Lyuba feule et recule d’un bond, puis d’un deuxième. Une paire de conspirateurs se jette à l’assaut pour la couvrir, espérant elle-ne-sait quelle récompense au bout de leur victoire illusoire. Seuls deux autres de ses sbires survivent, épuisant la Palatine au combat faute de la vaincre…

C’est quoi encore ce foutu brouillard ?

L’indigo ambiant se dilue en encre noire ; l’éclairage du hangar d’acier, au-delà du dôme, devient trouble.

Vertige.

La lieutenante attrape une console et s’y appuie, en sueur.

Palpitations.

De rage, elle remonte sa manche et constate les dégâts.

Tremblement.

Sous la chemise noire, fendue jusqu’au poignet, un mince filet empâte sa peau claire : le crochet du Lumineur l’a à peine effleurée.

Souffrance.

Alors, d’où lui vient cette soudaine faiblesse ?

Deux cris, un râle commun. Les sbires s’effondrent et Myriel vole au secours de sa sœur. Lyuba hurle :

« Toi ! »

La voix saturée ricoche sur les parois courbes et lui revient en pleine face. Le sabreur l’ignore et abat les derniers conjurés.

« Qu’est-ce que tu m’as fait ? »

Myriel soutient Janel ; c’est seulement ensuite qu’il daigne s’intéresser à elle.

« Le Croc du Serpent porte la parole de Néant. Pour les impies, il n’a que du venin à offrir.

— Tu m’as empoisonnée ? »

Son timbre tonne, plus ample de syllabe en syllabe par la colère déversée de ses pores.

« Une paralysie qui devrait te faire réfléchir, raille le Lumineur. Pose tes armes, tu es vaincue. »

Un roulement de tambour – non, de tonnerre – gronde dans la brume en suspension. Il se mue peu à peu, pas à pas, en cliquetis pressés. Enfin, les Hydres de Kymël pénètrent la passerelle et se déploient autour des hérétiques.

« Posez vos armes, reprend Lyuba, vous valez moins que les carins d’une église en ruine.

— Quelle impiété. »

Le soupir de la Palatine reste sa seule réaction. La lieutenante s’éclaire la voix et ordonne :

« Saisissez-vous d’elle et emmenez-la, vivante… si possible. Quant à lui, il est à moi ! »

Un lézard désarme Janel et l’arrache à son frère. Il grogne, lève son sabre face à la meute plasmatique qui darde ses gueules. C’est finalement le vibrant “non !” de sa sœur qui l’arrête.

Lyuba tente un pas chancelant. Réussi. Un autre, et elle se tient droite, fière comme à l’accoutumée. Mieux encore : les lignes d’architecture se précisent au loin. Une pensée pour le Messager, un souvenir de flamm’ombre, et la douleur reflue dans son vaisseau de chaleur pour s’ancrer dans une mare d’oubli, à l’orée de sa conscience. Elle ôte sa veste, et arrache la manche estropiée de sa chemise pour s’en faire un bandage sommaire.

« Un dernier combat, Lumineur ? »

Elle a le plaisir de retrouver sa voix habituelle : impétueuse et directe, à son image. Le sabreur passe une main dans sa dense crinière noire, libérant sa barbe drue et le sourire qui l’étire.

« Avec joie.

— Myriel, non ! s’écrie la Palatine.

— N’aie crainte, ma sœur ; ma lame connaît déjà le sang de celle-ci.

— Les Hydres t’abattront si tu triomphes.

— C’est la tête de l’Alliance qu’elles veulent : elles m’abattront quoiqu’il advienne. »

Il s’avance et effleure d’une main douce la joue de Janel. Les rubis se ferment, une perle s’en échappe. Alors les doigts du Lumineur attirent la nuque de la Lumineuse jusqu’à lui. Leurs fronts s’accolent et taisent le frémissement naissant. L’immobilité devient sculpturale, dure comme le marbre noir des chapelles de Béthanie. Pas une Hydre ne bouge, et Lyuba même leur accorde cet instant.

« Mon frère…

— La mère éternelle embrassa Néant, susurre Myriel, avant leur séparation fatale. »

Janel se crispe. La caresse sous son crâne la détend, et elle s’unit à son frère pour compléter la psalmodie ; d’abord tremblante, puis sûre :

« Elle glissa ces derniers mots dans ses rayons de chaleur : “je m’éloignerai car, à la fin, toute vie dans l’Univers méritera sa couronne de Lumière”. »

Alors, les yeux s’ouvrent. Alors, un sourire encore. Myriel se détourne du destin de sa sœur pour embrasser le sien. Il roule des épaules, délie sa lame dans un large moulinet. Frôlées par la pointe, les Hydres qui l’entourent s’écartent en cercle. Lyuba dégrafe son masque et le lance à l’une d’elles, puis s’avance.

« Surpris par mon maintien ? crâne-t-elle.

— Réjoui, plutôt. Car c’est avec une égale que je vais lutter, semble-t-il.

— Tout juste, Lumineur. »

Elle le salue du chef, partageant son respect.

« Les fluides et les poisons n’ont que peu d’effet sur moi, ainsi même que le saint Zélotron-B. Je porte les convictions de l’Obscurie par ma vie ; l’halo-ci, c’est la mort que j’amène.

— Ou c’est avec vous qu’elle repartira. En garde, obscurienne ! »

Et le duel commence. Ni tour de chauffe ni coup de semonce : la frappe est furieuse, l’attaque incisive et la défense, vigoureuse. D’une première feinte, Myriel détourne Lyuba pour tailler la gorge d’une Hydre proche : bien que tout le monde l’ignore, il reproduit le schéma de lutte de Serah face à Cédalion et Ghalya le matin même. C’est quand le deuxième reptile s’effondre que la Dracène comprend la stratégie : ses progénitures s’écartent, se rassemblent aux sorties de la passerelle. Sur la plateforme en croissant de lune ne se tiennent plus que deux silhouettes vives, virevoltant entre le cerceau de la barre du gouvernail et les consoles rétroéclairées.

La lame de Myriel luit et libère sa litanie blanche sous la lueur bleue. Les surins acérés crachent l’ire de l’obscurienne en réponse, demi-temps abrupts rompant la mesure par une rythmique pointée, aussi pressante qu’acerbe.

Ballade nerveuse, marche forcée.

Le long de l’estrade, avants, arrières, esquives et dérobades côtoient les fentes et les coups de taille. L’air soupire, injustement tailladé dans la belligérance. Le manteau du Lumineur claque au vent, les talons de la lieutenante au sol. Les muscles se gonflent, les souffles aussi.

Et rien d’autre n’existe.

Lyuba se penche et la frappe du Lumineur siffle au-dessus de sa tresse. Elle se dresse, poignards en avant. Myriel bronche et recule sa lame. L’acier accueille l’acier, les pieds du sabreur se crispent.

Ils sont… nus ? s’étonne l’obscurienne. Il doute de rien, lui !

Un halo l’arde soudain. C’est une lueur d’un jaune-orange, un éclat échappé par le cristal du panneau sur lequel bloque le dos du Lumineur. Le sillon du Serpent s’embrase et sa peau s’enténèbre ; Myriel se mue en ombre palpable, silhouette unique en mante obscure. Ses orteils effleurent la console et, avant que la lieutenante comprenne, il se jette en avant.

« Par Ylüne », s’étrangle-t-elle.

Le sabre hurle, son crochet crache. Trop tard pour parer : Lyuba recule, prise au piège par la danse funèbre. Myriel persiste et assène :

« Ylüne ne te sauvera pas, pas plus que ton panthéon d’astres morts ! »

Soudain le sol s’élève derrière elle, offrant sa poitrine à la longue lame. Dernier réflexe, lever un couteau – cling, brisé ! Sous la violence du choc, la garde lui échappe.

« Merdelle. »

Nul temps pour contre-attaquer, ni même pour terminer son juron : la pointe d’un pied nu enfonce son ventre et lui vole son souffle. La douleur crie dans son corps et la lieutenante perd l’équilibre, projetée en arrière. Elle achève sa chute quand son dos heurte une série de barreaux… mouvants.

La barre du gouvernail ?


Myriel envoie l’estocade.


D’un écart, elle s’enroule. Le sabre éventre sa chemise et passe si près de sa peau qu’elle en perçoit la froideur. La lame entière traverse l’espace qu’elle occupait, puis le vide entre les rayons de la roue.

« Que diantre ? »

L’étonnement du sabreur est si vif qu’il éclate avant celui de Lyuba, troublée d’être encore en vie. C’est pourtant elle qui réagit la première : elle se jette au sol, une poignée du cerceau dans sa main libre. La roue tourne, emportant l’arme au ciel. Myriel lâche et ramène son bras avant qu’il ne s’y brise. S’éloigne…

Trop tard.

Il tressaille. Ses paupières papillonnent. Il doit s’en rendre compte quand ses forces le quittent, ou quand ses poumons se vident ; il n’a pas fait mine de sentir le poignard se faufiler entre deux côtes.

« Non ! »

Peut-être perçoit-il la panique de sa sœur, au loin, très loin de lui, qui se dégage de l’étau des Hydres. La distingue-t-il seulement se faire attraper, puis plaquer au sol par ses geôlières ?

La lame se retire. Il bascule plus qu’il ne recule.

« Goûte à celle-là. »

Lyuba jubile en perçant le torse de Myriel. Elle le presse, force ses pas en arrière. Il n’a pas un geste pour la lieutenante, car son attention dérive plus loin.

« Ma sœur…

— Myriel ! »

Il se plie lorsque le surin brise son bas-ventre. Un hoquet de sang, mais l’œil du sabreur ne dévie point.

Mais regarde-moi, mauvaise graine, moi qui te piétine !

Le sourire qui s’ourle au milieu des brins de barbe échaude Lyuba. Il n’y a que sa sœur dans l’iris du Lumineur.

« À la grâce de… Lumière, tousse-t-il. Et… droit… sur les étoiles… »

D’une poussée vigoureuse, la lieutenante en finit avec son ennemi. Impuissante, Janel voit son frère disparaître au plus profond du vide, englouti par la chambre palatiale.


« Astre luisant, la Médaille du Messager se dirige vers la machinerie.

— Bien reçu, Croissant de lune. Déjà en route pour interception. »

Avant de rechausser le masque, Lyuba accorde un dernier signe à la Palatine prisonnière : son propre sourire.


Celui de la victoire.


***




[1] Jorus est pourtant glacé ! Après douze millecycles de veille, c’est déjà un miracle que le vaisseau soit parvenu à se réactiver. [retour]


[2] Les prêtresses combattantes devaient être pas mal mythifiées au sein de la Petite-Nephel. Et en plus, Dunelle a su traverser toute la zone de bataille. M’étonne pas qu’elle les galvanise… [retour]


[3] Au moins, le démarrage des moteurs donne à l’endroit une température convenable : ça caille encore sévère dans le reste du vaisseau. [retour]


[4] Foutue réclame. L’argument était déjà facile dans les basses rivalités du château de Béthanie, mais l’entendre de la bouche même de l’ennemi… Elle aurait mieux fait de se casser une jambe le halo où elle accepta de servir d’égérie à l’Obscurie. [retour]


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