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Julien Willig

samedi 2 octobre 2021

Sous des milliers de soleils, II - Nephel

Psaume XXXV

[Résumé des chapitres précédents]

Par les rayons de Lumière, Thalie va bien ! Elle, Eshana et Darse sont de retour au Sylvaer après leur mission périlleuse : saboter la châsse-lebraude. Et ce, malgré le Draconen qu’elles avaient aux trousses. Malheureusement Lyuba les accompagne toujours, j’ai donné l’ordre qu’elle soit menée dans les geôles. Thalie, elle, s’occupera de déverrouiller le coffret de la Médaille du Messager.

En parallèle, Cédalion s’est fait réintégrer à l’armée obscurienne et a retrouvé le commandement de l’escadron Laetere. La mission que lui a confiée la haute inquisitrice est simple : récupérer Jorus et finguer les Rebelles. Nous, quoi ! Heureusement je me suis fendu d’un super discours pour motiver les troupes, et nous voilà haut dans le ciel : l’Opération Taraben, phase trois, est lancée.


***


« Kel m’a bien haïe – pardon, l’adjudant Kelinia. Mais cette Gargoule a su faire preuve d’une capacité d’adaptation certaine, je dois le reconnaître.

Quand je l’ai jugé prêt, nous nous sommes attaqués aux choses sérieuses. C’est lui qui a récupéré un laissez-passer auprès d’un séide du Clan Toxépin. Il était tout fier, Kel, il souriait presque !

Ou alors… encore une fois, c’est ton regard que je captais dans le sien.


Passons. Une fois grimés et munis du précieux sauf-conduit, nous nous sommes joints à un convoi motorisé en partance pour le bastion toxépin des Pierres d’Ouden. Les choses sérieuses pouvaient commencer. »


(Lettre de Liane Vestine à Mila du Rel – conservation MHiPop, le Musée d’Histoire Populaire de Nybel)



Malgré l’étroitesse des escaliers secrets, les bruits de cavalcade se répandent le long du conduit de pierre. La “voie des serviteurs” est serrée, même pour une Gargoule ; Jahmir, pourtant, grimpe à la force de ses maigres muscles.

Il trébuche sur sa bure et s’égratigne les genoux contre les marches rugueuses. Plusieurs fois. Il vacille, halète, manque de s’effondrer à bien d’autres reprises durant bien d’autres occurrences. Ni la brûlure de la sueur dans ses yeux, ni celle de ses poumons agonisants ne l’arrêtent. Ses doigts s’éraflent entre les blocs de roche tout en hissant sa carcasse, palier après palier, alors que tremble la bougie dont la cire lui chauffe les phalanges.

Est-ce la peur ou la foi qui le porte ? Jahmir ne pourrait le dire : il accomplira son devoir, comme chaque halo qui naît et qui meurt sur l’étoile-sanctuaire.

Enfin, il atteint le panneau dérobé !

La Gargoule en souffrance ne prend même pas le temps de souffler avant de tirer le support rouillé. De l’autre côté du mur, il le sait, flamboie une torche allumée. Un déclic, et la paroi pivote pour s’ouvrir sur le niveau caché dans les combles de la Tour de la Sagesse.

« Haute inquisitrice ! »

Ce cri du cœur lui échappe sans aucune grâce. Seul le frêle boudoir dans lequel il vient de surgir, percé d’une double fenêtre chétive aux vitraux encrassés, le sépare de sa maîtresse. Un sursaut d’allégresse le remonte sur ses jambes : il arrive juste à temps, la Keroube s’apprêtait à clore la petite chapelle !

« Jahmir ? »

La haute inquisitrice pivote à peine sur son fauteuil et seul un œil distrait lui accorde son attention. Lui se précipite, brandissant un parchemin hâtif des plis de sa robe.

« Une importante missive, haute inquisitrice ! Elle provient de…

— Ce sanctuaire est privé, Jahmir. J’allais me recueillir avec le Seigneur-guide.

— Mais, la frégate planhine… »

Il s’effondre presque en atteignant la porte secrète. Le sanctuaire et son alcôve, dans le dos de sa maîtresse, n’attendent que l’ignition de la flamm’ombre ; la Gargoule se heurte presque au silence de leur courroux.

« Bon, concède la Keroube, qu’avez-vous donc à me dire de si important ? »

Le timbre du serviteur se brise alors :

« Le… le léviathan confirme la mise en mouvement du Sylvaer . Le vaisseau néphélin pointe le Phylactère au-dessus du Secteur…

— Est-ce là tout ? souffle-t-elle.

— Le noble amiral Sethosis procède au déploiement préliminaire de ses forces célestes.

— Mais… mais Jahmir, vous vous doutez bien que je le sais, ça ! »

La Gargoule recule, foudroyée par l’ire de sa maîtresse. Contrairement à son intention première, celle-ci prend le temps de finir sa diatribe :

« Je suis la haute inquisitrice Artaphernas, la plus haute Fonctionnaire du Palais des Hauts-Serviteurs ; à ce titre, j’ai l’insigne honneur de percevoir les songes que notre saint Seigneur-guide consent à partager. Il voit tout, il sent tout, il sait tout sur ce qui grouille et ce qui erre dans l’étoile-sanctuaire, de ses entrailles aux confins de son espace. Bien sûr que je suis au courant de ces mouvements, Jahmir, et c’est pour cela que je me retire ici, pour communier afin de m’entretenir avec lui. Pensez-vous lui ravir la priorité ? Non ? Alors déguerpissez, misérable carin de bénitier ! »


***

« Droit sur les étoiles, et droit sur Taraben ! »


Tout le monde est chaud, là.

Allez mon grand, c’est ton moment. Assume et fais pas tout foirer.

Un regard partagé avec Alyce. Puis je m’échauffe la gorge, et annonce :

« Déclenchement de l’Opération Taraben, phase trois. Sylvaer, préparez-vous à l’ascension à mon signal. Escadron Alfar, division en deux ailes d’escorte. Escouade Élytre, à la proue de la frégate avec moi !

— Sylvaer paré à décoller, confirme la Palatine.

— Alfar Un, bien reçu Premier Élytre. Alfar Deux, à bâbord avec les Alfar paires. Alfar impaires, suivez-moi. Escouade Élytre, bonne chance. »

C’était mon idée, cette seconde force. L’Escouade Élytre se compose de quinze amphiptères blindés et armés, ainsi que d’une paire de bahamuts piqués à l’Obscurie ; elle défendra la frégate et permettra aux quarante alfars d’avoir le champ libre pour flinguer les aspics. Le changement de noms de code, lui, est une surprise à destination d’éventuelles oreilles indiscrètes[1]. Pour une fois que tout le monde est d’accord sur le fait que je ne doive pas me faire descendre…

« Deuxième Élytre, derrière vous.

— Troisième Élytre, derrière vous.

— Quatrième Élytre, derrière vous. »

Et ainsi de suite, vous imaginez. Des pilotes civils conduisent les amphiptères : cette opération militaire est une première, ça s’entend à la légère tension dans leur voix. Aux canons, aux tourelles, et même aux mitrailleuses soudées à l’ouverture des cales, se tiennent en revanche des volontaires des troupes sylvariennes et néphélines[2].

L’Escadron Alfar tourne autour du Sylvaer comme une nuée d’insectes sur un sac de bectance. Puis il se remodèle, prolonge ses arêtes horizontales pour le changer en pointe de flèche. Le ballet s’affermit de seconde en seconde et la manœuvre s’érige en corps solide. Je prends de l’altitude et traverse les fines strates nuageuses qui osent danser si près de la frégate ; elles se désentrelacent, blanc perle sur blanc crème, alors que défilent les ramifications et les nœuds planhins le long du Sylvaer.

Enfin, le paysage. Plaines et montagnes se mêlent en un vaste ensemble de reliefs sombres sous le brouillard, elles posent les limites des rayons d’ocre qui s’évadent aux contours des terres-plaques, lointains et mystérieux. Plus haut encore, les cieux s’esquissent à peine.

« Premier Élytre, votre tourelle s’enjaille. »

La voix de Sérène, mi-amusée mi-concentrée. Effectivement, l’ordinateur de position m’indique que ma canonnière balade son viseur dans toutes les directions.

« Merci pour votre vigilance, Deuxième Élytre. J’ai une Lumineuse embarquée, je crois qu’elle veut repeindre le ciel. »

Je change de canal à destination du poste d’artillerie, niché dans le dos de Vérin :

« Dunelle, tout va bien ?

— Mes excuses, mon commandant. Voir tout cet espace, après des cycles recluse dans la Petite-Nephel…

— Il va falloir t’y habituer[3]. N’aie crainte, tu seras prévenue quand l’ennemi pointera le bout de son… »

Alfar Deux déchire notre échange :

« Léviathan à dix degrés !

— Merdelle. »


***

« Faites décoller la chasse. »

Le ton du Keroub est purement administratif, mâtiné de l’enthousiasme un peu las que confère l’habitude de la puissance. Bien à l’aise sur son trône au centre de la tour d’observation, il n’accorde qu’un vague geste de la main à l’attention des Gargoules penchées sur les écrans photomobiles, dans le fossé des consoles autour de lui. Sa seconde, une capitaine gargouléenne, attend ses ordres au garde à vous.

Roide à ses côtés sur le surplomb de commandement, Cédalion retient son amertume. Lui qui a traversé deux fois le siège de Lengel, a infiltré le cœur de l’alliance ennemie, a survécu à la torture et à la perdition dans le désert… se sent plus que jamais séparé des habitudes bien rangées des fonctionnaires.

Le commandant jette son dégoût à travers la baie vitrée circulaire, où scintillent une quarantaine d’étincelles bleu électrique : la propulsion des aspics se ruant hors du léviathan. Sethosis pivote sur son trône. Il n’embrasse pas l’ensemble du panorama, la frégate aux allures d’un arbre fossile émergeant du sommet des montagnes, et les nuages d’argent à leur pied ; il se contente de l’observer, lui.

« Alors, commandant Cédalion ? Est-ce la première fois pour vous que la magnificence de l’étoile-sanctuaire se dévoile sous cet angle ? »

Le Novarien confirme, sobrement militaire. Il contemple en silence avant d’ajouter :

« Les harpuï ne devraient-elles pas appuyer vos chasseurs, noble amiral ?

— Et livrer les destructeurs aux aéronefs ennemis ? Laissez donc les premières lignes faire leur travail. »

Et mourir pour vos yeux flétris ?

La silhouette de Keren se dessine devant la vitre en contrebas : que regarde-t-elle, le vide ou le reflet de sa cicatrice ? Les gants de Cédalion crissent dans son dos, l’amertume se distille dans sa poitrine. Là dans le ciel, combien de Novarii et de Gargoules piloteront leur aspic jusqu’à l’abattoir ?


***

Le léviathan érige sa cathédrale-forteresse en rempart entre nous et l’espace. Ses contours acérés se dessinent dans le blanc du ciel, bardés de bien trop de pointes, de contreforts, d’arcs où nichent nombre d’obusiers et de hangars[4]. De ces bouches damnées, de part et d’autre du couple de Keroubs antiques rendus torves par le poids des âges, sont vomis les chasseurs constituant la force de frappe de l’Obscurie… ainsi que sa chair à canon.

« Essaim d’aspics en approche. Demandons le champ libre pour notre artillerie.

— Bien reçu, Sylvaer. Escouade Élytre, on dégage la ligne de mire et on protège la proue. Escadron Alfar, restez sur les flancs.

— Bien reçu, Premier Élytre. »

L’air se trouble entre le léviathan et nous, palpitant d’un mauvais grondement mécanique ; il devient dense et noir à mesure que les secondes s’égrènent. Alors, les aspics fusent et se dispersent en sifflant. Puis des étoiles bleues illuminent le ciel quand les premiers jets de plasma éclatent.


La bataille commence.


Les canons du Sylvaer tonnent et atteignent les chasseurs de queue, désintégrés dans la foulée. Les débris se mêlent aux gerbes de fumée et aux traînées des réacteurs. Les ennemis se divisent en trois : un groupe à gauche, un à droite, et le dernier…

« Escouade Élytre, une chasse pointe sur vous, tenez bon ! »

À peine Janel donne l’alerte que, déjà, les premiers aspics nous atteignent. Salves, secousses. L’un traverse une explosion pour nous arriver directement de face : Alyce le vaporise avec les canons jumelés. Deux autres en profitent pour passer à travers lui… et disparaissent aussitôt du radar.

« Je les ai eus ! »

Notre mitrailleuse dorsale cible la file d’aspics cherchant à nous prendre par le haut.

« Bravo, Dunelle.

— Je commence à avoir le coup de main. »

Le bruit de la bataille ébranle le cockpit de Vérin, pourtant bien isolé, mais le micro de la Lumineuse transmet une ambiance sacrément plus bordélique !


***

Janel rive son regard sur l’affichage du dôme, un plan de la bataille vue de dessus. L’Escouade Élytre contient les assaillants de face alors que les Alfar se font traverser par les chasseurs obscuriens, plus rapides – six pertes dès le début de la mêlée ! Et cette boucle…

« Escadron Alfar, les attaquants latéraux visent nos flancs.

— C’est exact, Sylvaer, répond Saren. Ce sont nos canons qui les intéressent.

— Faites demi-tour et prenez-les par-derrière : ils ne pourront se défendre.

— À vos ordres, Sylvaer. »

Une série de vibrations traverse le Sylvaer alors que les premières décharges ennemies atteignent sa coque.

« Que tout le monde s’accroche, déclare la Palatine dans le canal de la frégate. Nos boucliers vont absorber les chocs et notre flotte s’emploie à disperser les importuns. »

Janel s’en réfère au dôme tandis que Philandre, mutique, manie la barre. Les points blancs montrent les Alfar amorcer une boucle latérale arrière, à droite et à gauche. Ils fusent sur les aspics, des flèches rouges pointées vers la coque de la grande dragée blanche ; alors, celles-ci s’effacent une par une. D’autres flèches rouges s’entremêlent avec des carrés blancs au-dessus de la proue du Sylvaer.

« Escouade Élytre, quelle est la situation ?

— Ça sent un peu le roussi mais ça va, grogne Abriel. On a perdu Cinquième Élytre, mais les choses vont pas tarder à… Tenez ! Prenez ça, bande de chicaniers !  »

Les bruits d’explosions résonnent dans la chambre palatiale – ainsi qu’un cri victorieux saturé de parasites.

« Ces pleutres se font la malle ! Sylvaer, est-ce que les aspics se carapatent ?

— Négatif, les onze rescapés retournent au léviathan. Mieux vaut cesser la poursuite, regagnez vos positions.

— Ça marche. Premier Élytre, terminé.

— Affirmatif, Sylvaer. Alfar Un, terminé. »

Janel inspire un grand coup. L’Alliance Néphéline a su tenir bon…

Pour la première vague.


***

Un râle sec. Non, une inspiration. Sethosis inhale avec lenteur le fumet de ses bougies parfumées – “de rares fleurs des steppes, a-t-il précisé auparavant, plus coûteuses encore qu’un œuf d’angelot[5]”. L’odeur doucereuse encombre les narines de Cédalion, déjà fortement plissées par l’agacement[6].

« Impressionnant, concède enfin le Keroub. Qui aurait cru ces rustres capables de repousser ainsi une frappe obscurienne ? »

Ces “rustres” vous tiennent en échec depuis la fondation de l’étoile-sanctuaire… et même avant cela, Sethosis, que vous l’admettiez ou non.

Cédalion joue des mâchoires pour dissiper la chaleur soudaine de ses joues. En lui, le survivant aux yeux ouverts ne voit que la réalité ; le zélote, à l’inverse, redoute l’hérésie tapie au fond de ses pensées.

« Noble amiral, répond-il d’une voix domptée, l’Alliance Néphéline a pu compter sur de nombreuses ressources amassées au cours du temps pour préparer sa fuite. Je l’ai constaté.

— La haute inquisitrice m’a informé de votre mission d’infiltration. Un courage exemplaire, à n’en point douter. »

Puis, sans un regard sur les maigres effectifs rescapés de la première attaque, le Keroub s’adresse à la Gargoule qui patiente à ses côtés :

« Lancez la deuxième frappe, capitaine Lympe. Avec les harpuï, concède-t-il enfin.

— Quels sont les ordres de déploiement, amiral Sethosis ? Un assaut direct de nos destructeurs, combiné à des raids aspics sur les flancs pour occuper leurs chasseurs ? »

Surpris, Cédalion observe la sous-officière. Bien droite dans son uniforme cintré et coiffée d’un béret pour tout voile, elle n’a d’attention que pour la bataille à l’extérieur. La réaction de l’équipage ne trompe en rien le commandant : c’est donc elle qui tire les ficelles, ici. La suite promet d’être intéressante.

L’entière approbation du Keroub confirme l’impression du Novarien.

« Harpuia Une et Deux, ordonne la capitaine Lympe, bombardement droit sur le Sylvaer. Personnel canonnier, couvrez leur frappe avec les longues couleuvrines.

— Capitaine Lympe, hésite un servant devant sa console, la frégate ennemie n’est pas encore à portée.

— C’est exact, mais elle ne sera pas votre cible. Observez et feu à volonté ! »


***

« Crâne de scrofineux, les pourpres déploient les harpuï ! »

Sérène, voyons !

« Deuxième Élytre, ça serait pas mal pour la fluidité d’adopter un langage carré, d’accord ?

— Écoutez-le donc ! On entend la moitié de tes jurons par radio, commandant.

— La ferme, Saren ! »

Les deux destructeurs bondissent des hangars du léviathan. Si celui-ci arpente l’atmosphère en cathédrale- forteresse, l’armée qualifie les harpuïa d’église-fortin – voilà, les mêmes mais en plus petits. Et la messe promet d’être bruyante…

« Escadron Alfar, vous êtes plus agiles, vous pouvez vous en charger ?

— À vos ordres, Premier Élytre.

— Négatif, tout le monde ! s’écrie Janel. Deux essaims d’aspics amorcent une boucle pour nous prendre sur les flancs.

— Mer… veilleux, me corrigé-je. Alfar paires et impaires, protégez le Sylvaer, on s’occupe des destructeurs. Bahamuts, vous serez trop lents : maintenez votre position et défendez le dôme et le contreprisme. Le reste de l’Escouade Élytre, en avant ! »

Je comprends le problème quand les harpuï s’élèvent. Ou plutôt, quand ils quittent la ligne de tir du léviathan : du monstre jaillissent d’énormes traits d’énergie, et l’air s’embrase en bleu. J’esquive un projectile large comme trois fois Vérin, mais les deux amphiptères à ma gauche n’ont pas cette chance : ils disparaissent sans même laisser leur carcasse aux cieux.

« C’est pas vrai, il nous allume aux longues couleuvrines !

— C’est quoi, ça ? s’exclame Sérène.

— L’artillerie lourde du léviathan. Escouade Élytre, restez mobile à tout prix ! »


J’aurais dû coller un pain au Messager si j’avais su toutes les emmerdes qu’Il me jetterait à la gueule.


***

On la pousse sans ménagement dans le dernier tournant.

« Ça va, je connais le chemin, grommelle Lyuba.

— Alors magne. »

Pour plus de déplaisir, une ampoule percée grésille et manque de lui roussir la crinière. Enfin – façon de parler – le premier Sylvarien déverrouille sa chambre d’un coup de carte-clé. Le second, lui, la presse à l’intérieur. C’est en vacillant que la lieutenante avance d’un pas, puis d’un autre, avant de se retourner. Le sol rouillé grince sous ses semelles hésitantes.

« Je… »

Elle porte la paume sur sa poitrine.

« Mon cœur… »

Et tombe à genoux.

« Respirer…

— Putréciel, qu’est-ce qu’elle a ?

— Tu crois que c’est son foutu gaz ? »

L’un des gaillards accourt. Il se plante devant la lieutenante et hasarde ses mains sur son masque. Les yeux confus du Sylvarien ne voient pas la dextre qu’elle glisse sous sa veste.

« Y a un truc à régler là-dessus ? Comment on recha… »

Sa mâchoire rompt net sa phrase, clouée par le pieu de fer que Lyuba lui enfonce sous le menton. Il n’a même pas le temps de s’effondrer qu’elle le dépouille de son arme : un simple couteau de chasse. Elle le jette aussitôt dans la cuisse du deuxième gars.

« Eh ! »

Il s’effondre contre le cadre de l’ouverture. Alors la prisonnière s’élance, retire la lame et en applique le fil contre la gorge de sa proie.

« Où sont mes affaires, gueule de groc ? Vite avant que je te saigne. »

Il déglutit pour s’exécuter, Lyuba attend qu’il finisse avant d’en faire de même : le couteau mord profondément la chair et le sang jaillit, même alors que le Sylvarien s’affale au sol.

Et voilà, des taches sur mon uniforme. Heureusement c’est une belle lame, ça compensera.

Elle en récupère une similaire sur son corps, ainsi qu’un Peccamineux cabossé ; le tout rejoint sa ceinture. Enfin, elle traîne le cadavre à côté de l’autre et verrouille la chambre avec la carte-clé. Puis elle gagne le casier où patiente son équipement, deux corridors plus loin.

Ces mécréants m’ont piqué mes recharges d’Oblitorion. La radio fonctionne, au moins ?

Elle règle son oreillette sur la fréquence habituelle.

« Astre luisant, ici Croissant de lune. Me voilà libre et sauve. Vous me recevez ?

— Affirmatif, Croissant de lune. Heureux de vous entendre. »

Comme toujours, la voix de son commandant lui allège la poitrine.


***

« Noble amiral, ici Harpuia Une. Nous sommes prise pour cible par des amphiptères armés de… tourelles légères ?

— N’y prêtez pas attention, répond le Keroub avec dédain, leur puissance n’est pas suffisante pour détruire vos couleuvrines. Feu à volonté sur le Sylvaer quand vous serez à portée.

— À vos ordres, noble amiral. »

La capitaine Lympe volte vers lui – c’est la première réaction dont Cédalion est témoin.

« Amiral Sethosis, je recommande la prudence aux harpuï ; l’Alliance Néphéline n’a jamais cédé à la désorganisation jusqu’ici.

— Et pourtant, capitaine, elle nous attaque avec des cargos greffés de tourelles légères. Quelle piètre…

— Ici Harpuia Une, les Rebelles sabotent nos propres tourelles ! »

Le Keroub se raidit, froissé d’avoir été interrompu. Lympe descend le surplomb pour se précipiter devant la baie d’observation. Cédalion l’entend murmurer alors qu’il approche, à pas mesurés :

« Quel est leur but ? Nos destructeurs seront toujours en possibilité de bombarder.

— Et leurs alfars dansent avec nos aspics, ajoute-t-il.

— Ils se moquent de nous. »

Son œillade est sévère, et le commandant la sent s’arrêter longuement sur sa mâchoire. Elle préfère se détourner pour sonder les cieux, derrière le verre blindé. Voisine de quelques pas, Keren n’a pas esquissé le moindre geste.

Il ne s’écoule pas une minute avant que Harpuia Une ne fasse crépiter la radio :

« Les amphiptères se replient, mon amiral. La plupart de nos tourelles ont été détruites, mais nos rampes de bombardement subsistent.

— C’est bien, capitaine. Poursuivez l’assaut.

— Seigneur-guide, gronde Lympe, mais à quoi jouent-ils ? »


***

En voilà une attaque efficace ! Les amphiptères ne sont certes pas les plus maniables, mais ils ont résisté aux tirs légers des destructeurs. Et avec nos tourelles, neutraliser les leurs fut un jeu d’enfant.

Lâchez un gallinet sur un nid de serpents, et les reptiles ne font plus les malins.

La Palatine intervient, on ne peut plus sobre malgré la situation :

« Les harpuï seront à portée de tir dans trente secondes. Il y a deux courtes couleuvrines par appareil, le long de la crête dorsale. Que Lumière vous guide.

— Bien reçu, Sylvaer. Escadron Alfar, à vous de jouer. Escouade Élytre, on se replie – et gare aux couleuvrines ! »

La voilà, la tactique. Alors que les alfars occupaient les aspics pour les détourner du Sylvaer, nous détruisions les défenses des harpuï. Le temps est venu d’inverser les rôles :

« Escadron Alfar, ordonne Saren, on se reforme. Sus aux destructeurs, bousillez-moi ces rampes de bombardement ! »

Calqués sur nombre d’insectes et leur vol erratique, les alfars sont assez agiles pour se sauver de la mouise. Leur conception en fait également de remarquables portes-charges, et chaque aéronef possède une bombe embarquée : un œuf bien venimeux…

Évidemment, ça aurait trop beau que les aspics nous laissent faire.

« Sylvaer, beugle Saren, l’essaim s’accroche, vous pouvez les virer ?

— Négatif, Alfar Un, rétorque Janel, vous êtes trop proches.

— Ils sont derrière nous ! »

C’est mauvais, ça, leurs chasseurs n’en ont que pour les alfars…

« Alfar Deux, derrière vous !

— Dégagez-vous, la mission d’ab… Ah !

— Alfar Deux est touché ! »

Même d’ici, je vois l’appareil prendre feu. Sa courte spirale prend fin lorsqu’il se désagrège aux abords du contreprisme. Les boucliers du Sylvaer scintillent en absorbant le choc.

Tenez bon, Thalie.

« Alfar Quatre, reprend sombrement Saren, prenez le commandement des paires et suivez-moi.

— Alfar Un, des chasseurs derrière vous ! »

Putréciel.

Je mets les gaz. L’horizon blanc-orange s’estompe en lignes floues alors que les modifications de Vérin donnent leur maximum. Sérène s’inquiète :

« Premier Élytre, vous nous distancez.

— Qu’importe : suivez-moi et défoncez ces aspics ! »

Les deux colonnes d’alfars fusent en direction des harpuï. Moi, je fends l’air entre elles. Saren hoquette alors que je le dépasse :

« Bordel, Abriel, ralentis !

— D’où tu donnes des ordres à ton commandant, toi ? Dunelle, Alyce, descendez-moi tous ces pourpres. »

L’essaim d’aspics se dissipe pour éviter la collision. Je traverse le vide comme une flèche… puis les ennemis se regroupent pour me prendre en chasse.

On se doutait que l’Obscurie pouvait intercepter nos communications, au moins à courte distance ; preuve est faite grâce à nous, car je deviens le gibier de luxe.

À tous les visages bleus : le fugitif Abriel de Ravh, commandant de l’Alliance Néphéline, est à portée de tir.

Dunelle commence à paniquer :

« Il y en a trop !

— Tu les touches ?

— Oui !

— Alors continue à arroser ! »

Vérin parcourt les reliefs de la coque du Sylvaer : ruades, virages serrés, bonds et vrilles. À chaque manœuvre ou presque, Alyce pousse un gémissement… et je dois avouer que je n’en mène pas large. Il faut dire que les séries d’impacts au plasma en rajoutent une couche[7].

« Abriel, lance mon copilote, la coque ne tiendra pas ! »


***

« Mais il est complètement taré !

— Du calme, mon frère, tempère la Palatine. Artillerie, concentrez-vous sur les aspics poursuivant Premier Élytre. »

Heureusement, le groupe de carrés blancs rejoint l’arrière de l’essaim de gouttes rouges.

« Ici Deuxième Élytre : tenez bon ! »

Les aspics tombent comme des mouches. L’essentiel de leur blindage se situe à l’avant ; or, tous ciblent actuellement l’amphiptère d’Abriel, exposant leur point faible à l’Escouade Élytre.

« Il sait ce qu’il fait », commente Philandre.

Janel acquiesce, puis consulte les données propres aux harpuï.


“À portée dans huit secondes.”


« Escadron Alfar, où en êtes-vous ?

— Ici Alfar Quatre, première couleuvrine hors service sur le destructeur de gauche. Non, attendez (un bruit sourd retentit), la deuxième aussi.

— Ici Alfar Un, la première est sabotée à droite. En approche pour la seconde.

— Attention, il va tirer ! »

La Palatine reconnaît cette voix : l’artilleuse d’Alfar Un.

« Du calme, Kia, tempère Saren. Alfar impaires, couvrez-moi.

— Pas aux tourelles, réagit Kia, à la couleuvrine ! Écartez… »

Sa phrase s’éteint dans la détonation.


***

Un nuage bleu dévore l’église-fortin l’espace de quelques secondes. Il ronge les alfars aux alentours et bouscule même, par son onde de choc, la harpuia voisine. La capitaine Lympe sursaute et appuie ses mains contre la vitre, comme si le geste pouvait la faire passer au travers et rejoindre la bataille. La réaction de Cédalion reste mesurée ; le trouble, lui, est similaire.

« Bigre… »

Keren bronche à peine. La capitaine, en revanche, volte et lance :

« Harpuia Une, au rapport ! »

Quelques secondes de flottement. Le plasma se dégage au loin, laissant paraître le destructeur dans un bien sale état : il émerge des effluves comme un vaisseau fantôme dans une mer de mort. Une fumée noire, toute poisseuse de réalité, l’environne et couronne les flammes naissantes. Son vol devient pesant. Les alfars les plus proches, eux, déferlent au sol pour ne plus jamais s’en relever.

La capitaine Lympe réitère :

« Rapport d’avarie !

— Ici Ha… Une, répond l’appareil à travers les crachotements et les cris de l’alarme incendie, nous av… breux dégâts.

— Qu’était-ce ? insiste la Gargoule. Une bombe plus importante, ou un tir du Sylvaer ?

— Négatif, capitaine Lympe… leuvrine endommagée a explo… avons fait feu. »

Cédalion comprend soudain : la rampe de bombardement ayant été sabotée par les alfars, la puissante charge plasmatique n’a pas pu quitter le canon… et a explosé à l’intérieur. La capitaine Lympe en vient à la même conclusion. Elle s’élance sur le surplomb pour avertir la deuxième harpuia, lui conseillant de renoncer à l’usage des couleuvrines.

« Prenez de l’altitude, passez au bombardement ventral. Nous avançons pour vous couvrir. »

La colère dans la voix, elle change de canal et ordonne le repli des rescapés aspics. Au centre de la plateforme, Sethosis se contente d’un laconique :

« Le léviathan, en approche ? En avez-vous mesuré les risques, capitaine ?

— Noble amiral, j’ai placé toute ma confiance en cette forteresse préocritienne, ainsi que vous nous l’exhortâtes à de nombreuses reprises. »

Le Keroub hoche pensivement sa lourde tête, visiblement satisfait.

Impressionnante.

Cédalion laisse à la Gargoule le soin de gérer l’affrontement. Il active son oreillette et, à voix basse, contacte Lyuba :

« Croissant de lune, l’Alliance Néphéline semble sur le point de gagner la bataille céleste. Approchez la passerelle de commandement du Sylvaer, comme convenu.

— Avec plaisir, Astre luisant. Croissant de lune, terminé. »


***

« Pas aux tourelles, à la couleuvrine ! Écartez…  »

Même d’ici, quelque part au-dessus du Sylvaer, j’entends l’explosion. Les vitres tremblent, ma peau aussi. Je vire et entraîne l’Escouade Élytre, alors que les aspics les plus proches tombent autour de nous. Un temps s’écoule, bien trop long…

« Alfarin, au rapport. »

Je vois bien quelques traînées s’embraser jusqu’au tapis de brouillard, en contrebas. Des alfars…

« Alfarin, réponds bordel.

— Escadron Alfar, intervient Janel, la couleuvrine du destructeur de droite a sauté. Repli immédiat, et prenez garde aux tirs du léviathan. Je répète, repli immédiat !

— Alfarin, réponds maintenant. »

La paire de harpuï prend de l’altitude. La cathédrale-forteresse pivote au loin. Elle pointe vers nous, auréolée d’un grand halo rouge : la mise à feu des fusées…

Alors, ma radio toussote :

« Kia ? Kia, tu m’entends ? »

C’est moi qui lui réponds :

« Saren ! T’es là ?

— Je ne contrôle presque plus mon alfar. Et Kia, elle… »

Les insectes rappliquent. Certains tressautent, d’autres ont des à-coups ; beaucoup fuient la fumée qu’ils crachent. Et le léviathan qui grossit, les harpuï qui s’élèvent…

La Palatine réitère son avertissement :

« Le léviathan est en approche rapide. Escadron Alfar, Escouade Élytre, repli immédiat. Regagnez le Sylvaer, je répète, regagnez le Sylvaer.

— On va vous tracter, Alfar Un ! s’écrie Alfar Quatre. J’envoie le câble de remorquage. »

Je me mords les lèvres jusqu’au sang. Saren, hagard, répond à côté :

« Ma verrière… l’explosion… Kia, tu m’entends ? Du verre dans le ventre… »

Janel intervient encore :

« Ne parlez pas, Alfar Un, laissez-vous guider. Escouade Élytre, libérez le champ maintenant : le Sylvaer va s’élever.

— S’élever ? m’étonné-je. Qu’est-ce que vous faites, je croyais que le Joyau de Pénitence devait franchir le Phylactère de face !

— Faites-moi confiance. »


***

Lympe et Cédalion le comprennent en même temps : malgré la poussée subite des moteurs d’Escamoth, les mouvements ne proviennent pas d’un effet d’optique.

« Noble amiral, hésite Harpuia Deux, le Sylvaer prend de l’altitude. Notre manœuvrabilité est insuffisante pour garantir le bombardement ventral. »

Il y a plus que ça : l’ennemi utilise nos destructeurs comme boucliers contre le léviathan !

L’ascension de la frégate blanche la porte vite derrière les deux harpuï. Au-delà de la fumée de la bataille, sa proue semble se parer d’un doux halo de feu…

Un écho à l’orage électrique qui se forme au sommet de l’atmosphère !

« Amiral Sethosis, intervient Lympe, l’Alliance Néphéline est sur le point de franchir le Phylactère.

— Hors de question, capitaine. Artillerie, pointez les longues couleuvrines sur le Sylvaer. Feu à volonté, détruisez ces hérétiques. »

La Gargoule et Cédalion hoquettent de concert. Seul le commandant trouve la volonté d’élever la voix vers le Keroub :

« Mais les harpuï sont dans votre ligne de mire !

— Qu’importe, commandant. »


***

Les tasses tremblent, les feuilles frémissent. Bien que plus lointaine, la seconde détonation paraît infiniment plus puissante.

« Quel boucan, souffle Antée. Dire que le contreprisme a failli voler en éclats… »

Thalie ne l’écoute pas. Un craquement retentit soudain dans la Frondaison. Il éveille une série de picotements autour de son cou, comme le spectre d’un mauvais souvenir. Le mouvement du bois...

« Attention ! »

Elle se jette sur Marielle à côté, la couvre de son corps contre le banc chargé de coussins. Le toit du kiosque s’éventre aussitôt, libérant la lourde branche qui s’effondre sur la table. Le cri du bois estompe une seconde ceux d’Antée et de Cirice ; la première s’écarte, pâle et palpitante, alors que la sylicate détale sans demander son reste.

La Damoiselle d’Ormen se redresse et balaye ses crins nimbés de brindilles. Un regard sur la Gargoule : pas de blessure, juste le choc. Puis elle relève la vieille Novarienne.

« Marielle ? »

Celle-ci la rassure en quelques signes, le sourire aux lèvres. Mais son visage s’ouvre soudain, l’inquiétude dans le regard. Elle précipite celui-ci sur ce qu’il reste de la table…

« La Médaille ! comprend Thalie. Où… »

Elle écarte la nuée de feuilles qui encombre ses cahiers, fébrile. Les bris de porcelaine, les coulures de thé…

« Thalie ! Thalie, attendez, l’apaise Antée. Vous l’aviez sur vos genoux.

— Bien vu, vous dites vrai. »

La Damoiselle d’Ormen se mord les joues et se penche sous la table. Le coffret repose là bien sagement, et visiblement intact. Son soulagement s’exprime le long d’un soupir sonore alors qu’elle l’attrape, avant de se rasseoir.

« Nous y étions presque, je crois.

— En effet, confirme la Gargoule. Marielle ? »

La Lumineuse tire un papier des bris de la table. Y figurent, tracées à la hâte, leurs dernières pistes. Les trois chercheuses se sont aidées de tout, depuis les Mémoires de Liane Vestine jusqu’aux récentes chansons qui lui sont consacrées – sans parler du carnet de sa main dérobé par Abriel. Au centre du parchemin se trouve la liste des caractermes présents sur la serrure de l’écrin, certains entourés, parfois plusieurs fois. Des flèches mènent à la reproduction de leur hypothèse la plus sérieuse, une proposition en cinq mots :


Liane défie temps et mort.


Les doigts fins de la Damoiselle d’Ormen tremblent à l’approche des roues gravées. Elle retient son souffle, sous les encouragements de ses compagnes… et entre la combinaison.

Le coffre s’ouvre.


« Janel ? J’ai descellé la Médaille du Messager, je vous l’apporte. »


***




[1] Je n’ai pas du tout digéré la trahison de Khoras et Siléon. Je ne veux plus me retrouver avec d’autres Serah sur les bras. [retour]


[2] Et pas des plus subtils, si vous voulez mon avis. Y en a qu’ont besoin de se défouler – j’ai même proposé à Myriel, ça a fait sourire sa sœur. [retour]


[3] Dunelle est l’une des rares Lumineuses à avoir accepté de rejoindre mon unité plutôt que de vouer son sabre à la défense de la Palatine. [retour]


[4] Plusieurs dizaines de degrémillemètres nous séparent. Il est encore loin… il est juste gigantesque. [retour]


[5] “Coûteuses” en vies, probablement. La haute société kérubine ne s’encombre pas de ce genre de détails : que ce soit pour une dent de vermal, un œuf d’angelot ou de telles fleurs, l’on meurt tout aussi bien pour ses désirs. [retour]


[6] Peut-être est-ce dû également à un accroissement de ses sensations, depuis son sevrage du Zélotron-B ? [retour]


[7] Dire que la peinture était neuve… [retour]


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