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Julien Willig

lundi 20 septembre 2021

Sous des milliers de soleils, II - Nephel

Psaume XXXIV

[Résumé des chapitres précédents]

L’Opération Taraben va pouvoir passer à l’étape suivante. Thalie, Eshana, Darse et Lyuba ont pu neutraliser la châsse-lebraude et échapper au Draconen lâché sur leurs talons. Abriel a récupéré la Médaille du Messager et a pu fuir Lengel, ramenant avec lui la jeune Lua et un groupe de Rhakyts. Cédalion, lui, se retrouve coincé en ville par Parme-Alma malgré la mort de Khoras et Serah.


***


« Échouant à dérider le très sérieux adjudant-chef Kelinia, j’ai au moins entrepris de le former à un vrai vol.

Ses hématomes nous ont servi, figure-toi. Je l’ai planqué sous une bure bien crade et l’ai contraint à se faire passer pour un mendiant ; nous nous sommes entraînés dans une ruelle vide. Son objectif était de m’ôter ma bourse, mais s’il se montrait trop suspect : paf, un bourre-pif !

Ensuite, nous nous exerçâmes sur d’autres quidams.


Oui, je l’ai formé à la dure – ou plutôt, j’ai su me faire douce avec toi. Oh, Mila, tu me manqueras tellement. Tu as beau m’encourager à partir, une partie de moi souhaite ne t’avoir jamais quittée. »


(Lettre de Liane Vestine à Mila du Rel – conservation MHiPop, le Musée d’Histoire Populaire de Nybel)



La fermeture s’amorce sur le Secteur 5.4. La Saillie est à son maximum et libère ses gerbes solaires ; pourtant, les rouleaux brouillardeux s’en gorgent pour ne dépeindre qu’un terne halo gris. Alors, depuis les flancs d’Abyla et la plaine desséchée de Molenravh, en passant par les canaux de l’Oasis de Rune et les vieux monastères des Pierres d’Ouden, les modestes et les esprits pieux se signent après leur pause de Midi.

« Les ombres semblent traverser l’esprit infini du Seigneur-guide, prions pour lui. »

L’ambiance est moins légère dans le château de Béthanie, à l’intérieur du manoir des Pics des déesses ou au sein du blocus obscurien de Lengel. Les gorges se nouent, les sueurs froides stagnent malgré les chaleurs de l’orage, car ce que l’on sait est plus terrible encore.

Les ombres proviennent du Messager.


« Laetere, insiste Cédalion, je dois parler à Neptis immédiatement.

— Je regrette, répond l’Hydre, mais toutes nos communications sont coupées sur le Secteur.

— Par télépathie, Laetere. Vous vous fichez de moi ? »

Le ton monte à l’extérieur du quartier général. Autour de Parme-Alma, les combattantes amènent lourdement leurs doigts sur la crosse de leur arme. La commandante elle-même contient tout juste son indignation :

« Doucement, Cédalion, vous dépassez les bornes. Estimez-vous déjà heureux de ne pas avoir été mis aux fers dès votre parution.

— Vous ne me serez donc d’aucune aide, Alma ? N’avez-vous pas encore saisi l’urgence derrière mon rôle ?

— “L’urgence” ? Aucune radio n’est fonctionnelle, notre artillerie sol-air ne répond plus et Béthanie elle-même est hors service, qu’avez-vous donc de plus urgent ? »

Le Novarien peine à retenir son mouvement d’humeur. Il ouvre une paume et balaye le camp de fortune où il a été mené : l’arrière-cour de l’hôtel Du Relh, où lui-même se reposa avec ses troupes après qu’eut éclaté le conflit de Lengel.

Des cycles semblent avoir passé depuis.

Il y a retrouvé sa sergente, Keren, et sa blessure atroce au visage. Bien plus choquante en revanche fut son expression : un vide cruel qui ne la quitte plus. Certaines des Hydres de Laetere se trouvent à l’hôtel également, usées jusqu’au bout de la queue – le vicaire Neptis les aurait fait “recycler” pour dix fois moins.

L’électricité coupée, tout le monde a gagné la cour pour profiter des lueurs haloaires. Sur un banc de pierre gît Serah, son sabre-crochet humblement posé le long de son corps. Elle paraît paisible malgré la ternission de ses tatouages[1]. Khoras, elle, fut laissée sur le lieu de son exécution.

Mais Cédalion n’a cure de tout ceci. Il lève la main et pointe le ciel.

« Ça, c’est assez urgent pour vous ? »

Parmi les vagues argentées du brouillard, et les coulures d’un vif orange crachées par l’horizon, s’écoule une pluie étrange : un sillon de gouttelettes noires et gémissantes, pleurées en biais depuis les crêtes montagneuses. Cette tempête dure bien depuis un sablier ou deux… et les premières “gouttes” ont même rebondi sur les tuiles de Lengel pour faire machine arrière !

Littéralement, pense un Cédalion amer.

Les transports de tête rebelles ont déjà fait leur office : ils retournent à leur point de départ. Alors que le commandant déchu désigne les sommets enneigés, une masse ovale crève la ouate blanche.

« Les impies lèvent le camp et le Sylvaer s’élève. Réagissez, Alma : l’Alliance Néphéline va quitter Ocrit ! »


***

Allez… Mais qu’est-ce qu’elles fichent encore ?

« Gallinet à Rinoptère, vous me recevez ? Gallinet à Rinoptère, c’est pas marrant, répondez. »

La cabine de Vérin demeure désespérément silencieuse – du moins, si l’on exclue mes tapotements nerveux le long de la console et le grincement de mon fauteuil. Avec le relais du Sylvaer, nous devrions être les seuls de toute la terre-plaque à pouvoir nous parler à distance.

« Abriel ?

— Quoi ? »

Saren, sur le siège du copilote, s’efforce d’adopter un ton neutre.

« Tu devrais prévenir la Palatine pour nos invités imprévus. »

“Et oublier Thalie l’espace de quelques minutes” ? Alfarin, depuis quand tu te soucies de ce que je pense ?

Mes doigts volent sur les commandes. Je me sens plus à l’aise depuis que j’ai quitté la combinaison de chantier… ainsi que l’église de Lengel, évidemment. Avoir le coffret de la Médaille du Messager en poche aide beaucoup, il faut dire.

Le Sylvaer grossit à travers la verrière. La vallée lengélienne en contrebas, le fleuve sur le côté et les montagnes me rappellent notre précédente fuite : mutique, Thalie dégueulassait de sang l’assise à côté, et le futur Darse pionçait dans la soute[2]. Le hurlement des propulseurs voisins ravive cette ancienne pression, alors que les aspics cherchaient à nous descendre. Me voilà pourtant mieux entouré : ce sont les amphiptères et les megalans qui nous suivent, chargés des réfugiés qui nous accompagneront dans l’espace…

« Vieille feuille, ici Gallinet. On vient vous titiller le gosier dans quatre minutes. Je répète, accostage dans quatre minutes. »

C’est à Philandre que je parle. Comme à son habitude, il me répond cérémonieusement :

« Vieille feuille au combiné, je confirme la réception de votre message, Gallinet.

— Prévenez Œil de braise, qu’elle se prépare à la phase trois. »

Il s’agit de Janel, évidemment. La phase une de l’Opération Taraben consistait en l’infiltration jumelée de Lengel et Molenravh, et en l’accomplissement de nos objectifs. La deuxième, c’était notre retour et l’évacuation des derniers membres de l’Alliance Néphéline.

« Je vous entends, Gallinet. Œil de braise, terminé.

— Vous tombez bien, reprends-je, j’ai ramené quelques copains en route. Z’ont p’t-être des gueules à briser les miroirs, mais c’est des gars solides et ils sont ligués dur comme pierre contre l’Obscurie, à présent. »

Son soupir a beau être discret, il passe à travers les haut-parleurs. Pourtant, la réponse de la Palatine m’étonne :

« Vous avez trouvé des Rhakyts ? Intéressant.

— Vous verrez que je suis plein de surprises, Œil de braise. Gallinet, terminé. »

Le Sylvaer emplit la totalité de l’espace. Je perçois la décontraction progressive de Saren au fil de notre avancée.

« La phase deux est un succès, Abriel. Félicitations, détends-toi maintenant.

— Je le ferai après avoir acquis la certitude que Thalie est saine et sauve.

— Thalie et son équipe, tu veux dire ?

— Bah ouais. J’ai dit quoi ?

— Laisse tomber. »

Le silence s’installe encore. Béor vole à bord de la navette des autres Rhakyts pour les rassurer. Dunelle et Alyce sont à l’arrière du vaisseau, meurtris par les derniers événements[3].

Un toussotement me rappelle soudain Lua, engoncée dans le fauteuil au fond du cockpit. Elle qui voulait suivre “Monsieur Vito… non, Monsieur Abriel, euh, Abriel tout court, pardon” est tellement crispée sous ses sangles que j’ai peur de la briser au moindre mouvement de Vérin.

« Eh, soufflé-je en me retournant, comment tu te sens ?

— Rebelle ? bredouille la Gargoule.

— Bonne réponse. »

Elle m’éclate, et mon sourire l’illumine. Sa bure empoissée de cendres et du sang du révérend l’enserre comme un linceul. L’unique préoccupation de Lua en embarquant fut une tunique propre, et Dunelle lui a juré de lui montrer le Carré des chemins sitôt débarquée dans le Sylvaer.

“Il me faudra une capuche”, précisait la Gargoule.

Comme quoi, aussi nombreux que soient nos flingues, les révolutions se font toujours en plusieurs temps.


***

« Des aspics, derrière nous ! Une patrouille de l’Obscurie nous a prises en chasse. »

L’amphiptère a crevé les cieux dès l’embarquement des passagères. Les lambeaux nuageux se délitent contre la verrière souillée par les vents ensablés. Thalie reprend son souffle, effondrée dans un siège du cockpit. La pilote néphéline, une Gargoule à l’air paisible, tempère vite la situation :

« Rassurez-vous, les chasseurs sont encore loin. Mais nous n’avons pas de temps à perdre, nous ne pourrons pas nous arrêter au village comme prévu. »

Eshana se lève et retourne dans la soute pour informer les autres passagères. La pilote laisse à Thalie le temps de souffler avant de s’intéresser à elle :

« Par Ylüne, ces taches sur votre jambe, tout va bien ? Vous semblez sortir des feux d’Ocrit.

— C’est tout comme, halète la Damoiselle d’Ormen. Rassurez-vous, ce sang n’est pas à moi.

— J’ai prévu des gourdes d’eau fraîche. Tenez. »

Thalie la remercie chaleureusement. Deux longues gorgées plus tard, elle demande à la Gargoule comment l’appeler.

« J’ignore mon vrai nom, mais le vieux prêtre qui me sauva la vie dans la mer de sable me baptisa Sérène. »

La Damoiselle d’Ormen brûle d’en savoir plus. Elle brûle tout court, en réalité, et sa question trébuche au bout de sa langue ; n’en sort qu’une toux maladroite.

« Détendez-vous, sourit Sérène. Nous gagnerons le Sylvaer dans moins d’un sablier, avant que l’Obscurie nous atteigne. »

Un sursaut donne à Thalie l’adrénaline qui lui manquait. Elle écrase son doigt sur la commande des communications la seconde suivante.

« Rinoptère à Gallinet, répondez, je vous en prie. Rinoptère à Gallinet, je…

— J’voulais vous faire mariner mais j’avais pas la patience. Gallinet à l’appareil, et foutrem… je veux dire, sacrément bien content de vous entendre, Rinoptère ! »

Thalie s’efforce de rassurer Abriel en quelques mots – l’œil souriant de la pilote lui échauffe les joues. Son coéquipier lui apprend, tout fier, avoir récupéré la Médaille ainsi que des réfugiés Rhakyts.

« Mes félicitations, Gallinet ! Qu’en a pensé Béor ?

— J’sais pas, répond-il. Au fait, vous avez dit au revoir à mon village paumé ?

— Aurais-je dû ?

— C’était peut-être un trou, mais c’était aussi le dernier sol d’Ocrit que vous aurez foulé. »

Une pierre la cloue soudain dans son siège : la terre est loin désormais !

« Je… je n’y avais pas pensé.

— Eh, c’est pas grave, hein. On a bien profité de la Petite-Nephel et d’Abyla, c’est pas Molenravh qui nous manquera. »

Elle se raccroche à cette idée pour dompter son cœur.

« C’est vrai.

— Reposez-vous maintenant, Thalie, d’accord ? L’halo-ci sera long.

— Je crois, oui. Bon vol, Gallinet. »

La lassitude l’étreint quand elle coupe la communication. Son attention dérive à travers la verrière et s’abîme dans les volutes évanescentes tandis que son esprit, lui, s’efforce de s’extirper de son propre brouillard. Alors, la somnolence l’accueille dans son duvet doux.


***

On ne lui a pas adressé un mot. Remisée dans la cale de l’amphiptère, Lyuba jauge l’état de l’Hydre.

Laetere n’aurait jamais pu contrôler un corps si piteux.

C’est un miracle si ce fameux Darse tient encore debout. Il a coincé sa main gauche sous le plastron pour éviter à son bras de pendre, vidé de toutes forces. Des écailles lui manquent çà et là, et nombreuses sont les zones où coagule un sang épais. D’autres blessures plus anciennes parcourent le reptile, dont les griffures sur sa truffe et son œil mort, mais Lyuba jurerait que les plumes de sa crête crânienne n’étaient pas tordues, que sa queue ne tressautait pas autant… sans parler de son boitement important.

Et pourtant, l’Hydre la fixe avec un sourire empli de bonhomie. Con de lézard.

« Et maintenant, grogne Lyuba, tu vas m’expliquer ce qu’il va se passer ?

— Madad’Ormen Thalie elle a dit que le command’Abriel il sera fier de Darse.

— Non mais ça je m’en fous ! Qu’est-ce que vous… »

Elle s’efforce de contenir ses élans en voyant les zygomatiques de l’Hydre se relâcher, reprendre son masque effrayant d’inexpression.

« Qu’est-ce que vous allez faire de moi ? Tu le sais, ça ?

— On ne va pas pouvoir vous déposer. »

C’est la voix d’Eshana. La Néphéline peine à maintenir sa piètre carcasse en émergeant du cockpit. Sa dextre prothétique ne lâche aucune main courante ; elle, ne quitte pas de l’œil la prisonnière.

Deux borgnes pour veiller sur moi, et pas une en bon état.

En d’autres circonstances, Lyuba en profiterait. Et ce n’est pas le Peccamineux dans la serre de l’Hydre – Thalie le lui a confié avant de disparaître – qui l’en aurait dissuadée.

« Comment ça, “pas pouvoir” ?

— Nous avons trop tardé à quitter la châsse-lebraude, explique Eshana. Alertée par la perte de courant, l’Obscurie a fait décoller la chasse : des aspics sont à nos trousses. »

La Néphéline dégoupille la gourde dans sa main de chair, y boit longuement avant de la passer à Darse. L’Hydre en fait de même et, docile, l’envoie à la détenue dans une attitude toute sportive. Lyuba la réceptionne et, nonobstant, s’offre le luxe de croiser les bras, bravant ses geôlières du menton.

« Alors on fait quoi ?

— Vous restez avec nous. Étant donnée votre action aussi charitable que surprenante, la Damoiselle d’Ormen s’engage à vous octroyer soins et bons traitements ; qui sait, peut-être qu’à la longue notre nouvelle vie vous convaincra. »

La tirade d’Eshana est lasse. La prisonnière, pourtant, manque de lui cracher dessus malgré son masque.

Du calme, lieutenante, et joue ton rôle.

Lyuba s’arrache un “merci” pathétique. Elle déplie sa paille et absorbe quelques gorgées d’eau. Se faisant, elle fait mine de se mettre à l’aise contre la paroi du fond… tout en veillant à ne pas exposer son dos ni ce qu’elle a caché sous sa veste.

Il serait regrettable de dévoiler le fragment de métal acéré qu’elle a ramené de la châsse-lebraude.


***

« Abriel, va vraiment falloir partir, là.

— Pas sans lui avoir transmis la Médaille du Messager. »

En vol stationnaire, Vérin patiente au-dessus du hangar cinq, celui réservé aux manœuvres militaires. Je m’y suis posé en vitesse afin de recharger en carburant avant de ressortir[4]. Lua s’est hâtée de descendre – la pauvre Gargoule avait le mal de l’air – avant de prendre la direction du Carré des chemins, guidée par les dires de Dunelle. Saren a rejoint Kia dans leur aéronef : l’appareil a décollé et il dirige, par radio, l’Escadron Alfar autour de la frégate. Plus loin, Lassïm discourait avec l’Escadron Lindorm, et ses mains se tordaient dans son dos.

Bien sûr qu’on se sent nerveux l’halo-ci.

À côté de moi dans le cockpit, Alyce vérifie une énième fois l’affichage du tableau de bord. Pourtant, tout se passe bien : les amphiptères blancs et les megalans bleus affluent autour de nous depuis les quatre coins du Secteur 5.4. Nous avons fait du ciel notre fourmilière, et j’en suis la reine… enfin, Janel en est la reine, et moi je suis plutôt[5]

« Vieille feuille, ici Vorcin Farceur. Nous sommes en approche mais des aspics nous collent au train.

— Ici Alfar Un. Ne déviez pas, Vorcin Farceur, on s’en occupe ! »

Merdelle.

« Abriel, tu bouges pas. »

Il commence à me connaître, le bougre… Je reste là, contemplant sans les voir mes phalanges blanchir autour du coffret en bois laqué.

« Vorcin Farceur, les pourpres sont en déroute, vous pouvez accoster sans encombre.

— Merci Alfar Un ! C’est un bel ensemble que vous formez avec Vieille feuille, les aspics ont dû être surpris !

— Vorcin Farceur, interviens-je, j’ai un œuf à vous confier. Rendez-vous devant le hangar cinq. Gallinet, terminé.

— Bien reçu, Gallinet. Regardez, on arrive. »

L’amphiptère jaillit du vide et, en une courbe gracieuse, se stabilise à notre niveau. Moins de cinq mètres nous séparent selon l’écran de position. C’est une belle manœuvre, je reconnais le talent de Sérène[6]. Je bondis de mon siège et gagne la soute. Le coffret sous le bras, j’écarte la porte coulissante ; le vaisseau d’en face s’ouvre de même.

Enfin la voilà. Le pantalon blanc brossé par les sables et taché de sang, la blouse cosmique aérée comme la promesse de notre évasion future ; Thalie s’accroche à la main courante et me jette son plus chaud sourire. Le vent balaye sa crinière pour moi et j’imagine ses doigts dans la mienne.

« On va faire un truc, lancé-je à travers l’oreillette. Vous allez arrêter de me faire peur comme ça, d’accord ?

— J’ai crevé l’œil d’un Draconen.

— Quoi, sérieux ?

— Le grand dur il avait la dent vorace ! »

Darse, au fond, y est allé de son commentaire. Le rire de Thalie s’étiole dans les airs, mais je saisis la substance de sa réponse :

« Pensiez-vous être le seul à pouvoir affronter une créature multimillénaire ? C’eut été douter de moi !

— Quoi, vous brûliez de faire vos preuves ? Essayer donc ceci ! Alyce, tu peux nous rapprocher ? »

Nos amphiptères se regroupent imperceptiblement. Chaque décimètre nous lie davantage, Thalie et moi ; nos visages sont nos ancres.

« Tu penses vraiment à ce que je pense ? s’inquiète mon copilote.

— Abriel, t’es pas sérieux ? »

Eshana doit regarder la scène derrière la Damoiselle d’Ormen. J’entends même Sérène émettre, avec toute la diplomatie de l’étoile-sanctuaire, quelques réserves sur mon habileté. Seuls points fixes dans l’Univers, un duo de prunelles jaune et bleu.

« Gallinet ?

— Rinoptère, voici l’œuf ! »

Je lance le coffret si chèrement acquis. Ses arêtes ondulent le long des bises, accrochent au gré de leur inclinaison quelques glissades orangées que susurre l’horizon ; elles dédaignent les craquelures du verni pour les sublimer davantage, à l’image des veinures qui s’éveillent à l’air libre. Une belle courbe, et la boîte se niche entre les bras de la Damoiselle d’Ormen, qui la presse contre sa poitrine.

« Je l’ai ! »

Un concert de soupirs sature mon communicateur.

« Oh, Abriel, il est magnifique !

— J’avais hâte de vous le transmettre. Vous pouvez regarder la serrure ?

— C’est donc elle, la roue avec les cinq caractermes à entrer. Je la déverrouillerai dans la Frondaison : Antée et Marielle devraient m’aider, elles sont inséparables depuis l’Alliance.

— Ouais, voilà, servez-vous un bon thé pendant que j’vous couvre.

— Vous préférez me confier Vérin et déchiffrer mes cahiers ? »

Un trouble-fête s’incruste et me dispense de bafouiller encore :

« Rinoptère et Gallinet, on vous voit ! Ça vous dit d’arrêter de roucouler pour vous magner un peu ? »

L’alfar de Saren bourdonne au-dessus de nous avant de repartir à la proue du Sylvaer. La Damoiselle d’Ormen esquisse un lent pas en arrière.

« Je vous aime.

— Attendez. »

L’idée me vient en apercevant sa chaîne d’argent et d’or scintiller sous son col, et sa bague à ses doigts. Je tire de ma sacoche le foulard qu’elle m’offrit, puis le noue à mon cou.

« Pour nous porter chance. »


***

Cette fois Cédalion ne rechigne pas à profiter du confort des canapés. Lors de leur dernier vol à l’intérieur du bouraq de Neptis, Lyuba n’avait pas hésité à s’étendre sur le velours pourpre.

Lieutenante, je vous ai ordonné de rester en vie. Ne me faites pas faux bond.

Le Novarien achève de boutonner son nouvel uniforme. Il rajuste ses épaulettes et recouvre son crâne de la casquette, le front ceint de la sanctosphère. Après tant de halos en infiltration, et avant ça son incarcération dans les tréfonds de Béthanie, il a enfin pu bénéficier d’ablutions dignes de ce nom dans les quartiers du Keroub. Satisfait, il laisse son regard courir sur le fil du sabre-crochet qu’il a emporté avec lui, posé sur un siège et, à côté, un Oblitorion tout neuf et ses cartouches de gaz. Au pied du canapé, une caisse contenant un masque et des recharges de Zélotron-B.

Il ne l’a même pas ouverte.

« Mon commandant ? Une communication pour vous. »

Une Hydre l’appelle depuis le cockpit. Il se lève, digne, et rejoint le reptile rose et bleu qui l’attend debout, près du tableau de commande.

« Êtes-vous sûre de mon grade, mère Ghalya ? Neptis a-t-il du nouveau ?

— Selon Skalla, le vicaire “se hâte” de préparer sa sortie du château. Laetere éprouverait quelques difficultés à entrer dans son cocon de transport, d’où son ralentissement. »

Le ton grinçant de l’Hydre en dit long sur son ressenti, que Cédalion partage. L’absence de Lyuba n’en devient que plus pesante, et il coule un regard sur la porte close dans le fond de l’appareil. La cabine de repos du vicaire, où Keren s’est enfermée à genoux devant l’autel et les spirales d’encens, son fusil posé devant elle avec une flasque d’huile sainte.

Mes seules subordonnées, et je ne suis même pas en mesure de les protéger.

« Nous aurons besoin de Laetere au moment de l’assaut, mère Ghalya. S’agit-il de l’objet de la communication ?

— Non, mon commandant, et j’allais y venir. C’est la haute inquisitrice Artaphernas qui vous contacte.

— Passez-la-moi. »

Son timbre, cette fois, est glacial. Le vieux pilote novarien du vicaire presse une touche, un voyant s’allume :

« Haute inquisitrice ? Cédalion au rapport depuis le bouraq du vicaire Neptis.

— Commandant Cédalion, minaude la Keroube, ravie de vous entendre.

— Est-ce donc vrai ? J’ai été réintégré ? »

Il maudit son cœur de s’emballer à ce point, car sa voix le trahit légèrement. Du moins, c’est ce qu’il pense en sortant sa pipe pour la mâchonner.

« L’Obscurie a besoin de vous, très cher. Vous pourrez constater que j’ai personnellement veillé à satisfaire vos demandes. »

Il parcourt du doigt la plaque de métal fraîchement usinée à son col qui, soudain, se serre sous le coup de l’émotion.


Le commandant Laetere XIV/1 est de retour.


L’Hydre se présente à ses côtés : elle soulève un petit coffre en bois de cactus, qu’elle déverrouille devant lui. À l’intérieur dorment deux objets : un étui hermétique aussi grand que sa main ouverte, et un Peccamineux gravé.


“Servir et protéger. Dominer ou périr.”


« Voyez cette faveur comme un remerciement pour l’accomplissement de votre mission de conciliation, commandant Cédalion. Le vicaire Neptis s’y était opposé, étant donné son caractère inorthodoxe pour un combattant de votre grade. Cela dit, je gage que vous partagez avec cette arme un parcours pour le moins intéressant.

— C’est exact, rétorque-t-il sobrement. Merci beaucoup, haute inquisitrice. »

Il se hâte de passer le pistolet dans son dos, sous l’étreinte de sa ceinture. La présence de Lita l’environne aussitôt. Avec elle, la paix et les convictions.

« Votre réintégration dans les rangs obscuriens est une condition à votre nouvelle mission, aussi ne tolérerai-je aucun refus.

— Il n’y en aura point.

— J’attends que vous meniez l’assaut au sein du vaisseau stellaire antique que l’Alliance Néphéline est sur le point d’investir. »

Cette fois, il marque un temps d’arrêt.

Nous y sommes.

« Seigneur-guide, dit-il enfin.

— Vous ne croyez pas si bien dire : toutes nos connaissances sur cet appareil nous viennent du Messager. Mieux encore, grâce à elles nous pûmes bâtir nos six léviathans colossaux ; ce bouraq vous mène à l’un d’eux. Prenez maintenant l’autre contenu que l’Hydre vous présente. »

Cédalion l’attrape et le tourne dans sa main. Il s’agit d’un étui métallique, proche de celui où il a coutume de ranger sa pipe et ses ampoules de distillation. Son œil distrait voit le reptile poser le coffre… et se piquer dans le cou avec une seringue ?

« Haute inquisitrice ? Ghalya vient de s’injecter quelque chose.

— Aucune inquiétude, commandant Cédalion, c’est la procédure standard quand une Hydre est contrainte de s’éloigner de sa Dracène. »

Il suit, inquiet, le lézard qui part s’installer dans un coin, la tête dodelinant entre les jambes.

« Elle la plonge dans le sommeil afin de prévenir la dissipation de leur lien télépathique, je suppose ?

— Cet étui, enchaîne sèchement la haute inquisitrice, pourrait vous être utile une fois à bord. Ouvrez-le. »

Une série de seringues attachées par un élastique. Il en tire une, identifiée en tant que “Nicken v12”.

« Ce produit, poursuit la Keroube, est un mélange capable de maintenir sur pieds une personne victime de blessures, même nombreuses et même graves.

— À quel point ?

— Vos sous-officiers pourraient se battre plusieurs degrés durant au lieu du trépas, et vos cibles, survivre assez longtemps pour vous céder le vaisseau. Néanmoins, n’ayez aucune illusion : le Nicken v12 n’empêche pas la mort, il ne fait que la repousser. »

Cédalion range le coffret des seringues dans l’étui à sa ceinture. Le bouraq prend de l’altitude, pointant droit vers une forme acérée dans le fond du ciel. Se dessinent, petit à petit, les contours d’une forteresse volante.

« Vous allez monter à bord d’Escamoth le Balafré, le vétéran parmi nos léviathans. Le noble Sethosis en est l’amiral, ainsi qu’un de mes amis : vous vous placerez sous ses ordres.

— Je ferai selon votre volonté, haute inquisitrice.

— La Dracène embarquée se nomme Kymël. Elle vous servira de force de frappe lors de votre attaque.

— Pardonnez-moi, n’aurai-je droit qu’à un seul escadron ?

— C’est exact, Cédalion, réplique-t-elle, un peu sèche encore. Néanmoins, à circonstances exceptionnelles, mesures exceptionnelles : vous donnerez l’assaut avec l’ensemble des six pelotons.  »

Cent quatre-vingts Hydres ? En voilà une exception !

Le commandant se signe de la quadrabranche alors que l’inquisitrice achève :

« Les gradés d’Escamoth frapperont à vos côtés. Pugnacité et promptitude, Cédalion ! L’avènement de l’Obscurité dépend de vous. »


***

La passerelle du Sylvaer bourdonne d’une vibrante énergie. Le dôme a été momentanément occulté pour l’affichage lumineux des données nécessaires aux manœuvres à venir : embarquement des derniers transports, altitude et orientation de la frégate, position des alfars en rotation. Les informations défilent en blanc dans la pénombre indigo, à l’image des tatouages de celle qui se tient roide au bord du vide, mains croisées dans le dos ; en miroir, les reflets jouent sur son crâne rasé.

L’Ingénieurice d’Analyse Météorologique et Atmosphérique se tourne vers la Palatine.

« Madame ? Le Joyau de Pénitence a joint les flux du Phylactère au registre des conditions environnementales. D’après ses capteurs, le Sylvaer est prêt à sortir dans l’espace.

— Bien, acquiesce Janel. Merci, Éloane. »

La Palatine a un ultime regard pour le gouffre qui fut encore, il y a peu, la chambre palatiale de feu Arkon, le dernier Planhigyn. Enfin, elle se détourne et approche de la barre tenue par Philandre. Son frère la suit et croise les bras, deux pas derrière. Laurélise le seconde, impénétrable et mutique.

Myriel était censé rejoindre les troupes néphélines. Ma chère Sœur, c’est cette pauvre Serah qui aurait dû se tenir à tes côtés. Comme toujours.

Un pincement de lèvres, et la Palatine sollicite l’ouverture des communications.

« Vieille feuille à Gallinet et l’Escadron Alfar, parée pour la phase trois de l’Opération Taraben. À vous, mon commandant.

— Merci, ma commandante, réplique Abriel. Alliance Néphéline, écoute-moi ! »

Myriel grogne dans le dos de Janel :

« Par les saints rayons de Lumière, mais qu’est-ce qu’il trafique, ce branquignol ? »


***

« Alliance Néphéline, écoute-moi !

Te voici pleine et entière, accomplissant là un vieux rêve. Treize mille, oui, treize millecycles te séparent des vœux proclamés sur Nephel. Des vœux de survie et de vie, des vœux d’union et de paix. Des vœux de liberté !

Des vœux plus vieux que l’étoile-sanctuaire que tu quittes. Il y a ici-bas quantité de lézards rabougris, de visages bleus et de grosses têtes perverses et décrépies qui n’attendent que de te plonger dans leur sacro-sainte Obscurité, dans notre coin perdu au bord de l’Univers.  »


Lyuba manque de cracher sous la provocation. Les deux Sylvariens qui la mènent dans le couloir délabré de ses anciens “quartiers” raffermissent leur prise sur ses bras et la pressent de continuer. Elle se laisse guider pour l’instant…

Elle les plantera avant de se faire enfermer.


« Alliance Néphéline, mon amie : retourne-toi ! Tourne le dos aux voiles noirs et vois les étoiles qui s’offrent à toi. Un voyage inédit te tend les bras, un périple légendaire jusqu’au noyau de la vie. Sus à la Galaxie de Lumière, droit vers la mère éternelle… et merde à la mort ! »


La tasse de Thalie se renverse, percutée par son geste de surprise alors qu’elle allait la remplir de thé.

C’étaient de belles images, Abriel, étiez-vous obligé de finir de la sorte ?

Antée toussote au bout de la table du kiosque, embarrassée ; Marielle la rassure d’un rire léger. La Damoiselle d’Ormen repose la théière. Quelques gouttes seulement s’en sont échappées, loin de ses notes heureusement. Devant elle, couvé de près par la curiosité de Cirice, le coffret de la Médaille attend ses manipulations.


«  Tu as déjà rencontré ma consœur, la Palatine Inomel. Elle t’a présenté l’exil qui t’attend avant ta renaissance. Tu prendras une arche dans laquelle tu vivras à travers l’espace, où tes ressources seront cultivées, recyclées et gérées avec soin et patience.

Non, ça ne sera pas facile. Et non, personne ne l’a jamais tenté. Je connais ta pensée car je la partage :

“Mais qu’est-ce que je fous là ?”.  »


Laurélise se permet d’intervenir, rompant les incessantes protestations de Myriel :

« Un discours moins châtié que le vôtre, Sœur Palatine.

— Abriel a toujours su rendre les choses intéressantes, il est vrai.

— Je l’aime bien, ajoute Éloane. Sa manière de nous motiver n’a pas son pareil. »

Janel opine en silence, l’œil sur les informations du dôme. Son frère croise les bras derrière elle, non sans un dernier bougonnement. Philandre, lui, adopte le stoïcisme nimbé d’inquiétude dont il est coutumier.


« “Mais qu’est-ce que je fous là ?”

Crois-moi, cette question je me la suis posée souvent. Rejeton arraché aux siens, j’ai jadis servi les pourpres avant de m’échapper. Je me suis fait vaurien, un chasseur de trésors désabusé errant de galère en galère. Me voici pourtant à te parler en qualité de commandant, porté par la foi que j’ai en chacune et chacun de toi.

Tu n’es composée que de différences. Des Rebelles sous la terre depuis des générations ; des Sœurs descendant d’une prêtresse taxée d’hérésie car elle osa proclamer d’autres vérités ; des pirates œuvrant contre l’Obscurie dans l’espoir de lever la tête hors de la poussière ; des âmes persécutées, bridées et brisées par la sanctosphère ; des Gargoules, des Novarii, quelques Keroubs, une poignée de Rhakyts et même une Hydre. Une Hydre – oui ! – l’engeance des reptiles millénaires qui rôdent au coin de tes ombres, et pourtant affranchie tout autant que toi !  »


Debout sous un lampadaire du Carré des chemins, Rheya, la demi-sœur de Saren, écarte du pied la bure poisseuse qui gît au sol. Elle n’a pas hésité longtemps avant de sortir quelques articles de sa boutique, mais elle tire la manche de Lua, dont le regard se perd dans les tentures indigo.

« Monsieur Abriel, souffle celle-ci.

— Alors, elles te vont bien tes fringues ? Ça fait drôle de ne plus disparaître sous ces voiles, hein ?

— Oh ? Oui. J’ai l’impression de pouvoir exister à présent. »

Nouvellement révélée dans sa chemise bouffante et son pantalon évasé, la Gargoule n’a pas songé un instant à la capuche qu’elle réclamait tantôt.


« Alliance Néphéline, j’ai confiance en chacun de tes êtres – oui, même toi Saren. L’halo-ci marque ton dernier passage sur l’étoile-sanctuaire qui t’incarcère. Cela fait treize millecycles que le Messager échoue à mettre la main sur l’arche novarii, sur ce vaisseau spatial nommé Jorus. C’est normal, car il s’est caché pour toi ; bats-toi et arrache ce qui t’est dû !  »


L’alfar de Saren marque un brusque à-coup dans le ciel.

« Mais il se fout de ma gueule, ce con ! »

Et Kia qui éclate de rire, dans son poste d’artillerie.

« Alfar Un, tout va bien ? demande-t-on par radio.

— Oui, oui, Alfar Deux, fausse alerte. Continuons de suivre le plan de vol. Alfar Un, terminé. »


« Je sais, la mort te guette même au fond du ciel, et la sanctosphère n’a qu’une hâte, celle de t’abattre aux pieds de Son Messager. Tu es peut-être prête à braver le destin qui t’attend, Alliance Néphéline. Peut-être aussi frémis-tu, le doute en tête, à l’idée du formidable défi que tu t’apprêtes à jeter à la face de ton ennemie. Mais imagine ! Imagine une vieille Gargoule tremblant de peur clopiner de toute sa carcasse jusqu’à la haute inquisitrice, avachie dans son luxueux fauteuil, pour lui bredouiller ce terrible communiqué : Jorus et l’Alliance Néphéline ont échappé aux griffes de l’Obscurie. »


« Charmant tableau. »

Ellis ajuste les derniers bandages sur le corps de Darse tandis que Corin, son infirmier, s’occupe du bras d’Eshana. La médecienne ne peut s’empêcher de pouffer doucement. Béor, lui, se gratte la tête, et son dépit transparaît à travers le raclement.

« Désolé pour ces images. J’ignore comment ce gars-là s’est retrouvé commandant.

— Regardez donc autour de vous, dit-elle légèrement. Sans lui, nous ne goûterions pas à la compagnie de cette charmante Hydre (elle tapote la main de Darse, qui d’enthousiasme dévoile toutes ses dents), ni de vos congénères pourtant si bénévoles. »

Les Rhakyts tirés des griffes du révérend s’activent à dresser l’infirmerie temporaire, au beau milieu du hangar deux.

« La main de Kosteth devra être mobile lors de l’accostage, reprend la Keroube, et ces nouvelles recrues se sont portées volontaires pour transporter les charges du camp. Qui sait combien de segments, combien de cycles ou combien de générations les vôtres ont attendu pareil appel ? »

Béor acquiesce. Il se rend compte au fond de lui qu’il adhère aux propos de la médecienne. Plus surprenant encore : il les partageait déjà.


« Ça me fait décidément trop marrer pour renoncer maintenant. Alors accroche-toi à ce qui te motive, à ce qui t’a poussé à rejoindre cette Alliance, que ce soit la foi, la crainte ou l’idéal. L’halo-ci tu t’élèveras, Alliance Néphéline, et tu prendras ce qui t’est dû !

Droit sur Jorus. Droit sur les étoiles, et droit sur Taraben ! »


J’arrête là, le cerveau et les poumons cramés. Une seconde s’écoule. Une deuxième, empesée de doutes. Puis s’entendent les premières réponses :

« Droit sur les étoiles, et droit sur Taraben ! »

Les cris solitaires s’adjoignent puis se mêlent.

« Droit sur les étoiles, et droit sur Taraben ! »

Enfin c’est un chœur, le souffle de l’union des cœurs qui emplit mes haut-parleurs :

« Droit sur les étoiles, et droit sur Taraben ! »

Et l’Alliance le scande en boucle. Je goûte un instant au confort de mon siège, noyé par l’émotion ; le slogan – mon slogan – ne désemplit pas.

« T’entends ? Ça donne envie d’y croire, n’est-ce pas ? »

Je me tourne vers Alyce. L’ado relève à peine la tête du tableau de bord.

« De quoi ? Désolé, j’écoutais pas… »


***




[1] Lumière te guide-t-elle toujours, Lumineuse ? [retour]


[2] La fine équipe, quoi. [retour]


[3] Il a tenté, tant bien que mal, de la réconforter après la perte de Serah. Ça m’a été très dur de l’annoncer à Janel, et je sais ce qu’elle cachait derrière son calme légendaire, cette fois… [retour]


[4] Je parle pas de sang de dragon, hein. C’est pour mon vaisseau que je fais ça. [retour]


[5] Sortez-moi de cette métaphore, par pitié. [retour]


[6] J’en ai fait passer, des tests, avant de déterminer qui serait Vorcin Farceur : il me fallait quelqu’un de compétent, mais sans priver de pilote les escadrons Alfar et Lindorm. Sérène est tellement brillante que je l’aurais également voulue comme copilote… enfin, Alyce fait l’affaire, hein. De toute façon, elle me rejoint vite en l’air avec son appareil. [retour]


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