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Julien Willig

mercredi 14 décembre 2016

Sous des milliers de soleils, I - Ocrit

Verset V

« Ainsi naquit un écrin pur : Lumière, la première de ses Entités.

"Sois ma compagne, Lumière, donnons la vie dans notre Univers", dit encore Néant. »

 

(Le Grand Livre de l’Obscurie, annoté par l’archidiacre Jérimadeth Ie,

IVe Âge de la Création)

 

 

Officier Cédalion, XIVe légion, commandant de la portée Laetere.

 

« Seigneur-guide, notre Messager, le halo s’achève, et ma journée de servitude avec lui. Avant de m’endormir, dans tes entrailles je remets mon âme. Je t’offre ma nuit, mon sommeil, pour refaire mes forces, et que mes rêves t’appartiennent. Je vais dormir afin de connaître la joie de te servir à nouveau, quand s’illuminera le prochain halo. Tu es ma voix, je serai ta main… »

Un grattement sur la porte de ses quartiers presse la psalmodie du commandant Cédalion.

« Il n’y a pas de vie, il n’y a pas de mort ; il n’y a que l’Obscurie, enfant de la parole de Néant. »

Le Novarien souffle son cierge de bétyle. Il cligne des yeux pour chasser les étoiles noires de ses rétines, persistant comme des réminiscences nostalgiques de sa prière du soir. En embrassant ton essence, illustre Messager, je ne fais qu’un avec Néant. La flamm’ombre s’étant tue, l’éclairage électrique sort de sa torpeur, palpite avec un temps de retard avant de reprendre possession de la pièce.

Nouveau grattement. Cédalion se relève, oubliant sa longue génuflexion. Il se détourne de son sanctuaire et saisit sa ceinture-étuis. L’Oblitorion bien placé sur la hanche, il va ouvrir à l’importun. L’huis siffle, s’efface pour laisser place aux courants d’air du couloir de pierres.

Une silhouette sous capuche se tient juste devant l’ouverture, voûtée presque à l’angle droit. Son ample manteau brun ne parvient pas à masquer la maigreur de sa silhouette sinistre, ni sa colonne vertébrale saillante. Une Gargoule. Impassibles, deux Hydres l’encadrent ; Cédalion reconnaît l’insigne de la Dracène Acrise.

La garde personnelle du vicaire Neptis. Donc, cette Gargoule…

« Assistante-laborantine du vicaire Neptis, je présume ? »

Celle-ci ne répond pas tout de suite. Les bords de sa capuche sont occupés à examiner la large stature du Novarien, de bas en haut, avec une lenteur presque agaçante. Enfin, la Gargoule relève la tête dans ce qui semble être un râle appréciateur. La lumière révèle l’éclat de ses yeux noirs, puis ravine un visage émacié comme une volée de marches millénaire. Une fente apparaît, s’incurve en une myriade d’angles craquelés – un sourire :

« Appelez-moi Fremyn, officier Cédalion.

— Que me vaut l’honneur de cette visite, en un degré si sombre ?

— Êtes-vous toujours hanté par votre échec, officier Cédalion ? »

Je suis le bras armé de l’Obscurie, l’acier de sa volonté. Mais cette main est blessée…

« Je n’ai pas ouï-dire que vous auriez été nommée confesseuse, assistante.

— Le poids de votre péché est suffisamment lourd pour être partagé, officier Cédalion, poursuit-elle de sa voix traînante.

— C’est commandant Cédalion. Il incombe à moi seul de corriger cet outrage fait au Messager, car j’en suis responsable.

— Plus maintenant, officier Cédalion, plus maintenant. Cette affaire vient de ressurgir… d’outre-tombe, si je puis dire. »

Le Novarien ne peut réprimer l’expression de surprise qui lui détend le visage. La Gargoule s’en délecte, inonde le couloir de son rire grêle, rêche comme une toux.

« Le vicaire Neptis a hâte de s’entretenir avec vous, officier Cédalion. »

Le commandant ne dormira pas de sitôt ; c’est porté par le doute autant que par le devoir qu’il suit Fremyn. Celle-ci cultive le mystère et sombre dans le silence, alors qu’elle le mène en direction des silos d’atterrissage. Aux portiques de sécurité, les Hydres contrôlent le laissez-passer de la Gargoule, puis saluent le Novarien qui l’accompagne. Enfin, les reptiles ouvrent les lourds battants de la double porte anti-explosion.

Cédalion lâche d’un sifflement appréciateur :

« Un bouraq ? Que me vaut cet honneur ?

— C’est la navette personnelle de mon maître. Vous y serez tout à votre aise, officier Cédalion. »

Le luxe du véhicule offre un contraste saisissant avec les angles froids de la caserne souterraine. À l’image de l’art keroub, il est tout en courbes, ses teintures changeant à la lumière et à l’inclinaison, veinées de marbrures artisanales. La rampe d’accès, descendue en direction des arrivants, présente ses marches en bois flammé, rehaussées d’un verni acajou.

Le commandant s’arrête juste devant.

« Qu’y a-t-il, officier Cédalion ? demande Fremyn.

— Je ne pourrais jamais monter dedans affublé ainsi. »

Le Novarien désigne piteusement ses chausses de cuir dur, aux crampons maculés du sable poisseux des sous-sols d’Ocrit. L’assistante du vicaire se fend d’un nouveau ricanement, puis claque ses doigts frêles – le bruit d’une craie qui casse :

« Ne vous formalisez pas de ce genre de détails, officier Cédalion. »

Trois petites Gargoules descendent la rampe. Des enfants, à en juger par leur taille et leur précipitation[1]. Empêtrés dans leur éternelle bure brune, ils transportent un bac d’eau, une serviette et une chaise à rotation. Fremyn désigne le siège, qu’ils posent devant les premières marches :

« À vous l’honneur, officier Cédalion.

— Commandant, j’ai dit. »

Le Novarien s’installe sur la chaise. Aussitôt, les Gargoulets s’affairent autour de lui : on lui délace ses chaussures, qu’on enlève et dépose au sol ; on lui lave les pieds dans la bassine, puis on les lui sèche avec la serviette. Une fois les ablutions achevées, les Gargoules font pivoter la chaise pour placer l’officier en surplomb de la rampe. Il se lève, nus pieds, campé sur les marches de bois.

« Allez vous installer, officier Cédalion », indique Fremyn.

Une fois tout le monde à bord, le bouraq décolle. Le commandant se sent presque gêné par toute la richesse qui l’entoure : il ne s’autorise qu’une larme de léviathan, parmi tous les alcools qu’on lui propose, et c’est à peine s’il s’assoit au bord de l’un des nombreux canapés confortables, de velours pourpre ou de cuir de thorée. Heureusement pour lui, le vol ne dure pas : le château de Béthanie surplombe sa caserne.

«  Par l’ordre de la sainte Obscurie, veuillez transmettre votre identité. Château de Béthanie, terminé.  »

La requête lugubre résonne même dans la partie privée de l’appareil. Cédalion entend Fremyn intimer au pilote de transmettre le passe du vicaire, afin de contourner les barrages de sécurité.

«  Soyez le bienvenu dans votre demeure, vicaire Neptis. Le bras d’accostage numéro sept est à votre disposition. Château de Béthanie, terminé.  »

Une langue de fer se déplie d’un orifice à flanc de muraille, et le bouraq se pose sur la plateforme. Des pinces articulées agrippent alors ses trains d’atterrissage : les vents peuvent être violents à cette altitude car, malgré le Phylactère, des bourrasques spatiales viennent parfois se mêler au ciel ocritien. Une fois la rampe abaissée, les servants se précipitent à l’extérieur avec les chausses de l’équipage. La paire d’Hydres descend ensuite, Devarïm en main. Fremyn suit, puis c’est au tour de Cédalion. Assis sur la chaise à rotation, le commandant attend que les gargoulets lacent ses chaussures. Il s’accorde un instant de répit et contemple l’immense forteresse, aux allures de terrible géant sous une couverture de zébrures ocre.

« Êtes-vous pensif, officier Cédalion ? s’enquiert Fremyn, les pans de son manteau presque à l’horizontale.

— L’esprit du Messager a l’air agité, ce soir.

— Ce ne sont que des perturbations dans l’atmosphère artificielle. Le Phylactère nous protège des aléas de l’espace ; n’ayez crainte, officier Cédalion. »

Comme pour la contredire, des grondements sourds se diffusent dans le ciel, à tel point que la Gargoule est obligée de crier :

« Si nous y allions, officier Cédalion ? »

Le Novarien se lève sans attendre et suit son hôtesse. Si les Hydres parviennent à garder une bonne prise de leurs griffes sur la plateforme, Fremyn et lui doivent se courber – la Gargoule presque pliée en deux – pour garder leur équilibre sous les assauts de l’air. Alors que Cédalion se force à avancer jusqu’à l’entrée dans le mur du château, des glapissements aigus retentissent derrière lui.

Il se retourne, sur le qui-vive. Le servant qui portait la chaise vient de trébucher, et les deux autres gigotent autour de lui, faute de savoir quoi faire. Le gargoulet finit par se relever, sonné.

« Non, crie Cédalion, ne reste pas face au… »

Il n’a même pas le temps de finir sa phrase que déjà l’aquilon s’engouffre dans la bure du petit servant, la fait gonfler comme un mauvais ballon en vessie de groc. Fatalement, le servant est entraîné en arrière. Il tend les bras, tente désespérément d’agripper le sol. Mais l’appel du vide se fait le plus fort : la Gargoule est arrachée à son support. Dans un cri dilaté, l’enfant se fond avec la tornade éternelle qui caresse les formes de Béthanie, à l’instar d’une feuille sous la brise. Cédalion est le seul à le regarder disparaître. Les autres gargoulets ramassent la chaise, comme si rien ne s’était passé. Quant aux Hydres, elles ne se sont même pas retournées.

« Si Néant n’a pas pourvu d’ailes les créatures intelligentes, c’est pour leur apprendre l’humilité, récite Fremyn, imperturbable. Suivez-moi, officier Cédalion. »

La plateforme débouche sur un couloir de service, muni d’ascenseurs mécaniques. Les servants prennent congé pour vaquer à leurs occupations, tandis que le Novarien descend avec la Gargoule et son escorte. L’équipe change d’élévateurs plusieurs fois avant de parvenir au niveau souhaité : un étroit corridor aux dalles sombres, recouvertes de poussière. Le commandant Cédalion reconnait l’endroit.

Comment pourrais-je l’oublier ? C’est ici qu’eut lieu mon Ordination ; le premier jour de ma vie véritable !

Ils atteignent bientôt une porte métallique, rouillée par les cycles. Deux Hydres montent la garde. Elles font partie de l’unité Acrise, elles aussi : leur Dracène reçoit à la fois les informations des gardes qui escortent Fremyn, et de ces sentinelles. C’est sans un mot, pas même une œillade de connivence, que l’une d’elles ouvre l’huis.

Un sifflement, puis une odeur d’éther qui prend Cédalion à la gorge. Fremyn se permet un râle satisfait : elle est de retour chez elle. La Gargoule pénètre dans les lieux et indique au Novarien d’en faire autant.

Une fois entré dans le laboratoire, le commandant Cédalion marque un temps d’arrêt, mal à l’aise à la vue du décor. Est-ce vraiment le Messager qui dicte au vicaire d’accomplir toutes ces choses ? Les aquariums remplis de vertébrés aquatiques livides – voire spectraux – agitent l’endroit dans un mouvement perpétuel, le… touillent comme le fond d’une vase, dans une écœurante teinture verte. Les cages habitées par des créatures innommables, pour la plupart croisées entre plusieurs espèces existantes, mettent à mal toutes les croyances du Novarien – est-ce un hybride thorée-groc dans la plus proche ? Impossible ! Des écrans bourdonnants dévoilent l’intimité de plusieurs sujets en cellule. Mais le plus déroutant doit être, sans aucun doute, ces atroces bocaux d’alcool où flottent des têtes, des membres ou des corps entiers, parfaitement conservés. On y voit là des restes novarii, gargoulins, ainsi qu’un corps difforme de bébé rhakyt, et – Seigneur-guide – une tête d’enfant keroub. Non, une double tête, aux visages figés dans une stupeur immortelle.

Cédalion n’ose même plus déglutir.

« Laetere XIV/1, enfin ! s’élève la voix du vicaire Neptis. Venez, approchez. »

Alors que Fremyn, en assistante zélée, s’est déjà fondue dans son ombre, le Keroub redresse sa lourde tête, au-dessus de son tablier maculé de traces poisseuses. Il est penché sur une chaise métallique truffée de bras mécaniques, eux-mêmes greffés de seringues et d’outils peu rassurants, allant de la simple lame au chalumeau de précision. Et, sur ce siège, se trouve attaché un Novarien en piteux état. Déjà peu rassuré, Cédalion tique en voyant l’uniforme.

« Mais, c’est… , commence-t-il.

— Oui, anticipe le vicaire Neptis. C’est un sergent de l’Obscurie. De la Dracène Ghalya, précisément. Elle a abandonné son unité à son sort, mais il a réussi à s’en sortir.

— Que s’est-il passé ? »

Le Keroub affiche une mine satisfaite : son invité est tout ouïe. Il s’éloigne de la chaise et ajuste son cache-nuque, avant de caresser du regard ses bêtes en cage. Enfin, il poursuit :

« Mon informateur personnel m’a appris qu’une relique importante allait être pillée au sud du Secteur 5.4., dans des catacombes impies – des galeries occupées par des Novarii. J’ai aussitôt fait dépêcher une unité sur place, pour trouver l’artefact et appréhender le suspect.

— Les choses ne se sont pas passées comme prévu ?

— Précisément, commandant Cédalion ».

Un ricanement de son assistante ponctue cette réponse. Le vicaire l’ignore et reprend :

« Comprenant que notre cible allait lui échapper, la relique avec elle, la Dracène a opté pour la disparition pure et simple de ces deux éléments. Elle a ordonné le bombardement du site par son bahamut.

— C’est ce qu’il lui est arrivé ? »

Cédalion coule un regard en biais vers le sergent, salement amoché. Le pauvre a toute une partie du visage à vif – jusqu’à une orbite vide – et ses doigts sont crispés de douleur sur les accoudoirs, au point que les jointures de ses phalanges changent le bleui de sa peau en un blanc d’usure. Son uniforme est imbibé d’un sang violacé. Mais, le pire de tout, c’est qu’il manque au malheureux son masque respiratoire : sans assistance, il mourra bientôt dans d’atroces souffrances…

Mais que fait le vicaire ?

« Pas seulement, réplique ce dernier. Le site s’est effondré, et notre ami ci-présent en a été victime. S’il est avec nous maintenant, c’est parce qu’il a pu joindre le relai le plus proche, qui l’a aussitôt rapatrié. Mais notre cible a pris la fuite, en parvenant contre toute attente à détruire le bahamut.

— Détruire le… de quelle force de frappe disposait-elle ?

— J’aimerais le savoir, lâche Neptis avec agacement. Mais cette créature n’a même plus la force de parler. Fremyn, le stimulus numéro trois ! »

La Gargoule sourit franchement – un enthousiasme malsain – et actionne un des leviers. Un bras de fer s’active alors autour du sergent attaché : il lui sectionne une bande de chair, sur le bras, et y injecte un produit noirâtre.

Le Novarien s’éveille en hurlant. Son œil est rouge, la pupille entièrement dilatée. Les muscles de son cou se tendent à l’extrême, creusent des ravins autour de sa carotide. Ses lèvres sombrent dans un bleu toujours plus obscur, sinistre, tandis que des veines de la même couleur pulsent sous l’épiderme du malheureux. Et ce regard… Jamais je n’ai vu une telle peur dans les yeux d’un de mes soldats.

Neptis se rapproche du prisonnier haletant. C’est avec une douceur presque perverse qu’il lui susurre :

« Votre bahamut, comment a-t-il été détruit ?

— Par une torpille Lo… Lorne-V.

— En es-tu sûr ?

— C’est… ce que le pilote m’a… transmis avant… avant que je perde le contact. Pitié… »

Le vicaire l’ignore superbement et se tourne vers Fremyn :

« Cherchez des fichiers sur la vente de torpilles Lorne-V au marché noir. »

Puis il revient au sergent :

« Et cette cible, qui était-ce ? La connaissez-vous ?

— Tout… tout le monde la connait, ici, répond le Novarien entre deux gémissements.

— Qui était-ce ? », répète Neptis.

Le sergent tourne alors sa face ravagée vers le commandant Cédalion, resté en retrait. À la vue du regard écarquillé du prisonnier, l’officier sent un malaise étreindre ses entrailles, aussi glacial que le vide cosmique.

« Je… je l’ai reconnu, grince le sergent. C’était Laetere XIV/2. »

Puis il sombre à nouveau dans l’inconscience. Le commandant recule de plusieurs pas.

« Êtes-vous toujours hanté par votre échec, Officier Cédalion ? » , avait demandé Fremyn. Le vicaire savait déjà quel était ce suspect… Pourquoi lui infliger ceci ?

« Laetere XIV/2, répète lentement Neptis. Votre ancien ami, si je ne m’abuse ?

— Il était bien plus que ça. C’était mon frère d’armes.

— Le seul à avoir… contré l’Ordination. À avoir déserté les rangs sacrés de l’Obscurie. Vous n’avez jamais réussi à mettre la main dessus, jusqu’à présent ?

— Si vous savez quelque chose, envoyez-moi là où je dois être », répond sèchement Cédalion.

Le Keroub arbore un sourire satisfait ; la peau sèche de son visage semble prête à se rompre. Fremyn relève la tête de son écran :

« Des Lorne-V sont parfois vendues à Lengel, vicaire.

— Vous savez où vous rendre, commandant. Allez chercher votre équipement, je vous ferai parvenir votre ordre de mission. »

Neptis se détourne pour de bon de Cédalion, un vague mouvement de main pour salut. Puis il pointe le sergent, toujours attaché, et lance à son assistante :

« On n’en a plus besoin. Jetez-le dans la cage numéro quinze, il nourrira nos petits compagnons. »

Seigneur-guide, notre Messager…

 

***

À peine un degré plus tard, le commandant Cédalion se retrouve dans un amphiptère en approche de Lengel. Il a troqué son uniforme, trop voyant, contre une tenue sombre, et dissimule son masque respiratoire sous un voile, faute de mieux. Sur ses genoux repose une bure de Gargoule, le seul camouflage qu’il ait pu trouver. Le manteau du pèlerin. Ou du pénitent…

«  Par l’ordre de la sainte Obscurie, veuillez transmettre votre identité. Tour de contrôle, terminé.  »

Le Novarien transmet les codes fournis par Fremyn.

«  Bienvenue à Lengel, commandant Cédalion. Nous envoyons une escorte à votre rencontre. Tour de contrôle, terminé.

— Non, ne… »

Deux aspics décollent déjà du dessus des remparts, à l’extrême droite de son champ de vision. Moi qui espérais passer incognito. Dans leur empressement, les lanciers vont couper la route à une autre navette, en arrivée pour la ville. Ils se séparent et « l’enjambent » : un en haut, un en bas. Puis ils viennent à la rencontre de Cédalion. Un pan de muraille s’écarte pour dévoiler un passage dérobé, à l’attention du spationef.

Entrée dans Lengel. Le commandant lève un regard sur la ville fatiguée qui s’étend devant lui. Me voici. Devant Néant, sous l’âme de son Messager, j’en fais le serment :

tu ne m’échapperas pas, Abriel !

 

***

 



[1] Les enfants Gargoules, ou gargoulets, sont servants pour les dignitaires de l’Obscurie, jusqu’à leur arrivée à maturité. Ceux qu’ils servent ont tous les droits sur eux et n’hésitent pas à les maltraiter s’ils sont mécontents. Afin de les motiver, dit-on. Quoi qu’il en soit, on voit peu de Gargoules passer à l’âge adulte. [retour]

 

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