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Julien Willig

mercredi 27 février 2019

Sous des milliers de soleils, I - Ocrit

Verset XXXVII

[Trigger Warning]

Description de torture.


[Résumé des chapitres précédents]

Abriel, le traître à l’Obscurie, a découvert un indice permettant de le mener à la Médaille du Messager : elle se trouverait au sein même du château de Béthanie. À bord du Sylvaer, Abriel commence à constituer son équipe avec Thalie, l’assistante d’Arkon, Saren, le chef d’escouade des voltigeurs Alfar, et Darse, l’Hydre déconnectée de sa mère Dracène. De son côté, le commandant Cédalion est de retour à Lengel pour raffermir le pouvoir de l’Obscurie suite à la bataille menée contre la Rébellion Néphéline. Or, lors d’un défilé avec ses troupes et celles de son homologue Parme-Alma, Cédalion s’est retrouvé sous le feu ennemi : un piège s’est déclenché dans la ville, ciblant l’armée obscurienne.


***


« Enfin, une nova éclata loin dans l’espace. Les omni-élus surent interpréter le signal : le Messager allait venir. »


(Le Grand Livre de l’Obscurie, annoté par l’archidiacre Jérimadeth Ie,

IVe Âge de la Création)



La Sujetterie en bordure de terre-plaque est accoutumée à la Saillie, ce moment où le déplacement des différents Secteurs ouvre une brèche dans la surface de l’étoile-sanctuaire. Où la lueur solaire d’Ocrit jaillit dans la nuit et se réverbère sur le Phylactère, embrasant le ciel à la naissance de l’aube.

C’est l’instant choisi par le détachement aérien dépêché du Secteur 2.6. La poignée de mouches crève l’horizon, enfle patiemment jusqu’à ce que leur grondement s’élève.

« Commandant Cédalion, ici la capitaine Lita à la tête de l’Escadron Flèche. Commandant Cédalion, vous me recevez ? »

Un coup de vent balaye le complexe d’atterrissage. Le sable frétille sur la courbe des silos. Il crible, au fil des longues allées, les angles des centres de maintenance, des stations de ravitaillement, des postes de sécurité et des embarcadères déserts. Étirées par la Saillie, les ombres du mur d’enceinte s’émoussent dans la poussière. Elles avalent également les statues d’écailles plaquées contre le crépi à l’intérieur ; les Hydres de l’Escouade Une réveillent leurs griffes sur leur Devarïm. Elles n’ont d’yeux que pour le portail rouillé qu’elles viennent de souder à la hâte, scellant le site.

Et pourtant, les Rebelles se montreront sûrement.

Cédalion patiente avec une paire de combattantes au pied d’un silo. Sitôt la communication établie, il ouvre un canal pour ses troupes.

« Ici le commandant Cédalion. Je vous reçois, capitaine Lita. Ça faisait longtemps, heureux de vous entendre.

— Plaisir partagé, mon commandant. Vous n’avez pas rencontré trop de difficultés pour vous emparer des lieux, je présume ? »

Les points au loin grossissent. Les deux plus épais sont plats, ils auraient la forme d’un hexagone s’ils étaient vus du ciel ou d’en bas. Les autres se muent en épines, regroupées en V. Deux amphiptères et leur escorte d’aspics, avec Lita aux commandes.

Je ne l’ai pas revue depuis la cadetterie. Il y a quoi, plus de douze cycles ?

« Aucun problème, au contraire, tout était vide. Vous savez ce que l’on dit des endroits trop calmes ?

— “Ouvrez les yeux et les oreilles, ça risque de sentir le roussi”. Ce brave instructeur Lycon… qu’est-ce qu’il était con. »

Cédalion adresse un sourire à la cadette de jadis avant de refouler ses souvenirs.

« On va tâcher de rester concentrés sur le présent, Lita.

— À vos ordres, mon commandant. Arrivée dans deux minutes. Quels silos nous avez-vous réservés ?

— Les hangars cinq et six. Mais ne vous attardez pas trop. Que les passagers et le chargement soient prêts, ce sera un débarquement éclair.

— Cinq sur cinq, Cédalion. On se boira des canons la prochaine fois. »

Le commandant roule des yeux. Les deux Hydres se contentent d’expulser par les naseaux.


C’était environ deux renaissances avant nos attributions de poste et de portée. Elle avait couru dans les couloirs de la caserne pour me rattraper. Son appel avait résonné sur la pierre millénaire, je m’étais retourné pour l’accueillir.

« Lita ?

— Ced’, enfin ! »

Elle s’arrêtait en dérapant, à peine essoufflée.

« T’es quelqu’un d’occupé, ma parole !

— Je suis attendu pour entraîner les nouveaux cadets, l’informai-je.

— Je sais. Et moi en tant qu’observatrice pour une patrouille aérienne. Je ferai vite. »

Une précision superflue, elle portait déjà sa combinaison de vol. Je la voyais de plus en plus vêtue ainsi ; un moyen pour elle d’éviter l’uniforme de cadette qui, comme pour moi, devenait trop petit pour nos âges.

« Tu connais les pronostics ? demandait-elle. Même si on attend toujours les résultats des exams, il suffit de parler aux bonnes personnes pour…

— Avoir une idée de notre futur poste ? Oui.

— Le tien ne t’a pas surpris, j’imagine. Félicitations d’avance, tu monteras vite avec Laetere. »

Elle attrapait la mèche qui barrait son visage pour la ramener derrière l’oreille. Son geste habituel, avec son annulaire et son auriculaire – j’oubliais, encore, de lui demander pourquoi ces doigts-là.

« Tu me dis ça maintenant ? m’étonnai-je. Attendons les nominations pour ton fameux “verre de la victoire”.

— T’es pas au courant, pour moi ?

— Du fait que tous tes efforts ont contribué à t’écarter des formations de commandement ? Il faudra qu’on en parle. »

Elle enfonçait un pied dans la poussière.

« Purin d’écailles, on ne va pas revenir là-dessus.

— Tu pourrais devenir une bonne commandante, Lita. Tu en as les capacités.

— Pour passer mon temps sur la passerelle d’un destructeur ? C’est voler que je veux. Piloter.

— Et les léviathans ? Tu as pensé à la carrière qui… »

Elle croisa les bras. La posture aurait pu être nonchalante si elle ne me perçait de ses yeux noisette avec autant d’intensité, de volonté. Aussi m’interrompis-je.

« Je vais être mutée, Ced’.

— Pardon ?

— Un escadron d’aspics, dans le Secteur 2.6. »

L’on disait de moi, dans la caserne, que peu parvenaient à m’ébranler ; encore une fois Lita prouvait qu’elle faisait partie de ceux-là.

« On ne se verra pas souvent, précisait-elle à contrecœur.

— Tu pars quand ?

— Demain. »

Nous n’allions même pas pouvoir assister à l’ordination l’un de l’autre.


« Tout le monde vous entend, ma capitaine, intervient le commandant. Mais c’est d’accord.

— Parfait. Attention les filles, l’Escadron Flèche arrive ! »

Cédalion bascule sur le canal de ses troupes :

« À vos lunettes, toutes. Keren, votre escouade est-elle en place ?

— Affirmatif, mon commandant. »

Le grondement des vaisseaux se mue en hurlement alors qu’ils déchirent le matin. L’arrivée des appareils coïncide avec l’instant où l’éclat de la Saillie se fait le plus vif, le plus aveuglant.

« Nous sommes au-dessus de l’objectif, annonce la capitaine. Descente des amphiptères dans les silos cinq et six.  »

Les trois chasseurs de tête restent en hauteur autour des transporteurs, et les autres décrochent pour une ronde. Cédalion observe la silhouette des amphiptères s’abaisser lentement vers les cylindres de terre cuite. Trop lentement.

« La Saillie commence déjà à s’évaser, mon commandant. Toujours rien en vue ?

— Négatif, Lita. Peut-être que les Rebelles ont préféré dormir ce mat… attendez ! »

Cette bulle noire au-dessus du mur d’enceinte…

Keren éraille le canal radio :

« Contact ! Contact au sud-est ! »

Son tir transperce le site : la détonation se noie dans les bruits de moteur et un cadavre s’effondre de la sphère sombre. D’autres machines s’élèvent de derrière le parapet. Une nuée animée par la lueur sanguine de leur lentille de contact.

« Les Guivres ! s’exclame Cédalion. Lita, ils utilisent nos drones. À tout le monde, feu à volonté ! »

Et l’air se charge en plasma. Les Scoëris zèbrent le complexe de filins éphémères, et les Guivres crachent leur venin en sens inverse.

Ils n’auront jamais nos vaisseaux avec ces rafales… que veulent ces fichues racailles ?

La réponse fuse alors qu’un panache de fumée s’élève de l’une des machines. Un missile. Un insurgé à dos de drone vient de tirer une roquette. L’amphiptère le plus proche la reçoit dans le ventre : la secousse manque de l’envoyer heurter le haut du hangar.

« Escouade Six, visez les combattants, oubliez les Guivres. »

Un assaillant chute, les bras en croix dans la poussière. Un trait bleu ôte la vie à une deuxième, puis à une troisième silhouette. Avant que la mort les cueille, les autres insurgés sautent à terre et lancent leurs projectiles. D’autres drones apparaissent.

« Ils ciblent les transports, on ne pourra pas tous les arrêter !

— Bien reçu, Lita. Repli immédiat.

— Transports Un et Deux, élevez-vous de trente mètres. Flèches Deux et Trois, avec moi, détruisons les missiles ennemis !  »

Les aspics ouvrent le feu. Au moment même où Cédalion commence à se dire que la matinée n’aurait pu être plus bruyante, une explosion engloutit le portail d’entrée. Le souffle mouche les Hydres qui l’encadraient et ébranle, à cinquante mètres de là, la mâchoire du commandant.

« Contact au nord ! »

Il arme son Oblitorion avant de s’élancer vers la brèche. Déjà des insurgés pénètrent les lieux : des Néphélins en uniforme nuit. Ils achèvent les Hydres au sol et échangent des rafales avec celles encore debout. Rapidement, les belligérants se divisent à la recherche de couverts. Les bâtisses sont criblées d’impacts.

« Lita, dirigez les amphiptères vers la place d’Ylüne.

— À vos ordres, mon commandant. »

La navette la plus éloignée, entourée des aspics de patrouille, continue de s’écarter. L’autre accuse des difficultés : une colonne de fumée se dégage de son cylindre d’échappement.

« Cédalion, le Transport Un a subi des avaries. Il va falloir qu’on reste pour le couvrir.

— Bien reçu. Envoyez le Transport Deux au centre, la commandante Alma le recevra.

— “Parme-Alma” ? Elle n’en sera pas ravie en tout cas !

— Lita, exécution. »

L’astronef et son escorte s’estompent au loin. De sa position, Cédalion ouvre le feu sur les insurgés du portail. L’autre main, il la porte à son oreillette :

« Commandante Alma, ici Cédalion. Je redirige en urgence les Transports Un et Deux sur la place d’Ylüne.

— Une escarmouche a éclaté tout proche, je ne pourrais garantir leur réception sans soutien.

— Mon Escouade Trois est de garde dans le quartier est… »

Cédalion se jette derrière un mur, aussitôt rongé de plasma.

« … je vous laisse le plaisir de contacter Lyuba ! »

Il coupe le contact, puis reprend le tir. Un insurgé en train de charger se retrouve projeté en arrière, la poitrine enfumée.

« Mon commandant, appelle Keren, des Guivres visent le moteur du transport.

— Elles ne sont pas assez puissantes, oubliez.

— Non, elles ne tirent pas : elles s’y précipitent. »

Cédalion agrippe l’arête d’un mur pour interrompre net sa course, patinant dans le sable.

« Escouade Six, détruisez en priorité les drones proches des transports. Escadron Flèche, même ordre. »

Les fusils de précision se révèlent tout de suite inefficaces. Les chasseurs s’en sortent mieux et annihilent les Guivres les plus lentes.

« On dirait que leur blindage a été renforcé, constate Keren.

— Lita, attention, deux sont passées. Tirez !

— Négatif, on toucherait le transport… Et zut, crotillon de comptoir ! »

L’aspic de tête met les gaz. Dépasse les Guivres, entame un virage serré…


Détonation.


Des bombes !


Autre détonation.


Le chasseur amorce une violente embardée et percute, par l’arrière, le flanc de l’amphiptère. Celui-ci tangue, dérive de plusieurs mètres, mais sa lourdeur le stabilise. L’aspic, en revanche…

« Lita ! »

L’appareil tombe en flèche. Il s’embrase. Cogne le sol, rebondit. Choit encore, et laboure une tranchée dans un bruit de tonnerre avant de finir sa course en éventrant une station d’accueil. Laquelle, les appuis brisés, s’effondre à moitié sur le vaisseau.

« Lita ? Lita, réponds ! »

Cédalion se précipite.


Abriel avait vite compris que quelque chose me perturbait, quand nous nous étions retrouvés sur le terrain d’entraînement.

« Qu’est-ce qui te fait dire ça ? demandai-je en essuyant une perle indigo à la commissure de mes lèvres.

— D’ordinaire, c’est toi qui verses le premier sang. »

Nous échangeâmes quelques frappes de plus, mais je capitulai, entravé par mon évidente léthargie.

« Elle s’en va ? demandait Abriel une fois que je l’eu informé du départ de Lita. Comme ça, d’un coup ?

— Ce sont les ordres, mon vieux. »

Il s’épongeait machinalement le front avec sa serviette, penaud.

« Je devais prendre ma revanche à la thorée-cordière, elle arrête pas de me taquiner avec ses victoires… Tu sais quand on la reverra ?

— Bientôt, j’espère. »


Dans sa course, Cédalion continue de distribuer les ordres :

« Flèches Deux et Trois, escortez Transport Un vers la place d’Ylüne.

— Mais, la capitaine…

— Je m’en charge. Exécution !

— Oui, mon commandant. »

Les ennemis hurlent leur joie et se lancent eux aussi vers l’appareil encastré – peut-être espèrent-ils y glaner quelques pièces… ou faire une prisonnière.

« Mère Laetere, en soutien pour l’aspic ! »

L’Escouade Une confirme par radio et prend en chasse les insurgés. Keren, également :

« On descend vous rejoindre, mon commandant. »

Les combats éclatent au nord du complexe. Trois insurgés se détachent d’une mêlée et pénètrent dans les ruines de la station d’accueil…

Cédalion dégaine son sabre et se rue à leur suite.

« Lumière et le Messager ! »

À la force de son cri de guerre, il charge et percute une Néphéline à l’entrée. Atteinte entre les omoplates, elle chute et glisse sur plusieurs mètres de gravas. À l’intérieur, les deux autres se retournent : Cédalion égorge un Novarien avant qu’il puisse lever son Devarïm. Une Gargoule s’écarte d’un bond et ouvre le feu avec son pistolet. Malgré son tir réflexe, elle manque le commandant qui se fond à l’abri d’un pilier. Dès la rafale terminée, Cédalion surgit et abat son opposante.

L’atmosphère s’apaise soudain. Seuls les cris et la mitraille assourdie, à l’extérieur, ainsi que l’odeur de brûlé détaillent encore le chaos de la station d’accueil. Un râle s’élève parmi les débris : le commandant s’avance vers la Néphéline, une Novarienne qui se traîne au sol. Il la retourne du pied et presse son ventre avec sa semelle puis, doucement, appose la pointe de son sabre contre le cœur de l’ennemie.

« Qui êtes-vous ? »

Pas une militaire, manifestement. Entre les sillons sanglants qui labourent son visage, il devine une peau douce, accoutumée à un maquillage dont elle a refusé de se priver, même l’halo-ci – par orgueil, ou par coquetterie ?

Une citadine, probablement.

« Qu’est-ce que ça peut vous faire ? articule-t-elle.

— Qui vous dirige ?

— Plus vous, en tout cas. Sachez seulement que l’oppression s’achève… »

Pauvre petite, que sais-tu vraiment de la vie…

Le temps a déjà trop coulé. D’un coup sec, Cédalion perce le buste de la femme et rengaine sa lame sans plus un regard.

« Lita. »

Le hall de la station disparaît sous le toit effondré et, avec lui, le nez de l’aspic. L’habitacle semble épargné, mais la vue de la carcasse fumante empèse la poitrine du commandant. Il s’empresse d’escalader la paroi. À travers la verrière brisée scintillent quelques foyers d’étincelles sur le tableau de bord…

D’un coup de crosse, le Novarien fait sauter le capot recouvrant une poignée rouge : l’ouverture d’urgence. Il l’actionne. Rien ne se passe.

« Purin d’écailles. »

Nouvel essai, tout aussi infructueux.

« Lita, c’est Cédalion, tu m’entends ? Fais attention, je vais faire sauter la verrière. »

Il arme de nouveau l’Oblitorion et vise les charnières. Elles explosent, l’habitacle s’ouvre de lui-même.

« Lita ! »


Elle est là, livide au fond de son siège. Sa tête alourdie dodeline sous son casque.

Elle est sonnée…


Elle est vivante.


Le commandant brandit son poignard de survie et tranche les sangles de sécurité. Lita exhumée, il la hisse sur son épaule – le Peccamineux qu’elle porte à la hanche manque de lui casser le nez. Enfin, il saute en bas de l’aspic. Le choc est plus dur que prévu et, pour qu’elle ne lui échappe pas, Cédalion fait glisser le corps de Lita dans ses bras. Elle chancelle sur ses jambes. Dévoile ses prunelles, humides…

« … Ced’ ? »

La voir s’animer donne des ailes au Novarien – si seulement il pouvait les rendre à Lita !

« Tu peux marcher ? »

Elle gémit, confuse, avant de hocher la tête. Ses doigts ne cessent d’agripper les coudes de son sauveur. Elle tousse. À la lumière, Cédalion distingue les encoches pratiquées sur le casque de son amie. Une pour chaque ennemi abattu, soit une quarantaine d’appareils.

Le temps de glisser un bras derrière sa taille, il la voit passer une main sur son arcade, fendue. Elle joue avec le sang bleu sur ses doigts, et pouffe :

« À croire qu’on ne se boira jamais ce fameux verre, hein ? »

Une rafale de plasma tourmente la scène. De la senestre, Cédalion dégaine le pistolet de sa sœur d’armes et, en deux tirs experts, expédie les insurgés aux pieds du Messager.

« C’étaient les derniers, mon commandant », confirme Laetere par radio.

Le casque de la capitaine pèse sur l’épaule du Novarien. En réalité, elle est curieusement lourde. Il l’éloigne de son buste : Lita bascule en arrière, le brun-vert de ses iris levé, voilé, sur un ciel qu’elle ne sublimera plus. C’est seulement maintenant que Cédalion sent le liquide chaud couler sous ses doigts.

Il soulève son amie. Doucement. Une dernière étreinte avant de la porter à son vaisseau. Là, le commandant s’agenouille et l’assoit délicatement, adossée à la paroi. Il écarte la seule ombre à ce tableau serein, une mèche de cins échappée du casque, en la ramenant derrière l’oreille de la Novarienne endormie. Avec l’annulaire et l’auriculaire, comme elle. Il est alors libre de clore ses paupières, de la contempler un instant.

« Au revoir, Lita. Éclaire le chemin pour moi jusqu’aux pieds du Messager. »

Cédalion se lève et laisse, une dernière fois, la capitaine de l’Escadron Flèche partir avec son appareil.


***

Tous les ennemis ont été éliminés. Leurs armes, ramassées par les Hydres restantes. Keren s’approche, si propre, si impassible dans son uniforme cintré sans plis. À côté, les lézards ont des airs de cadavres ambulants.

« Que doit-on faire des corps, mon commandant ?

— Pas d’égard pour les mécréants. Quant à nos Hydres, contentez-vous de récupérer l’équipement. »

Durant ce temps, Cédalion inspecte les restes des Guivres abattues. Bombes et blindages artisanaux, quelques traces de circuits grillés antérieurement : peut-être que les insurgés ont bénéficié d’armes paralysantes pour reprogrammer les drones ? Ce n’est pas le genre de matériel que l’on trouve dans une ville, même une ville marchande…

Le soulèvement de Lengel n’est pas soudain, il a été préparé.

Il accorde deux minutes de plus pour que les blessées soient bandées et les fusils rechargés, puis ordonne le départ.

« Comment se porte votre escouade, sergente Keren ?

— Bien, mon commandant. Aucune perte à déplorer, et le repos de cette nuit nous a été salutaire. »

Cédalion apprécie la réponse. La Gargoule a pris ses fonctions il y a trois halos de cela et, jusqu’ici, elle s’en sort à merveille. Il la félicite, et l’envoie rejoindre l’avant-poste est que Lyuba gardait.

« À vos ordres, mon commandant. Si ce n’est pas indiscret, qu’est-ce donc, dans votre dos ? »

Cédalion sort le Peccamineux qu’il avait sommairement glissé à la ceinture, après… après l’avoir récupéré. C’est seulement alors qu’il remarque les gravures pratiquées sur sa crosse et le long de son canon ; il se réserve leur analyse pour un moment de calme.

« Un rappel, sergente. Un rappel. »

C’est ensuite au pas de course que la troupe chemine vers la place d’Ylüne, conquise par Ghalya. Seul un amphiptère occupe l’endroit : à son moteur décapoté et aux mécaniciens qui s’affairent dessus, Cédalion devine qu’il s’agit du Transport Un. En haut de l’esplanade, une petite assemblée se tient, composée à première vue de reptiles et d’ecclésiastiques. Enfin, dans le fond, d’imperturbables Rhakyts continuent les travaux de réparation de l’église effondrée.

Lyuba vient accueillir Cédalion, suivie de Parme-Alma, Grebin et d’un quatuor d’Hydres de Ghalya. La commandante qui parle la première :

« Commandant Cédalion, vous serez heureux d’apprendre que les navettes nous ont laissé un détachement d’Hydres issues de nos deux portées. Les vôtres sont avec les miennes, là-bas sur l’estrade. »

Surpris, Cédalion se retourne vers son escouade :

« Pourquoi n’êtes-vous pas venue présenter vos nouvelles soldates, Laetere ? »

Les yeux des Hydres s’écarquillent et leurs dents s’écartent sans savoir quel son produire.

« Rassurez-vous, reprend Parme-Alma, le premier transport est parti avec mes combattantes éreintées, mais celui qui vous attend sur la place est réservé à vos troupes.

— Je ne vous cache pas que la gestion de cette crise commence à me laisser perplexe, Alma.

— Les circonstances sont exceptionnelles. En nous bloquant ainsi, l’ennemi nous aura à l’usure. »

Cédalion sent un spasme secouer son épaule – il n’en a cure.

« Si Laetere m’avait informé des derniers déplacements adverses, je… »

Une main lui frotte le dos.

J’aurais pu sauver Lita.

C’est Lyuba. Elle seule ose amadouer son commandant comme il l’apaise, de ce genre de gestes.

« Oublions, achève Cédalion. J’imagine que le nouveau prêtre a été réceptionné ?

— Oui, répond Parme-Alma. Il est sur l’estrade, avec les Gargoules de l’église et quelques margoulins tout juste capturés.

— Il est avec les prisonniers ? Pourquoi donc ?

— Venez. »

Avec hésitation, il emboîte le pas d’Alma et de son capitaine. Alors qu’il gravit les marches, les Hydres sur l’esplanade se tournent vers lui et saluent. Des Hydres intactes, reposées, bien nourries et bien armées…

Le commandant salue en retour. Les reptiles se retirent pour laisser passer les arrivants dans le cercle. Deux arcs se font face à l’intérieur : des prisonniers à droite, amochés, maintenus à genoux par les guerrières, et les Gargoules de l’église à gauche – difficile de dire lesquels sont les plus intimidés. Au centre, une silhouette fait les cent pas, mains croisées dans le dos, tête baissée dans une intense réflexion. Les traits de l’individu sont gargouléens mais il ne porte pas la bure : c’est une veste noire qui le cintre. Boutonnée tout le long de la poitrine, de son col droit jusqu’à la taille, les pans évasés flottant aux chevilles. Enfin, une capuche abrite son crâne. Toute son allure évoque la rigueur, la sécheresse. À vrai dire, son maintien comme la coupe de ses atours rappelle quelque chose à Cédalion…

« Mon commandant, commence Parme-Alma, laissez-moi vous présenter le révérend Bredin, le nouveau maître de l’église lengélienne. Révérend, voici le commandant Cédalion, à la tête de la portée Laetere. »

La Gargoule se tourne vers eux. La flamme de bétyle tapie sous ses iris électrise le Novarien. Et ce sourire sec, qui étire sa peau grise comme un parchemin. Un sourire qu’il reconnaît à force de se l’être imaginé.

« Commandant Cédalion, commence le révérend en inclinant légèrement la tête sans daigner décroiser les mains. C’est un honneur de vous être enfin présenté.

— L’honneur est partagé. Pardonnez-moi, révérend, mais je crois discerner chez vous quelques traits familiers. »

Nouveau sourire, qui dévoile des dents pointues. Au fond d’orbites profondes, la paire d’étoiles noires scintille de plus belle.

« C’est exact, mon commandant, et vous pouvez féliciter votre intuition. »

Plutôt que de continuer là, il tend la paume en direction de Parme-Alma. Mais c’est à un pas d’elle qu’il se dirige, jusqu’à atteindre le capitaine Grebin. Les deux partagent une accolade silencieuse, puis ils se séparent sans mot dire, et Bredin regagne sa place.

« Grebin et moi sommes frères, mon commandant. Frères jumeaux, pour être précis. »

Un vent froid lacère la place – Cédalion n’aurait trouvé meilleure illustration de son sentiment.

« Les voies du Messager sont parfois bien nettes sur l’étoile-sanctuaire, se contente-t-il de commenter.

— N’est-ce pas ? Je dois aussi vous dire que vous arrivez juste à temps, commandant Cédalion. J’étais en train de mettre les choses au point.

— Avec vos Gargoules. En quoi cela…

— Pas seulement, mon commandant, pas seulement. »

Cédalion se tourne vers Parme-Alma :

« Qu’a-t-il à voir avec les prisonniers ?

— Vous verrez », promet-elle sobrement.

Le révérend se retourne vers l’église, et les deux rangs d’êtres qui tentent d’épargner leur regard du sien. Il écarte les bras, lentement.

« Saints. Ecclésiastiques. Politiques. Combattants. Servants. Laïcs. Mécréants. Ces distinctions n’ont pas d’importance car tous, à la fin, accompliront ce pour quoi ils ont été créés : servir le Messager jusqu’à l’Obscurité. »

Je n’ai pas le temps pour ça.

Cédalion envisage de déclarer sa lassitude devant le grotesque de la situation, quand Bredin fond sur l’un des captifs : un Novarien au léger embonpoint et au visage doux. Du premier regard, le commandant l’avait identifié comme l’un de ces bourgeois oisifs, la mise soignée et le physique du bon vivant confortable. Bref, un couard. Pourtant, au lieu de la peur de tout perdre qui crispe la face de ses semblables, lui rive ses yeux dans ceux de la Gargoule avec une ténacité sereine et… cordiale. Aucune haine chez lui.

« Si nous prenions celui-là ? poursuit le révérend. Quel fut son accomplissement sur les terres de l’étoile-sanctuaire ? Et quelle fut la faute qui le fit échoir ici-bas ?

— Je suis confus, brave le citadin, de quelle faute parlez-vous ? »

Il ose même un sourire. Bredin jubile à son tour.

« Vous êtes Anthémis, n’est-ce pas ? Le corps et l’esprit du Palais d’Anthémis.

— Je suis flatté, révérend. Vous paraissez bien renseigné pour un étranger. Bienvenue dans notre ville si tranquille.

— Ah, Anthémis, vous n’avez pas idée à quel point je suis bien renseigné. »

Cédalion soupire et regarde ailleurs, ennuyé par la comédie. Plusieurs mètres en bas de l’esplanade, les techniciens s’affairent toujours sur l’amphiptère : les pièces sont réinstallées les unes après les autres et des essais de moteur commencent à faire gronder la bête.

« Mon cher Anthémis, vous êtes accusé d’avoir accueilli plusieurs individus liés à des réseaux rebelles, recherchés par les forces obscuriennes. Niez-vous les avoir reçus dans votre établissement ?

— En somme, vous m’accusez d’avoir fait… mon travail ? »

Alors, le révérend passe à la vitesse supérieure : il agrippe la crinière d’Anthémis et entraîne son crâne en arrière, sous les glapissements des autres captifs.

« Qui sont vos complices ? hurle Bredin. Qui tire les ficelles de cette bravade pathétique ?

— Je doute avoir ce genre de clients dans mon auberge. Ou alors, c’est que vous les connaissez mieux que moi. »

Il conserve un timbre sûr, malgré sa gorge tendue et sa nuque pliée. La Gargoule le lâche et tourne autour de lui.

« Vous êtes un homme simple, Anthémis. Bon et appliqué, je n’en doute pas. Pourtant, vous vous êtes rendu complice de crimes à l’encontre du Messager. »

Bredin claque des doigts et pointe le chef du prisonnier. L’Hydre qui l’entrave saisit sa tête.

« Il est regrettable, poursuit le révérend, que vous ayez choisi de ne pas coopérer. Vous pensez n’avoir rien à perdre, Anthémis, mais je sais qu’un homme comme vous chérit son métier d’hôte. Ses chambres, ses salons. Ses cuisines, peut-être ? »

Il se retourne.

« Grebin, veux-tu bien ? »

À la vue de l’ombre à capuche croissant vers eux, Anthémis finit par lâcher ses couleurs. Bredin exulte :

« Voyez-vous, nous savons déjà l’implication de la bourgeoisie lengélienne et des cercles marchands dans cette insurrection déplorable. J’aurais aimé des noms et des détails, mais vous savez tenir votre langue. Du moins, pour l’instant… Grebin, arrache-la-lui, je te prie. »

Alors, Anthémis commence à trembler. À remuer. À se débattre. À ruer…

« Alma ! lance Cédalion en la rejoignant. À quoi rime…

— Après ça les autres parleront. »

Cédalion se retourne sur sa lieutenante, se raccroche à son regard pour détourner le sien. Ce n’est pas de voir le sang couler, ruisseler jusqu’aux pavés. Ce n’est pas non plus d’entendre les cris inarticulés, enfermés dans une mâchoire bloquée – après tout, le commandant a déjà brûlé la face d’un Néphélin ici-même, contraint par les circonstances. Non, ce qui le gêne vraiment, c’est le regard fasciné de Parme-Alma ; celui, enflammé, du capitaine Grebin. Mais, surtout, c’est de voir le révérend agir de la sorte. Que lui, le représentant du culte, l’autorité ecclésiastique attendue pour ordonner les cœurs de Lengel, se salisse les mains avec tant de cruauté sur un Sujet, aussi rebelle soit-il. Et ce avec une délectation palpable…

Enfin, les cris cessent. Bredin s’écarte enfin du prisonnier qui s’effondre. Il considère, l’espace d’un instant, la languer tranchée qu’il tient en main, avant de la lâcher sur le piètre amas de chair et de souffrance à ses pieds. Enfin, il extirpe, délicatement, un mouchoir de la poche pectorale de sa veste. Puis se fige.

« Que se passe-t-il, jeune servante ? »

Tous se tournent vers la Gargoule incriminée. Une silhouette fragile, percluse de tremblements. Sa chevelure acajou ondule sous les saccades de sa respiration. Impassible, le révérend fond sur elle.

« “Que se passe-t-il”, ai-je demandé. »

Elle relève la tête, sanglote.

« Rien, révérend, pardonnez-moi.

— Jugerais-tu mes actes trop directs ?

— Je… non.

— Ou bien est-ce le sort de ce misérable qui te choque ? »

Cédalion sent son cœur se serrer. Il ne va quand même pas s’en prendre à ses propres Gargoules ?

« Le…, balbutie la petite, je…

— Allons, allons, mon enfant, interrompt Bredin. Parle, raconte-moi ton tourment.

— Eh bien… le Sujet… Le père Fibert disait que tous…

— Aaaah, le père Fibert ! »

Le révérend esquisse un tour sur lui-même, embrassant la place de ses bras tendus, l’expression illuminée d’une joie creuse. Puis il revient se planter devant la jeune Gargoule.

« Le père Fibert a-t-il réussi à épargner les murs de son église ? Est-il parvenu à écarter votre cité de la perversion qui la frappa ? Votre Sujetterie d’ignobles projets de sédition ? »

La petite frémit à s’en briser.

« Il… le père Fibert était bon avec… avec tout le monde, il…

— Il “était”, ma douce, c’est là toute la nuance. Et qu’est-il à présent ? Réponds. »

Silence.

« Réponds ! »

Les échos cinglent la jeune Gargoule de toute part.

« Il est… il est mort.

— Pourquoi ?

— S’il vous plaît… »

Des traînées brillantes coulent le long de ses joues, jusqu’à se précipiter à terre.

« Comment t’appelles-tu, ma petite ?

— Lua.

— Écoute-moi, Lua. »

Le révérend se glisse tout contre elle, plus près encore qu’il ne l’était du prisonnier torturé. Lua tombe à genoux avant même qu’il lève la main sur elle…

Cédalion la reconnaît, maintenant, la Gargoule terrassée par le chagrin alors qu’il exécutait le père Fibert. Il sent peser, un peu plus, la pièce antique qu’il garde dans sa poche depuis le martyr de Ruth. Alors, il amorce un pas en avant. Un étau de fer lui retient le bras : Lyuba. Du coin de son champ de vision, il capte l’œillade mauvaise sous la capuche du capitaine Grebin. Le commandant ne peut qu’observer le jeu du révérend : la manière dont il dresse ses pouces, luisants de bleu, jusqu’à caresser les pommettes de la petite en pleurs. Puis son nez, ses lèvres…

« L’important pour le Messager n’est pas ce que tu peux être, sermonne Bredin, mais ce que tu peux faire. Faire pour le servir, lui et son Grand Œuvre. »

Il saisit violemment le menton de Lua :

« Tu sers le Messager, et j’en suis Son représentant ici-bas. Tu es à moi et tu feras ce que j’ordonne, sans jamais plus douter du bien-fondé de mes actes. »

Il repousse la petite sur le côté. La Gargoule s’effondre dans ses sanglots, meurtrie par la pierre et souillée d’un sang qui n’est pas le sien. Le révérend, lui, s’essuie enfin les mains avec son mouchoir comme si rien ne s’était passé.

Cédalion souffle, sa lieutenante le relâche. Il se détourne avec soulagement quand un raclement de gorge le sollicite.

« Mon commandant ?

— Oui, Mère Laetere ?

— Vous êtes sommé de regagner sans délai le château de Béthanie. »

Avec le siège de Lengel en cours ? C’est une blague !

L’expression du reptile prouve le contraire. Il contient même, à grand-peine, l’agitation qui le fait tressailler.

« Maintenant ? Mais comment ?

— Avec l’amphiptère, dès qu’il sera réparé. Cela devrait vous intéresser. »

Le commandant balaye la place de sa paume :

« Qu’y a-t-il de plus important que ça ? Mes troupes ont besoin de moi.

— Il s’agit du capitaine, annonce sobrement Laetere.

— Quoi, le bourreau de Parme-Alma ?

— Je veux parler de notre capitaine, précise l’Hydre. De L.XIV/2. Vous n’allez pas me croire, mon commandant. »

Abriel…


***

Commentaires

Ce chapitre est peut-être bien mon préféré de tout ce beau tome 1. Il nous arrache une nuée de sentiments en un rien de temps, avec des personnages qu'on connaît depuis peu, et ça nous soumet à un tsunami d'émotions contradictoires sans qu'on puisse y faire quoi que ce soit. C'est énorme. Bravo !
(Lita <3)
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mercredi 27 février à 13h56
Hem. Wow. Eh bien... merci :')
À vrai dire je ne pensais pas arriver à ce résultat, donc ça fait bien plaisir !
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mercredi 27 février à 19h39
Mes aïeux mais CE CHAPITRE. Il est extraordinaire. On passe de l'enthousiasme de la bataille à la tristesse pour Lita puis au dégoût avec ce... Gredin !
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jeudi 28 février à 08h02
Mais... J'ai vraiment pas prémédité l'alliance de leur deux noms, je te jure x)
 1
jeudi 28 février à 11h01
ABRIEL
 1
vendredi 19 juillet à 18h24
Clairement beaucoup d'émotions très diverses dans ce chapitre. J'ai beaucoup aimé le tout. Tu écris merveilleusement bien !
 1
vendredi 19 juillet à 18h25
Merci beaucoup Ama :3
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vendredi 19 juillet à 19h12
Je rejoins Karole et Chimene. Wow ! J'ai eu si peur pour Lua, j'en tremblais autant qu'elle. Et pauvre Lita, c'était bien triste. J'ai envie de serrer Cédalion si fort, c'est pas facile pour lui.
 1
mercredi 6 mai à 22h03
Voui, je vais essayer de faire durer Lita dans leurs souvenirs, parce que je l'aime beaucoup aussi :x
Lua a bien morflé, la pauvre, je voulais pas lui faire subir plus^^'
Obligée de se frotter à Grebin et Bredin, c'est déjà assez horrible comme ça. Chimène a trouvé qu'en contractant les deux, ça fait Gredin... Et je l'avais pas vu venir x')
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mercredi 6 mai à 22h45
Hahaha pas mal ! Ils sont horribles ces deux-là, comme si un ne suffisait pas !
 1
mercredi 6 mai à 22h54
Il faudra les arrêter avant qu'ils ne commettent plus d'atrocités...
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jeudi 7 mai à 11h53