3

Julien Willig

vendredi 28 décembre 2018

Sous des milliers de soleils, I - Ocrit

Verset XXXV

[Résumé des chapitres précédents]

C’est nous, Thalie, assistante pour le baron du crime Arkon, et Abriel, chasseur de trésor et fugitif. Nous avons la tâche de retrouver la Médaille du Messager pour Arkon. À bord de son vaisseau, nous étudions le cahier du père Lupart, dans lequel nous espérons apprendre de quoi mener à bien notre mission. En parallèle, nous avons fait connaissance avec la conscience émergente de l’Hydre, libérée mentalement de sa Dracène, puis nous avons mangé et bu ensemble, avant que j’explose ma chambre en voulant virer la vieille sylicate.


***


« Mais les Dracènes, douées de télépathie par le don de Lumière, entendirent la détresse des causes sacrées : elles fondirent sur Nephel et immolèrent les mécréants. Les survivants capitulèrent et s’en retournèrent à leur sommeil, repoussés dans les étendues sauvages. »


(Le Grand Livre de l’Obscurie, annoté par l’archidiacre Jérimadeth Ie,

IVe Âge de la Création)



Je ne pensais pas faire dégueuler autant de poussière dans la Frondaison.

Les tourbillons s’éventent sur l’allée de graviers, saupoudrent les arbustes secs d’une seconde couche d’oubli. Ils s’élèvent dans les airs en volutes et matérialisent le jumeau du brouillard qui englue mon crâne. Mon cerveau gît comme un vieux tapis, mais mon enthousiasme le secoue afin d’en délester la crasse.

On se réveille, Abriel.

Un garde vient me voir ; sans son armure ni ses copains goguenards, il semble tout petit dans cet écrin propre. Il regarde ses pieds – de peur de souiller le gazon ou les allées de fleurs sauvages, peut-être – alors qu’il marmonne :

« M’sieur, on en fait quoi de ça ? »

Un pouce par-dessus son épaule me désigne le “ça” : une sorte de pupitre incliné sur un pied massif, à bonne hauteur pour un écrivain ou un lecteur en station verticale. Les contours du plateau sont peints en or, le tout est sculpté, détaillé, ornementé et ouvragé sur bois. Et un vrai bois sombre, aussi lourd qu’un Novarii ou deux, si j’en crois le visage essoufflé des porteurs que j’ai débauchés.

« C’est un ambon, ça. Laissez-le dehors avec le reste. »

Portés par des râles et des grognements, l’objet rejoint le mobilier évacué de la maison de Khadel. Des coupes, des vases en bronze, tout un tas d’armoires, des réserves de chandelles suffisantes pour un décycle au moins, idem pour l’encens, et même un placard empli de bures.

Tu parles d’un bordel… c’est pas une demeure, c’est une remise.

Derrière moi, Darse trépigne avec, à l’épaule, un sac où dorment ses équipements obscuriens ainsi que la radio subtilisée à ses geôliers. Il s’est avéré psychologiquement impossible pour lui d’ôter son plastron s’il devait être vu, mais au moins avons-nous pu le délester des pièces les plus dangereuses. Lors du passage au Carré des chemins, il a également tenu à se draper d’un long manteau brun : un moyen pour se démarquer de ses jumeaux pantins. Le plus drôle, c’est que les pans du tissu soulignent sa démarche chaloupée d’enfant.

« T’es content, mon grand ? Tu vas avoir une vraie maison comme ça. »

Il opine avec frénésie et reporte son attention sur les ballots de paille fraîche qu’il a emmenés lui-même.

« Abriel ? »

Antée doit être seule dans la Frondaison, vu le degré avancé de l’Ouverture. À son approche, son œil dirigé sur Darse s’assombrit – j’ai eu beau passer le mot sur “notre” Hydre, je comprends que la chose soit difficile à intégrer.

Je tapote le bras de mon lézard :

« Tu vois la rivière, derrière la maison ? »

C’est la même qui, après un léger coude, passe derrière chez Thalie.

« Oh, s’exclame l’Hydre, de l’eau qui court !

— Va te baigner, fais-toi plaisir. »

Et de décoller dans des geysers de gravillons.

« N’oublie pas d’enlever tes vêtements d’abord ! »

La Gargoule arrive à mon niveau. Après une salutation, toujours aussi courtoise, elle s’enquiert d’une voix douce :

« Vous récupérez la maison de Khadel, si je comprends bien.

— Il ne s’en sert pas, c’eût été dommage de ne pas l’habiter.

— C’est pour votre usage ? »

Les éclaboussures retentissent dans le calme du matin. Je désigne à Antée la paille, et le manteau de l’Hydre lâché sur un buisson :

« Je vais m’occuper de Darse. Il était inconcevable de le laisser croupir en cellule.

— Vous êtes très prévenant. Votre cabine au quartier des invités n’était pas suffisante, j’imagine.

— Sans compter son état déplorable. »

L’archiviste acquiesce et murmure une formule d’excuses.

« Je ne suis pas la seule pièce vieillissante du Sylvaer, rit-elle ensuite.

— Vous rendez pourtant bien meilleure grâce que nombre de choses ici. »

Elle pouffe des souffles rauques, à la limite de la toux.

« Vous me flattez. »

Un cri retentit derrière les maisons, entre les arbres et les remous : clair, long, aussi frais que la rivière dont il s’élève. Le hurlement d’une femme dont je commence à connaître les humeurs, heurté par les éclaboussures qui jalonnent le passage de Darse.

« On dirait bien que Thalie aussi se réveillait dans l’eau, constaté-je.

— Elle est levée plus tard que d’habitude, je la pensais ailleurs. »

M’est avis que le vin d’hier n’y est pas étranger. De l’entrée de la maison de Khadel, nous entendons la Damoiselle d’Ormen émerger en panique dans son jardin, jusqu’au refuge de la serviette qui patientait au bout d’une branche.

« Je vais vous laisser, annonce Antée, vous serez mieux à même de gérer cette curieuse rencontre. »

Elle prend congé, amusée. Les gardes autour de moi sont penchés au-dessus des plantes et à côté des arbres pour en voir un peu plus. À mon tour d’élever la voix :

« Allez au boulot les gars ! Si vous voulez la voir de plus près, je me chargerai de la laisser vous corriger elle-même ! »

L’annonce a l’effet d’un coup de pied au derche. Amélioration notable, leur effort dure bien quelques minutes. Jusqu’au moment où une autre voix vient nous interrompre. Des cris bien plus rêches :

« Par le sommeil des trois déesses, cessez donc votre entreprise sacrilège, misérables insectes dégénérés ! »

Merdelle.

Moi qui croyais que le prêtre ne quittait plus son église, voilà qu’il revient précisément ce matin-là. Branlant sur ses articulations érodées, il fond directement sur moi en vitupérant, le poing levé.

« Eh là, doucement. Je ne fais que réquisitionner, hein, c’est pour une mission import…

— Vous osez dérober les biens du Messager, mécréants !

— Prêtre Khadel, il m’a été conféré l’autorité nécessaire à…

— Vous ne me délogerez jamais de mon sanctuaire ! Je suis la mousse de foi sur le roc de l’église, je suis le vent humble qui charrie le sable sacré ! »

Si les pans de sa robe ne s’accrochaient pas aux branchages, il serait déjà sur moi. C’est à peine s’il se rend compte de son ralentissement tant sa frénésie lui insuffle la force.

« Mais qu’est-ce que ça peut vous foutre, à la fin, vous qui ne posez pas un pied ici ?

— Vous êtes chez moi, hurle-t-il en avalant les derniers mètres, chez moi !

— Vous vivez dans votre église, tout le monde le dit, espèce de vieux débr… »

C’est la première fois qu’il me surprend : ses serres agrippent le col de ma chemise. La Gargoule ne s’arrête pas là. Trop petite pour atteindre mon visage, elle parvient par je ne sais quel sursaut à m’attirer jusqu’à sa trogne. Mon sang ne fait qu’un tour. Trop époumoné pour hurler, c’est en crachant que Khadel me maudit :

« Que le hurle-vorcin se repaisse de votre ombre. »


***

D’accord, j’aurais peut-être dû retenir mon bourre-pif…

Une fois passé l’esclandre et qu’Ellis eut pris en charge le prêtre, Darse et moi nous sommes établis dans la demeure de la Frondaison. J’y ai emménagé le gros de mes affaires planquées dans Vérin : ma malle de vêtements, mon pécule, les munitions amassées çà et là, ainsi que mon matériel d’exploration qui mériterait une sévère révision. J’ai ensuite mis à profit la bonne volonté de l’Hydre pour aménager un terrain d’entraînement derrière la maison. Rien de bien compliqué, il suffisait d’abattre les arbres morts, de débroussailler les survivants abandonnés et d’agencer les troncs en parcours de sauts d’obstacles. De quoi nous occuper pour quelques halos.

Si Antée et Philandre se sont inquiétés du remue-ménage, ils ont vite changé d’attitude en voyant renaître la propriété que délaissait Khadel ; ils se sont enchantés en constatant le souffle de vie et d’humeur légère exhalé par Darse. Ce jeunot a rapidement mis à profit la grande réserve énergétique de son corps de bataille pour assister l’archiviste lors de ses tâches manuelles. Rangement, jardinage, soin des angelots du parc – rien de plus attentionné qu’un enfant pour s’occuper de nourrissons – et entretien des cultures de Théadrine.

L’Hydre s’est également fait remarquer parmi la clique des combattants. Pas pour son espèce, non, le Sylvaer a accueilli bien des créatures atypiques avant elle. Ce fut l’alliance de sa force et de sa candeur qui le couronna de l’admiration des gardes – enfin, d’après ce qu’il imagine, moi je crois plutôt qu’ils en ont fait leur mascotte. Je l’ai souvent vu débouler, braillant ses je-ne-sais-quelles découvertes : un mot appris, les règles d’un nouveau jeu, ou des objets insolites. Comme cette fois-là où je m’échauffais en attendant Thalie pour la former au combat. Elle s’était vite figée à l’entrée du terrain :

« Vous auriez pu mettre une chemise, au moins. »

Je laissai tomber la serviette avec laquelle je m’épongeai la tête :

« Vous avez une idée de ce que c’est, transpirer, au moins ? »

Thalie se rapprochait de mauvaise grâce.

« J’aurais dû me rappeler que ce n’est pas la décence qui vous étouffe, répliquait-elle, toutes mes excuses.

— Rien ne vous empêche de m’imiter, vous savez. »

Je pointais sa tenue de sport, qui allait vite lui porter chaud. La preuve, elle azurait déjà :

« Restez correct, espèce de mufle.

— Euh, c’est quoi cet animal ? »

C’est donc au milieu de cet échange que Darse fit irruption, déviant sans la voir l’envie de meurtre embrasant les prunelles de Thalie comme un Oblitorion chargé. L’Hydre brandissait une quinquapicaille entre ses doigts. Les paupières écarquillées sur sa pièce de monnaie triangulaire, aussi pauvre en valeur qu’en alliage, elle braillait :

« Regardez, regardez, c’est mon trophée à moi !

— Quel trophée, Darse ? », demandait Thalie.

La Dame de glace avait déjà fondu.

« C’est du concours de bras de fer : j’ai gagné tout ! Regarde mon trophée, regarde !

— C’est bien, Darse. Tu es très forte, je suis fière de toi. »

Une question me taraudait. Il me fallut tapoter le bras couvert d’écailles plusieurs fois pour que l’Hydre me remette, tant elle était excitée.

« Bravo, mon grand. Qui t’a donné cette récompense ?

— Le grand copain de Kia qui m’a donné.

— Saren[1] ?

— Il a dit c’est très précieux : je vais garder le trophée à moi toujours avec. »

Et c’est ce qu’a fait Darse. Afin de veiller sur sa foutue pièce – de l’arborer, carrément – il l’a percée pour la passer dans un collier de ficelles. Et vous savez quoi ? À voir la pâleur d’Éloane lors de la première visite de l’Hydre sur la passerelle, je me suis rendu compte que même avec sa quinquapicaille au cou et son manteau fendu sur le dos, le lézard borgne en impose. Quand il ne s’adresse pas à quelqu’un, son enthousiasme s’intériorise et sa face reprend le masque froid du tueur né…


Et c’est ce masque qui me fixe à présent. Je réprime un mouvement de malaise en ouvrant les yeux. La lumière de l’extérieur, filtrée par la baie vitrée, me brûle doucement alors que le salon de Thalie se matérialise entre les voiles blanches qui ondulent en silence. Darse, profondément enfoncé dans son fauteuil, n’amorce aucun geste, tandis que la maîtresse des lieux réitère sa demande depuis l’autre siège :

« Abriel, vous m’écoutez ?

— Bien sûr.

— Quand allez-vous comprendre que votre admiration pour mes goûts en matière de canapé ne vous dispense pas de rester attentif ? »

L’Hydre s’ébranle dans un rire saccadé. J’ignore et je réplique :

« Mes oreilles sont vôtres, très chère.

— Alors qu’est-ce que je disais ?

— Vous parliez des secrets contenus dans le Palais des Hauts-Serviteurs.

— Je… euh, eh bien… oui. »

Elle parcourt la double page du cahier béant sur ses genoux. Je la taquine :

« Alors, on continue ?

— Ça vous arrange bien de me laisser lire, soupire-t-elle.

— Voulez-vous que je prenne le relai, Damoiselle ?

— Ça ira. »

Darse lève un doigt goguenard sur moi et s’esclaffe.

« Ça va, p’tite écaille, tu sais même pas lire toi t’façon.

— Abriel ! Soyez plus gentil avec elle, enfin !

— Vous verriez les mandales qu’il me met à l’entraînement, vous sauriez qu’il a la peau dure, et le crâne aussi ! »

Mais la Damoiselle d’Ormen n’a d’yeux que pour l’Hydre, à qui elle propose de venir voir le livre par-dessus son épaule. Darse a coutume de l’observer lire ainsi, et Thalie de suivre avec son ongle pour lui permettre d’identifier les mots. J’écoute la fin du passage consacré au Palais des Hauts-Serviteurs.

« Rien ne semble utile ici, remarqué-je. Si le Tombeau se trouvait dans le Palais, l’Obscurie s’en serait forcément vantée.

— Et les attaques de la Rébellion Néphéline ? Elle a bien tenté plusieurs assauts contre le Palais au cours des millecycles.

— Elle voulait couper la tête de l’Obscurie, ou au moins causer assez de dégâts pour la blesser. Et même, pourquoi rechercherait-elle le Tombeau du Messager ou sa Médaille ? »

La réponse vient d’au-delà la baie vitrée :

« Parce que les Néphélins veulent s’approprier des reliques obscuriennes afin de faire pencher la balance du pouvoir. »

Philandre franchit la terrasse. Il s’arrête dans l’encadrement en saluant d’un signe, avant de poursuivre :

« Une révolte vient d’éclater à Lengel.

— Encore ? m’étonné-je.

— C’est suite à la bataille d’Ylüne, sur la place centrale. L’Obscurie est furieuse depuis la disparition de l’Orbe de Lumière ; elle a envahi la ville. Tout contrevenant à l’ordre est châtié sans préavis par des emprisonnements arbitraires. Anthémis nous a même prévenus de quelques exécutions sommaires. »

Thalie se lève :

« Les Néphélins ont à nouveau attaqué ?

— Difficile à dire. L’origine de la résistance se trouve chez la bourgeoisie, cette fois, mais peut-être est-elle de mèche avec la Rébellion. Quoi qu’il en soit, ce beau monde a su attiser la colère des citadins contre l’oppression obscurienne. Tout ça risque de finir en guerre civile. »

Je m’éclaircis la gorge :

« À ce point-là ? Les soldats de l’Obscurie qualifient les bourgeois de “petites gens”, ils n’ont jamais eu à les craindre.

— Ce sont pourtant les laïcs les plus puissants de la cité, Abriel, réplique Thalie.

— Et nous trouvons nos recrues à Lengel, poursuit Philandre. Sans parler des… commerces établis par Arkon[2]. »

Darse met plusieurs secondes à briser le calme gêné :

« Et si on va chercher les pas contents ? Les Dracènes elles ont peur des pas contents quand ils sont beaucoup. »

Suite à cette perle de réflexion, le chambellan considère effectivement de tenter l’approche des défavorisés de Lengel. Ensuite, Thalie et lui conviennent d’une pause : il s’efface sur la terrasse, puis elle le suit après avoir décroché la vibroline de son présentoir.

J’ai eu l’occasion de la détailler ces derniers temps, alors que j’écoutais ma partenaire me faire la lecture. C’est un instrument à cordes pincées – cinq doubles cordes en acier, pour être précis. Le manche est assez court et la tête, allongée pour accueillir les dix mécaniques d’accordage, semble l’endroit privilégié par le luthier pour exprimer sa fantaisie ; celle de Thalie s’achève par une gracieuse volute enroulée sur l’arrière. Le corps de la vibroline est composé d’un bois brun veiné, et sa forme en goutte n’est interrompue que par deux échancrures : une sur la tranche du haut pour épouser le corps de la musicienne, et une autre en bas pour la caler sur sa cuisse. De part et d’autre du chevalet où sont fixées les cordes, une ouïe en “f” laisse discrètement entrevoir le mécanisme interne : des bouches de cuivre à rotation permanente, si j’ai bien compris, qui permettent l’effet vibrato ayant donné son nom à l’instrument. Sous le chevalet, la vibroline est équipée d’une pédale sur ressort destinée à accueillir le coude de la joueuse : en gérant la pression exercée, elle contrôle la vitesse du vibrato.

D’accord, peut-être que mon attention a souvent dérivé lors de nos séances de lecture pour que j’en sache autant. Mais, pour ma défense, Thalie m’a déjà parlé de son instrument : elle en est passionnée.

Alors que Darse et moi gagnons la terrasse, Philandre ouvre l’étui qu’il a laissé sur la mosaïque. Aussi précautionneusement que la Damoiselle, il en extirpe son orguillon. C’est un drôle d’objet, un gros instrument à vent. Le bec transmet le souffle dans un conduit jusqu’à déboucher sur une large évacuation conique. Des petites cheminées sont pratiquées sur toute la longueur du corps pour la sortie de l’air et, sur un côté, des clés – en vérité, des boutons plats – maîtrisent l’occlusion pour jouer les notes. De l’autre côté, des tirettes permettent de jouer la note souhaitée. Le tout est d’un noir laqué du plus bel effet, avec les clés en argent et les touches en ivoire. Le bord de la bouche, lui, est de cuivre.

Le chambellan passe la sangle de l’orguillon sur son épaule et nous propose de prendre place, l’Hydre et moi, sur les bancs, fauteuils et méridiennes d’osier agrémentés de coussins blancs[3]. Comme de coutume lors de leur pause, Antée s’invite à son tour, guitare à la main : un instrument en quart de caisse, creusé des mêmes ouïes que sur la vibroline de Thalie. De chaque côté du manche, une échancrure lui procure un large accès aux notes aigües et le détache du corps, lui donnant une allure assez élancée malgré les rondeurs de la belle. Plus que tout, c’est le vernis lie de vin et l’accastillage doré des parties métalliques de la guitare qui attirent l’œil.

Enfin, Thalie, Antée et Philandre s’accordent et commencent à jouer. L’orguillon déploie des notes longues, denses, aussi lourdes que celles d’un orgue, mais nées d’un souffle organique. La vibroline s’adjoint et délivre des arpèges éthérés, tremblotants, mais fermement présents ; Thalie, sûre de son jeu, construit la base de la musique. Tantôt pleurs, tantôt chuchotis ou cris du cœur, la guitare exsude une mélancolie que jamais je n’avais décelée chez la vieille archiviste. Et la musique saisit nos oreilles, enlace nos crânes afin de les alléger des ombres. Elle sinue autour de nos chevilles pour nous enjoindre de battre la mesure, délivre nos pupilles de la nécessité de voir et s’élève jusqu’à se diluer dans la moiteur duveteuse du jardin.

Darse s’assied en tailleur sur la terrasse, museau affaissé et paupière fermée ; ses petites plumes frissonnent. Un bond de poils noirs et gris surgit sur une méridienne : Cirice, la vieille sylicate d’Arkon, s’enroule sur un coussin et trousse les oreilles. Elle aussi abaisse les paupières sur ses prunelles couleur de soleil.

Et moi, comme de coutume, je me coule dans un divan. Les harmonies pénètrent mon encéphale d’une manière plus douce qu’aucun verre d’alcool… Je manque de m’abîmer dans un état qui n’est ni le sommeil, ni l’ivresse ou l’errance, mais une sorte d’hébétement omniscient. Seul le vertige me fait réagir, il me faut trouver de quoi me raccrocher avant de sombrer. Et je le vois, là, abandonné sur une table basse : le cahier du père Fibert. Aucune idée de qui a pu le sortir sur la terrasse, mais je l’attrape sans attendre. Les pages défilent, les textes aussi ; la voix de Thalie surgit de ma mémoire pour m’en susurrer le contenu. Je découvre les enluminures qu’elle admirait. Les arabesques dansent en compagnie de Gargoules encapuchonnées, d’angelots dodus portés par des volutes et de Keroubs auréolés. Parfois, des feuilles et des fruits. D’autres fois, des annotations dans la marge, des remarques ou des tentatives de traduction. Mais rien de surprenant, alors je passe au papier suivant, puis à l’autre, puis encore à l’autre. Jusqu’à…


La pousse.


Je n’avais jamais pu lire un cahier de Gargoule dans son intégralité lorsque je servais l’Obscurie : c’était toujours une exploration brève et furtive, et je ne savais quoi chercher. C’est bien la première fois que je distingue ce symbole dans un grimoire. Pourtant, je le reconnais : l’œil en ivoire, l’ovale avec son point central comme dans la quadrabranche ocritienne. Il gît au milieu d’un trapèze horizontal, côté long vers le bas, au noir brillant que seule peut rendre la poudre de bétyle. Et, s’élevant de l’œil comme si elle sortait de terre, une racine écarlate perce le cadre de la figure géométrique pour donner naissance à une jeune feuille, vert émeraude.

L’escalier de pierre. Le couloir obscur. La fresque…

J’ai à peine conscience de m’être assis, tant je tremble. Une fois, une seule, j’ai eu l’occasion de voir cette représentation. Une peinture murale aux contours dorés, entourée des déesses, des astres et d’autres êtres mythiques. L’œil en dehors du signe de l’étoile-sanctuaire m’avait intrigué, tout comme le trapèze : je connaissais cette forme comme symbole des tombes et des cimetières, image de la terre nourrie et forte des âmes qui la rejoignaient. Mais ce n’était rien par rapport à la curiosité née de cette représentation de la pousse… Une pousse qui m’avait motivé à toujours aller plus loin dans mes explorations secrètes.

Elle orne un haut de page, comme pour ouvrir un nouveau chapitre. En dessous, une lettrine et quelques paragraphes…


Quasar déploya toutes les ressources de Son Soi prodigieux pour bâtir les terres-plaques de l’étoile-sanctuaire. À mesure que Son projet prenait forme autour d’Ocrit et que la Guerre de Nephel battait son plein, Il mit toute son énergie pour achever le plus saint de tous les édifices, celui qui devait accueillir le peuple élu et ses serviteurs. L’Œuvre consuma Ses forces vitales et, lorsque l’étoile-sanctuaire fut terminée et les perfides Planhigyns éradiqués, Quasar entra dans le Dernier Sommeil avant l’Obscurité.


Ainsi fut plantée la première Graine qui poussera dans la terre d’Ocrit pour nourrir Ses sujets de Sa lumière spirituelle.

Ainsi repose-t-Il sur Son trône.

Ainsi ne doit-Il jamais être dérangé dans son Dernier Sommeil avant l’Obscurité.


Car Quasar veille sous le sceau de la Graine. L’excommunication, l’opprobre et l’oubli éternel s’abattra sur les malheureux qui auront l’impudence de chercher à pénétrer Son trône, car Son Dernier Sommeil avant l’Obscurité est sacré plus que toute chose au-dedans de la terre de l’étoile-sanctuaire.


« Par le squelette de Kosteth ! »

Ça, je m’en souviens : “Quasar” était le premier nom avec lequel le Messager S’était fait connaître en débarquant sur Nephel, Thalie me l’a lu dans je-ne-sais-quel bouquin. Et même s’Il n’est jamais représenté qu’en silhouette de bétyle, c’est souvent juché sur Son fichu trône. On est déjà tombé sur ce passage, mais avec l’illustration…

« Bordel, comment j’ai pu louper ça ? »

— Abriel ? »

J’ai bondi sur mes pieds, visiblement. Philandre me couve d’un air surpris, soutenu par l’interrogation partagée d’Antée et de Darse. Cirice s’est levée, en alerte. Quant à Thalie, elle fait simplement la gueule parce que j’ai interrompu leur communion musicale.

Je lui envoie le livre, qu’elle rattrape de justesse ; claque l’épaule du chambellan ; embrasse l’archiviste sur la joue, et entraîne l’Hydre dans une danse enjouée.

« Abriel, qu’est-ce qui vous prend ? », s’inquiète Philandre.

Thalie se lève en feuilletant le cahier, confuse :

« Vous n’avez pas sorti une de vos flasques en cachette, j’espère ? »

J’attrape sa vibroline et improvise un accord atrocement faux, puis lève l’index sur le Novarien :

« Allez chercher Théadrine et dites-lui de sortir sa meilleure bouteille : je l’ai trouvé.

— Trouvé quoi ? »

Je rends son instrument à ma partenaire. Ses mains s’y referment, et les miennes sur les siennes.

« Le Tombeau. J’ai trouvé où se cache le Tombeau du Messager. »


***

L’artère métallique frémit sous nos pas décidés. J’ouvre la marche dans mon impeccable costume noir. Philandre me talonne de près et le suit Darse, à l’air terrible dans son ample manteau et sa cuirasse. À ses côtés, Thalie porte son élégante robe de cérémonie, comme à chaque fois qu’elle va se présenter devant Arkon. Sa coiffure sophistiquée, à la tresse épaisse et aux bagues d’or, redonne de la superbe à un visage voilé par le doute.

“Tout va bien se passer”, lui ai-je promis un peu plus tôt. Je la voyais se tourmenter alors que l’entrevue avec le Grand Séculaire approchait. Au bout des quelques halos que dura l’élaboration de notre plan, elle avait fini par avouer que le Planhigyn l’intimidait – normal, après son traitement de la dernière fois. Et les récents événements à Lengel n’étaient pas pour la rassurer.

Néanmoins, notre équipée fait forte impression dans la coursive. Les soldats s’écartent et s’empêtrent. Les timoniers, les ingénieurs et le personnel d’entretien pensent, eux, à nous saluer dans les règles. Tout le monde fait place. Tout le monde, sauf trois glandus qui nous tournent le dos : une femme et un homme en armure, et un mécano. Le combattant, un grand baraqué coiffé de longues cadenettes, tend une affiche devant lui et les deux autres se pressent pour la voir.

« Regardez ça, dit-il. Faut dire qu’elle en a, des arguments. Ça vous donne pas envie de vous engager, ça ? »

L’autre gars, outils sous le bras, opine et y va de son commentaire :

« Je sais pas, Siléon, c’est dommage, le visage caché sous le masque. Elle doit avoir un de ces sourires carnassiers ! Plus sauvage encore que le tiens, Khoras, qu’est-ce que t’en penses ? »

La soldate acquiesce. Avec ses boucles sombres, je crois reconnaître celle contre qui je me suis battu dans le réfectoire. Son timbre gaillard confirme mes soupçons :

« ’Savez, les mecs, j’m’en fous du visage quand j’vois comment son uniforme lui moule ses… »

Afin de nous épargner la suite, je passe la main par-dessus leurs épaules : ils sont trop surpris pour m’empêcher de leur arracher l’affiche.

« Voyons ça. »

C’est ce que je craignais. Une réclame de recrutement pour l’Obscurie, probablement arrachée d’un mur à Lengel. Mais le pire n’est pas là. Il n’est pas non plus dans les caractères monolithiques du slogan tendancieux : “Votre corps à l’Obscurie. Votre âme au Messager.” Non. Le pire c’est pour moi de reconnaître, sur l’uniforme de l’égérie de Béthanie, les galons de lieutenante et la plaquette au col gravée “L.XIV/III”. Ça, ainsi que la crête prolongée d’une longue tresse, et le crâne rasé aux côtés. Ça, et la cicatrice en croissant de lune sur son front. Ça, et la cambrure à outrance pour pointer l’énorme canon de son Oblitorion droit sur nous[4]. Et, pour parfaire le tout, un petit regard vicieux où se reflète le feu des explosions derrière elle…

Lyuba.

« Quelle connasse cosmique. »

Thalie et Philandre s’indignent.

« Quoi ? Vous pouvez me croire, je l’ai assez connue pour… »

Le chambellan balbutie la nécessité pour moi de contrôler mon langage devant les Sylvariens, mais Darse intervient :

« Je sais pas quoi c’est, mais maman Laetere elle pensait pareil.

— Vous voyez ? Merci mon grand. »

Je le gratifie d’une grande tape sur l’épaule, l’équivalent pour lui d’une caresse sur ses muscles d’écailles[5]. Histoire de ne plus entendre parler de ça, je reprends la marche.

« Eh, M’sieur ! »

C’est la combattante. Khoras.

« Qu’y a-t-il ?

— Vous pouvez me rendre l’affiche ? »

Le sang me monte aux tempes.

« Si vous avez l’intention de rejoindre l’Obscurie, autant vous larguer sur le champ du Sylvaer. La terre ferme se trouve cinq cents mètres plus bas, ça vous laissera quelques secondes pour réfléchir au bienfondé de votre décision. »

Son front se plisse et ses lèvres s’écartent, alors qu’elle tente de comprendre ce que je dis.

« Nan, c’est pas ça. C’est pour… »

Sa phrase meurt dans un râle indécis tandis que l’azur saupoudre ses joues – ses camarades n’en mènent pas plus large. Je déchire l’affiche, en jette dédaigneusement les morceaux et repars.

Imbéciles. Pensez avec votre cerveau la prochaine fois.

Thalie trottine pour atteindre mon niveau.

« Vous l’auriez fait ? La jeter par-dessus bord ?

— Je ne laisserai personne rejoindre l’Obscurie. Jamais. Encore moins pour cette furie sanguinaire.

— Je suis déjà tombée sur elle, vous savez. »

Je manque de trébucher.

« Sérieux ?

— À Lengel, sur la place d’Ylüne, alors que je m’extirpais des ruines de l’église.

— Mais… elle vous a… vous êtes… »

Elle me rassure :

« J’ai pu m’en sortir, vous le voyez bien. »

Puis, avec un rictus :

« Mais je confirme votre premier commentaire. Allons, venez, oublions-la. »

Elle m’entraîne.

Oublions-la…

À l’embranchement suivant, nous retrouvons Kia à la porte du pas de tir, notre point de rendez-vous. Darse se jette sur l’artilleuse pour l’étreindre, et il me faut toutes les peines de l’étoile-sanctuaire avant de réussir à me faire écouter. Obligé d’élever la voix :

« Où est Saren ?

— Toujours en train de mener l’entraînement. Il a été contraint une nouvelle fois de répéter certaines consignes de sécu… Darse, tu m’étouffes !

— Vous lui avez…

— Darse, arrête ! »

Je m’éclaircis la gorge.

« Vous lui avez bien présenté notre plan ?

— Oui, Monsieur. Je vous assure qu’il se tenait prêt à nous rejoindre. »

Saren se pointe au bout de plusieurs minutes. Il ronchonne une excuse en franchissant l’huis, mais je n’en ai que pour sa coiffure : les flancs du crâne à ras et une crête achevée par une tresse grossière. Le tout crève le déjà-vu… Mais il l’a fait exprès, ce con ?

Je crois que le pilote a capté ma surprise, à le voir lever le menton et rouler les mécaniques. Philandre le complimente sobrement pour l’initiative d’avoir rehaussé son esprit guerrier. Thalie, elle, se marre dans mon dos.

Enfin, tout ce beau monde – et Saren, aussi – s’achemine vers la chambre palatiale. L’impression diffère de ma dernière visite. Au lieu du nectar entêtant, cette fois l’odeur est un peu rance, comme celle d’une pièce trop longtemps fermée où des plantes ont séché[6]. Une légère toux m’échappe, et je ne suis pas le seul. Alors, l’âge réel du Planhigyn me frappe.

Comment se supporter après douze millecycles enfermé dans sa propre carcasse ?

Seul Philandre s’avance.

« Noble Arkon, Planhigyn éternel. Votre chambellan vous adresse ses plus humbles salutations et renouvelle son désir de vous servir. »

Il s’incline, et nous le rejoignons.

« À genoux devant le Grand Séculaire. »

L’air est lourd de fatigue. Philandre prétendait que la santé du Planhigyn est chancelante, que la fréquence de ses “mauvaises périodes” s’accroît : je le crois volontiers.

« Noble Arkon, voici la Damoiselle Thalie d’Ormen, votre assistante ; Abriel de Molenravh, prétendant au poste de commandant en second pour le Sylvaer ; Saren Rahn, chef de l’Escadron Alfar et Kia Bahn, son artilleuse ; voici enfin Darse, l’Hydre affranchie et renégate dévouée à votre cause. »

Les échos s’égarent derrière les piliers de pierres. Absorbés par la mousse odorante, ils laissent place au poids du silence. Au bout d’interminables secondes, des craquements nous cernent : notre employeur se réveille. Un râle profond fait vibrer jusqu’aux os de nos mâchoires. Les racines, lianes et autres appendices finissent par se secouer lentement de leur torpeur.

« Une… Hydre… ici… »

Les branches souples sinuent jusqu’à Darse, qui ne bronche pas.

« Un… rejeton des Dracènes perfides… mariées aux Draconens cracheurs de feu… »

Le ton monte, il fait pression sur nos tympans avec la force sourde dont les plantes brisent les pierres.

« Une… envoyée de l’ennemi. »

Les lianes s’enroulent autour des membres de l’Hydre. Thalie pâlit : elle sait, tout comme moi, à quel point la constriction peut-être éprouvante.

« Jamais l’ennemi… n’aura pénétré… aussi… »

Un couinement interrompt la logorrhée du Planhigyn. Personne n’a vu la sylicate grimper sur le lézard borgne, tant celui-ci s’est évertué à rester immobile. Pourtant, la bestiole est bien là, juchée sur sa tête.

« Cirice… ma Cirice chérie… que fais-tu sur… cette créature ? »

Elle se frotte les joues sur l’extrémité des lianes qui vont la flatter. Darse se retrouve désentravé du même coup.

« Cirice… j’en déduis que tu as toute… confiance… en cette Hydre… »

La sylicate bondit d’une épaule écailleuse à l’autre dans un panache de poils et recommence, recommence, déclenchant le rire lent d’Arkon. Elle attrape ensuite l’un des membres végétaux alors qu’ils se retirent, et se laisse hisser jusqu’au visage d’écorce pour se nicher sur un sourcil broussailleux.

Philandre attend que l’attention du Planhigyn retombe sur nous, puis il se lève avant de reprendre la parole.

« Noble Arkon, je puis vous assurer que cette Hydre n’a plus aucune connexion mentale avec sa génitrice et demeure à nos côtés de son plein gré.

— Soit, répond Arkon, qu’elle reste… à notre bord. »

D’un geste, le chambellan invite Thalie à prendre le relai ; elle se met debout à son tour.

« Merci de la part de tout le personnel, commence-t-elle, ô grand Arkon, dernier des Planhigyns. J’ajoute que cette Hydre nommée Darse nous sera très utile dans notre opération visant à nous emparer de la Médaille du Messager. »

Un gargouillis profond ébranle la chambre palatiale. À la manière d’un astre harassé, le Planhigyn explose lentement, lourdement :

« Comment ? Osez-vous… paraître… sans ma Médaille ? »

Les lianes fusent. Elles s’enroulent autour de Thalie. Elles serrent, elles serrent tellement que ma partenaire quitte les dalles de pierres.

« Thalie ! »

J’amorce un mouvement mais la main d’un garde s’abat sur mon épaule. Philandre m’enjoint à l’immobilisme, que son regard nuance d’un “pour l’instant”. Impuissant, je dois me résoudre à voir la Novarienne résister seule à l’étreinte. Et de se justifier malgré la douleur :

« La… tâche est très ardue… ô Grand Séculaire… et personne ne sait où il se trouve… Néanmoins, nous… »

Les appendices commencent à entraver la parole dans son cou. Hors de question de la voir étranglée encore ! Je me lève. Le mouvement est trop soudain pour le sbire derrière moi, mais plusieurs Devarïms se dressent autour de nous. Qu’ils aillent bien se faire frire la gueule.

« Arkon ! »

Je me plante devant Thalie, bras écartés en face de la vieille souche. Regarde, regarde ma bidoche, con de bout de bois desséché !

« On l’a pas, cette Médaille, c’est vrai ! On ne l’a pas encore. Mais on en sait plus, on sait où elle se trouve et on a un plan. Arkon, je t’en prie, libère ton assistante et laisse-moi parler !

— Abriel… je reconnais bien… là… ton impétuosité.

— Arkon, j’accomplirai tes désirs mais je t’en supplie, épargne de ta colère la Damoiselle d’Ormen : elle n’a de souhait que de te servir et sa présence nous est essentielle pour exhumer la Médaille que tu convoites. »


Une seconde.


Deux…


Les lianes se retirent.


L’adrénaline me traverse de part en part. J’ose même tourner le dos au Planhigyn quand les talons de ma partenaire retrouvent le sol. Elle abandonne ses prunelles humides dans mon cou, alors que mes bras apaisent ses épaules d’une chaleur que la sève ne connaîtra jamais.

La prochaine fois que tu lèves quoi que ce soit sur elle, je jure de te cramer la gueule.

« Abriel… je suis… tout à ton écoute… »

Je ravale mes insultes pour lui régurgiter le plan d’infiltration que nous avons conçu, Thalie et moi, avec l’aide de Philandre, Saren, Kia… et Darse, bien entendu :

« Nous pensons avoir localisé le Tombeau du Messager. Il serait dissimulé dans les murs du château de Béthanie… »


***




[1] J’en étais sûr. Il a fait ça pour m’emmerder, à tous les coups. [retour]


[2] La vente d’armes, le trafic de reliques, tout ça… Merci Philandre, je le sais. [retour]


[3] Thalie avait raison, elle s’y connaît en sièges. [retour]


[4] Selon elle, elle perdait en précision ce qu’elle gagnait en charisme…

Psychopathe.[retour]


[5] Par contre, j’ai pris plusieurs roustes avant qu’il comprenne la différence de résistance entre nos épidermes. J’ai eu mal. [retour]


[6] J’ai déjà connu ce genre d’endroit chez certains lascars de Lengel. Par contre je ne vous raconterai pas ce qu’ils desséchaient… ni pourquoi j’étais chez eux. [retour]


Commentaires

J'ai été perdue plusieurs fois dans le chapitre à cause de ma mémoire défaillante, mais ça ne m'a pas empêchée de l'apprécier ! Le château de Béthanie c'est quoi déjà ?
 0
vendredi 3 avril à 14h29
Ouiiii, il est assez velu en informations^^'
Le château de Béthanie, c'est le repaire de Neptis et la forteresse qui abrite la caserne de Cédalion, entre autre ;)
 0
samedi 4 avril à 14h59
AH ! Merci, ça change pas mal de choses xD
 1
samedi 4 avril à 23h25