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Julien Willig

jeudi 15 novembre 2018

Sous des milliers de soleils, I - Ocrit

Verset XXXIII

« Malheureusement, le dépérissement de Zvat força ceux qui s’imposèrent comme les omni-élus à migrer sur Nephel ; au privilège ultime de la connaissance divine s’accompagna le martyr de la race messianique. »


(Le Grand Livre de l’Obscurie, annoté par l’archidiacre Jérimadeth Ie,

IVe Âge de la Création)



Un frisson embrasse mes lèvres. Au bout d’une éternité, je commence à assimiler la sensation qui me tire du sommeil : le va-et-vient de crins légers comme un rêve, dont l’extrémité chatouille ma barbe. J’inspire. Un souffle se mêle au mien, riche de ses propres odeurs. Il n’est pas très chaud, instille une humidité évanescente et se faufile jusqu’aux fragments de ma mémoire. Encore un bain ?

Des petites pressions remontent mon menton. J’y devine la douceur d’une pulpe, soutenue par la solidité des ongles. Je souris :

« Vous êtes revenue… »

Si j’ai le cerveau trop embrumé pour m’étonner, la savoir si entreprenante réveille mon corps avec douceur.

« Vous savez, vous auriez pu rester hier soir. »

Un mouvement plus sec : l’un des doigts se retire et laisse l’ombre d’une griffe sur ma lèvre inférieure.

« Promis, je serai plus gentil. »

Les ongles escaladent mon visage. Quatre d’entre eux viennent cerner la pointe de mon nez.

« Thalie ? »

Morsure vive. J’hurle.

« Scouic ? »

La bestiole, là. Cirice. La putain de sylicate d’Arkon juste devant mes yeux.

« Fille d’inceste, qu’est-ce que tu fous là ? »

L’animale sursaute, la terreur dans son regard orange – eh ouais ma vieille, t’as réveillé le colosse ! À la lueur chétive des veilleuses automatiques, son pelage noir et gris se hérisse. La sylicate saute sur mon épaule, esquive mes bras balourds et se jette en dehors du lit. Je l’entends détaler alors que je tâte le mur pour commander la lumière. Sa queue bouffante a déjà disparu quand j’allume ; mes jurons ne suffisent pas à la retenir.

Je laisse mon crâne retomber. Il manque l’oreiller et se fracasse contre le métal de ma coquille…


Sonné.


Je presse ma crinière dans l’espoir d’atténuer le chaos dans mon cerveau. Mes doigts amassent quelques perles fiévreuses nées de mon agonie – réfléchis, putain, réfléchis quand tu fais des trucs… Enfin, je tâtonne dans le renfoncement de chevet : derrière la tasse abandonnée par Thalie, j’attrape ma vieille montre de cuivre[1]. Septième degré, troisième sablier. Le temps de dompter les galops de mon cœur, le halo sera bien entamé.

« Merdelle… »


***

J’ai passé mes nerfs ailleurs. Dans la salle de bain des invités, en fait. Accroupi dans le réduit aux bassins de céramique, j’ai ciré mes chaussures et graissé les cicatrices de ma veste de cuir, avant d’affiner ma barbe et d’opérer un décrassage en règle – j’vais pas rentrer dans les détails, vous devez savoir comment on fait. J’ai peut-être toujours l’air d’un roublard, mais moins celui d’un vagabond. Le souvenir velu et débraillé des gardes du Sylvaer me dispense de demander à Philandre s’il n’aurait pas un uniforme de fonction pour moi. Va falloir arranger tout ça, tiens.

Un petit temps après mes ablutions, me voici devant le bureau du chambellan. La porte coulisse avant même que je frappe, me dévoile Philandre :

« Abriel. L’entraînement des Alfar n’a lieu que dans trois degrés, je ne vous attendais pas dès à présent.

— J’avais prévu de me lever tôt. »

Il loue mon sérieux et j’en profite pour demander ce qu’il s’apprêtait à faire.

« Je dois me rendre dans la salle du trésor pour vérifier des comptes. Rien de bien passionnant, mais vous ne l’avez pas encore vue, non ? »

Je le suis avec enthousiasme. Contrairement à ce que j’imaginais, la salle du trésor n’est pas située près de la chambre palatiale – j’aurais bien vu Arkon s’enraciner à son pécule à la force des centycles. Philandre m’emmène à l’arrière du vaisseau, dans les niveaux supérieurs où reposent également les archives, où patientent les capsules de sauvetage. Curieuse association. Le goût de poussière du secteur est trop ancré pour que ce soit l’organisation de Philandre – je subodore que l’un de ses prédécesseurs a dû vouloir assurer ses intérêts…

Ici, point d’obscurité, tout n’est que courbes et peinture blanche. Certaines cloisons, tout comme les huis que nous traversons, sont percées de verre soufflé. Je ne peux m’empêcher d’y passer ma main :

« Comme quoi, on peut vraiment faire du beau avec les matériaux les plus anodins[2].

— Certains Keroubs feraient mieux d’entendre ça.

— De l’aigreur, Philandre ? Pourquoi donc ?

— Regardez nos recrues novarii. L’élitisme aveugle de l’Obscurie réduit notre peuple à la misère, à la violence et la bassesse. Les voir est triste à pleurer.

— Vous entrez dans les bases de la politique, mon cher. Notre nombre est un danger pour eux.

— Quand même, se prétendre les omni-élus, choisis par les dieux autant que par les Ocritiens…

— Ils savent tordre la vérité à leur avantage. »

Nos pas s’estompent l’histoire de quelques secondes. Nos regards se frôlent, faute d’oser se croiser. L’ombre de la médecienne nous sépare : Ellis, la seule Keroube à bord du Sylvaer. Je me serais bien fendu d’une belle remarque, du genre « Qu’il est difficile de distinguer les héros des crapules, quand chaque espèce se voit un rôle assigné », mais le chambellan reprend sa marche. Dommage, je venais de me creuser la soupière…

C’est la présence de gardes autour de l’ouverture qui indique la salle du trésor, à côté des différentes archives. Philandre est sommé de réciter son mot de passe, avant d’être autorisé à taper son code d’identification sur le pavé mural. « Il vous sera communiqué quand vous obtiendrez le grade de commandant en second », m’informe-t-il. C’est sans cérémonie qu’il m’invite à entrer. En même temps, l’endroit manque cruellement de charme : rien qu’un alignement d’étagères froides, divisées par des rangées d’éclairages zénithaux. Il faut sortir chaque objet de son rangement, derrière une étiquette jaunie, pour que la lumière daigne lui rendre un fragment de son lustre d’antan – enfin, j’imagine, j’ai pas vraiment le droit de les toucher…

Après quelques pas à l’intérieur, le chambellan se retourne :

« Vous pouvez nous laisser, les gars. »

Les gardes protestent en désignant celui qui jure dans ce lieu – moi – alors Philandre réitère sa demande à l’impératif. Ils s’éloignent et nous font même la grâce de fermer la porte.

« Le moindre prétexte leur est bon pour balader leurs yeux sur nos richesses. Et même leurs doigts, parfois.

— Les cons… »

Il fait mine de ne pas avoir entendu et entreprend de vérifier ses comptes – nombre d’objets, poids et analyse des matériaux pour une estimation de la valeur totale du magot, un truc comme ça. J’en profite pour accomplir ce que les matons s’attendaient à faire. Si cette cabine est désignée comme salle du trésor, et non comme coffre-fort, c’est bien pour son contenu.

Malgré la distance, la léthargie d’Arkon semble l’avoir gagnée. Sous les ombres des rangements s’asphyxient les courbes d’or de vieilles coupes, de couronnes ouvragées ou de lourdes bagues. Des vases osent à peine murmurer les veinures bleues ou rouges sur leur surface de neige, quand des piles de pièces anciennes se refusent à chanter. À vrai dire, toutes ces trouvailles peuvent bien taire leur histoire : pour nombre d’entre elles, je l’entends déjà.

À gauche, une paire de bougeoirs susurre le souvenir de mon altercation avec Saren dans Lengel, avant qu’il m’envoie me frotter à l’accueil des margyrens. À droite, les mailles ovales d’un magnifique collier d’or étreignent doucement les petits disques d’argent qui les séparent. En leur centre dort un médaillon à la perle de nacre, légère comme une attention délicate et pensée pour se loger à l’orée du creux plexulaire. Seule une fêlure discrète pourrait gâter son cœur, mais j’y vois l’imperfection qui rehausse le charme de l’œuvre. Découvrir la finesse de ce bijou dépérissant dans ce local sinistre me met en rage, j’en regrette presque de l’avoir dérobé à la matriarche kerubine du caveau de famille que je pillais[3].

Heureusement, Philandre ne traîne pas et finit par m’arracher à la désagréable impression d’avoir contribué pour beaucoup aux derniers enrichissements du Sylvaer. Lorsque le chambellan se retire dans son bureau pour d’obscures histoires de comptabilité, je me retrouve libre d’explorer le vaisseau. Après avoir salué l’équipage de la passerelle, j’observe l’entraînement des gardes au pas de tir, principalement au Peccamineux et au Devarïm, avec des charges de gaz colorant pour éviter le gaspillage de munitions. Ils me proposent de me joindre à eux – je les suspecte de vouloir jauger mon niveau. L’exercice me lasse vite, leur pratique étant bien moins exigeante que celle de l’Obscurie. Je finis par gagner le centre du vaisseau, et croiser Kia et Saren en train de sortir du quartier des cellules – l’artilleuse a dû le traîner voir l’Hydre. Reste une dernière étape avant la séance d’entraînement des pilotes…

Antée m’annonce que Thalie n’est pas à la Frondaison. La robe crème de la Gargoule scintille dans les lueurs matinales : d’après le baillement diaphane du plafond de verre, le vaisseau est sorti des eaux.

« Et vous ignorez où elle se trouve ?

— Je regrette, Abriel. Peut-être la rencontrerez-vous au détour d’une coursive ?

— Il y a peu de chances, elle semble se retirer dans des endroits connus d’elle seule. Sinon, je l’aurais forcément trouvée à force d’arpenter le Sylvaer de long en large depuis hier.

— Je lui dirai que vous la cherchez à son retour, n’hésitez pas à revenir ici quand vous le souhaitez.

— Je n’y manquerai pas. Merci, Antée. »

Je prends congé de l’archiviste, puis rebrousse chemin. Au milieu de ces interminables couloirs bleutés me vient l’idée de bifurquer : pas besoin de repasser par le quartier des « invités », autant prendre au plus près des hangars. Je n’ai emprunté cet itinéraire qu’une fois, après mon atterrissage en urgence lors de la fuite de Lengel, aussi n’ai-je pas pu imprimer les lieux traversés.

Au bout de quelques renaissances, le raccourci me lâche dans un espace plus large qui pourrait être un grand croisement, ou une petite place. Une sorte de carré de deux centaines de mètres, dont les angles sont ouverts par les corridors qui y débouchent. Une paire de luminaires encadre chaque sortie en piliers blancs, ampoule pointée vers le haut. Si les parois se noient dans la nuit azur du cœur de l’appareil et de ses organes proches, des plafonniers inondent cette aire et lui donnent un souffle immaculé. Plusieurs tentures claires sous l’éclairage tempèrent et diffusent la lumière comme un nuage, doucement rehaussée par une veillée de lampadaire aux sphères opaques : ce n’est plus une simple salle dans un vaisseau spatial, mais un écosystème à l’aurore électrique.

Les murs n’en sont pas, puisqu’ils s’ouvrent sur différentes installations facilement reconnaissables : deux restaurants minuscules qui s’éveillent à peine, le double de bars – pas étonnant – et même quelques… magasins ? Égrenés un peu partout sur cette placette, des agglomérats de tables et de bancs patientent sous le cul des Sylvariens au repos[4]. J’esquive un chapelet de trois combattants en train de siffler leur bière en silence, le pied d’un lampadaire orné de quelques graffitis, et un plateau de thorée-cordière où une navigatrice semble plumer deux infirmiers. J’en profite pour mater la boutique de fringues avoisinante – ‘me faut du neuf – accroche au passage un joli minois auquel j’adresse les charmes de mon clin d’œil – je reviendrai – mais la vendeuse se plisse d’une moue dégoûtée en voyant ma mise – peut-être pas ici…

Le portail suivant achève de me refroidir. Un pourtour de pierres ostensiblement grisaillant, des encensoirs ballants et des ténèbres béantes, poisseuses comme sait s’en gorger une église obscurienne. Une voix d’outre-tombe saille à travers cette manne de poussière spirituelle et vient confirmer mes craintes :

« Elle m’approcha avec le baiser d’un serpent alors que l’Œil du Soleil se levait sur ses lèvres ; le clair de lune saisit mes larmes d’argent…

— Foutu prêtre, craché-je dans ma barbe.

— … nous reposons dans une étreinte obscure…

— Y a vraiment des pieds au derche qui se perdent. »

À peine reporté-je mon regard en face de moi que j’aperçois celle que je cherche – de même pour elle. Pas le temps de rompre l’élan de notre marche : nous avons juste le réflexe de lever les paumes alors que nous nous rentrons dedans. Nos poitrines se toisent et nos doigts s’enlacent par la force, et je peux même humer son odeur – le suave un peu amer d’une fleur tenace – avant de me rétracter sous la crainte de ses épines.

« Abriel ? Je…

— Thalie, vous êtes là.

— Vous me cherchiez ? Parce que j’étais en train de…

— Oui, en fait je voulais vous…

— C’était pour… »

Nos souffles meurent en même temps, gênés de se mêler. Je fais un pas en arrière tandis qu’elle abandonne ses bras autour des hanches – les phalanges se noient dans les plis de ses atours. Thalie baigne dans une blouse nocturne piquetée d’étoiles : l’ensemble lui va tellement bien qu’elle pourrait s’y draper et s’envoler dans un coin de ciel. Son pantalon blanc, serré à sa haute taille, s’évase au mollet pour laisser respirer de discrètes chaussures à talon, ouvertes sur une bonne partie du pied et à peine assez mates pour ignorer le reflet des lieux – que les astres de sa chemise se rassurent, ils ne craignent pas de concurrence. Seul un petit sac noir semble la maintenir au sol, de sa frêle bandoulière.

J’adresse un simple « vous d’abord » à ses lèvres qui frémissent comme un pétale sous la rosée ; elles se détendent tandis qu’elle inspire, et chasse de ses soleils bleu et jaune le fiel que j’y lisais parfois. Puis :

« Je voulais vous voir, Abriel. Ne vous exaspérez pas, c’était surtout pour vous parler.

— J’ai rien dit, encore.

— Je sais qu’on a eu des moments difficiles, réunis et jetés ensemble par la force des choses. Vous êtes tellement… (elle semble peser ses mots, je m’efforce de rester neutre :) différent de tout ce que j’ai pu connaître – non pas que je ne le sois pas pour vous, je le conçois ! Seulement, nos caractères à l’évidence des plus opposés sont autant nos forces que nos faiblesses. C’est une vérité qui me hante depuis plusieurs jours et j’y ai songé de plus en plus – cette nuit, notamment. Nous sommes voués à travailler ensemble, Abriel, à nous côtoyer pour cette mission, et également, si les choses se passent comme prévu, pour les prochaines. Vous… nous avons chacun nos défauts, comme nos qualités. Et j’ai pensé… Voilà, le mieux pour nous, je pense, serait d’enfin apprendre à se connaître. De prendre le temps d’échanger, de ne pas se voir uniquement sous la contrainte, mais au moins de communiquer de façon ouverte, d’assurer ce lien tissé par les circonstances et qui fait de nous, aussi inattendus qu’ils soient, des partenaires dans une équipe. Qu’en pensez-vous ? »

Il me faut bien quelques secondes pour la digérer, celle-là.

« Vous ne dites rien ? »

Elle se mord la lèvre et évite la vacuité sous mes sourcils. Alors je souffle, soudain plus léger.

« Si. En fait, je voulais vous dire tout pareil, et aussi vous offrir ceci. »

Je rattrape le pas que j’ai cédé et sors le poing fermé de ma veste. Intriguée, Thalie lève une paume hésitante : j’ouvre les doigts pour y laisser couler mon offrande. Ses paupières s’écarquillent doucement alors que les reflets commencent à danser sur ses iris. Ses lèvres s’arrondissent – un fil de lumière les caresse et me révèle un baume crème, à la limite du transparent. Sa mâchoire frémit :

« C’est…

— Un cadeau. »

Elle élève le collier à portée de visage, admire le scintillement des disques et des mailles. La perle de nacre oscille entre nos gorges et je constate qu’elle se mariera à merveille avec ses boucles, qu’elles soient lâchées comme aujourd’hui ou tressées pour des mises plus cérémonielles.

« Où l’avez-vous trouvé ?

— Secret. Je voulais qu’il soit à vous. »

Mon sourire est sincère. Le sien s’effondre :

« Ne me dites pas qu’il vient de la salle du trésor.

— Eeeeh bien…

— Vous l’avez volé ? »

J’abandonne un nouveau pas vers l’arrière :

« Écoutez, j’voulais juste vous…

— Vous saviez qu’il n’était pas à vous, Abriel ?

— Alors ça on peut en discuter ! Parce qu’il fait partie des nombreuses babioles que j’ai exhumées pour vous et votre trône d’écorce au péril de ma vie. Oui, damoiselle, et sans une once de gratitude en plus ! »

Elle reporte son attention sur le bijou et, d’une voix plus calme :

« Vous l’avez donc volé deux fois ?

— Ça aurait été dommage de passer à côté…

— Je suis d’accord. »

C’est là qu’elle me surprend le plus : sans une hésitation elle ouvre le fermoir, passe la chaîne autour de son cou et l’attache dans le dos, tandis que ses coudes relèvent gracieusement ses mèches libres.

« Il me va bien ? »

Le creux de ses yeux se contracte. J’enjambe l’espace qui nous sépare et lève la main, ose l’aventurer vers sa poitrine. Je fais vite pour masquer mon tremblement et attrape le médaillon afin de tourner la gemme à l’extérieur.

« Là, c’est mieux. »

Le bouquet au baume crème s’épanouit alors que son pollen capiteux berce mes narines.

« Eh, vous deux, pas de ça ici ! »

Ça pouvait pas durer…

Une voix grêle s’éboule sur ce moment. Thalie et moi tournons de concert la tête vers l’entrée du temple.

« Khadel, se pince la damoiselle d’Ormen.

— Allez donc vous bécoter ailleurs, margoulins de Novarii, que vos saletés épargnent mon parvis ! »

Le prêtre correspond parfaitement à l’image que je m’en faisais : un vieux débris perdu dans sa bure, tremblant dans son propre squelette, la capuche mal rabattue sur un crâne vierge de pousses et pourtant labouré de sillons secs. Ses genoux s’entrechoquent alors qu’il surgit des ombres pour brandir un poing serré sur la chaîne d’un encensoir aussi rouillé que lui[5]. Et son babillage de continuer :

« Dégagez de mon église, misérables pécheurs, et laissez la décence aux fidèles qui…

— Khadel ! Khadel, c’est moi, c’est Thalie. »

La Gargoule se fige et plisse ses yeux trop petits. Son encensoir continue de se balancer et manque d’emporter sa jambe au passage. Malgré les quelques mètres qui nous séparent, le crouton semble trop bigleux pour la reconnaître.

« C’est à la damoiselle d’Ormen que vous parlez, Khadel.

— Thalie ?

— Oui.

— Vous, en train de…

— En train de rien du tout, Khadel, vous vous méprenez. Vous pouvez rentrer et terminer votre office. »

Nul doute qu’il ne perçoive pas l’éclair qu’elle lui lance, sinon il sentirait ses miches s’embraser. J’avale en silence de peur d’un ricochet. Le visage de Thalie se ferme et elle me dépasse d’une démarche décidée. Le temps de comprendre, de me retourner, elle a quelques enjambées d’avance le long de la placette.

« Attendez ! »

Pour quelqu’un qui voulait améliorer nos rapports, elle a bien vite retrouvé son aura glacée.

« Thalie ! »

J’arrive à saisir le bout de sa manche. Elle se fige et redécouvre mon visage avec surprise.

« Je voulais vous demander… J’ai été convié à assister à l’entraînement des Alfar. Ça vous dirait d’en être ?

— Quoi ?

— Vérin n’est pas encore réparé. Philandre m’a garanti qu’une gondole pourra suivre les manœuvres. »

Elle accepte dans le vide, l’air ailleurs. Nous rebroussons chemin et je la guide jusqu’au hangar 5, où embarquent déjà les pilotes et les artilleurs. La gondole à ciel ouvert n’attend plus que nous. Je laisse Thalie monter la rampe en premier. Après y avoir posé un pied, elle fait une pause et rallume son regard vers moi. Un ongle effleure la nacre à sa poitrine alors qu’elle susurre un « merci » sincère.


***

La gondole est un frêle cocon de luxe, avec son baldaquin et ses rideaux fins dont le turquoise est assorti aux coussins des banquettes. À l’instar de son vaisseau mère, elle est une dragée blanchâtre qui évolue paresseusement dans le ciel du Secteur 11.28, à l’est du massif lengélien et de la désolation de Lumière. Nous sommes au centre de la terre-plaque, ainsi l’horizon est doux et son feu ne frappe pas nos visages : nous avons même rétracté les vitres de l’embarcation dans le petit toit et la coque inférieure afin de nous ouvrir à ses caresses. Debout à l’arrière, Philandre manœuvre la godille de façon à suivre un filet de vent : nous dérivons avec le Sylvaer tandis que, sur le côté, l’essaim des alfars s’épanouit au centre d’un cratère antique.

« Escadron Alfar, crache la radio, en formation patrouille. Alfar 4, corrigez votre approche, vous vous écartez. »

Je suis accoudé à la rambarde, assis de côté sur le canapé de bordure. La vue sur le paysage est imprenable et j’observe à loisir l’évolution des aéronefs entre les monts édentés. Il fait plus froid que dans le Secteur 5.4, à tel point que des zones blanches paressent dans les plus hauts creux de la roche – heureusement, la température à notre altitude est tout à fait clémente. Seul vient troubler ma contemplation, au bout de quelques renaissances, un soupir de papier : Thalie, isolée dans son auréole solaire sur le double fauteuil central, extirpe déjà de son sac le cahier du père Lupart et l’ouvre sur ses genoux croisés.

« Vous ne voulez pas profiter de la scène ? »

Elle relève la tête dans une moue gênée – prise sur le fait.

« J’aimerais profiter du moment pour continuer à travailler. »

Elle s’arrête là, se mord les lèvres. Je devine le reproche qu’elle s’évertue à contenir, aussi décidé-je de l’aider, pour une fois :

« Moi aussi. J’ai l’intention de me faire une idée des capacités réelles de tout l’équipage.

— La dernière intervention des alfars ne vous a pas suffi ?

— J’étais concentré sur autre chose. Les ressources du Sylvaer sont uniques en leur genre et je veux les comprendre. »

Elle perd ses prunelles au-dehors avant de les ramener sur le livre. Une hésitation, puis elle le referme, le range, décroise les jambes et appose ses mains sur son siège.

« D’accord, expliquez-moi. »

Je lui fais signe d’approcher. Elle se lève pour s’assoir dans mon dos. Une brise subite soulève la pointe de ses mèches entêtantes jusqu’à les faire effleurer ma joue. Je pointe un doigt à l’extérieur de la chaloupe :

« Regardez ces appareils. Je ne les connais que très peu, car j’ai passé la plupart de mon temps de service pour Arkon à l’extérieur, ou dans les quartiers réservés aux soldats. Pourtant, ils n’ont rien en commun avec les chasseurs de l’Obscurie. Vous savez pourquoi ?

— Je dois avouer que non.

— Escadron Alfar, verrouillez la congère en forme de crochet au nord-est ; séparation en parité pour une neutralisation en vingt secondes chrono. Les pairs attaquent, les impairs contournent les sommets nord pour interception. À mon signal… »

J’utilise la télécommande pour baisser le volume – Saren m’énerve moins quand il prend un ton professionnel, mais j’ai besoin de toute l’attention de ma partenaire.

« Si vous souhaitez apprendre quelques termes : ils utilisent actuellement la navigation par erreur systématique, à une échelle très réduite. Les chasseurs numéro impair vont voler à l’estime en fonction des reliefs qui les cachent de la congère, là-bas, pour la rejoindre ensuite – ici dans l’optique de prendre la cible par surprise. On leur donne l’indication des étapes à emprunter au lieu de fixer un cap droit : c’est ça, l’erreur systématique. Ce sont des indications simples qui permettent aux pilotes de connaître facilement la direction à prendre vers l’objectif en fonction d’un repère. Ce n’est pas le plus précis, mais c’est pratique en combat.

— Ils n’utilisent pas ça, dans la flotte de l’Obscurie ? »

Je lui laisse le temps d’observer la manœuvre. Les chasseurs pairs mettent les gaz et, à portée, lâchent une première salve avant de se retirer – afin d’éviter des tirs de défense, si la congère avait été dotée de canons. Derrière l’amas de neige, les alfars impairs déboulent de leur couvert de roche pour mitrailler à leur tour. Fauché à la base, le crochet de la congère explose et s’effondre lentement.

À voir le jeu des sourcils de Thalie, elle ne s’attendait pas à une frappe aussi fulgurante. Je reprends mes explications :

« La flotte de l’Obscurie compte sur son équipement plus que sur son personnel.

— Comment ça ? Son armée est très étendue.

— C’est un artifice. Les troupes sont nombreuses, certes, et ça lui permet de contrôler la majorité des territoires habités d’Ocrit. En revanche, si les officiers novarii bénéficient d’une formation d’élite, comme j’ai pu l’avoir, le reste des effectifs n’a pour vocation que de gonfler les chiffres. »

La damoiselle d’Ormen ouvre sa main droite au vent. Inconsciemment, elle a glissé la gauche entre ses cuisses.

« Vous ne pouvez tout de même pas prétendre que la domination de l’armée obscurienne n’est pas efficace.

— Ce n’est pas où je veux en venir. Seulement, c’est la quantité qui fait sa force. Ça se voit avec les faiblesses des Dracènes, même si la création des Hydres permet un renouvellement régulier des troupes. Et encore plus avec les unités aériennes.

— Ce ne sont pas les Dracènes qui s’en occupent ? s’étonne Thalie.

— Non. En tout cas, plus maintenant. Vous le savez, elles sont stériles depuis bien des millecycles ; la majeure partie des spécimens date même d’avant la colonisation d’Ocrit, à l’instar de notre cher Arkon. Et comme lui, elles subissent leur âge.

— Elles n’ont pas la capacité de diriger des unités de pilotage ?

— La tâche est trop complexe et demande des réflexes bien affûtés. »

Elle opine, le reflet de l’horizon le long de son nez.

« D’où les recrutements parmi les Novarii.

— Vous comprenez. L’Obscurie aura beau nous cracher dessus autant qu’elle veut, notre “espèce servile” lui sera toujours bien plus utile au combat que les Gargoules ou les Rhakyt… quant aux Keroubs, j’aimerais bien voir ça !

— Vous n’aimez pas beaucoup les Keroubs. »

Une bourrasque passe ses doigts dans ma crinière, je ferme les yeux et profite. Rapidement – trop – des souvenirs transforment cette étreinte en étau…

« Je n’ai vu qu’une fois l’inquisitrice Artaphernas, alors que j’étais tout juste capitaine. C’était lors d’une visite protocolaire au château de Béthanie – j’ignore encore quelle exception a justifié son déplacement dans ce qui reste, à côté du palais des Hauts-Serviteurs, une forteresse secondaire. Lors d’une manœuvre de démonstration, un cadet novarii s’est foulé la cheville et s’est vautré juste devant elle. C’était un accident, ça arrive, l’entraînement n’y était pour rien. Pourtant, elle en a jugé autrement et a préféré lâcher son… son putain de groc domestique sur lui.

— C’est horrible.

— Et le vicaire Neptis, vous savez ce qu’il fait ? »

Ma voix s’emballe, faut que je me calme…

« En dehors de ses fonctions politiques et religieuses ? J’ai ouï-dire qu’il nourrit une passion pour la science du vivant.

— On peut dire ça comme ça. Peut-être est-ce la fragilité de sa morphologie qui lui a donné la volonté “de modeler la chair et d’en expérimenter les rouages”, comme il dit. Pourtant, quel que soit le mystère que ce taré de Keroub cherche dans le sang et les entrailles, une chose est sûre, ça n’est pas le secret de l’âme… »

Même sans la voir, je perçois le frisson de Thalie derrière moi. Elle ramène les paumes et frotte ses bras tandis que son visage se perd dans le brasier du lointain. Je poursuis :

« Avant ma désertion, j’ai pu apercevoir son dernier projet. Une plante parasite, conçue pour piquer ses victimes afin d’y planter ses graines – cette saloperie devait même injecter du venin anesthésiant pour que la proie ne se doute de rien. Alors, les semences pourraient grandir dans le corps infecté jusqu’à le faire mourir, puis encore se nourrir de ses organes.

— C’est affreux…

— Et viral, puisque l’organisme devait déployer ses épines sous l’épiderme de la dépouille pour prendre à son piège quiconque s’aventurerait à la toucher… Ça vous laisse une idée des vicelards qui œuvrent dans les ombres de notre chère Obscurie. »

Un bouquet de chaleur éclot sur mon avant-bras : la main gauche de Thalie, à ma grande surprise. Je dresse mon menton par-dessus mon épaule.

« Restez dans la lumière, souffle-t-elle dans une pousse de sourire. Vous n’avez pas connu que les ténèbres dans votre vie. »

L’espace d’une seconde, le masque de Kosteth que portait ma mère se superpose au minois adouci qui me dévisage. J’étouffe le songe d’un rire – moins que ça, un simple souffle :

« On croirait entendre Antée. Ou Lua, même.

— Lua ?

— La petite Gargoule qui assiste le père Lupart, celle que vous avez pressée pour faciliter mon infiltration. Gentille, pour…

— “Pour une Gargoule” ? »

Je dois m’avouer vaincu :

« C’est ça.

— Vous voyez que la monstruosité n’est pas la seule facette cachée parmi les espèces dites de l’Obscurie. Vous le découvrez parmi les Gargoules, ne pourrait-il pas en être de même avec les Keroubs ? »

Un souvenir du Palais d’Anthémis me revient : Lavin, le pèlerin venu de Vigante, avec sa voix douce et sa générosité. Le fruit d’un quiproquo, certes, mais il avait été si prévenant. Quant à Ellis, à bord même du Sylvaer…

« Ouais… faut voir. »

Thalie répond du même amusement étouffé que le mien :

« Laissez le temps gommer la foi des esprits et ranimer celle des vivants.

— Vous êtes bien inspirée, ce matin, dites-moi. Et vous, avec votre parcours ? Vous devez bien en avoir, des démons à exorciser, non ? »

La chaleur se retire et enlace l’autre main. Le vent se tait, ses cheveux immobiles marquent la lourdeur qui s’abat soudain.

« Vous parliez des ressources du Sylvaer. En quoi nous seraient-elles un atout ? »

Sujet clôt pour le moment, donc.

« Quand nous sommes revenus de Lengel, commencé-je après une poignée de secondes, l’Escadron Alfar s’en est bien sorti dans l’urgence face aux aspics. Ces pilotes ont l’habitude de lutter contre plus fort qu’eux, contre de meilleurs équipements. Ils savent qu’ils n’auront pas de renforts. Pourtant, ils se sont jetés au cœur de la bataille sans hésiter, et cela a payé.

— Il y a eu des pertes, soulève Thalie prudemment.

— Oui, car les aspics sont puissants et robustes : à l’inverse des alfars, ils peuvent descendre facilement un adversaire pour peu qu’ils touchent au but. »

L’attention dérive en contrebas, attirée par les aéronefs en train de fondre sur des cibles distinctes : des arêtes de roche, quelques saillies de glaciers. Il leur faut bien une rafale soutenue, nourrie par plusieurs appareils, pour les détruire.

« Et les pilotes ? s’enquiert ma partenaire.

— Ceux de l’Obscurie sont plus faibles parce qu’ils manquent d’expérience. Ils servent d’escorte et de dissuasion. Il faut voir l’effet que provoque l’apparition d’un léviathan : les pilotes obscuriens restent les seuls maîtres du ciel. Pourtant, au sein de l’armée ils sont méprisés car ils ne sont que des Novarii sans grade. Nombreux sont ceux qui déchantent après avoir compris la tromperie des campagnes de recrutement trop flatteuses…

— Donc, selon vous, les pilotes de chasseurs obscuriens sont mauvais ?

— Pas tous, non. »

Je m’interromps. Il y avait bien cette cadette, Lita. Ses compétences auraient pu la mener très loin, probablement dans le commandement à l’instar de Cédalion, mais ce qu’elle voulait, c’était voler. Nous étions très proches d’elle, lui et moi, si bien que nous disputions sa présence par des moyens détournés : lui par de l’entraînement individuel, et moi… eh bien, disons qu’elle avait une sacrée descente, elle aussi.

Il m’arrive encore de regretter sa compagnie, mais c’est une pensée que je préfère garder pour moi, aussi je choisis de ne pas poursuivre mes explications[6]. Thalie prend le relai et m’initie aux divers éléments de la vie du Sylvaer. J’apprends les raisons de la présence du temple obscurien de Khadel : si l’autorité de l’Obscurie est rejetée, sa religion demeure comme une évidence même si elle ne connaît pas l’assiduité de Lengel, par exemple. Les Sylvariens fêtent d’ailleurs les Nuits du Messager. En réalité, je me borne à percevoir les combattants du vaisseau comme des brutes épaisses, mais la damoiselle d’Ormen s’évertue à me décrire l’esprit de camaraderie qui y règne – je la vois pourtant mal se mêler à eux. Elle finit par me parler des manières dont le Sylvaer se fournit en matière première – carburant, nourriture, tout ce qui peut être trouvé chez des revendeurs peu scrupuleux – avant de me glisser que certains « tuyaux », pour localiser les reliques que j’étais chargé d’exhumer, leur arrivaient par ce biais.

« Vraiment ? Qui leur fournissait l’information ?

— Je l’ignore, Abriel.

— Vous devez bien avoir une idée de la manière dont elle leur parvenait ?

— Je suis navrée. »

À sa voix, je devine qu’elle aurait vraiment voulu m’aider. Je me retourne. Son attention effleure distraitement les ailes des alfars en train de regagner le vaisseau mère.

« C’est pas grave. Merci de m’avoir dit tout ça. »

Au-dessus de son épaule, je vois Philandre jouer de la godille : nous rentrons à bord. Alors que l’ombre du hangar nous drape, Thalie se lève. J’en fais de même, alors qu’elle reste debout devant moi.

« Théadrine nous prépare un dîner à la Frondaison, ce soir. Voudriez-vous vous joindre à nous ? »

Je dévoile toutes mes dents pour lui répondre :

« Avec grand plaisir. »

Philandre arrive à notre niveau alors qu’elle volte. Son œil accroche la chaîne d’or et d’argent au cou de la damoiselle d’Ormen, et tique. Je n’ai même pas le temps de le foudroyer pour lui intimer le silence : il se contente d’une petite moue avant d’extirper son carnet et d’expédier l’affaire par un simple griffonnage.

Au bas de la rampe, Thalie m’attend.

« L’Ouverture arrive à son terme. Je vous propose d’aller manger au Carré des chemins – Philandre, vous en êtes ?

— Avec plaisir, damoiselle d’Ormen », répond celui-ci après réflexion.

Je m’esclaffe à moitié :

« Le “Carré des chemins” ? C’est quoi ce nom ?

— La placette où nous nous sommes rencontrés tout à l’heure, répond Thalie. C’est un endroit populaire mais nous y serons à notre aise, je vous l’assure.

— Très bien. »

Elle amorce un demi-tour dans un élégant cyclone de cheveux blancs et de blouse indigo. Entre deux claquements de talons sur le plancher de métal, elle tapote le cuir de son sac.

« Ensuite, poursuit-elle, nous pourrons enfin nous lancer dans l’étude de ce fameux livre. »

Un frisson descend le long de ma colonne. Je me racle la gorge :

« À ce propos… j’avais prévu d’aller voir l’Hydre durant la Sacrificiale. »

Elle s’arrête net. Et, sans même se retourner :

« Vous n’êtes pas sérieux ?

— Bah… j’ai le sentiment qu’elle pourrait vraiment nous être utile, et je dois être là alors que sa conscience commence à émerger. »

L’effort que Thalie déploie pour contenir son exaspération est exemplaire : je pourrais presque voir à travers sa peau les muscles se raidir pour la forcer au silence. Je la rejoins, ose une main sur son avant-bras dans un geste d’apaisement.

« Je comprends votre empressement, mais je suis convaincu de son utilité à terme. Et puis nous pouvons tout aussi bien consulter ce cahier sur place, non ? »

Elle acquiesce lentement. J’abuse – j’ai raison, et elle le sait. Soudain, elle redresse le menton et amorce une marche vive.

« Dans ce cas, il nous faudra quelque chose pour masquer l’odeur de clapier : j’irai distraire Khadel pour que vous puissiez lui emprunter de l’encens et quelques coussins. Allons manger. »


***




[1] Ça fait un moment que je ne l’avais pas sortie du coffre de Vérin… [retour]


[2] Le bois est rare sur Ocrit, mais le sable est omniprésent : un feu au gaz solaire est hop, du verre en veux-tu en voilà ! [retour]


[3] Elle tenait le collier entre ses doigts, mais comme sa main m’est restée dans la mienne, j’ai cru qu’elle me la forçait. [retour]


[4] J’ai entendu Philandre utiliser le terme « Sylvarien », mais il a mis longtemps à s’ancrer dans ma cervelle étant donné que je voyais le personnel sous un angle tout militaire : les combattants, les navigateurs, les médecins, etc. Il s’agit tout de même de vrais gens, mieux vaut s’en souvenir.

Par contre, les gars, si je parle de « cul » c’est pas anodin : même si c’est relâche, gardez votre ceinture au moins quand vous vous asseyez – c’est pas super de vous voir de dos… [retour]


[5] J’avais raison ! Sur toute la ligne ! [retour]


[6] Ayant descendu plusieurs aspics depuis ma désertion, j’ai toujours espéré ne jamais l’avoir affrontée. Cependant, si cela avait été le cas, je n’aurais probablement pas pu en réchapper. [retour]


Commentaires

Ahahahah la rencontre avec la sylicate. Pauvre Abriel, il y mettait tellement d'espoirs...

Le reste du chapitre est cool, bien que calme. J'aime beaucoup l'ambiance du vaisseau (même si c'est une petite ville au final vu tout ce qu'il y a dedans). Ca change totalement de contexte, et ça donne une (fausse) sensation de sécurité, impossible à avoir lorsqu'on était à Lengel par exemple. Abriel est beaucoup plus détendu, il prend même le temps de conter fleurette le bougre.

Par contre, j'ai raté le moment ou ils sont ressortis du lac ? J'ai bien vu qu'Abriel demandait à la scientifique de les faire sortir, mais j'ai pas vu une mention expresse. Ca me perturbe un peu vu que les Alfars font leur entrainement dans le ciel du coup.
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dimanche 25 novembre à 16h15

Citation de @JulieNadal :
Par contre, j'ai raté le moment ou ils sont ressortis du lac ?



Arf, ouais, j'ai peut-être un peu expédié la chose, j'y retournerai plus tard [EDIT : c'est fait]
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dimanche 25 novembre à 17h13