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Julie Nadal

dimanche 5 août 2018

Prime de Fisc

Chapitre 7

Les odeurs de graisse industrielle et de métal chauffé qui émanaient de la gare lui indiquèrent qu’elle avait raté son train de peu. Tant pis. Ils passaient toutes les quinze minutes, et de toute façon, rien ne la pressait.

La jeune femme blonde descendit lentement les marches qui menaient à l’unique quai de la structure. En l’absence des étudiants, principale population du quartier, l’affluence était plus que limitée. Les élèves devaient, pour l’heure, agoniser dans leurs amphithéâtres.

La seule université du pays, cœur ambitieux du secteur, n’avait cessé de croître et de s’étendre depuis son implantation dans la carcasse de l’ancien complexe sidérurgique. Sorte de tumeur maligne dont les métastases colonisaient les commerces et les immeubles de bureau, elle prodiguait à ses séides de nouveaux nids où loger, acheter et s’amuser, afin qu’ils demeurent l’espèce dominante dans l’écosystème local. Cette course à la démographie avait pour principales conséquences la multiplication des distributeurs à malbouffe ainsi qu’une parfaite cyclicité dans la fréquentation de la gare.

Le quai était dépourvu de toute vie, à l’exception d’un homme en uniforme qui s’éclipsa à l’instant où la jeune femme s’avançait vers un banc. L’employé ferroviaire s’en retournait à ses occupations, quelles qu’elles fussent. Une question pertinente que celle-ci : que faisaient les travailleurs du rail lorsqu’ils ne se trouvaient pas sur les quais ? Possédaient-ils une seconde fonction quelconque ? Disparaissaient-ils dans un placard pour n’en ressortir qu’à l’annonce d’une nouvelle arrivée ? La voyageuse en prit note mentalement avec un sourire. Il fallait qu’elle demande à Ashe une fois rentrée.

Dans un geste rapide et précis, elle épousseta le siège avant de s’y installer. Les gares exerçaient sur elle une mystérieuse fascination : le temps s’y trouvait divisé d’une tout autre manière qu’à l’extérieur, rythmé par les appels et le passage des trains, déformé par les retards. Un flot d’anonymes s’y déversait en permanence, devenait partie intégrante de la nuée, avant de s’en détacher avec l’annonce d’un départ ou d’une arrivée. Alors, chaque créature s’en allait retrouver son individualité, mue par quelque but dissimulé dans une valise. Mais à cette heure, il n’y avait pas âme qui vive. Personne sur qui projeter ses fantasmes, aucune vie à deviner ou à planifier. Le parfum de l’acier chauffé se dissipait lentement dans l’habituel fond d’urine et de poubelle oubliée.

L’humeur de la jeune femme ne s’en trouva pas entachée. La flâneuse reporta son attention sur l’architecture de l’endroit. La gare dominait les voies, surélevée par de cyclopéens piliers de béton armé. Son corps plongeait le quai dans une pénombre rassurante et donnait l’impression aux voyageurs d’être installés dans une sorte de cocon, une chrysalide immaculée de laquelle allait, un jour, s’échapper une majestueuse et monstrueuse noctuelle. C’était en tout cas l’image qu’elle lui évoquait. La plupart des gens y voyaient surtout un colossal étron blanchi sorti de l’imagination stérile de quelque architecte moderne, et dont la seule fonction serait d’éblouir un maximum de personnes à un moment donné, tant au sens propre que figuré.

La musique guillerette d’un générique d’anime japonais vint interrompre les rêveries de la jeune femme. Elle saisit son téléphone rose orné d’un adorable petit poulpe et accepta l’appel sans regarder l’écran.

« Elena Altman vous écoute. »

Son visage s’illumina lorsqu’une voix lui répondit. Ses yeux verts semblaient attirés par le téléphone qu’elle avait porté à l’oreille, comme si elle tentait d’établir un contact visuel avec son interlocuteur. Une rafale de vent glacé s’engouffra dans les boyaux de la gare fit danser sa frange et emporta ses mots :

« Votre appel m’enchante. Je suis actuellement en chemin vers le lieu de résidence de monsieur Tappert. »

Un murmure indistinct s’éleva du portable. Ses lèvres s’étirèrent davantage.

« Une excellente journée à vous, très cher. »

Elle garda quelques instants l’appareil contre sa joue, comme si elle attendait que le silence ajoute quelque chose à la conversation. La non-réponse qui suivit la satisfit et le téléphone rose s’en trouva par conséquent rangé. Une bonne journée s’annonçait. Trop froide à son goût, mais une bonne journée quand même. Elle regretta de ne pas avoir apporté l’écharpe que lui avait offerte Ashe. Il savait se montrer si attentionné qu’elle l’en aurait croqué.

Quelques voyageurs en manteaux avaient commencé à prendre possession du quai : un couple âgé, muni de cannes assorties ; trois adolescents à l’air stupide, lestés de manuels neufs ; un homme d’un certain âge avec une mallette et un portable. Elle se demanda où chacun se rendait : probablement Luxembourg-Ville. Quelques années plus tôt, l’austérité du quartier poussait les gens à se déplacer jusqu’à la ville voisine afin d’y faire quelques commissions. Maintenant, tout ce qui manquait dans le secteur ne pouvait se trouver qu’à la capitale.

L’un des lycéens jeta à la curieuse femme blonde un regard empli de toute l’intelligence dont pouvait faire preuve une vache devant une pierre à sel. Elena, soucieuse de se conformer aux normes sociales, lissa son tailleur anthracite puis lui adressa un petit signe de la main. Les yeux bovins retournèrent immédiatement vers le reste du troupeau. Peut-être avait-elle quelque chose sur le visage ?

Le train suivant ne mit pas bien longtemps à entrer en gare. Aucune fanfare ne vint saluer son passage. Le crissement des freins sur les rails tenait lieu de signal d’arrivée, quand le claquement des portes annonçait celui du départ. Elena s’avança vers le wagon le plus proche pour y pénétrer. Première classe.

Un torrent d’exhalaisons organiques la frappa lorsque les parois de métal s’écartèrent : le parfum agressif d’une antique urine sur un siège ; les miasmes doucereux de la transpiration stratifiée dans les tissus ; la puanteur délicate d’un reste de sandwich fossilisé dans une poubelle ; quelques effluves d’une déjection canine finement tartinée ; un mélange de lubrifiants industriels, de mécanique et de détergent. Les empreintes olfactives des trains se ressemblaient toutes, seules les proportions variaient parfois. D’un coup d’œil, Elena constata qu’une unique chevelure foncée dépassait de l’un des sièges. Elle salua le voyageur anonyme avant de s’assoir près de la fenêtre, carte de transport en main. Son regard se perdit à l’extérieur, pour se promener entre les poutrelles d’acier et les grues qui colonisaient peu à peu la campagne environnante. Des années plus tôt, on pouvait voir des vaches paître depuis l’intérieur même de la gare. Maintenant, le spectacle principal consistait en une multitude de silhouettes orange vif s’attelant à la construction d’énièmes ruches métalliques.

Une voix synthétique luxembourgeoise annonça la prochaine destination, aussitôt suivie de son équivalente française. Le train démarra, sans égard pour le duo de jeunes gens essoufflés par la volée d’escaliers qu’ils venaient de dévaler en vain. Elena les regarda avec compassion tandis qu’ils disparaissaient dans un angle mort, puis retourna à sa contemplation du paysage en pleine mutation. Champs et bâtiments s’enchaînaient rapidement, parfois sans logique. Hauts-fourneaux désaffectés et entrepôts abandonnés côtoyaient avec sérénité pâturages équestres, maisons campagnardes, immeubles de verre et potagers. La plupart des arrêts étaient brefs et oubliables, situés dans de petites villes dortoirs dont Elena ne parvenait à retenir les noms. Et pourtant, aujourd’hui, c’était dans l’une de ces tanières qu’elle devait se rendre.

Sa destination arriva environ une demi-heure après qu’elle eut laissé la capitale derrière elle. Aucun trajet n’était très long dans un si petit pays – à part ceux en voiture. Ceux-là semblaient obéir à un référentiel spatio-temporel inédit, lequel se résumait en une simple équation : la durée d’un voyage est inversement proportionnelle à sa distance, multipliée par la volonté des passagers d’arriver à l’heure. Franchement, il aurait mieux valu se mettre à plancher là-dessus plutôt que de s’offusquer de quelques zombies. Qu’est-ce que ces pantins infestés avaient de si extraordinaire après tout ?

La question demeura sans réponse tandis qu’Elena Altman quittait le doux placenta du wagon pour la froideur cruelle de la gare. Elle rangea sa carte dans sa veste de tailleur bien trop fine pour une telle température, quelque peu déçue de ne pas avoir été contrôlée. La petite employée qu’elle avait aperçue ne s’était pas acquittée de sa tâche et avait préféré rejoindre la cabine sans la gratifier d’un second regard. Dommage.

Des maisons dortoirs s’aggloméraient autour de quelques supérettes en une pâle imitation de ville. Les nids étaient construits sur un modèle semblable dont les spécifications incluaient l’usage de couleurs criardes pour les façades et un culte aux poubelles de tri. Une telle uniformisation n’avait en soi rien de surprenant : les gens voulaient, peu ou prou, tous la même chose. Du vert à leur fenêtre, des stationnements dédiés à leur véhicule uniquement et des voisins absents.

Elena se mit en route, ignorant les spasmes de froid qui secouaient sa chair. Elle fut accueillie par l’illumination désordonnée des lampadaires, tandis qu’elle progressait dans la ville renaissante. Les rues se gorgeaient de voitures pressées, de badauds grisonnants et d’odeurs alléchantes échappées à quelque casserole. Le calme de la journée s’effaçait avec la lumière, l’obscurité ravivait les habitants des lieux.

La nuit s’était fermement installée lorsqu’Elena trouva enfin sa destination. La résidence de Tappert se situait à la sortie de la bourgade, dans une ruelle adjacente à la nationale. Entourée de hautes haies et d’une barrière en fer forgé, la maison offrait à son propriétaire toute la discrétion dont il pouvait rêver. Le portail était éclairé par deux loupiottes justes assez puissantes pour mettre en valeur le panneau « Attention au chien » qui lui servait de décoration. Un digicode équipé d’une veilleuse bleutée et une boite aux lettres au nom de Helmut Tappert l’encadraient.

Elena s’arrêta face à l’obstacle de métal et balaya l’entrée d’un regard avant de se fixer sur l’avertissement. Ses yeux se mirent à pétiller de malice tandis que sa bouche se fendait d’un sourire carnassier.

Oh, monsieur Tappert, vous êtes un vilain menteur !

Un ricanement narquois s’arracha de ses cordes vocales. Quelques gouttes de sang perlèrent à la commissure de ses lèvres. La brise glacée ne portait guère que l’odeur de l’humidité.

Elena s’approcha du clavier à neuf chiffres relié au portail, jusqu’à ce que son nez n’en soit qu’à quelques millimètres. Sa langue gouta les touches : la saveur de la peau, de la sueur et de la crasse se mêlèrent à sa salive et remontèrent jusqu’à sa gorge.

Satisfaite, elle se lécha le bout des lèvres et recula. Quelques essais plus tard, l’écran lui annonçait fièrement qu’elle avait entré le bon code et qu’elle était la bienvenue. Elle poussa délicatement le portail, les yeux rivés sur les fenêtres de la maison – éteintes pour la plupart, à l’exception de celles de la façade droite. D’épais rideaux bloquaient les regards indiscrets. Aucun molosse ne débarqua des fourrés pour lui arracher les mollets.

La jeune femme se glissa le long du mur plongé dans l’obscurité pour contourner la maison. Généralement, la porte de derrière était la plus facile à forcer. Il arrivait même très fréquemment qu’elle ne soit pas verrouillée, par oubli ou par habitude. Elena tenta délicatement la poignée jusqu’à ce que celle-ci bloque. Pas de chance.

Frustrée par la rigueur de Tappert, elle caressa la porte de ses mains trop lisses, dépourvues de toute imperfection humaine, puis inspira. La manche gauche de son tailleur pulsa et grouilla, secouée de spasmes de son épaule jusqu’à son poignet. Un vif tentacule de chair glissa le long de ses doigts en les chatouillant, suintant d’un liquide huileux et nauséabond. Elena adressa un regard satisfait à l’appendice tandis qu’il inspectait l’obstacle. L’immonde ver se tortilla quelques instants avant de se contracter et d’expulser une sécrétion visqueuse brunâtre. Le battant commença à fumer et à se liquéfier au premier contact du suc. En quelques secondes, un trou de plusieurs centimètres donnait accès à l’antre de Tappert. La vrille écarlate s’insinua dans l’orifice nouvellement créé et serpenta le long de la paroi en quête des verrous. Deux claquements. Le sourire se changea en un abominable rictus lorsque la porte s’ouvrit.

L’organe visqueux se rétracta. Quelques gouttes oubliées de son acide purulent firent geindre les plaques de granit du seuil. Elena jubilait. La pénétration du territoire de la proie était l’apogée du plaisir qu’elle tirait de ce genre de chasses. Les victimes ne se doutaient de rien. Dormaient, lisaient, jouaient… Bien rares étaient celles qui s’étaient un jour préparées à une telle éventualité. Comment auraient-elles pu ? L’entièreté de leur société leur hurlait de se pacifier, de ranger leurs crocs et de se contenter d’appeler à l’aide. Les quelques obstinés qui tentaient de résister à ce dictat se voyaient jeter l’opprobre. Elena avait décidément bien du mal à les comprendre ; elle appréciait cependant qu’on lui facilitât ainsi le travail.

La porte arrière donnait sur une buanderie sombre. Le sol carrelé s’étirait comme une alarme naturelle. La jeune femme enleva ses escarpins et les rangea consciencieusement contre la machine à laver. Elle aurait tout son temps pour revenir les chercher plus tard. Des effluves de transpirations vieilles et nouvelles s’insinuaient sous le seuil. L’homme ne se terrait pas très loin.

Elena s’avança dans la maison avec prudence. Face à elle, un couloir sombre s’étirait jusqu’à l’entrée, percé d’un rai de lumière issu d’une pièce latérale. La chasseresse se tapit contre le mur. La bande-son d’une série télévisée quelconque lui parvint. Des ombres dansaient sur la paroi à sa droite.

Un instinct stoppa la femme devant l’encadrement. Une odeur écœurante. Son rictus s’en déforma encore davantage, ravagea le simulacre de visage.

Oh, monsieur Tappert. Vous êtes plus qu’un menteur. Vous êtes une vermine. Un immonde cafard, le rejeton purulent d’une race vouée à l’extermination. Une orgueilleuse sangsue collée à la fesse de l’humanité et ayant pour seule vertu une insolente résilience.

Elena se redressa, toute tension disparue. Cette triste créature ne la méritait pas. C’est avec une nonchalance effrontée que la jeune femme pénétra dans le salon. La télévision crachait sa lumière bariolée vers un fauteuil en cuir.

« Bonsoir, monsieur Tappert. »

La voix exsudait le mépris. L’homme, à peine vêtu, glapit en bondissant hors de son fauteuil. Une plainte s’échappa de sa gorge, coupée net par un hoquet de terreur. L’intruse au visage lacéré se liquéfiait face à lui. Les doigts se brisaient en une multitude de vrilles de chair et d’os. La poitrine vomissait ses organes en une masse informe et ichoreuse, pulsait au rythme d’un cœur discordant. Le tailleur disparaissait sous un agglomérat de crocs acérés et de gueules béantes desquelles s’échappait un gargouillis narquois :

« Monsieur Bollmann vous salue. »

Tappert retrouva l’usage de son corps juste assez longtemps pour trébucher sur sa table basse. Le bruit de verre brisé fut interrompu par un hurlement de frayeur déchirant, bientôt suivi de jappements de douleur lorsque les tessons déchiquetèrent ses bras nus. La monstrueuse masse grouillante se jeta sur lui pour mettre fin à l’inanité de sa lutte. Un tentacule effilé transperça la gorge avant qu’elle ne puisse de nouveau brailler. Un second s’enfila dans son torse et lui ravagea le sternum. Le vampire ne vécut pas assez longtemps pour sentir ses os craquer et ses viscères éclater.

Lorsque l’abomination en eut fini avec Tappert, il ne restait guère plus qu’un tas de textiles et de tissus mêlés. Le sang avait aspergé la télévision et recouvrait une publicité pour des yaourts bio.

Elena Altman s’agenouilla et farfouilla dans les lambeaux de sa veste. Une main humaine en sortit le téléphone rose, l’ouvrit, et commença à taper :

«  Je rentrerai bientôt à la maison, très cher. Pourriez-vous me préparer un dîner et un bain ? Le festin se trouvait être avarié et je crains d’avoir encore taché mes vêtements. Je vous adore.  »

Elle porta son attention sur la charogne de Tappert. Le crâne broyé reposait nonchalamment contre le sofa et laissait apparaître deux paires de longues canines. Elle envoya un autre message :

«  Oh, et avant que je n’oublie, mon hôte pour la soirée était un vampire. Il semble que madame Panczak ait omis de m’informer de cet insignifiant détail lors de notre dernière réunion. Je ne la pensais pas si distraite. Peut-être devrais-je lui signaler ma déception à ce propos durant notre prochaine entrevue… »

La jeune femme étira son corps fraîchement reformé. D’une main sanglante, elle s’essuya les lèvres, avant de jeter un regard dédaigneux à la pièce. Les sangsues avaient un goût immonde, hors de question qu’elle en avale la moindre bouchée. Son employeuse se débrouillerait pour faire le ménage elle-même.

Les effluves de l’hémoglobine et de la bile emplissaient l’air. Le salon, d’une banalité affligeante, trahissait la pitoyable similarité des goûts des vampires avec ceux de leur soi-disant bétail. Elena éteignit la télévision alors qu’un héros blond lançait une tirade éculée sur le pouvoir de l’amitié et se dirigea vers le couloir.

La faim et la frustration vrillaient ses entrailles. Elle aimait jeûner avant ce genre d’escapades, sachant qu’un délicieux festin l’attendait à la fin. Cette ordure de Tappert venait de tout gâcher. Cependant, peut-être gardait-il quelques apéritifs dissimulés dans un placard. Même une poche de sang serait une agréable douceur après cette journée passée dans le froid. Elena rejoignit la cuisine, suivie d’une portée d’empreintes écarlates.

L’endroit brillait et puait le stérile. Personne n’avait utilisé les lieux comme autre chose qu’un garde-manger depuis un très long moment. Elena ouvrit le frigo. Comme prévu, il contenait plusieurs poches médicales remplies de sang frais : animal pour la plupart, mais l’une d’entre elles était différente, la seule à avoir été entamée. Elle avait probablement été volée à un hôpital et achetée sur le marché noir. Peut-être même venait-elle de coûter la vie à la sangsue. Elena subtilisa l’une des boissons légales et referma la porte. Elle arracha un des coins en plastique et porta le liquide à sa bouche. La saveur était vieillie, terne. Du sang caillé, gardé pour faire bonne impression en cas d’urgence. Le sac à peine touché termina dans l’évier.

Tappert devait avoir une réserve ailleurs.

Son nez la guida jusqu’à la buanderie. Face à la machine à laver, un congélateur ronronnait paisiblement. Elle l’ouvrit en affichant un air satisfait.

Son expression ne changea pas lorsqu’elle comprit quel était le repas favori de Tappert. La carcasse équarrie d’un enfant humain trônait sur une pile de sacs soigneusement étiquetés. Elle attendait qu’on l’emballe à son tour pour rejoindre ses petits camarades. Nulle trace de la tête. Elena referma la porte de sa main libre et ouvrit son téléphone de l’autre.

«  En fait, je pense que vous devriez venir chez mon hôte, très cher. J’y ai découvert une surprise qui devrait passionner madame Panczak et ses collègues. Faites bonne route !  »

Elle posa son regard sur le poulpe dessiné sur la coque de l’appareil, une expression adoucie sur le visage. Cela faisait tellement longtemps qu’elle n’avait pas eu de rendez-vous galant avec son cher et tendre !

Commentaires

... ok c'est absolument génial ! Elena est super intrigante, on passe d'un bout de femme gentil comme tout à une espèce de psychopathe lovecraftienne dès qu'elle se lance dans une chasse !
J'aime beaucoup la façon dont sont utilisées les odeurs, ça donne une dimension supplémentaire non négligeable à la narration. Plein de nouveaux personnages se profilent, hâte de les découvrir...
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dimanche 5 août à 14h40
Nous sommes heureux (oui vu que c'est le premier chapitre écrit pleinement par mon co-auteur, je parle à la première personne du pluriel) qu'Elena t'ait plu. Avec ses... spécificités, elle peut en rebuter certains.
Avec un personnage qui se fie tellement à son odorat, c'est en effet nécessaire d'appuyer dessus, c'est cool que ça ressorte bien !
Et les nouveaux personnages arrivent... ou sont déjà arrivés ! :D
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dimanche 5 août à 15h09
Je suis bien d'accord avec @ChimenePeucelle !
Je rajouterai en plus que Benjamin écrit vraiment bien, et que ce chapitre apporte son lot d'intrigues que je ne soupçonnais et qui devraient changer toute la donne. Et bravo pour toute la personnalité insufflée à Elena ^^
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dimanche 5 août à 19h25
Yeah, merci pour ce super retour !
On commence à mettre en place la trame qui avait été délaissée au profit de la présentation de l'univers dans les précédents chapitres, donc les intrigues arrivent petit à petit. Nous espérons qu'elles continueront à te plaire :D
Elena <3
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dimanche 5 août à 19h42
"Sa destination arriva environ une demi-heure après qu’elle eut laissé la capitale derrière elle." > Le fait que la "destination arrive" m'a énormément perturbé je dois l'avouer :')

Bon, AGAIN je me suis bieeeen régalée ! C'était beaucoup trop bien, ça commence tout chou et tranquillou ça plonge dans les abysses de l'horreur, c'est uuultra top !

Une seule remarque peut être : le dévoilement de ce qu'il y a dans le congélateur aurait pu mériter, d'après moi, un poil plus de... Teasing ? C'est déclamé d'une façon très... Factuelle, alors que le reste du chapitre porte, pour le coup, beaucoup sur le feeling/les sens/le ressenti, je pense qu'il y a moyen de rendre ça encore plus sombre et dérangeant ! Mais à part ce détail, j'ai vraiment beaucoup aimé les descriptions et la façon dont chaque chose est amenée !

En attente de la suite eheh
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dimanche 5 août à 20h26
Je vais voir quoi faire pour la destination dans ce cas, c'est vrai que ça pourrait être mieux tourné.

Yeah, cool que ça t'ait plu !

La découverte est justement assez froide parce qu'Elena n'a pas de réaction particulière face à ça, ça ne la perturbe pas outre mesure, c'est juste une donnée qu'elle doit traiter. On reprendra peut être un peu cette fin sur une relecture ultérieure pour ajouter un peu plus de teasing, mais le côté abrupt est voulu. Merci pour ton commentaire en tout cas, on va regarder ça !
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dimanche 5 août à 21h07
Alors là j'ai adoré. Elena a l'air toute douce ; une femme raffinée mais douce, calme et gentille. Alors qu'en période de chasse, elle est carrément psychopathe (ce que j'adore en fait). J'ai beaucoup aimé les détails lors de cette chasse, justement ; c'était très intéressant à suivre.
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dimanche 19 août à 13h17
Merci Ama ! Ben et moi sommes ravis qu'Elena t'ait plu ! On n'était pas sûr de l'accueil qu'elle allait recevoir, mais vu tous les commentaires, je crois qu'on peut être rassurés :D
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dimanche 16 septembre à 12h17
Totalement !! Bravo à tous les deux !
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lundi 1 octobre à 19h04
Ah lala... Je me suis vraiment régalée ! Ce chapitre... Ce chapitre ! Absolument génial !!
Ça fait une coupure avec le début de l'histoire, ça lui donne du rythme et une nouvelle fraîcheur (déjà que !) ! On sent que, ça y est, les choses sérieuses vont commencer.
Le personnage d'Elena est absolument envoûtant ! On rencontre un petit bout de femme aux airs tout doux, tout gentils, transpirant l'innocence et on aurait presque peur qu'elle se fasse croquer... Mais quelle surprise ! Sa métamorphose est décrite de manière si naturelle, c'en est perturbant et génial à la fois !
Quelques petits indices ça et là pour montrer que ce n'est pas une femme comme une autre (l'accent donné sur les odeurs est vraiment top) mais on ne s'attend pas à autant ! C'est époustouflant !
Un monde semble la séparer de Iuliana, mais quelque chose me dit qu'elle se sont pourtant rencontrées... De loin du moins... Peut-être même par l'intermédiaire d'Ashe, si attentionné...
On découvre une nouvelle dimension de votre histoire et on en sort avec plein de questions ! Vraiment topissime !
Pour ce qui est du style... J'adore ! On se sent vraiment à la place d'Elena ! J'adore !
Je serais bien curieuse de voir une représentation visuelle d'Elena... Derrière son maquillage humain, je veux dire...
Bravo en tous cas ! Il me tarde déjà de retrouver ce personnage !
Et de la voir confrontée à Iuliana et son caractère... ;P
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samedi 1 septembre à 19h05
Yeah, quel commentaire élogieux ! C'est Benjamin, le second auteur de Prime de Fisc qui a écrit ce chapitre, et je suis ravie qu'il ait fait aussi forte sensation !
Pour la représentation visuelle, j'en ai reçu une il y a peu, je vais l'ajouter au site d'ici quelques jours, donc ton voeu sera exaucé.

Pour la rencontre par l'intermédiaire d'Ashe... Je crois que tu tiens une piste, mais je n'en dis pas plus :D
Et pour la rencontre avec Iuliana... Ca viendra, ça viendra. Que Dieu nous garde !
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dimanche 16 septembre à 12h20
Ah ça ! Pour faire sensation ! Toutes mes félicitations à lui ^^
Ah lala... Vous me mettez l'eau à la bouche ! D:
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jeudi 20 septembre à 11h30
Personnage très très intriguant ! Elena est franchement flippante, en fait le chapitre entier est légèrement (oui, ça pourrait être pire) gore. XD
Elle est toute douce au début puis terrifiante ensuite. N'empêche que je me suis demandée ce qu'elle était. J'aime beaucoup les descriptions des odeurs ! Ca apporte encore plus de réels. Qui déjà passe par la description de l'université et de la gare. C'était très intéressant d'avoir les impressions d'Elena là dessus.
Fin de chapitre dégueu et franchement, ça donne envie de la suite ! (quand Elena dit "croqué" Ashe, on se demande ce qu'elle veut vraiment faire XD)
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lundi 24 septembre à 17h46
Ben était content de voir que son chapitre a fait son petit effet et qu'il était "légèrement gore". Il tâchera de virer l'adverbe la prochaine fois :D

Merci pour tous les autres compliments. Quant à ce qu'Elena entend par "croqué"... nous vous laissons le plaisir d'imaginer. J'ai pas signé pour écrire leur intimité moi :D
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mardi 2 octobre à 13h25