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Karole Schifferling

samedi 13 juin 2020

La Mécanique du Temps – Tome 1 : Promesse

Épilogue

— Posez ça là.

Teresa Castelli fusille les néons du regard. Dans son laboratoire, l’éclairage a toujours laissé à désirer. Un homme la contourne tandis que, plantée sous un luminaire défectueux, elle croise lentement les bras.

Malgré soixante années de vie dont une quinzaine à la tête de ces lieux, elle n’a jamais vu ses locaux aussi délabrés. Elle ne descend que rarement au troisième sous-sol. Les contrôles d’accès très restrictifs, les portiques et les gardes neutralisent les vagabondages, et diriger l’établissement ne dispense pas de respecter la tranquillité de l’équipe œuvrant au plus profond de ses entrailles. De plus, tant qu’aucune avancée ne se profile, Teresa préfère ne pas croiser le visage dépité de ses membres.

Songeuse, elle frotte son menton. Ses joues remuent, et elles tremblotent encore après que la femme a rangé ses mains ridées dans son dos.

Le service de nettoyage astique le sol, débarrasse les effets personnels de l’ancien occupant, retire les photos qui ornent le bureau. Les dernières traces d’Antoine Necker s’agglutinent au fond d’un sac poubelle.

Soudain, un claquement de pas pressés résonne. Encore quelques foulées puis l’arrivant, de taille moyenne, les cheveux bruns et courts, apparaît sur le seuil. Il interrompt son élan en distinguant la directrice :

— Bonjour madame Castelli. Vous m’avez fait appeler ?

— Oui, Ian. Entrez, entrez.

Non sans réajuster sa veste, le trentenaire s’engage dans la pièce. Son attention se coince quelque part entre le personnel de nettoyage et les meubles vides, avant de se planter sur la main tendue de sa patronne. Il l’empoigne, et Castelli lui rend énergiquement son salut :

— Félicitations pour votre promotion.

— Merci.

— Je suis certaine que vous serez opérationnel au plus tôt.

En voyant la détermination luire dans les globes de son employé, elle permet à ses lèvres de s’étirer. Ensuite, elle approche du bureau :

— Nous avons laissé tel quel l’ordinateur de votre prédécesseur. J’imagine que son contenu vous sera utile. Sous peu, la totalité des documents aura été rapatriée ici.

— Je croyais que tout avait disparu lors de la dernière mission…

— Vous êtes donc crédule à ce point ?

Ses paupières se plissent à l’extrême :

— J’espère que vous allez gagner en clairvoyance. Vous êtes le dernier de la 3TAM, Ian. À vous de reprendre le flambeau.

— Madame, avec tout le respect que je vous dois, Beckett est inatteignable…

— Alors changez de tactique : étudiez les dossiers de ses sbires, trouvez des moyens de pression. Faites-les parler. Soyez persuasif.

Sa voix durcit :

— Vous savez ce dont Aloïs est capable. Vous voulez sa peau tout autant que moi.

— J’en rêve chaque nuit, crache-t-il.

La satisfaction de la directrice, au cœur d’un sourire, se dévoile. Deux femmes entrent alors dans le grand bureau, chacune encombrée de caisses de documents sous chemise. Elles posent leur chargement sur le parquet et entreprennent de le ranger sur les étagères en bois sombre.

— Dressez-moi la liste du matériel dont vous aurez besoin, reprend Castelli, et aussi des personnes que vous souhaitez intégrer à l’équipe. Je vous fais confiance. Vous avez carte blanche.

Elle abat un objet cylindrique sur la table et s’éloigne :

— Vous n’échouerez pas.

Ian la regarde partir. Le silence, seulement troublé par le bruit des piles de papiers qui embrassent les meubles, lui paraît lourd. Rapports, dossiers et tension s’entassent. Et il n’y a nulle fenêtre pour aérer les esprits.

Distraitement, il ramasse le tube étrange cédé par Castelli et le détaille sous tous ses angles, comme s’il n’en connaissait pas déjà le plus petit rouage. Comme s’il n’avait jamais altéré son mécanisme. Ian fouille dans son veston et, paré d’un sourire amer, rend au singulier outil une cartouche azurée. L’énième pièce du puzzle technologique s’engage en son cœur, et enclenche une mélodie qu’Antoine Necker ne méritait pas d’entendre.

Ian occlut ses paupières. Il n’a plus personne à surveiller. Plus personne à duper, ou à entraver ; les stupides méthodes de ses prédécesseurs les suivront dans l’oubli.

Il est temps pour lui d’imposer ses règles du jeu.



Loin de sa vue, dans les montagnes, un homme frôle la roche. Il quitte l’ombre des galeries minières pour traîner son corps rachitique dans la forêt.

Tout est calme. Paisible. Frais, le vent souffle sur son visage abîmé et s’immisce dans ses vêtements. Il tourbillonne jusque sur une gourde précieusement accrochée à une ceinture : son propriétaire, après l’avoir débouchonnée, remue le goulot au-dessus de sa bouche. Une seule goutte glisse sur sa langue. Il la laisse stagner, l’apprécie, et l’écrase contre son palais.

Las, l’ermite observe la vallée. Il cache ses mains tremblantes dans ses poches. Passe les alentours en revue.

Puis sa silhouette, voûtée, disparaît dans un éclat bleuté.

Commentaires

Mais QUOI ?
Cette fin cliffhanger là!
Mais c'est super intéressant, j'ai l'impression de regarder derrière un rideau et de découvrir que jusqu'ici j'ai vu que la moitié de l'histoire et qu'il y a énormément de choses derrière... Bon, bah plus qu'à attendre pour le tome 2 !
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samedi 13 juin à 12h03
Oh ! C'est génial, ton impression est on ne peut plus raccord avec ce que je voulais faire passer. Il y a beaucoup de choses inexpliquées dans ce tome qui trouveront leur réponse dans le prochain...
Je suis contente que ça t'ait plu.
Merci beaucoup pour ton soutien ♡
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samedi 13 juin à 12h29
Oooooh le petit suspense de fin, mais tu n'as aucune pitié ! C'est émouvant de lire ça, même si l'ambiance est plutôt à la vengeance <3
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samedi 13 juin à 13h31
Merci Chimène ♡
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samedi 13 juin à 15h14
Eh mais. Oh. C'est quoi ce bazar ? >.< Mais c'est terrible de faire ça juste à la fin, on attend la suite avec impatience après !
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dimanche 14 juin à 00h55
Désolée ha ha, mais... oui : nos personnages n'ont pas idée de tout le bazar qui s'est accumulé dans leur sillage, et qui risque de leur éclater à la figure. J'espère pouvoir vous partager la suite très bientôt :)
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dimanche 14 juin à 01h47
Bigre, mais comment démêler tout ça !!!

Félicitations, Karole, c'est une très belle clôture pour la première partie d'une histoire formidable :)
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dimanche 14 juin à 23h15
Avec le tome 2 ? Ha ha !

Merci beaucoup Julien, c'est en immense partie grâce à toi :)
 1
lundi 15 juin à 00h09
Oh, je... nczepfojqe$fjoqz$efqzefqefzqfgsegsertgseg56qergqsergsioqergjseg
 1
lundi 15 juin à 17h41