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Antoine Bombrun

dimanche 6 septembre 2015

Chroniques du vieux moulin - Tome 1 : Rupture

Chapitre dixième

Daogan n’aimait pas la ville. Les cités regorgeaient trop, pour lui, de gens, de bruits et de senteurs. Il préférait la campagne, avec ses grandes étendues vides et uniquement le vent avec qui causer. À la ville, dès que vous vouliez faire quelque chose, il se trouvait toujours quelqu’un pour se penser meilleur que vous et essayer de vous imposer ses idées. Alors s’engageaient d’infinies discussions, du genre que Daogan ne supportait pas et l’affaire finissait mal. Invariablement. Selon lui, la discipline devait régner dans tout lieu où la vie se faisait en commun. Il affectionnait l’armée, les ordres qui claquent et les lames qui cliquettent. Qu’il beugle les directives ou qu’il les subisse, au final peu importait. Le principal était de discipliner la foule des hommes.

Si Daogan n’aimait pas la ville, il tenait plus en horreur encore Landargues, la capitale de la Cannirnosk. Il haïssait ses rues pavées de blanc, ses avenues larges et son commerce florissant. Alors qu’il foulait les pavetons étincelants, le guerrier songeait avec mélancolie aux allées de terre d’un fort de bois ainsi qu’aux venelles poussiéreuses de Castel-de-pluie. Une fois les portes passées, Daogan abandonna ses deux compagnons dans une auberge. Riche établissement d’entrée de ville, la taverne ne ressemblait en rien à celle que fréquentait Daogan dans les Marches. Les larges fenêtres éclairaient une grande pièce rutilante chargée de tables briquées et de sièges confortables. De loin en loin, d’épais piliers soutenaient un plafond haut, duquel pendaient nombre de lanternons. Les trois cavaliers laissèrent leurs montures aux écuries, puis se séparèrent. Pendant que le chef de guerre s’enfonçait dans la cité, les deux soldats s’attablèrent en soupirant d’aise. Quoi de mieux pour se remettre d’une chevauchée qu’une respectable auberge, du cidre, de la bière bien brune et du bon vin ? En quelques cris, les deux hommes obtinrent de quoi s’humecter le gosier.

Daogan enfila les rues le plus rapidement possible. Il contournait les multitudes, prenait les venelles désertes et fonçait tête baissée s’il croisait un attroupement. En quelques minutes, il eut traversé les faubourgs et abordait le vieux centre. Une bordée de jurons lui échappa lorsqu’il découvrit l’état de la place du palais Souverain. Au lieu de la quiétude gardée à laquelle il s’attendait, il tomba sur une agitation formidable, tout en braillements et en bousculades.

« Foutrecouille, le marché ! Quel grippeminaud je fais ! »

Il voulut éviter la grande place, mais, emporté par sa vitesse, il y plongea comme un caillou dans l’eau. Affolé, il chercha à faire demi-tour, mais il était pratiquement impossible de rebrousser le flot incessant qui se mouvait autour de lui. Pour finir, la masse se referma sur lui, l’écrasa comme une marée implacable qui charrie troncs et navires. La traversée lui parut durer des heures. Les jacasseries continuelles lui tournaient le cerveau, les odeurs lui plissaient le mufle, et les bonimenteurs le mettaient en rage.

Le marché s’organisait comme une cité. Chaque coin vantait sa spécialité. On trouvait un secteur agricole, un deuxième artisanal, un troisième artistique. Chaque zone se découpait en quartiers. Daogan traversa ainsi le quartier des tanneurs, celui des éleveurs et celui des paysans. Les présentoirs s’emmêlaient, s’entortillaient les uns autour des autres. Chaque allée, provisoire et unique, pouvait mener dans un quartier différent comme se retourner sur elle-même. Chaque crochet mettait Daogan hors de lui. Il mâchonnait des insultes, les dents fermement serrées pour ne pas les laisser filer. Le pommeau de son épée se prenait sans cesse dans des pans de tissus ou des étals trop remplis. Plusieurs fois, il manqua de renverser des tables ou des écrans en tirant brutalement afin d’avancer plus vite, lorsqu’il coupait au travers pour ne pas subir de détour.

Le présentoir d’un groupe de mercenaires, qui exposait des muscles bardés de fer, fut le seul à trouver grâce aux yeux du chef de guerre. Il admira les étrangers, reluqua leurs armes, scruta leurs cuirasses décorées et leurs cheveux peints. Il continuait sa route sans regarder devant lui et culbuta une paire de gamins. L’un des gosses se mit à pleurer. Son père, richement vêtu et la moustache fine, voulut intervenir. Daogan l’immobilisa d’une œillade, mirettes injectées, groin de travers. Le bourgeois s’enfuit sans demander son reste.

En bordure de la place, Daogan longea l’enseigne du grand marchand Octavin, le commerçant le plus fortuné de la capitale. La foule s’y massait, plus dense encore qu’ailleurs. Le boutiquier agitait sa bedaine comme une machine de guerre. Pendant qu’il percutait de la panse les impertinents qui n’achetaient rien, ses yeux voraces épiaient le client potentiel.

Daogan traçait, la patte griffant le pommeau de sa lame. Les gens s’écartaient à la vue de son faciès. On murmurait sur son passage, les enfants le montraient du doigt. Derrière lui, les femmes plissaient le nez. Sa démarche souple de cavalier répandait un relent bestial de sueur et de terre.

Un groupe de badauds, trop occupé à flâner, ne vit pas le danger et se fourra dans la gueule du loup. L’un des gars commit la maladresse de marcher sur le pied du guerrier. Sans s’arrêter, Daogan le renversa en dégageant sa botte et l’envoya valdinguer sur les pavés. Il préféra ne pas se retourner, la main crispée sur son épée, et continua sa route.

Enfin, alors que la colère lui brûlait la gorge, il aperçut par-dessus une devanture le portail de bronze ouvragé du palais. Quelques pas ainsi qu’une grimace agrémentée de mots doux plus tard, Daogan quittait la lise humaine.

* * *

Les gardes en faction durent remarquer son air furieux ainsi que les sursauts incontrôlables qui agitaient son visage, car ils ne l’arrêtèrent que le temps que leur guerrier présente le pendentif qu’il tenait de son père et qui signait son appartenance à la famille Groëe. Daogan s’en félicita : c’est qu’il devait avoir l’apparence féroce. Au moins, les choses ne traîneront pas en longueur. Plus vite ce sera fait, plus vite je quitterai cette putain de cité !

Avant d’arriver à l’intendance, Daogan se força à desserrer les mâchoires. Il souffla lentement pour se calmer, prenant de longues inspirations. La rage peut être utile, mais je n’ai pas pour ambition de me faire jeter par le Souverain… Une fois rasséréné, le guerrier entra et présenta le pli qui le mandait au palais. Le garde le parcourut du regard, puis envoya un page s’enquérir des libertés du Seigneur Souverain. Celui-ci revint promptement et Daogan put le suivre.

« Vous tombez bien, lui dit l’enfant, car les jours du grand marché le Souverain est plus disponible. Le peuple est occupé à commercer et les audiences sont rares… »

Daogan ne répondit pas ; il ne voulait plus entendre parler de ce foutu marché. Il lui faudrait trouver un itinéraire différent pour le retour, ou bien il le transformerait en une place sanglante. Le page s’arrêta devant la porte. Daogan regardait les alentours avec effarement. Il n’avait jamais vu un tel étalage de richesse. Pourtant, son père aimait les belles choses. Il disait que c’était à son mobilier qu’on reconnaissait un grand homme. Mais une telle ostentation de luxe, jamais ! Des lanternes d’argent, des fauteuils drapés de soie, des moulures et des dorures à perte de vue.

Le garçon toqua à trois reprises, puis ouvrit l’huis. L’épaisse porte pivota avec majesté, dévoilant une pièce tout en longueur. En comparaison avec le couloir, la salle de commandement revêtait une sobriété extrême. Un immense pavé blanc, trop blafard au goût de Daogan, mais d’une décoration convenable. Simplicité, efficacité. Avec cette ribambelle de gardes contre les murs, je me sentirais presque comme chez moi !

Le guerrier s’avança vers le trône de bois sombre. Le Seigneur Souverain, un gamin grand et maigre, était flanqué de deux prêtres.

Daogan s’enquit, visiblement étonné :

« Gris a bouffé les pissenlits par la racine ? »

Personne ne lui répondit, les trois hommes se contentaient de faire les yeux ronds.

« Benh alors, dites-moi… »

Vert réagit le premier. Il claqua du soulier au sol et clama :

« Euphème Groëe ! Vous ne devez pas dépasser la démarcation ! Veuillez reculer et saluer comme il se doit ! »

Tout autour, les cerbères avaient empoigné leurs épées et s’avançaient déjà de quelques pas.

Rouge, un sourire aux lèvres, se contenta d’ajouter :

« Ah, ces hommes des Marches, alors…

— Merde, laissa échapper Daogan. »

Il recula vivement et se plaça derrière la ligne sombre, où il mit genou à terre. La soldatesque rengaina et reprit sa position. Après quelques secondes de silence, Vert grommela :

« Gris n’est pas mort, non. Simplement il n’est pas au meilleur de sa forme ; l’âge le rattrape. Le jour du marché est celui de son repos. »

Daogan hocha la tête en beuglant intérieurement : non mais qu’est-ce qu’ils ont tous avec ce foutu marché ! Ils ne peuvent pas arrêter d’en causer, ces cons ?! Néanmoins, cela lui rappelait bien quelque anecdote. On racontait dans les septentrions que le Sacerdoce gris était en fin de course. Que, dans son ordre, la bataille était rude pour savoir qui allait lui succéder. On parlait même d’empoignades occasionnelles, quand la santé du vénérable chutait brutalement. Puis, on se réconciliait dans les larmes avec sa guérison. Le plus drôle, c’était que ce cancan circulait depuis l’arrivée de Daogan dans les Marches, soit depuis plus de douze ans. Or, l’affaire demeurait toujours la même et le vieux Gris restait vivant !

Vert reprit :

« Euphème Groëe, vous arrivez en temps et en heure. Avez-vous quelque chose à dire pour votre défense ? »

Daogan releva la tête, l’air ahuri, et dépeça Vert du regard.

« Pardon ? Qu’est-ce que c’est que ces conneries ? Ma défense ? »

Vert s’empourpra devant l’emportement du guerrier et Rouge intervint :

« Un peu de politesse, je vous en prie. Vous savez à qui vous faites face tout de même ! »

Daogan tourna les yeux vers le Sacerdoce écarlate, puis lorgna le Seigneur Souverain. Le jeune de Pal se tenait droit sur son trône et ne daignait pas même lui accorder un regard.

Rouge insista :

« Alors, messire Groëe, avez-vous une parole pour votre défense ?

— Me défendre de quoi ? Je viens obtenir la terre du vieux moulin, nouvellement nommée Castel-à-bois. »

Rouge s’exclama, la face traversée d’un sourire :

« Quel nom bucolique ! »

Le Sacerdoce était tout à fait à l’aise, au contraire de Vert qui tentait vainement de reprendre contenance. Ce dernier allait bafouiller quelque chose, mais Rouge ne lui en laissa pas le loisir :

« Malheureusement, cela ne sera pas possible. La terre du vieux moulin appartient déjà au seigneur foncier Laval Vignonel. Nous ne l’en déposséderons en aucun cas.

— Vous vous foutez de moi ! rugit Daogan en franchissant la démarcation pour la seconde fois. Vous croyez que j’ai traversé tout le pays pour m’entendre traiter de la sorte ? »

Deux cerbères lourdement armés s’approchèrent du guerrier. Du manche de leur hache de bataille, ils le repoussèrent de plusieurs mètres. Le plus grand articula :

« Veuillez vous calmer, Messire. »

Daogan se laissa déplacer sans opposer de résistance. Il mobilisait toutes ses forces pour contenir sa colère. Son visage était secoué de tics indomptables, de ses lèvres tremblantes filtra un peu d’écume. Les deux gardes, au lieu de retourner se plaquer contre le mur comme la fois précédente, restèrent entre Daogan et le Seigneur Souverain. Le jeune Alphidore de Pal profita de l’occasion pour intervenir. Il se dressa, resplendissant dans sa chemise brodée d’or, et fixa Daogan. Après quelques secondes, il prononça son verdict. Sa voix, d’abord chevrotante, se renforça au fil des mots :

« Euphème Groëe, nous vous avons fait venir pour vous refuser la terre du vieux moulin. Nous avons reçu des plaintes de la part de votre père et du seigneur Vignonel qui ne peuvent être mises de côté. Vous êtes donc renvoyé dans les Marches, où vous perdrez toute distinction et servirez en simple soldat jusqu’à la fin de votre carrière. Votre père décidera seul de ce qu’il adviendra de votre nom. À présent que la situation est éclaircie, vous pouvez disposer. »

Sa tirade terminée, le Seigneur Souverain se rassit et se désintéressa tout à fait de Daogan. Il se tourna en direction Vert et lui demanda quel était son prochain entretien. Le Sacerdoce farfouilla dans ses documents avant de répondre à voix basse.

Derrière la démarcation, Daogan se mit à trembler étrangement. Aux convulsions de sa face s’ajoutèrent de légers soubresauts de tout son corps. Le plus grand des cerbères reprit la parole :

« Maintenant, je crois que vous pouvez vous retirer, Monseigneur. »

Daogan ne répondit pas. L’écume aux commissures de ses lèvres devint salive et ses convulsions gagnèrent en intensité. Comme son conseil restait sans effet, le garde changea de ton :

« Allons, mon gars, il vaut mieux que tu dégages. Sinon ça risque de mal finir pour toi… »

Daogan ouvrit la bouche pour riposter. À la place du flot de paroles, il ne parvint à éructer que quelques borborygmes :

« Gh… Rh… Je… Rhaaaah ! »

D’un geste rageur, Daogan frappa le soldat d’un féroce revers. Le nez du cerbère éclata, mais l’homme resta sur ses jambes. Daogan pivota et botta le genou de son adversaire. L’articulation craqua. Le garde hurla de douleur pendant que le chef de guerre l’envoyait maculer le carrelage d’écarlate. Le second briscard brandit sa hache et lui fit mordre l’air. Daogan esquiva lestement, se plaça dans le dos de son opposant, le saisit par les cheveux. Il tira tout en lui crochetant les jambes. Le choc du crâne contre le sol résonna lourdement dans toute la salle de commandement.

La soldatesque se détacha du mur d’un seul geste. Ils allaient bondir sur le chef de guerre, mais Alphidore de Pal les retint de la voix :

« Laissez-le partir ! Laissez décamper ce fou ! »

Sans un regard pour le trône, Daogan s’éloigna à grands pas. Sa langue semblait soudain s’être déliée et il beugla sans même se retourner :

« Vous ne me renverrez pas dans le Nord ! J’inscrirai mon nom sur la terre du vieux moulin, quitte à le faire avec le sang de mon père, ou celui de mon Souverain ! »

Il ouvrit la porte à la volée. Derrière, le petit page poussa un hurlement de terreur. Daogan continua sa course. On s’écartait sur son passage. Les serviteurs bondissaient de côté et même les gardes préféraient filer doux.

Derrière, Alphidore dut user de toute son autorité pour empêcher les gardes de partir à la poursuite du guerrier. Vert tremblait, pâle comme un linge, tandis que la fureur de Rouge rendait indiscernable son visage de sa vêture.

* * *

Daogan bondit hors du palais et dévala les marches. En face de lui, derrière le portail, l’agitation du marché battait encore son plein.

« Merde ! Fait chier ! »

Le guerrier prit à droite pour gagner les écuries. Il envoya le battant creuser la cloison et s’enfonça dans le bâtiment. Il faisait sombre. Quelques torches brûlaient bien çà et là, mais pas assez pour que Daogan distingue quoi que ce soit. Soudain, au détour d’un couloir, il tomba sur la silhouette floue d’un cheval et de son palefrenier. Sans un regard pour le second, il attrapa la longe du premier et le tira à lui. Le garçon d’écurie se récria en levant les bras. De peur, la monture hennit et donna du pied dans un mur. Daogan ne se laissa pas impressionner. Il saisit le laquais et le balança dans une stalle. Le gamin s’y ramassa la tête la première. Le temps qu’il se relève, le chef de guerre s’éloignait déjà. Le cheval ruait ferme, mais l’étranger le maintenait énergiquement. Le pauvre palefrenier observa avec angoisse le palefroi de mademoiselle Pherusa Volubilis quitter les écuries, sa selle de cuir rosé garnie de fioritures détonant avec la saleté du barbare.

Daogan escalada la monture. D’une pression des mollets, il mit l’animal au pas. Il se sentit tout de suite plus à son aise. De chevaucher le ramenait dans les Marches. Il prenait conscience du vent sur son visage, écoutait le silence avant le massacre. Ses lèvres ne tremblaient plus et il parvint à déloger de sa pensée le plus gros de sa colère.

Dans la cour, un serviteur rit en voyant la combinaison grotesque du cavalier et de son destrier. Puis, comme il considéra le chef de guerre, il s’enfuit à toutes jambes.

Le grand portail de bronze approchait et Daogan espérait de tout cœur que les gardes ne lui demanderaient pas des comptes : il craignait que la situation ne dégénère vraiment. Alors qu’il n’en était plus qu’à dix pas, il aperçut du coin de l’œil le froufrou d’une robe qui galope. Une voix féminine l’interpella et Daogan arrêta sa monture. Il se retourna pour voir Fleurienne de Pal accourir. Bien qu’il ne l’ait jamais rencontrée, le guerrier la reconnut immédiatement. Qui d’autre en effet pouvait bien arborer une taille aussi haute et un aussi frais minois dans le palais de Landargues ? Le chef de guerre tordit le buste du mieux qu’il put pour la saluer.

« Mademoiselle.

— Messire Groëe, attendez, je vous en prie ! J’ai à vous parler. »

Arrivée à sa hauteur, Fleurienne de Pal mit la main sur la selle, comme pour retenir Daogan. Ce dernier répéta le titre de Fleurienne de Pal, comme on userait d’une formule de politesse. Il semblait d’un coup calme et apaisé, subjugué par la beauté de son interlocutrice.

« Mademoiselle.

— Euphème… Je peux vous appeler par votre prénom ? »

Daogan hocha la tête en signe d’assentiment. La Demoiselle de Landargues enchaîna, elle parlait en regardant le chef de guerre droit dans les yeux. Elle paraissait sûre d’elle malgré une incontestable rougeur aux joues, que Daogan n’était pas certain de devoir attribuer à son fard.

« Euphème, je suis navrée que mon neveu n’ait pas daigné vous accorder une faveur qui devrait pourtant être la vôtre. Malgré sa sentence, vous pouvez être assuré d’avoir toujours quelqu’un de votre avis, ici, au palais. »

Daogan observa quelques secondes le beau visage de la Demoiselle, ses cheveux clairs et ses yeux bleus. Il s’étonnait lui-même de manifester une attitude aussi civilisée, surtout après sa crise de colère. Il se pencha pour s’emparer délicatement de la main avec laquelle Fleurienne le retenait. Il la lui baisa doucement.

« Mademoiselle, je sais bien que la famille de Pal rechigne à marier ses filles. La peur, certainement, de léguer une partie de leurs domaines aux autres familles. Mais sachez que, pour vous, je briserais la tradition volontiers. »

D’une contraction des genoux, il pressa les flancs de son cheval. Docile, l’animal prit un pas lent. La main de Fleurienne glissa de la sienne et battit contre la robe de la jeune femme. Leurs deux regards restèrent liés, se suivant jusqu’au moment où Daogan, monté sur son palefroi sanglé de rose, franchit le portail.

* * *

Dès qu’Euphème Groëe eut disparu, Fleurienne de Pal se dirigea vers le palais Souverain. Elle grimpa les marches d’une démarche majestueuse, laissant sa robe voler dans la brise. En haut de l’escalier, les gardes la regardèrent monter. Ils la désiraient : comment ne le pourrait-on pas ?

La Demoiselle entra dans le palais et se rendit dans un des petits salons. Elle saisit un papier et une plume, avec laquelle elle rédigea un courrier à l’adresse de Breridus de Pal. Son écriture lui ressemblait, longue, déliée, ravissante. En quelques minutes, elle couvrit l’étroite feuille de mots. Elle posa ensuite sa rémige et relut à voix basse :

Cher Breridus, mon frère,

Vous aviez raison, le fils Groëe met tout son honneur à ne faire que le contraire de ce qu’on lui ordonne. Heureusement, le charme d’une femme sûre d’elle peut le calmer en un instant. Tout fonctionne à merveille.

Fleurienne de Pal.

Commentaires

Fleurienne au bûcher.
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vendredi 27 juillet à 13h53
Mais la pauvre, arrêtez un peu ! Vous êtes tous vilains avec elle !
 1
vendredi 27 juillet à 14h14