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Antoine Bombrun

dimanche 18 octobre 2020

Chroniques du vieux moulin - Tome 4 : Jusqu'à ce que la mort nous sépare

Chapitre soixante-dix-neuvième

Gris toqua doucement à la porte d’Alphidore. Ce dernier se réveilla immédiatement ; s’il n’avait jamais eu le sommeil bien lourd, il dormait encore plus mal depuis que Grimm était entré dans sa vie. Il craignait, s’il sombrait tout à fait, d’à nouveau laisser la possibilité au Sauvage de pénétrer par sa fenêtre pour mettre en péril le pays.

Il vérifiait d’ailleurs tous les soirs le volet et les carreaux. Il savait que c’était inutile – Grimm avait déjà chamboulé leur vie – mais il ne parvenait pas à s’en empêcher.

Ainsi, lorsque le vieux prêtre gratta au bois de sa porte, il fut debout dans la seconde et l’oreille contre l’huis l’instant suivant. Il n’entendit rien, tout d’abord, puis un pas curieusement irrégulier, mais qu’il connaissait bien. Avec un claquement sec de temps en temps. Comme il commençait à réaliser qui pouvait se déplacer vers la porte, Gris chuchota d’une voix râleuse :

« Allons, ouvre, Alphidore, je sais que tu es là ! »

Le Souverain s’exécuta, un brin honteux. Le vieux prêtre entra avant de refermer précautionneusement derrière lui :

« J’aimerais ne pas avoir à justifier ma présence ici, en pleine nuit… »

Il se dirigea ensuite vers le fauteuil d’Alphidore et s’y installa avec un soupir d’aise.

« Avec l’âge on dort de moins en moins, c’est vrai, mais ce n’est pas pour ça qu’il est plus facile de se mouvoir la nuit. Je n’y parviens déjà pas bien le jour… »

Comme le Souverain ne bougeait pas, Gris lui indiqua la chaise de son bureau avec humeur et lui fit signe de la rapprocher.

« Plus près encore, plus près. Voilà, ici. »

La chaise était si proche du fauteuil qu’Alphidore eut du mal à s’y installer.

« Mais… qu’est-ce que tu fais ? s’étonna Gris.

— Ben… je m’assois…

— Oh, mais non ! Tu es jeune, toi ! C’est pour mes jambes que je t’ai demandé la chaise. »

Il le chassa d’une petite claque sur la cuisse :

« Allons, allons. À ton âge, tu peux bien rester debout ! »

Dès que le Souverain l’eut libéré, le prêtre déposa avec difficulté ses jambes sur le coussin turquoise, puis déclara :

« Bon, à présent nous pouvons débuter ! Alors, sache d’abord que je suis ici au nom des trois Sacerdoces et non en le mien seul. Nous serions bien venus tous les trois, mais on s’est dit qu’un unique messager serait plus discret. Surtout qu’à trois, on se serait forcément mis des bâtons dans les roues jusqu’à nous disputer à voix haute dans les couloirs ! Ah, l’habitude…

« Pourquoi moi, tu vas me demander, et c’est une bonne question. Ils ont estimé qu’un vieux sénile comme moi aurait moins d’ennuis s’il se faisait repérer. Leur plan était que j’avoue m’être perdu en cherchant le seau à pipi, ou quelque idiotie du genre… Enfin bref !

« Toujours est-il que je suis le porte-parole des trois. Une fois n’est pas coutume, nous sommes d’accord. Ce n’est pas un mensonge biaisé que je viens te confier, ni même orienté, mais notre avis partagé. Notre conseil. »

Gris marqua une pause pour souffler. Il rigola soudain :

« C’est une sacrée introduction, hein ?! Mais bon, dur d’en vouloir à un sénile qui se perd en allant à la selle… »

Il sourit des quelques dents qui lui restaient.

« Bon, j’en viens au fait. Grimm menace de mettre le pays à feu et à sang, comme tu le sais, et il a trop gagné en puissance pour que l’on s’oppose à lui ouvertement. Seulement, nous avons pensé à un moyen de lui compliquer la tâche. Un moyen dangereux, je ne te le cacherai pas, mais efficace. Un moyen aussi qui te permettra de reconquérir la confiance que le peuple commence à te bouder…

— Et quel est-il, ce moyen ? intervint le Souverain qui sentait sa patience s’amenuiser.

— Tu dois fuir le palais, Alphidore. Sans toi, Grimm ne pourra plus faire croire que toutes ces réformes ne sont pas les siennes ; sans toi, le peuple rechignera davantage ; sans toi, le désordre gagnera la cité. Un désordre qui lui sera néfaste, sans doute aucun ! »

Le Souverain ouvrit de grands yeux :

« Fuir ? Mais pour aller où ?

— Peu importe ! Au pire dans un bouge infect, dissimulé entre deux poivrots ; au mieux avec ceux qui résistent contre Grimm et tentent de l’assassiner. Va voir les gris pour commencer ; ils te cacheront et t’aideront au mieux. Connaissant mes disciples, je gage même qu’ils sauront t’indiquer où chercher pour trouver les ennemis du Sauvage ! »

Alphidore, que la perspective d’une action aussi folle inquiétait au plus haut point, tenta de se créer une échappatoire :

« Ne vaut-il pas mieux que je reste auprès de lui, afin de faire contrepoids et de calmer ses ardeurs ? Si je ne suis plus là, il pourra se laisser aller à la violence…

— Ne te voile pas la face, Alphidore. Depuis son arrivée, ta présence a-t-elle enrayé le moindre de ses projets ? »

Le Souverain se vit contraint de secouer la tête.

« Alors accepte l’inéluctable. La place d’un dirigeant devrait être sur le trône, et non dissimulé parmi son peuple, je te l’accorde, mais un bon Souverain doit savoir s’adapter aux plus étranges situations pour le bien des siens. Il doit se sacrifier pour eux, abandonner sa liberté. Tu en es conscient, car tu t’y es déjà plié à de nombreuses reprises – en acceptant d’être enfermé dans le palais, par exemple – et il faut que tu t’y plies une fois de plus en le fuyant. Mais je suis certain que tu le feras, Alphidore, car tu es un bon Souverain, qui agit toujours pour le bien de son peuple… »

Le jeune homme baissa la tête. Que pouvait-il répondre à cela ? Le pire était que Gris avait raison : il avait tout sacrifié pour sa fonction, pour le peuple, il avait sacrifié jusqu’à Anya, l’amour de sa vie. Et s’il l’avait sacrifiée elle, pourquoi ne tenterait-il pas cette folie ?

Après un temps de silence, Alphidore releva la tête pour demander :

« Comment dois-je fuir ? »

Un sourire éclaira la face édentée du vieux prêtre, qui serra la main de son Souverain avant de répondre :

« Tu te déguiseras en serviteur. Chaque soir, ceux qui ne vivent pas au palais le quittent par grappes, sans que les guerriers de Grimm ou le peu de gardes qu’il nous reste ne s’en occupent. Tu te dissimuleras parmi eux, en tenue de domestique. Sous couvert d’une discussion plaisante, vous vous serrerez les uns contre les autres afin qu’aucun de vous ne soit vraiment discernable. »

Alphidore opina du chef :

« Nous avons besoin de serviteurs dans le coup, alors…

— Oui, j’ai déjà trouvé les candidats parfaits. Ils ont accepté après peu de temps… et pas mal d’argent. Vous quitterez le palais demain soir, à la tombée du jour. Nous favoriserons l’heure où vos visages sont un peu moins reconnaissables, sans pour autant que vous ressembliez à des fuyards qui se carapatent en pleine nuit… »

La discussion se prolongea encore un long moment, Alphidore quêtant des détails pour se rassurer et Gris répondant au mieux. Ils parlèrent ainsi du lieu où Alphidore pourrait se travestir, de celui où il retrouverait ses comparses, de l’heure exacte, ou encore de l’endroit où aller pour trouver l’ordre gris une fois qu’il aurait quitté le palais.

Une fois que le Sacerdoce eut déserté la chambre, Alphidore demeura de nombreuses heures éveillé, à fixer les tentures ou le plafond. Il tentait vainement de se convaincre que tout allait bien se passer, mais son cœur agité ne voulait pas l’entendre de cette oreille.

La journée suivante s’avéra longue et désagréable. Chaque fois qu’il croisait les yeux de Grimm, ou que celui-ci lui adressait la parole, le jeune homme craignait d’être découvert. Il tenta à plusieurs reprises d’accrocher le regard de Gris, mais il n’y parvint jamais. Le vieux prêtre demeurait aussi imperturbable qu’à son habitude, concentré sur sa tâche de contre-pouvoir.

Lorsqu’enfin Alphidore put se retirer dans ses appartements, ce fut pour entreprendre les cent pas entre ses quatre murs, le cœur au bord des lèvres, plus frémissant que jamais.

À l’heure prévue, il quitta sa chambre, traversa le palais puis gagna la loge où devait l’attendre sa tenue.

Il faisait sombre, et il dut palper les meubles pour mettre la main dessus. Il espérait au fond de lui ne pas la localiser pour clore cette folle entreprise.

Lorsqu’il l’eut trouvée, il peina à l’enfiler. Il ne savait comment s’y prendre mais, ce qui gênait surtout, comme il s’en rendit compte une fois habillé, c’était que la taille ne lui correspondait pas. Il ne pouvait lever les bras sans dévoiler son ventre ou risquer de déchirer les parties couvrant ses aisselles. Il imaginait déjà l’excuse de Gris :

« Tu es si grand que nous n’avons déniché aucune tenue à ta taille… Mais ne t’angoisse pas, il fera sombre et, de toute manière, tu n’auras aucune raison de lever les bras ! »

Alphidore quitta la loge sur cette pensée afin de gagner le lieu de rendez-vous. Ses comparses patientaient, fébriles, parlant et riant trop fort comme s’ils étaient ivres. Ils étaient trois hommes, et même le plus grand d’entre eux ne parvenait que difficilement à l’épaule d’Alphidore. C’était idiot que de vouloir se dissimuler parmi eux, comme tenter de cacher le palais Souverain derrière une bicoque !

Ils partirent néanmoins vers l’entrée. Chacun faisait de son mieux pour plaisanter ou ajouter une boutade à leur conversation. Mais le fil en était si décousu, et les intonations si forcées, que le premier garde croisé allait forcément se douter de quelque chose.

Un soldat surgit soudain à leur droite en hâtant le pas. Le cœur d’Alphidore manqua un battement en le repérant, ainsi que deux ou trois autres lorsque la garde leur fit signe de faire moins de bruit.

Par bonheur, il ne s’intéressa finalement pas plus à eux, mais leur passa devant en marchant à grandes enjambées. Il les distança bientôt, et Alphidore l’entendit s’excuser une minute plus tard, certainement depuis le bout du couloir :

« Je suis désolé d’arriver en retard !

— La relève, c’est la relève » grogna une voix dont l’accent indiquait un Sauvage.

Le soldat s’excusa encore, puis le calme se fit. Alphidore se rendit compte qu’il avait inconsciemment ralenti et se trouvait à un mètre derrière ses comparses. Il pressa l’allure dans le silence. Plus aucun d’eux n’osait parler, après la remarque du garde, et leur diversion tombait ainsi à l’eau.

Le corridor tourna sur la droite, et leur petit groupe parvint dans un couloir dont l’extrémité était gardée par deux hommes en armes : le planton qui les avait repris peu auparavant ainsi qu’un Sauvage.

Alphidore se força à ne pas ralentir, à ne pas faire demi-tour. Il tentait de conserver le regard fixé sur la sortie, sans ciller vers les gardes afin de ne pas attirer leur attention. Les pas s’enchaînaient, mais il lui semblait que sa démarche se transformait de plus en plus. Comment fait-on pour marcher normalement ? Est-ce que je ne lève pas trop les jambes ? Et mes bras, qu’est-ce que j’en fais de mes bras ?

Son cou lui faisait mal tant il le tendait pour ne pas tourner la tête. Il lui paraissait plus rigide qu’un tronc d’arbre. Et lui aussi discret que l’arbre, traversant en sauts de grenouille les corridors du palais. Et ce courant d’air sur son ventre ? Il n’osait pas baisser les yeux, mais il était persuadé que sa tenue lui était remontée jusqu’au nombril.

Alors qu’ils n’étaient plus qu’à une dizaine de pas des deux gardes, il eut l’impression que ces derniers tournaient les yeux vers lui. Pas vers le groupe, mais vers lui et sa grande tête d’idiot qui dépassait toutes les autres.

Il ne discernait pas leur regard, car il forçait toujours pour fixer le bout du couloir, mais il aurait juré les avoir vu bouger du coin de l’œil.

Trois pas avant de les atteindre, le Sauvage leva le bras. Peut-être qu’il saluait, à moins qu’il ne brandisse une arme… Alphidore ne put empêcher ses jambes de s’immobiliser. En un instant, les trois serviteurs silencieux l’eurent distancé.

L’autre garde se décrocha du mur. Il le fixait. Enfin, c’était du moins ce qu’imaginait le Souverain, qui s’entêtait encore à observer la sortie devant lui.

Les trois valets dépassèrent les plantons, qui demeurèrent orientés vers lui.

« Qu’est-ce qu’il a, lui ? commença le Sauvage.

— Mais… regarde son visage… »

Alphidore n’attendit pas une seconde de plus pour tourner les talons et s’enfuir à toutes jambes. Un ramdam infernal le suivit, composé d’une lourde galopade et de cris d’alerte.

Alphidore avala le corridor en un instant, puis obliqua à gauche, et ensuite à droite. De nombreuses portes s’étaient offertes à lui, certaines ouvertes, mais il savait qu’elles ne l’auraient conduit que dans un cul-de-sac.

Au bout du couloir, il avait le choix d’emprunter un escalier ou bien un second passage. Comme il lui sembla entendre un brouhaha parvenir d’en face, il opta pour les marches. Celles qui descendaient menaient aux quartiers des domestiques et finissaient en cul de sac, alors il se jeta vers les autres. Au moment où il tendait le bras pour saisir la rambarde, son justaucorps se déchira dans un grand craquement. Je n’aurai pas besoin de lever les bras, mais bien sûr…

Il entama la montée avec un pan de son habit volant derrière lui. Une fois parvenu en haut, le vacarme à sa poursuite ne lui laissa pas le temps de réfléchir et il obliqua naturellement à gauche, du côté des appartements aristocrates. Il traversa les couloirs réservés aux différentes lignées, vides, bien que nombre de portes s’ouvrirent suite à la course bruyante des soldats. Au tapage, Alphidore jugeait qu’ils devaient bien être cinq ou six à l’éperonner à présent. Dans un des corridors, il se jeta contre un mur pour éviter deux nobles en grande conversation. Ces derniers le regardèrent s’éloigner, éberlués, avant de se faire rentrer dedans par les gardes au grand galop. Profitant de ces quelques secondes de gagnées, Alphidore vira à droite dans un couloir isolé mais qu’il savait se terminer par un petit escalier en colimaçon.

Il pensait n’y croiser personne, mais Jaladelline Vignonel et sa nièce s’y tenaient pourtant. Elles se tournèrent en l’entendant arriver, figées. Ildoria ne semblait pas comprendre ce qu’il se passait, mais sa tante, certainement en percevant les cris de ses poursuivants, réagit très vite. Elle attrapa Alphidore par le bras pour l’arrêter, ce qu’il fit dans un dérapage incontrôlé qui s’acheva dans un mur. Le temps qu’il se relève, Jaladelline souffla à sa nièce :

« Reste ici. Tu leur diras qu’il a emprunté l’escalier ! »

Elle ouvrit ensuite sa porte d’un tour de clef et y fit entrer Alphidore avant de refermer. À peine dedans, elle lui arracha son justaucorps et ordonna :

« Enlève le bas et monte sur le lit ! »

Le Souverain resta bouche bée, immobile.

Le vacarme des gardes retentit à cet instant devant la porte. Jaladelline, figée au milieu de la pièce, les écouta passer avec une grande attention, avant de découvrir qu’Alphidore n’avait pas bougé :

« Tout de suite ! »

La véhémence du ton de l’aristocrate poussa le Souverain à obéir et il se trouva bientôt nu sous les draps.

Dans le couloir, Ildoria s’était jetée sur le côté pour laisser passer les gardes. Ces derniers freinèrent des quatre fers devant l’escalier, car il partait soit en bas, soit en haut. Sur les cinq, quatre rebroussèrent chemin vers Ildoria, qui les accueillit par un cri de terreur.

« Par où est-il allé ?

— Par… par… par…

— Parle !

— Par en bas ! »

Ildoria souligna son propos d’un geste de la main et les quatre gardes s’engouffrèrent dans l’escalier. Le Sauvage demeuré devant les marches les laissa le doubler puis il fit demi-tour vers la jeune femme. Il l’attrapa par le bras, oublieux ou inconscient qu’il avait affaire à une aristocrate :

« Tu es sûre de ce que tu dis ? »

Jaladelline, qui écoutait toute la scène à travers sa porte, crachota un juron. Elle saisit alors sa robe par en bas et la retira vivement. Ses dessous volèrent avec la même agilité.

« Je… Oui, je suis sûre… Je…

— Parce que je n’ai entendu aucun bruit de course, ni en bas ni en haut ! hurla le Sauvage.

— Mais si, je…

— Menteuse ! »

Le garde envoya l’aristocrate à terre d’une gifle, puis se précipita sur la poignée la plus proche.

Jaladelline, elle, se jeta sur le lit, nue, et retira le drap avec lequel Alphidore camouflait sa pudeur.

Comme la porte lui résistait, le Sauvage la défonça d’un coup de pied. La chambre, plutôt menue, était vide. Les cris d’effroi d’Ildoria couvrirent le tumulte de sa recherche.

Jaladelline écarta les jambes et se plaça à califourchon sur Alphidore. Celui-ci, gêné, rouge de honte, ne parvint à contenir la vague de désir qui l’emporta. La terreur mêlée à l’ivresse folle du danger changèrent pour lui, l’espace d’un instant, Jaladelline en Anya.

Ne trouvant rien, le Sauvage sortit en trombe de la chambrette pour s’attaquer à l’autre porte, qui céda immédiatement sous sa poussée. Une fois encore, la pièce était plongée dans le noir, mais il repéra tout de suite un mouvement. Un sourire lui étira les lèvres avant qu’il ne comprenne, puis les soupirs atteignirent ses sens, tout comme les deux corps nus entrelacés…

« Putain de merdasse », fut sa seule réaction avant qu’il ne tourne le dos pour s’enfuir.

Jaladelline, malgré sa victoire assurée, se désimbriqua d’Alphidore en hurlant à pleins poumons.

***

Une fois rhabillés – même si une rougeur honteuse persistait sur les traits du Souverain qui paraissait mal à l’aise dans la tenue prêtée par sa bienfaitrice – Jaladelline alla voir Ildoria, vérifia sa joue que le Sauvage avait giflée, puis lui demanda d’aller chercher Mérance.

« Mais… pourquoi ?

— Parce que j’ai confiance en elle. »

La jeune femme hocha la tête, puis rejoignit les couloirs bondés d’aristocrates qui ne comprenaient pas la raison d’un tel remue-ménage.

Lorsqu’Ildoria revint en compagnie de l’ancienne servante de Fleurienne, Jaladelline avait déjà expliqué à Alphidore le plan qu’elle venait de mettre au point pour le faire sortir du palais. La vieille Mérance ne demanda pas de justification et se contenta d’acquiescer à tout ce que lui disait l’aristocrate. Une fois que tout lui sembla clair, elle attrapa Alphidore par le bras et l’entraîna sans un regard. Le Souverain, perdu, perplexe, la suivit, une torche éteinte en main comme un gourdin de fortune.

Mérance dut cacher Alphidore deux fois avant qu’ils ne parviennent à destination. La troisième fois, derrière une tenture – celle qui l’avait déjà abrité il y a longtemps, alors qu’il attendait l’arrivée d’Anya – ce fut pour mettre en place le plan.

La servante s’éloigna de deux pas puis hurla. D’abord un son aigu, inarticulé, qui exalta les gardes en faction devant la porte. Puis des mots, choisis avec soin :

« Il est là ! Il est là ! »

Lorsque les soldats déboulèrent, Mérance ajouta :

« Par là ! Il est parti par là ! »

Les gardes suivirent son geste et s’engouffrèrent dans le couloir. Alphidore s’extirpa quelques secondes plus tard de la cachette et de sa relative sécurité, hocha la tête en réponse au sourire de la servante, puis se jeta dans le couloir qui menait vers la sortie.

Un Sauvage tenait encore la porte, comme l’avait craint Jaladelline, mais cette fois Alphidore n’hésita pas : sa torche le cueillit à la tempe et l’étendit par terre. L’instant suivant, le Seigneur Souverain courait à toute allure dans les rues désertes de la capitale.

Commentaires

Bigre, quel chapitre mouvementé !
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dimanche 25 octobre à 16h40