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Antoine Bombrun

mardi 18 juin 2019

Chroniques du vieux moulin - Tome 2 : Batailles

Chapitre cinquante-et-unième

Rurik sortit en courant du palais. Plusieurs gardes ainsi qu’une volée de serviteurs s’en allèrent à sa suite pour s’éparpiller dans Castel-de-pluie. En quelques minutes, tous les chefs de guerre en ville furent rassemblés dans la caserne, en position de garde-à-vous, pour recevoir les ordres du commandant des Marches. Rurik énonça brièvement que l’armée de Grimm avait été aperçue à moins d’une heure de route. Il décréta ensuite, avec force, qu’il fallait battre le rappel des troupes. Les chefs de guerre ne se le firent pas répéter deux fois.

Deux espèces d’hommes se dessinent face au danger : ceux qui restent les bras ballants à se demander dans quel trou plonger, et ceux qui vont au-devant de leurs peurs, affronter adversaires, douleur, mort s’il le faut. Les soldats, ceux du moins qui sont plus guerriers que fanfarons, font partie de cette seconde catégorie. Devant la réaction vive des chefs de guerre, Rurik prit une longue et fière inspiration : La hargne ! Ces hommes que j’ai formés dans ma jeunesse se révèlent toujours à la hauteur !

Puis il se rendit compte que lui restait, comme les frileux du premier calibre, les bras le long du corps, sans s’activer le moins du monde. Il bondit alors en dehors de la caserne pour ameuter sa garde personnelle. Au boulot, vieillard ! Les années ne t’ont pas affadi comme une antique matrone ridée, j’espère ! Allons, de la bravoure et vive la guerre !

Rurik rejoignit le palais au pas de course. Il s’encourageait mentalement à l’action, aiguillonnant ses discours intérieurs de commentaires épicés sur sa virilité et son caractère bourru. Il jouait le matamore, brandissait sa hardiesse et son assurance comme autant de boucliers. Cependant, bien qu’il ne l’avouerait à quiconque, pas même à lui, la peur lui serrait si bien le ventre qu’il avait la sensation de battre tous les pavés de Castel-de-pluie avec ses viscères plutôt qu’avec ses pieds.

Cela faisait des années que Rurik n’avait pas participé à la moindre bataille. Il ne bravait plus que dîners et réceptions, ne montait plus son destrier que pour rallier les camps de surveillance, ne croisait plus le fer, lame au clair, que pour affronter une pierre à aiguiser ou un bon chiffon de laine d’acier imbibé d’huile. Si son épée avait conservé sa patine, son bras en avait-il fait de même avec sa force ?

Inconsciemment, sous couvert de sa bravade, le vieux guerrier ne cessait de s’arracher par larges touffes sa confiance et ses espoirs. Son cœur battait au rythme des cloches et des sonneries de cor qui tourmentaient le calme de la cité fortifiée.

En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, tous les soldats de la ville furent rassemblés devant les portes. Ils avaient empoigné leurs armes aussi vivement que leur hâte du combat. La vue de ses guerriers redonna courage à Rurik ; lui avait vieilli, certes, mais les hommes qu’il menait se trouvaient toujours dans le meilleur de leur forme. Il saisit sa rogne à bras le corps et s’adressa à eux d’une voix forte :

« Une fois encore, Grimm est sorti de sa tanière ; le renard a rassemblé les siens pour marcher sur nous. Je ne vous cacherai pas que la bataille sera féroce – elles le sont toujours –, mais je vous promets que nous vaincrons, encore et comme toujours !

« Dans un instant, nous passerons les portes. Je veux trois lignes de deux-cents fantassins chacune. Les archers derrière. Je mènerai la cavalerie sur le flanc gauche, Galelan sur le droit. Yiabard, tu envoies des messagers à Fonranches et Pic-en-cerf, nous avons besoin de tous les hommes disponibles ! (Allons, pucelle, un peu d’ardeur dans la voix ; un général insuffle le courage à ses troupes, non l’inverse !)

« Sur ce, que l’on ouvre les portes devant les guerriers des Marches : nous partons en chasse ! »

* * *

De sa fenêtre, Wilhjelm vit les soldats de Rurik se déployer devant Castel-de-pluie, mieux alignés que les planches d’une maison. Au loin se massait l’armée de Grimm – la horde. Des fourmis qui dévalaient les collines. Mais pourquoi, Grimm, pourquoi attaques-tu ?

Tout se déroula promptement ; en un instant, l’épouse venue du Nord vit les deux forces se rapprocher, de plus en plus vite pour finalement se heurter. Depuis sa chambre, elle ne distinguait pas les corps ni les visages, seulement un entremêla de formes humaines et le vacarme assourdi du ferraillement.

Les cavaliers des Marches fondirent sur le flanc gauche du troupeau Sauvage. La ligne épaisse des fantassins se tordit, comme un serpent sous l’effet d’un coup de bâton. Les archers à l’arrière suivaient le mouvement avec difficulté. Puis le serpent se ramassa sur lui même, comme prêt à frapper, il…

On toqua à la porte. Wilhjelm quitta le champ de bataille du regard pour aller ouvrir. C’était Gardomas, le palefrenier, qui déboula précipitamment dans la chambre. L’épouse venue du Nord ferma derrière lui, non sans un rapide coup d’œil dans le couloir.

« Wilhjelm, Grimm vient pour les petites ! Il ne renoncera à rien pour les récupérer, il brûlera Castel-de-pluie entière s’il le faut. Lorsque je lui ai dit qu’Orphiléa avait été emmenée dans le sud, il a juré qu’une – je ne fais que répéter ses termes – qu’une traîtresse et une putain comme toi ne pouvait pas garder son sang en sécurité. Il veut les récupérer, et Orphiléa aussi ! »

* * *

Rurik et sa cavalerie venaient de désorganiser le flanc de l’armée de Grimm. Le commandant des Marches avait fait sortir les destriers par les deux côtés à la fois, menés par lui-même à l’est et par le chef de guerre Galelan à l’ouest.

La charge sur les deux ailes est une stratégie usée jusqu’à la corde, et Grimm y répondit par une riposte tout aussi ancienne : une rangée de fantassin à la lance, enfonçant fermement la hampe dans le sol et pointant le fer vers l’ennemi. Derrière, massés, des archers par centaines. La première ligne pour retenir les chevaux, les suivantes pour les planter.

Rurik avait prévu cette riposte. Le prochain coup, si l’on respectait les poncifs de l’art militaire, consistait en une fuite de la cavalerie. Ce mouvement laissait la défense adverse inutile et permettait une féroce attaque de l’infanterie sur le centre de la ligne de bataille, les chevaux ne revenant sur le devant de la scène que plus tard.

Rurik avait conscience de tout cela, mais il savait surtout que Grimm lisait l’affrontement aussi bien qu’il le faisait lui-même, sinon mieux. Il était persuadé que si tous ses mouvements suivaient une démarche ancienne comme le monde, Grimm le prendrait de vitesse lors d’un retournement ou d’une contre-charge. Lui était trop vieux, Grimm suffisamment jeune. Il lui fallait innover afin de surprendre le barbare.

Pour cela, il avait dégarni l’unité de cavalerie de Galelan et fait gonfler la sienne à cinq centaines. Lorsque les Sauvages prirent position pour résister à la charge, ligne de lanciers et rangées d’archers, Rurik excita ses hommes et leurs montures à force cris. Au lieu de faire demi-tour et de se retirer en dardant leurs traits, ils poursuivirent leur avancée. Ils franchirent en un instant la centaine de mètres qui les séparait des Sauvages, l’épée au clair. Les flèches sifflèrent, clairsemèrent les rangs, abattirent hommes et chevaux, mais la charge continua.

« Au galop, combattants des Marches ! À la guerre, à la guerre ! »

Rurik hurlait tout en poussant sa monture. Extérieurement, il arborait tout du féroce soldat ; intérieurement, il priait.

En face de la cavalerie au grand-galop, la ligne de fantassins recula d’un pas, le souffle coupé par la surprise. Puis les poitrines se délièrent, emportées par l’ivresse de la bataille, et les hampes furent remises en terre, pointes vers l’avant. Derrière, les archers délaissèrent les projectiles pour dégainer : le corps à corps allait débuter.

Courage, ma pucelle, courage ! Si c’est ton dernier combat, qu’au moins il soit mémorable ! Qu’on le chante et que toutes les belles du pays rêvent de toi ! Charge sans peur, pourfends les Sauvages, montre-leur de quel feu un Helvival se chauffe !

Le choc fut brutal. Les premiers cavaliers, Rurik en tête, défoncèrent le mur de lances. Le bois et le fer pénétrèrent le poitrail des montures tout comme le corps des guerriers – chutes, heurts, bousculades –, mais la défense des lanciers fut éventrée. Les chevaux de seconde ligne sautèrent par dessus les cadavres, les agonisants et les blessés, ils piétinèrent hommes et bêtes, morts et vivants, mais ils passèrent. Leur charge se poursuivit et s’enfonça largement dans l’armée des Sauvages.

Au loin, un cri de guerre signala l’offensive de l’infanterie cannirnos sur le centre.

Grimm, qui observait la bataille du haut d’une colline, se vit arracher un sourire par la charge des gardes aux yeux de faucons. Quelques mots sortirent de sa bouche, sans destinataire autre que lui-même :

« Le vieux Rurik n’est donc pas encore une épave ; il lui reste un peu de répondant ! Ça ne changera rien pourtant, nous sommes plus nombreux… »

Derrière lui, dissimulées dans la pente du monticule, se pressaient plusieurs centaines de cavaliers. Leurs chevaux, plus petits que les montures noires des hommes des Marches, moins puissants, compensaient leur faiblesse par une grande maniabilité. Grimm leva haut Chauve-souris, sa corsèque : le signal que tous attendaient.

Rurik se releva. C’était une sacrée chute qu’il avait accusée ; un vol plané de plus de deux mètres. Il avait évité une lance de justesse, mais sa monture n’avait pas eu cette chance. Sa tête lui en tournait. D’un coup d’épée féroce, il décapita un barbare armé d’une hache. Les cavaliers poursuivaient leur course autour de lui et le dépassaient à grands pas. Rurik acheva un blessé, puis rengaina. Il leva les bras pour enlever son casque mais ne le trouva pas, seulement ses cheveux poissés de sang et de sueur. Il porta les doigts à son crâne et les retira écarlates.

Un soldat le prit par l’épaule :

« Venez Monseigneur. Je vais vous ramener à Castel-de-pluie. Vous êtes blessé.

— Pas d’inquiétude, gamin ! La plaie saigne beaucoup, mais je ne m’en soucie pas trop ; c’est le lieu commun des accrocs au crâne ! »

Le jeune guerrier ne répondit rien et se contenta de lâcher le vieil homme. Rurik, lui, serrait les dents. Ne perds pas pied, bon sang, ce n’est pas le moment de décaniller ! Allez, courage vieillard ! Tu as bien assez de sang dans le corps pour cela ! Il cracha un caillot écarlate avant d’aboyer :

« Va me chercher une monture ; je dois retourner au poste de commandement. »

Le soldat partit à toute allure.

Rurik chevaucha en vitesse vers l’état major. Peu avant son arrivée, une estafette vint lui apprendre que le chef de guerre Galelan était tombé au combat.

« La charge du flanc ouest est donc un échec ?

— Oui, Monseigneur. Les cavaliers se sont retrouvés embourbés et seuls quelques-uns ont pu s’échapper. Les autres ont été décimés. C’est une mare de sang à l’ouest ! »

La réponse de Rurik se révéla claire et mesurée, tout l’opposé du chambardement qui lui tenait lieu de cervelle :

« Bien. Rassemblez tous les cavaliers que vous pourrez trouver. Leur flanc est défoncé, il nous faut passer au mouvement suivant avant que les nôtres soient pris en étau. Retrouvez-nous au poste de commandement. »

* * *

L’épouse des Marches avait réuni ses deux filles dans sa chambre. Une servante leur tenait compagnie en tâchant de détourner les attentions des dissonances de la guerre et de la mort. Wilhjelm se pressait à la fenêtre. Elle suivait du regard le mouvement des troupes, assista impuissante au démembrement de l’ost de Galelan et à la chute du chef de guerre. Sur le flanc est, elle devinait que les gardes aux yeux de faucons peinaient à maintenir leur pression. S’ils ferraillaient comme des chiens enragés, l’envergure de leur unité se révélait trop faible pour mener à bien leur mission. Les Sauvages ne tarderaient pas à les déborder.

Soudain, une horde de cavaliers surgit d’une colline à l’extrême est du champ de bataille. Des centaines de rapides coureurs. À leur tête, Wilhjelm reconnut sans mal le destrier caparaçonné de rouge. Celui sur lequel paradait le Meneur des Sauvages. Dressé dessus, Chauve-souris au poing, criant et hurlant, Grimm dirigeait l’assaut.

La meute dévala la colline et entreprit de fendre la zone de combat. Wilhjelm crut qu’elle allait se heurter à quelque défense, mais il n’en fut rien. Elle traça une diagonale bien propre entre le mamelon qui les avait si bien dissimulés et les portes de Castel-de-pluie.

Pendant ce temps, un escadron de cavalerie se recomposait du reste des formations brisées. Wilhjelm pouvait reconnaître la voix de Rurik, qui lui parvenait faiblement :

« Reformez l’unité, reformez l’unité ! Grimm ne doit pas atteindre les portes ! »

Quelques dizaines de guerriers à cheval se réunirent pour tenter de rallier l’entrée. Les soldats talonnaient de toutes les forces qu’il leur restait, les chevaux galopaient à toutes jambes. Un des coureurs s’effondra en pleine cavalcade, probablement trop blessé pour continuer. Les autres contournèrent ou enjambèrent les corps de l’homme et de sa monture.

Les cavaliers de Grimm parvinrent les premiers devant les murailles. La cité ne comptait plus aucun défenseur, car tous s’étaient rassemblés sur le champ de bataille, tuant ou se faisant tuer. Les premiers barbares se hissèrent sur le dos de leurs chevaux, s’y dressèrent, debout sur la selle. Les suivants s’agrippèrent à eux d’un bond, leur escaladant les épaules, puis empoignèrent le haut du mur afin de pénétrer Castel-de-pluie. En quelques secondes, des dizaines de sauvages s’infiltrèrent dans la cité fortifiée.

Grimm se levait sur le dos de son coursier lorsque la voix de Rurik résonna. Aigre, éraillée, souffrante, mais encore puissante. Le Meneur des Sauvages s’immobilisa, comme figé par le cri du vieil homme.

« Grimm, fils d’un renard et d’une vipère, arrête et viens te battre. Ne cherche pas querelle dans cette cité qui ne t’appartient pas. Viens te battre, viens affronter ta mort ! »

Grimm se laissa glisser adroitement sur son coureur. Ses pieds se replacèrent dans les étriers et, Chauve-souris à la main, il talonna férocement. Son cheval bondit en avant, son harnachement écarlate claquant au vent. Rurik se tenait droit lui aussi, monté sur son sombre destrier. La moitié de sa face, rougie, s’épandait avec lenteur, mais son sourire étincelait au travers du sang coagulé : Un dernier combat, ma pucelle, un ultime ! Ne fais pas ton enfant, maintiens cette tête fière, fais honneur à ta qualité, à ta généalogie, à ta famille, à ton fils ! Allons, presse les flancs du bestiau, braille un coup et fais tournoyer ton épée ! Fais semblant, tout du moins ! Allons, charge, charge ! Fais-le pour ton sang, fais-le pour ton honneur, fais-le pour ton fils ! Pardonne-moi, Relonor…

Wilhjelm vit les deux cavaliers s’élancer l’un vers l’autre. Tous deux poussaient leur monture dans ses retranchements. La distance entre les deux réduisait à vue d’œil, cinquante mètres, quarante, vingt, dix, cinq. Enfin, ce fut l’impact.

Wilhjelm se cramponna au rebord de la fenêtre, comme si la collision l’affectait elle aussi. Comme si le choc allait retentir et lui remuer les entrailles. Mais au contraire de ce que ses dents serrées laissaient présager, le mouvement fut ample, silencieux, presque doux. Le corps de Rurik s’affaissa avec grâce, dans un nuage de poussière, sans un bruit. Sa tête vola quelques secondes avant d’aller rouler au sol sur une dizaine de mètres.

Lorsqu’elle s’immobilisa, Grimm avait déjà fait demi-tour, les pans du caparaçon de son coureur frémissant dans l’air du matin. Le temps de sa passe d’armes avec le commandant des Marches, ses troupes avaient nettoyé le terrain et plus rien ne le séparait de la grande porte de Castel-de-pluie.

Le cœur de Wilhjelm lui battait à tout rompre dans la poitrine. Il cherchait à s’en extraire pour remuer plus fort encore. Derrière elle, ses filles jouaient, emportées par les sollicitations fébriles de la servante. Dans un coin de la pièce, Gardomas fixait le vide, éperdu.

Grimm galopa sans hésiter, droit vers la grande porte. Cette dernière s’ouvrit devant ses pas, probablement déverrouillée par les barbares entrés depuis les murs. Le Meneur des Sauvages pénétra la cité de Castel-de-pluie, dernier rempart entre les septentrions hostiles et la Cannirnosk, sans qu’un seul soldat ne s’oppose à lui. Il traversa la ville, enfonça les portes du palais Helvival, enfila les couloirs, dévora les escaliers, et parvint devant la chambre de Wilhjelm.

Il n’eut pas besoin de toquer ; sa sœur se dressait sur le seuil, ses filles dissimulées derrière elle. Gardomas se terrait dans un coin de la pièce. La servante, elle, s’était enfuie.

« Je t’en prie, Grimm, laisse-les tranquille. Laisse-les en paix…

— Non, Wilhjelm, mon peuple n’a déjà eu que trop de patience. Nous avons abandonné notre sang entre les mains des Cannirnos ; des cœurs jeunes, malléables, mais à présent ce n’est plus possible.

— Laisse-les, Grimm, je t’en prie. »

Grimm hurla :

« Ce n’est plus possible ! Ce peuple que tu chéris tant, ces pleutres, ces traîtres, ces infâmes aristocrates s’en sont pris à mon sang ! Orphiléa, ma nièce, a été enlevée par eux, emmenée à Landargues. Je ne peux plus rester Celui-qui-veille-de-loin, Wilhjelm, je ne le peux plus, désormais. Tu as échoué… »

Wilhjelm éclata en sanglots. Elle supplia, cria, elle implora pardon et pitié. Elle serra ses filles contre elle et se répandit en larmes, mais, au fond, elle savait qu’elle ne pourrait rien empêcher. Grimm pénétra dans la pièce, jeta un regard méprisant sur Gardomas, puis, d’une main, il empoigna Ildoria. La petite se mit à pleurer.

« Allons, ma jolie, c’est moi, Celui-qui-veille-de-loin. Grimm. »

Il la serra contre elle avant de tendre l’autre bras pour attraper Tharcille, mais Wilhjelm la tenait fermement enlacée.

« Lâche-la.

— Jamais, Grimm, tu m’entends ! Jamais ! Tu ne me la prendras pas ! »

D’une claque, le Sauvage envoya l’épouse des Marches au sol, la lèvre fendue. Il saisit la puînée de la famille Helvival et quitta la chambre, une enfant sur chaque hanche.

Wilhjelm gémissait sur le lourd tapis qui encombrait la pièce. Du sang lui dégoulinait du nez, lui perlait sur la bouche. Gardomas vint vers elle pour la redresser, mais la femme s’affaissa de nouveau. Le palefrenier la prit dans ses bras, la serra tout contre lui, accroupi, lui caressa les cheveux pour la calmer, lui épongea le sang du visage. Wilhjelm se cramponna à lui, perdue.

* * *

Après que le soleil se fut effondré derrière l’horizon, une lumière rouge flotta encore longtemps sur Castel-de-pluie. Une lueur d’incendie et de carnage, tandis qu’au loin, en deçà de la cité, au sud, Grimm, le Meneur des Sauvages, avait établi son camp pour la nuit.

Commentaires

Pauvre Rurik. Il a tout donné, jusqu'au bout. Et il s'est bien battu...
Pauvre Wilhjelm qui, elle, a tout perdu. La suite s'annonce bien mouvementée. Bravo Antoine :)
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mercredi 19 juin à 14h23
Merci, Julien :)

Bientôt la suite !
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mercredi 19 juin à 15h17
Hahaha mon cooeeeeur j'aurais jamais cru avoir les larmes aux yeux pour Rurik ! C'était beau. Il n'a rien lâché pour sa famille. Roh j'aurais pas imaginé avoir le cœur brisé pour lui ! Ce chapitre était bourré d'inattendu et nous retourne le cœur.
Bravo !
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lundi 22 juillet à 23h23
Comme je disais je ne sais plus quand : Rurik est (était) un gars bien, au fond. Il est maladroit et trop vieux, mais il est bon. Il n'est pas le père de Relonor pour rien, de toute manière !
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samedi 27 juillet à 20h49
Je comprends... tout m'a éclaté à la trogne durant la lecture de ce chapitre !
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dimanche 28 juillet à 10h12