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Joan Delaunay

dimanche 23 août 2020

L'Arbre de Feu - Livre I

Chapitre 10 - De Jade et d'Émeraude

Celles qui suivirent les flammes jusqu’au cœur du continent découvrirent alors une immense forêt peuplée par les fées, ces êtres de magie pure. Elles décidèrent de rester dans cet endroit enchanteur aux mille nuances de vert.

 

— Extrait de la légende de la Diaspora des Sorcières, date inconnue

Destembre 1151, cercle du Bois Refuge

Les pluies diluviennes du mois de destembre s’abattaient sur les voyageurs à l’orée du Bois Refuge.

Nara observait les gouttes se former sur le rebord de son capuchon avant de s’écraser au sol. Elle avait attendu ces averses des jours durant. Un coup d’œil en direction de son frère lui permit d’apercevoir son sourire béat. Difficile de ne pas deviner qu’ils étaient Aïckois tant ils semblaient tous deux vénérer le torrent d’eau qui tombait sur leurs têtes.

Les autres Sorcières se réjouissaient moins du climat automnal. Javeet Hogon grelottait et pestait contre le froid.

— Qu’est-ce qu’on attend ? grogna-t-il, agacé. Sous les arbres, nous serons un peu à l’abri.

— Il faut que l’un des Gardiens vienne nous accueillir, expliqua Arlam.

L’illusionniste ne semblait pas plus ravi de patienter sous la pluie. Toujours secoué par sa capture, sa mine s’assombrissait davantage sous les épais nuages de saison. Luan éternua avec force à cause de l’humidité. Nara exécuta enfin quelques mouvements d’élémentalisme avec habileté afin de créer une bulle protectrice autour du petit groupe de Sorcières.

— Pourquoi est-ce tu n’as pas fait ça avant ? grommela Javeet.

Nara voulut répliquer quand les buissons les plus proches s’agitèrent. Surgit alors un gigantesque homme Sorcière aux traits sévères. Elle ravala sa remarque et s’avança vers lui avec hésitation. Ses mains larges comme des battoirs lui broieraient les os s’il la considérait comme une menace. Les Gardiens des cercles ne devaient jamais être pris à la légère.

— Qui êtes-vous ?

La question s’éleva, prononcée de sa voix de baryton. Elle couvrait sans problème le vacarme des gouttes d’eau sur les feuilles. Nara, un peu plus confiante, approcha le Gardien et répondit :

— Je suis Nara Tialle, élémentaliste du cercle du fleuve Aïcko. Ce sont mes compagnons de route, Arlam Nessem et Luan Ertolomaï…

Alors qu’elle s’apprêtait à présenter chaque Sorcière qui l’accompagnait, elle marqua tout à coup une pause : comment allait-elle expliquer la présence d’un Homme parmi elles ? Le Gardien ne lui laissa pas l’opportunité de trouver une excuse :

— On m’a prévenu de votre potentielle arrivée. Les Reines m’ont demandé de vous conduire à elles dès que vous vous serez restaurés et reposés.

Nara nota que le visage du Gardien s’était adouci. Il leur lançait à tous un sourire édenté, mais sincère.

— Bienvenue dans le cercle sacré du Bois Refuge.

***

Zylph perché sur son épaule, Arlam marchait à grandes enjambées sur la mousse. Enfin, il retrouvait sa maison ! Dans son cercle d’origine, les arbres gagnaient leurs robes dorées plus tard que dans d’autres régions. Devant ses yeux, leurs feuillages se déclinaient en un somptueux camaïeu de verts. Il regrettait de ne pas pouvoir profiter des jeux du soleil sur les troncs à cause du mauvais temps, mais peu lui importait. Les autres Sorcières préféraient leurs cercles, leurs propres terres promises, mais il admettait ne pas le comprendre : tant de splendeur ne pouvait que revêtir un caractère sacré.

Après des mois de vadrouille, après avoir combattu des Hommes et sauvé des Sorcières, après avoir été blessé, enlevé, battu, il rentrait chez lui.

***

Les gouttes de pluie perçaient le toit de feuilles par endroit et emplissaient l’atmosphère de fraîcheur.

Talleck tentait de maîtriser son souffle, mais à chacun de ses pas grandissait en lui le sentiment de pénétrer dans un lieu sacré. Le Bois Refuge avait bercé son enfance de contes et d’histoires terrifiantes, mais au-delà de ça, il ressentait l’aura de mystère qui régnait parmi ces arbres immenses. Plus surprenant encore, il avait l’impression que les Sorcières à ses côtés y étaient elles aussi sensibles. Si Arlam et Luan étaient ravis de retrouver leur foyer après des semaines de séparation, les autres paraissaient ébahis au fur et à mesure qu’ils s’enfonçaient dans les bois.

— Nous sommes encore à plusieurs heures de marche du cœur du cercle, déclara le Gardien impassible.

Talleck rabattit la capuche de son manteau pour mieux cacher son visage. Il se doutait que le premier imbécile venu remarquerait sa différence, son appartenance à la race des Hommes ; son malaise ne cessait de croître à l’encontre du géant qui les avait accueillis.

Luan jeta un coup d’œil dans sa direction et suspecta son trouble, car elle s’approcha de lui et chuchota :

— Douim est l’un des plus grands bellicistes de notre cercle, mais il est avant tout là pour nous protéger de réelles menaces. Il sera parmi les premiers à nous prévenir si les Hommes veulent nous attaquer.

Talleck lui rendit un pâle sourire, aussi enchaîna-t-elle :

— Je ne pourrais pas te dire s’il connaît ta vraie nature, mais… il n’a pas l’air de s’en inquiéter, si c’est le cas.

Cette fois-ci, le ton enjoué de la petite Sorcière le rassura bien plus que ses paroles. Sa crinière perlée de pluie entourait son visage avec la douceur maladroite qui la caractérisait tant.

***

Tandis qu’ils poursuivaient leur route, les conversations s’amenuisèrent jusqu’à s’éteindre. La nature environnante pouvait enfin s’exprimer : outre les craquements des feuilles et des herbes sous leurs pas, quelques gazouillis d’oiseaux se manifestaient de temps à autre, accompagnés de cris de petits animaux.

Nara remarqua que la forêt grouillait d’abeilles, fait curieux après le déluge des jours passés. Elle ne chercha pas plus loin ; leur bourdonnement chantait à ses oreilles comme une berceuse lancinante à peine étouffée par la pluie.

À deux reprises, ils croisèrent d’autres Sorcières : d’abord un homme accompagné de ses enfants qui leur adressa un bonjour radieux, puis tout un groupe d’élèves de l’académie d’illusionnisme qui s’entraînait loin du cercle.

— Je n’arrive pas à croire que vous veniez enfin chez nous ! s’exclama l’une d’elles, surexcitée. C’est un honneur que de vous recevoir !

Elle fondit sur Nara et lui tendit la main avec un enthousiasme débordant. L’élémentaliste la lui serra avec hésitation puis balbutia :

— M… merci. Je suppose ?

Elle lança un regard confus à Arlam qui haussa les épaules en retour. Le Gardien intervint alors :

— Nous devons rendre visite aux Reines sans plus tarder, je suis sûr que vous comprenez…

Impressionnées, les illusionnistes ouvrirent de grands yeux devant la montagne de muscles et s’écartèrent poliment pour leur laisser la voie libre. Avant qu’elles ne disparaissent entre les troncs et les buissons, Nara entendit l’un d’eux lui lancer :

— J’espère qu’on vous réserve un accueil digne de ce nom !

***

Au bout de quatre heures de marche à travers les bois, Arlam sentit le premier signe de la proximité du cercle : les odeurs de plats épicés flottaient jusqu’à ses narines et emplissaient l’humidité avec délice. Sans même qu’il ne s’en rende compte, un sourire s’était dessiné sur ses lèvres.

Et enfin apparurent les premiers habitarbres.

Les Sorcières découvrirent les larges troncs de ces immenses chênes, qui constituaient le cœur du Bois Refuge. Arlam avait appris que la magie du cercle leur permettait de pousser creux, et en adoptant diverses formes, comme si les arbres eux-mêmes acceptaient que les Sorcières les occupent. Ses consœurs les avaient aménagés, décorés, personnalisés. Il songea au sien, où il allait pouvoir se réfugier après ces dernières semaines éprouvantes.

Les habitations en périphérie appartenaient aux élémentalistes qui avaient choisi de devenir Sylvestres et assuraient la protection du cercle en tant que sentinelles : elles devaient créer d’immenses murailles de terre si les Hommes parvenaient jusque-là. L’illusionniste leva les yeux et esquissa un signe de la main à une Sorcière d’âge mûr qui plissa les paupières pour mieux distinguer leur petit groupe. Elle se précipita soudain sur une cloche de cuivre, qu’elle fit tinter haut et clair deux fois d’affilée.

— C’est pour annoncer notre arrivée. Si le signal est plus long, alors nous savons que nous sommes attaqués, expliqua Arlam devant les mines surprises de Nara et Esra. N’avez-vous pas d’alarme à Aïcko ?

Son amie roula des yeux et son frère répondit, gêné :

— Ça n’a jamais été très efficace.

Personne ne se risqua à faire un commentaire devant l’expression dépitée qu’affichait Nara.

Ils pénétrèrent un peu plus en profondeur dans le cercle. Le ciel gris osait quelques percées entre la canopée des habitarbres. Au-dessus de leurs têtes, des ponts de corde dessinaient un réseau arachnéen. Peu à peu, la pluie s’atténua et de timides rayons de soleil étincelaient sur les gouttes d’eau éparpillées parmi les feuilles.

Arlam se retourna vers ses compagnons de route : Lucanos et Javeet contenaient leur dépaysement, Luan resplendissait de bonheur devant cette scène si familière, mais ce fut la réaction des Aïckois et de l’Homme qui le ravirent le plus.

Ils paraissaient perdus en pleine rêverie. Esra et Talleck pointaient du doigt chaque détail qui les surprenait ou les amusait, et Luan en profitait pour leur faire découvrir ce cercle qui lui était si cher. Quant à Nara, elle tournait sur elle-même, comme hypnotisée par la beauté de la forêt illuminée dans la pluie, et peu à peu un sourire étira ses lèvres. Arlam voulut l’interpeller quand Javeet lança :

— Qu’est-ce qui leur arrive, à tous ces gens ?

Une petite troupe commençait en effet à se regrouper vers eux, comme si la cloche autour du cercle avait attiré tous les curieux du quartier. Leur nombre dépassait toutefois ce qu’Arlam avait pu observer habituellement, dans de telles circonstances.

— Je l’ignore, répondit-il. Mais peut-être aurons-nous droit à une explication.

***

Les Sorcières sortaient de toutes parts : elles surgissaient d’entre les troncs, jaillissaient des habitarbres. Nara crut reconnaître certaines captives de la demeure de Hution. Beaucoup s’étaient interrompues dans leurs tâches quotidiennes pour venir les recevoir, brandissaient encore leurs outils, portaient des uniformes de travail. Des enfants tenaient la main de leurs parents ; des vieillards s’appuyaient sur leurs cannes avec détermination. Certains leur adressaient de grands signes, d’autres sifflaient d’allégresse sur leur passage. Nara comprit soudain le sens de cette scène.

Les Sorcières du Bois Refuge les accueillaient en héros.

Parmi la foule qui s’avançait, on leur portait parfois victuailles et cadeaux, qu’ils refusèrent tous avec politesse. Mais au milieu des festivités, Nara remarqua un couple d’une cinquantaine d’années qui les approchaient d’un air grave. La bouche de l’homme Sorcière tressautait à peine dans un sourire d’encouragement. Sa conjointe, les yeux baissés vers le sol, paraissait sur le point de fondre en larmes. Ses courts cheveux roux, quoique grisonnants, détonaient dans la foule. Nara n’avait rencontré qu’une seule personne avec une chevelure semblable.

Elle effectua les derniers pas qui les séparaient avec hésitation, puis demanda :

— Vous… Êtes-vous les parents de Mezina ?

Dès qu’elle eût ouvert la bouche, les conversations cessèrent autour du groupe de voyageurs. Pas une seule Sorcière n’osa prononcer le moindre mot. Toutes semblaient retenir leur souffle après cette question à la réponse si évidente.

Le mari acquiesça avec un faible sourire tout en agrippant les épaules de sa femme. Au milieu du silence, entourée de l’aura de la pluie ensoleillée, Nara s’inclina dans une révérence profonde, respectueuse.

— Je vous demande pardon, murmura-t-elle, la gorge nouée.

Après quelques secondes qui semblèrent durer une éternité, elle se redressa et tendit sa main vers le couple de Sorcières.

À cet instant, la mère de Mezina Meroaï leva enfin son regard vers l’élémentaliste.

La violence de la gifle qu’elle lui asséna fit vaciller Nara.

Elle écarquilla les yeux, blessée et surprise. Monsieur Meroaï tentait de retenir son épouse qui, hors d’elle, fulminait et crachait à l’attention de l’Aïckoise :

— Comment avez-vous pu entraîner notre fille dans votre cause insensée ? Comment avez-vous pu la laisser se faire tuer ? Et vous souhaitez recommencer ? Encore et encore ? Voir des jeunes Sorcières mourir pour vous !

— Yrrin…, intervint son mari avec douceur.

— Mezina était jeune et pleine de vie ! Mais à cause de vous, elle… !

Les pleurs brisèrent sa voix. Nara voulut se défendre, expliquer les circonstances de la mort de Mezina, que la fille de ces deux Sorcières avait péri afin de libérer ses consœurs. Mais une boule serrait sa gorge et broyait son cœur au simple souvenir de la lance fichée dans la poitrine de son amie.

La jeune femme s’inclina, plus bas encore, incapable d’adopter une autre attitude.

Perdues parmi la pluie, des gouttes tombèrent sur le sol du Bois Refuge. Le tumulte qu’elles provoquèrent en Nara ressemblait à un séisme : ses larmes s’égaraient dans ses cils carmin, puis s’en décollaient pour enfin rejoindre la terre.

Monsieur Meroaï parvint peu à peu à calmer sa femme qui sanglotait entre ses bras. Ils s’éloignèrent parmi l’assemblée, bientôt parcourue de murmures. Nara suivit le couple des yeux jusqu’à ce qu’ils disparaissent dans la foule.

— Ça va, Nara ? susurra Arlam.

— T’en fais pas, je…

Ses mots restèrent en suspens. Au milieu des Sorcières du Bois Refuge, elle était persuadée d’avoir vu passer de larges boucles rousses.

***

Au fur et à mesure qu’ils s’enfonçaient dans le cercle, Luan donnait des anecdotes sur tel ou tel lieu. Ils passèrent certains quartiers qu’elle ne connaissait qu’approximativement avant d’atteindre ceux qui abritaient son école, et les lieux de vie qui avaient bercé son enfance.

— C’est ici que vivaient les parents d’Arlam avant de partir pour Itera avec les miens ! s’exclama-t-elle lorsqu’ils passèrent non loin d’un chêne décoré de peinture violette et bleue.

— Et depuis combien de temps est-ce qu’il s’occupe de toi maintenant ? demanda Talleck en toute innocence.

Le visage de Luan s’assombrit lorsqu’elle répondit :

— Un peu plus de quatre ans… J’avais onze ans quand il a commencé à m’amener à l’académie de bellicisme. Ma sœur était déjà partie depuis plus d’un an.

Un silence surpris accueillit cette déclaration, accompagné d’un raclement de gorge peu discret de la part d’Arlam. Ce fut Esra qui osa poser la fâcheuse question :

— Tu as une sœur ?

La petite Sorcière la balaya d’un geste de la main et se précipita entre les grands chênes avec gaieté, avant de s’écrier à tue-tête :

— Nous allons bientôt arriver chez Arlam, dépêchez-vous, son habitarbre est assez particulier, vous allez voir !

Son cousin haussa les épaules et lui emboîta le pas avec assurance. L’aînée de Luan, Marstyn, n’avait pas jugé bon d’accepter ses responsabilités d’héritière, ni de sœur. Arlam lui portait une certaine rancœur et elle s’en voulait de l’avoir mentionnée de façon si désinvolte.

Javeet trébucha sur une racine et poussa un juron qui la sortit de ses pensées et tira des éclats de rire de la part de ses compagnons, même du Gardien qui les accompagnait toujours.

Luan observa les nombreuses Sorcières qu’ils croisaient. Jamais elle n’avait imaginé que l’action de Nara à Froidelune aurait de telles répercussions. Partout où elle se rendait, à l’exception de quelques attitudes suspicieuses, on lui offrait un salut des plus respectueux et de nombreuses Sylvestres essayaient de lui remettre en main propre des cadeaux de toutes sortes. Chaque fois, Nara les refusait avec gêne. La rencontre avec les parents de Mezina l’avait ébranlée.

— La plupart des Sorcières que tu as libérées de la demeure de Hution Rerus venaient du Bois Refuge, rappela Luan.

— Oui, j’en ai vu certaines, tout à l’heure, mais…

L’élémentaliste afficha une grimace dubitative, aussi la belliciste poursuivit :

— Elles ont dû raconter tout ce qu’il s’est passé là-bas, et crois-le ou non, ça a fait sensation. Les Reines veulent te rencontrer, ça n’est pas rien.

— Les Reines ? demanda alors Talleck. Je croyais que chaque cercle était gouverné par une seule Sorcière et que tous les cercles étaient sous la direction de l’Impératrice.

— Je suis surpris que tu saches cela, releva Arlam. Le Bois Refuge est un cas particulier. Il s’agit du plus grand cercle au monde, plus grand encore que l’Archipel de Pzerion, notre capitale, si on peut appeler ça comme ça. Ici, nous prêtons serment à deux Reines qui proviennent de la même famille. La première est une illusionniste, Mireth, la seconde est belliciste et se nomme Caronn. Et je crois qu’il n’y a pas deux Sorcières plus différentes l’une de l’autre.

— J’ai tellement hâte de rencontrer la Reine Caronn ! lança Luan avec engouement. Son style de bellicisme novateur est enseigné par nos professeurs. C’est si fluide, je n’avais jamais vu ça. Et on dit qu’elle le maîtrise avec une adresse ahurissante !

— Vous ne connaissez pas vos Reines ? s’étonna Esra.

— C’est plutôt étrange qu’on connaisse si bien la nôtre en fait, fit remarquer sa sœur. Il n’y a qu’à Itera que ça doit être comme chez nous, peut-être.

Luan comprit enfin d’où venait le comportement si familier des Aïckois : dans un cercle aussi petit que le leur, on ne voyait pas l’intérêt d’une hiérarchie inflexible.

Le Gardien posa soudain son énorme main sur l’épaule de Nara.

— À ce propos, vous êtes attendus par nos Reines au plus tôt. Vous pouvez bien entendu vous reposer quelque temps chez notre frère Arlam, mais ne tardez pas trop. Vous risqueriez d’être mal vues.

— Ne vous en faites pas, le rassura l’élémentaliste, j’ai bien l’intention de leur rendre visite dès que j’aurai posé mes affaires.

Le groupe arriva enfin au cœur même du cercle après une longue marche entre passerelles et troncs massifs. Arlam et Luan les menèrent sans hésitation vers un habitarbre de taille moyenne décoré de motifs bigarrés : des petits caméléons paraissaient se balader sur le chêne et tirèrent un sourire complice aux deux cousins. La porte circulaire qui permettait l’accès à sa maison se situait à trois mètres du sol et ne laissait aucun doute quant à la façon de l’atteindre : il fallait y voler.

— Heu…, susurra timidement Talleck à l’oreille de Luan. Je suis un Homme, je vous rappelle.

— Ne t’en fais pas, rit-elle. On t’enverra une échelle de corde dès qu’on sera rentré.

— Une corde ?

— Oui, je n’ai le droit de voler que depuis six mois, répondit-elle sur le ton de l’évidence. Comment tu crois que je faisais avant ça ?

La belliciste s’empara de son artefact, posa les pieds sur les disques d’argent et décolla vers l’entrée. Elle appuya sa main sur le battant de bois incrusté dans l’écorce ; des petites échardes la chatouillèrent et cherchèrent à se planter dans ses doigts. Luan soupira d’aise à ce contact familier et rude, ce bois qu’elle avait espéré toucher chaque jour pendant les semaines qu’avait durées son périple.

Lorsqu’elle poussa la porte, elle retrouva enfin la pièce à vivre, plongée dans l’obscurité. Le parfum ambré d’Arlam l’embaumait depuis des années et la rassurait dès qu’elle pénétrait chez lui. Elle distingua le fauteuil dans lequel elle s’était avachie plus d’une fois après une épuisante séance d’entraînement, ainsi que la table où elle et son cousin avaient partagé tant de repas. Luan sortit de sa rêverie et lança le cordage au pied de l’arbre.

— Allez, montez ! Vous allez voir à quoi ressemble la maison d’un illusionniste qui passe son temps la tête dans des bouquins !

***

Talleck n’en revenait pas.

Assis sur un coussin dans le salon circulaire, le jeune garde restait muet tandis que ses yeux dévoraient le spectacle qui l’entourait. De magnifiques écritures recouvraient les murs de bois aux tons chauds : les lettres gravées déroulaient des poèmes, des légendes, des contes dont Talleck ignorait l’existence. De nombreux passages échappaient à sa compréhension : il s’agissait de mots ou de références qui devaient appartenir à la culture sylvestre.

Jamais il n’avait imaginé qu’un jour il voyagerait en compagnie de Sorcières sans avoir à craindre pour sa vie. Mais plus encore, même dans ses rêves les plus fous, jamais il n’avait songé qu’il pénétrerait dans la maison de l’une d’elles, et certainement pas en tant qu’invité.

Le contraste avec son propre foyer le frappait au creux de l’estomac, les couleurs envahissaient ses pupilles et réchauffaient son cœur soudain opprimé par un étrange mal du pays.

***

Nara peinait à masquer sa nervosité. Ses pieds tapaient le plancher de l’antichambre de la salle du trône avec frénésie et Arlam dut lui jeter un regard assassin pour qu’elle cesse.

— Ne la ramène pas trop.

Surprise d’entendre ces mots, Nara se tourna vers son ami, abasourdie.

— Comment ça ?

— Tu sais bien. Tu as tendance à être trop frontale, notamment lorsque tu es sous pression.

L’élémentaliste afficha une grimace et répondit :

— Tu m’aides pas vraiment là.

Le silence retomba dans la pièce. Douim ne leur avait pas accordé un long repos : il avait insisté pour que Luan, Nara et Arlam, qui avait laissé Zylph chez lui, l’accompagnent jusqu’au grand habitarbre où vivaient les Reines entre deux conseils du cercle. Vexée de ne pas être conviée à la place de l’adolescente, Lucanos avait menacé d’incendier le salon d’Arlam en laissant échapper quelques flammes de colère.

Au bout d’une demi-heure d’attente, l’Aïckoise avait commencé à trépigner tandis que Luan, imperturbable, avait gardé les yeux fermés.

— Tu vas rencontrer la Reine Caronn, Luan ! s’exclama son cousin. Ton rêve se réalise et pourtant tu es si… calme.

La jeune belliciste voulut l’ignorer, mais son visage trahissait son envie de répliquer. Elle finit par pousser un profond soupir et regarda Arlam, l’air consterné.

— T’y connais rien en astralisme, n’est-ce pas ? J’essaie de méditer. Sinon je vais perdre mes moyens.

Un rire communicatif s’échappa des lèvres d’Arlam et contamina bientôt les deux autres Sorcières, trop stressées pour tenter de le réprimer. Enfin, un petit homme Sorcière tout ridé vint à leur rencontre pour leur énoncer les règles à respecter durant leur entrevue avec les Reines :

— Ne vous approchez pas à moins de quinze pas, vous pourriez avoir de sérieux ennuis. Et ne pratiquez pas la magie, à moins qu’elles ne vous l’ordonnent.

Ils acquiescèrent en silence et le suivirent. La salle du trône, en forme de cercle parfait, profitait d’une lumière chaude, tamisée grâce aux vitraux encastrés à même le tronc. Des motifs réguliers de losanges et de pois avaient été peints sur le bois dans des tons verts et violets du tapis. Quatre bellicistes entouraient les Reines de chaque côté, prêtes à intervenir en cas de besoin.

Au fond de la pièce, deux Sorcières étaient assises sur leurs confortables sièges sculptés dans le chêne, agrémentés de coussins moelleux. Nara contempla les deux Reines du Bois Refuge, perplexe : de l’apparence à l’attitude, tout semblait les dissocier. Une jambe sur l’accoudoir, occupée à tresser ses courtes boucles brunes, la première ne prêta pas attention à leur arrivée. La seconde se tenait quant à elle bien droite et sa longue chevelure blonde entourait son visage de poupée au regard de jade.

— Nara Tialle, déclara Mireth d’une voix douce, nous vous souhaitons la bienvenue et vous accueillons ici comme une sœur.

L’autre Reine, Caronn, leva enfin le nez de son ouvrage capillaire et leur adressa un signe de la tête sans pour autant changer de position.

— Nous vous la souhaitons, soupira-t-elle avec lassitude. Et nous sommes surtout ravies de voir nos sœurs revenir parmi nous.

Arlam et Luan échangèrent un bref regard et avancèrent lentement vers leurs souveraines. Nara se mordit la lèvre inférieure et tenta de se remémorer ce que lui avait expliqué son ami : Caronn, la belliciste, avait pour réputation de ne pas prêter attention aux affaires du cercle, en apparence. Mireth, l’illusionniste, passait pour la digne descendante de sa mère et régnait déjà avec sagesse.

Nara fut malgré tout surprise de découvrir deux Reines si jeunes : Mireth paraissait à peine plus âgée qu’Arlam tandis que Caronn approchait de la trentaine. Elle trouva aussi une certaine ressemblance physique entre Luan et la souveraine illusionniste, à tel point qu’elle aurait été prête à parier qu’elles possédaient un lien de parenté.

Caronn se redressa un peu et daigna enfin leur accorder un semblant d’attention. Deux yeux couleur émeraude se braquèrent sur l’élémentaliste quand elle poursuivit :

— Nous avons eu vent de vos exploits dans la ville humaine de Froidelune. Je dois dire que nous avons été à la fois impressionnées et… inquiètes.

Arlam lança un regard affligé à sa consœur, mais celle-ci se retint de lui rendre. Elle redoutait la réaction des Reines autant que lui et préféra garder le silence tant qu’elle n’avait pas été invitée à s’exprimer. Devant l’air mi-sévère mi-indifférent de la Reine belliciste, elle concentra son attention sur Mireth. Cette dernière, les paupières closes, opinait vaguement sans prononcer un mot.

— Nous pensons que vous devez justifier votre comportement auprès de la Reine Izor, au cercle d’Aïcko, continua Caronn. Mais avant cela, expliquez-nous ce qui vous est passé par la tête.

Le ton grave de la Reine contrastait avec son apparence colorée et juvénile. Nara déglutit avec peine et avança pour mieux distinguer le visage des souveraines. Seuls vestiges de leur parenté commune, leurs yeux verts la jaugeaient avec majesté. Bien qu’elles soient à peine plus vieilles qu’elle, Nara se sentit plus intimidée face aux altesses sylvestres que devant sa propre Reine, qui était pourtant une femme d’âge mûr doublée d’une redoutable élémentaliste.

Nara s’éclaircit la gorge, bien décidée à ne pas se laisser impressionner, avant de déclarer, la voix ferme :

— Majestés, si je suis devant vous aujourd’hui, ce n’est pas pour vous expliquer les raisons qui m’ont poussée à agir comme je l’ai fait. Je ne vois pas pourquoi j’aurais à expliquer ma volonté de venir en aide à nos consœurs, retenues prisonnières par un Seigneur humain qui leur a fait subir les pires tourments.

Elle devina Luan et Arlam qui manifestaient leur consternation, en attente de l’ire de Caronn et Mireth. Mais elles gardèrent le silence et leurs expressions demeurèrent neutres. Après une pesante minute durant laquelle la confiance de Nara vacilla, la Reine belliciste s’esclaffa.

— Vous n’avez pas votre langue dans votre poche vous ! lança-t-elle entre deux éclats. J’apprécie votre franc-parler, et je suis sûre que c’est aussi le cas de Mireth, mais comprenez que nous craignons des représailles.

Confuse face à une telle réaction, Nara la contempla sans savoir quoi répondre. Arlam se plaça à ses côtés et lui tapota le dos afin de la rassurer.

— Le Seigneur Hution Rerus ne porte aucun intérêt à l’origine des Sorcières qu’il gardait prisonnières, vos Majestés. Il va vouloir chercher ses favorites, mais je doute qu’il engage une armée pour nous attaquer. Cependant, je pense que vous devriez écouter l’idée que Nara souhaite vous soumettre.

Si l’Aïckoise fut agacée d’entendre son ami reprendre ses vieilles habitudes oratoires, elle apprécia néanmoins qu’il la tire de cette posture inconfortable. La Reine Mireth se leva pour s’approcher de ses sujets avec des petits pas silencieux. Nara la dépassait d’une dizaine de centimètres, toutefois l’impression de pouvoir et de calme qui se dégageait de la souveraine ne laissait aucun doute sur sa position dominante.

Incertaine quant à l’attitude à tenir face à la Reine, Nara voulut esquisser un mouvement de recul, mais Mireth la stoppa d’un geste de la main.

— Nous vous écoutons, déclara-t-elle.

L’élémentaliste inspira profondément pour trouver le courage d’exposer ses intentions aux deux personnes les plus puissantes du cercle.

— Majestés, je souhaite rallier toutes les Sorcières sous une même bannière, mettre fin au manque d’union entre nos communautés. Je veux que toutes ensemble, nous allions combattre les Hommes.

***

La déclaration de Nara désarçonna Caronn et Mireth, qui échangèrent un regard perplexe.

— Est-ce que c’est une plaisanterie ? s’enquit enfin la Reine belliciste.

Sa voix partait dans les aigus et son visage se crispait au fur et à mesure qu’elle intégrait les paroles de l’élémentaliste. Luan observa son idole un instant. Depuis qu’elle avait mis les pieds dans la salle du trône, une désagréable sensation de vide grandissait en elle. La déception. Elle avait toujours vu en sa Reine un personnage fantasque, haut en couleur. Elle découvrait une femme imbue d’elle-même et méprisante.

— Laisse-la s’exprimer, soupira Mireth. Je souhaite entendre tout ce qu’elle a à nous dire.

Anxieuse, Luan se tourna vers Nara. Son visage, déjà pâle d’ordinaire, avait encore blêmi et ses cicatrices ressortaient davantage. La petite belliciste l’encouragea d’un signe de tête et elle répondit à la Reine :

— Vous devez savoir qu’au cercle d’Aïcko, les Hommes nous attaquent souvent. Ce ne sont parfois que des Chasseurs isolés, mais nous avons aussi subi des assauts de l’armée pressicane…

— Poursuivez, lui ordonna Mireth d’un ton calme.

— J’ai pu voir à Froidelune que de nombreuses Sorcières retenues captives venaient de votre cercle, pourtant assez éloigné de cette ville.

— Oui, et nous vous remercions de les avoir libérées, la coupa Caronn. Mais cet acte était insensé.

Mireth lui lança un regard sévère pour lui intimer le silence puis se retourna vers Nara et la poussa à continuer.

— La chasse aux Sorcières est un fléau que nous subissons toutes depuis près d’un millénaire. Et nous sommes incapables de réagir de façon correcte parce que nous ne sommes pas unies et que nous attendons de nous faire attaquer pour oser nous défendre. Je pense que l’idée d’une union des cercles n’a rien d’absurde. Et provoquer une guerre contre les Hommes non plus, étant donné les pouvoirs que nous possédons.

Luan fut persuadée que Nara regrettait d’avoir prononcé ces mots. Un regard vers son cousin lui révéla qu’il se mordait la lèvre dans l’attente de la réponse des Reines. Une ombre passa dans ses yeux ; inutile de s’interroger, il songeait à sa capture, de l’exécution dont il n’avait réchappé que de justesse. L’élémentaliste, quant à elle, tentait de garder une expression impassible, mais les gouttes de sueur qui perlaient à son front en disaient long sur son appréhension.

Mireth retourna sur son trône d’un pas tranquille, déroutant. Luan savait qu’elle avait déjà vingt-six ans, mais elle en paraissait cinq de moins et sa petite taille accentuait encore ce côté juvénile.

— Je pense que cette idée mérite considération.

Médusée, Luan contempla sa Reine, bouche bée. Elle ne fut pas la seule : Nara et Arlam échangèrent un regard interdit, tant voir Mireth convaincue si promptement les interloquait. Mais Caronn confirma les doutes de la petite belliciste. Elle se redressa brusquement sur son trône, les yeux écarquillés, et poussa un hoquet significatif :

— Comment ?

— Tu m’as parfaitement entendue, chère cousine.

Le calme et la tempête s’affrontèrent sans un mot durant quelques secondes.

— Mireth, tu… tu n’es pas sérieuse j’espère, susurra enfin Caronn.

— Si. Je pense que nous nous voilons la face depuis assez longtemps. La présence de Nara Tialle prouve bien qu’il est possible d’agir. En tant que souveraines, c’est à nous de protéger les Sorcières. Et puis, ne nous moquons pas du monde : la plupart de nos citoyennes qui sont faites prisonnières n’ont pas la « chance » d’atterrir à Froidelune. En majorité, elles finissent entre les mains des Prêtres. J’en suis bouleversée. N’est-ce pas également ton cas ? Je ne dis pas que nous devrions foncer tête baissée, mais y réfléchir me paraît sage.

Les sourcils de Caronn étaient si froncés que Luan ne distinguait plus ses paupières. Dans un mélange d’incompréhension et de colère, elle foudroyait Mireth du regard. Cette affaire n’avait à l’évidence jamais été évoquée, et il transparaissait chez elle un sentiment de trahison soudaine. Quand elle constata que deux de ses sujets et une Aïckoise avaient les yeux braqués sur elle, la Reine retrouva une contenance. Elle s’éclaircit la gorge et déclara :

— Pour accepter l’idée… incongrue de Nara Tialle, nous devons être d’accord avant d’en discuter avec les sages des grandes familles du cercle. Or…

Luan perçut la respiration sourde de Nara, qui ferma les poings avec nervosité.

— …je refuse. Toute cette histoire est complètement insensée. Je crois que vous devriez déjà vous considérer chanceuse de ne pas être une Sylvestre, sans quoi j’aurais demandé à ce que vous soyez punie. Cette fois-ci, votre plan a fonctionné, mais la suivante, il mettra sans doute notre cercle en péril. Ne cherchez pas à insinuer vos idées venimeuses dans les têtes de nos citoyennes. Vous pourriez le regretter.

Mireth soupira discrètement, désolée. Caronn ne le remarqua pas et clôtura l’entrevue d’une voix sèche :

— Maintenant, veuillez disposer, ma consœur et moi-même avons d’autres devoirs qui nous appellent.

***

La nuit avait chassé les nuages au-dessus du cercle du Bois Refuge. La quiétude qui s’était emparée de la faune sylvestre contrastait avec la fébrilité qui animait ses habitants. Les rumeurs de l’arrivée de Nara et de son entrevue avec les Reines étaient sur toutes les lèvres. Partout où elle se rendait, impossible pour l’Aïckoise de passer inaperçue : les Sorcières locales savaient qu’il leur suffisait de chercher une jeune femme rousse avec des cicatrices au visage.

Épuisée par leur périple et encore remuée par les déclarations des Reines, elle s’était réfugiée près de l’étang de Nofle, en périphérie du cercle. Ses pieds nus s’enfonçaient dans la terre mêlée de sable et de temps à autre, l’eau venait lui lécher les orteils. Ces caresses l’apaisaient à peine.

— C’est donc là que tu te caches.

Nara sursauta en entendant la voix suave de Lucanos. Elle fut tout d’abord surprise de constater que l’arcaniste se déplaçait de façon aussi discrète dans la forêt, avant de comprendre qu’elle manquait d’attention, à force d’être obnubilée par les derniers événements.

— Quelque chose me dit que tu ne vas pas recevoir l’aide que tu espérais de la part du cercle du Bois Refuge.

— Non…, soupira l’Aïckoise. Pourtant les Sylvestres avaient l’air enthousiastes.

Lucanos s’approcha d’elle et s’accroupit devant l’étang. Nara découvrit qu’elle ne portait pas de masque. Son affreuse cicatrice luisait sous la pâleur de la lune et sa bouche délicate s’étirait en un rictus.

— Tu sais très bien que tu as besoin du soutien des Reines pour poursuivre ton objectif. Sois un peu honnête, tu n’y croyais pas vraiment.

Une fois encore, Nara sentit monter la désagréable sensation que l’arcaniste lisait en elle comme dans un livre ouvert. Elle voulut se défendre, mais cette dernière enchaîna :

— Alors maintenant, fini de jouer. J’en ai entendu des histoires à dormir debout dans ma vie. Si tu savais quel genre d’idiotes ont été retenues captives chez Hution avant qu’il ne se lasse de leurs divagations et ne les fasse exécuter.

Elle posa ses grands yeux noirs sur l’eau tranquille puis s’empara d’un caillou à ses pieds et l’y jeta. Irritée, l’élémentaliste lui adressa un regard réprobateur.

— Je suis venue ici pour être au calme. Pourquoi tu me suis ?

— Pour que tu me révèles ce que tu veux vraiment.

La bouche sèche, Nara resta silencieuse durant de longues secondes. Malgré son visage sérieux, sa respiration s’emballa, ses mains se crispèrent. Comment pourrait-elle divulguer son but à qui que ce soit ? Personne ne la prendrait au sérieux, on risquait même de l’envoyer à Erroubo pour la laisser aux bons soins des alchimistes.

Elle ne pouvait pas le dire, c’était inconcevable. Un mythe, une légende. On la croirait folle.

Mais les mots s’échappèrent de sa gorge sans qu’elle ne puisse les retenir :

— Je suis à la recherche de l’Arbre de Feu.

Commentaires

J'adore le Bois Refuge :)
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lundi 24 août à 11h51
J'aime beaucoup les descriptions du Bois Refuge et de l'habitarbre d'Arlam ! Et donc, va-t-on en savoir plus sur ce mystérieux Arbre de Feu ?
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jeudi 21 janvier à 21h27
Un chapitre très visuel, j'avais vraiment l'impression d'y être ! Et ces deux Reines si différentes physiquement et dans leur tempérament, encore une belle idée. Hâte d'en apprendre plus sur l'Arbre Feu à présent. A bientôt !
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mardi 20 juillet à 19h42