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Julien Willig

vendredi 5 juillet 2019

Sous des milliers de soleils, I - Ocrit

Annexe : Codex Obscurien (À boire et à manger/De l’art du bal et de l’effigie/Jeux et musique)

À boire et à manger.


Voici un passage que vous attendiez avec impatience : il y est question des différents mets avec lesquels vous pourriez vous sustenter, ainsi que des boissons à votre disposition.


1. Fruits et légumes

- La lamiacette est une fleur parfumée, à la fois âpre et sucrée. La rouge est la plus corsée, elle s’exploite en vinaigre ou pour la préparation du cocktail « sang de dragon ». La bleue donne un vin gouleyant, riche et suave, à la somptueuse robe indigo.

- Une velambre est une petite boule blanche, sans réelle valeur nutritionnelle ; elle permet de garnir un plat en sauce pour y ajouter de la consistance grâce à sa texture élastique.

- Le corinthe est un long légume pouvant présenter une large palette de couleurs, selon les endroits où elle pousse. Sèche et creuse, elle doit être bien cuite, parfois grillée, pour révéler son arôme.

- Une prisure est un petit fruit acide, orange. La meilleure façon de la conserver est de l’immerger dans un bocal de vinaigre de lamiacette : on l’utilise ainsi pour confectionner le sang de dragon.

- Le courignon est une grande courge oblongue et gorgée d’eau, d’une teinte violette.


2. Plantes et substances

- La fleur de chimère est une plante que les paysans, dans les villages les plus reculés, considèrent comme médicinale. Les gens civilisés, eux, la savourent en infusion ; ses bouquets odorants, aux pétales crème, sont également appréciés.

- Le servalon est une céréale très réactive à la lumière d’Ocrit, et qui ne nécessite que peu d’eau. Elle se cultive donc en masse et se décline en de nombreuses exploitations – les esprits simples ne manquent pas d’y voir là le moyen de brasser de la bière à peu de frais.

- Le pimin est un arbre solide et riche en sève, laquelle donne un miel tout à fait savoureux.

- Les épices de Sevöha sont des herbes employées tant pour la cuisine que pour les infusions – neutres, elles se marient aussi bien avec le salé que le sucré.

- Ces différentes plantes permettent aux plus pauvres de confectionner une bouillie, avec des céréales de servalon écrasées dans de l’eau ou du lait. Les jours fastes, certains y ajoutent des graines de vélambre.


3. Viandes

- Les tranches de vermal à dents de sabre sont très fortes en goût, épaisses et généreuses. Tout comme sa chasse, l’on prétend que sa dégustation se mérite, tant sa viande semble se défendre même dans l’assiette.

- La thorée est plus tendre, bien que moins remarquable – il s’agit surtout d’une viande du quotidien. Seul le thoriné attire réellement les papilles, même si les oreilles de la mère peuvent se confire pour donner une friandise sucrée.

- Le gallinet, une fois déplumé, offre une viande blanche qui s’accorde facilement avec toutes les saveurs. L’unique difficulté réside dans le partage des parts : choisirez-vous un bon morceau de chair, ou une peau bien grillée ?

- Le scrofineux est un suidé dont la chair, grise, se mange bien cuite. Elle distille un arôme graisseux embaumant le plat, ainsi qu’un sel naturel – attention à bien doser vos épices.

- Les dansepieds rouges sont chassés pour leurs tentacules. Mets fins, ils se dégustent mieux sans assaisonnement, parfois même sans accompagnement. Leur chair est également très accommodante, puisqu’elle se consomme aussi bien grillée qu’à peine cuite.




De l’art du bal et de l’effigie.


Les principales festivités cycliques sur Ocrit sont les Nuits du Messager. Elles s’étendent sur toute la durée de l’ultime révolution, la soixante-sixième, et sont prétexte à des effusions de joie et d’amour entre les sujets, tolérées et même encouragées car il s’agit, avant tout, de rendre hommage à la mémoire et à l’esprit de notre Seigneur-guide.


1. Déroulement des festivités

Lors des Nuits du Messager, les rues et les habitations sont chargées de lanternes colorées et de guirlandes rouges et blanches. Des chandelles scintillent – elles sont privilégiées aux lampes électriques, pour approcher l’humilité avec laquelle le Messager se dévoua pour nous. Les artisans et les restaurateurs, ainsi que les amateurs souhaitant se joindre à eux, exposent leurs confections sur des étals disposés dans les allées. Les sujets peuvent y acquérir nombre d’effigies du panthéon obscurien, notamment des statuettes, mais principalement des masques.

Ces déguisements sont l’essence même des Nuits du Messager : si Le montrer, Lui, est prohibé, il est coutume pour les sujets de se grimer en la divinité de son choix. Ainsi, ils jouissent de la fête en tout anonymat, drapés dans des capelines blanches, les « manteaux du soir », dansant sur les pistes au rythme de la musique et se mêlant aux autres créatures de Lumière.

L’utilisation d’une effigie n’a rien d’anodin pour les Nuits du Messager, aussi voici le statut et la représentation du panthéon ocritien.


2. Les trois déesses

Kosteth est la déesse de la terre, et la jumelle d’Ylüne. Ses couleurs sont le rouge et le blanc et elle représente le soin. Ses attributs sont la toge et la Main ouverte. Porter son masque montre la volonté de se détendre et de profiter du moment – c’est pour cela, ainsi que pour ses propriétés terrestres, que les couleurs de Kosteth sont traditionnellement adoptées pour les festivités, bien que les communautés soient autorisées à représenter les teintes d’une autre divinité.

Ylüne est la déesse du feu, et la jumelle de Kosteth. Ses couleurs sont le noir et l’orange et elle représente la guerre. Ses attributs sont la toge et le Casque du croissant retourné. Porter son masque signifie la recherche d’amusement intense.

Zvat est la déesse de l’eau. Ses couleurs sont le turquoise et le doré et elle représente la foi. Elle est représentée nue, sans organes sexuels, et souriante. Porter son masque identifie un jeune parent, ou un parent en devenir – les femmes enceintes l’affectionnent particulièrement.


3. Les trois intendants

Pitamn est l’intendant silencieux. Ses couleurs sont le violet et le rose et il représente l’accueil. Son attribut est la capuche, qu’il garde sur la tête. Porter son masque montre le vœu de serviabilité et de retrait.

Sorkat est l’intendant errant. Ses couleurs sont le blanc et le jaune et il représente l’inconnu. Ses attributs sont la cape et le masque. Porter son masque montre une attention volage – notez qu’il est souvent représenté dans le panthéon au côté des déesses, par sa nature aventureuse, et vous aurez une bonne idée du comportement des sujets adoptant son apparence.

Nephel est l’intendante traîtresse. Elle n’est jamais représentée qu’à la suite de procès pour crime grave, où l’accusé est reconnu coupable – il est alors couvert de chaînes rouillées. Nephel est évidemment absente des Nuits du Messager, et prononcer son nom peut faire écoper d’une amende s'il parvient aux oreilles de l’autorité.




Jeux et musique.


Vous imaginez bien qu’une multitude de jeux et d’activités émergèrent et se répandirent à la surface d’Ocrit. Ce peut être là l’expression d’un vœu d’évasion passagère pour les ouailles, ou un divertissement raffiné chez les bien nés. J’ai donc privilégié la présentation des amusements les plus connus.


1. Jeux de cartes

De nombreux jeux à base de cartes naissent et meurent sur Ocrit. Le set traditionnel se nomme Phalangin : il se compose de quarante-huit cartes, divisées en quatre « familles », dont les cartes ont une valeur croissante. Le nom des familles est basé sur celui des segments cycliques utilisés en datation : Shesh, Psi, Kamet et Onah. Les valeurs des cartes vont d’Une à Onze, classées en trois phalanges de valeur, avec en plus la carte Légende qui donne son blason à chaque famille : le vermal vert de Shesh, le vorcin pourpre de Psi, le lithodactyle d’argent de Kamet, et la luciole d’or d’Onah.

Plusieurs jeux sociaux peuvent être joués avec le Phalangin, dont l’Inquisition, la Course Sectorielle, la Révérence, ou encore des jeux d’enchères comme le Reliquaire ou l’Encensoir. Il existe également d’autres types de sets, comme le Panthéon qui permet de jouer à plusieurs tarots. Bien sûr, bien des jeux utilisent leurs cartes spécifiques, mais ils sont trop nombreux pour être observés en détail.


2. Jeux de plateau

L’histoire d’Ocrit est dense et donne lieu à quantité d’adaptations. Les jeux de plateau sont un bon moyen pour les sujets de se divertir tout en enrichissant leur ancrage dans la voie du Messager, et l’Obscurie favorise ces distractions par rapport à d’autres, bien moins constructives – quels intérêts les rustres voient-ils dans les beuveries incessantes ou la musique grasse, je me le demande. Ainsi, l’Exode est un jeu de hasard et d’adresse basé sur un système de dés, dans lequel les joueurs tâchent de sauver un maximum de sujets fuyant Nephel pour investir l’étoile-sanctuaire. Les Cinq Tours, un jeu de rôle inspiré de l’hérésie du même nom, met en place une équipe de plusieurs joueurs représentant les troupes de l’Obscurie : leur objectif est de mettre fin aux agissements de la prêtresse dissidente et de ses séides, en faisant face aux nombreux dangers déployés par un maître de jeu pouvant se montrer particulièrement retors. L’Amasse-picailles est un jeu humoristique à base de jetons et de cartes, proposant aux joueurs de s’enrichir le plus vite possible en appauvrissant leurs adversaires ; malgré les critiques du clergé, il semblerait que cet amusement ne suscite pas l’avidité des sujets.


3. La thorée-cordière

Je ne pouvais manquer d’évoquer ce tristement célèbre jeu d’adresse. La thorée-cordière prend pour thème le martyr de l’évêque Malone, un haut fonctionnaire kérubin capturé par de vils paysans, et attaché à une thorée au bout d’une corde ; l’animal fut lancé au galop, le malheureux évêque fut traîné sur les pavés grossiers d’un village de campagne jusqu’à ce que la corde rompe – il était mort bien avant. Comble de l’abject, les sujets auraient parié sur celui qui réussirait à rattraper la thorée, tous à dos de péricabile. Vous comprenez donc l’origine blasphématoire qui rend cette activité si méprisable.

Le jeu peut se pratiquer sur une table, un plateau de jeu, ou même le sol nu. La thorée-cordière repose sur un petit mécanisme appelé le « lien ». Ce boîtier, aussi gros qu’un poing fermé, fait tourner en spirale une cordelette dotée d’un anneau à son extrémité, ainsi que d’une bille pour donner du poids. Le but est pour les joueurs de planter un couteau dans l’anneau, pour tirer la cordelette afin qu’elle se détache du « lien ». Les joueurs peuvent insérer des picailles dans une fente de la machine, provoquant le raccourcissement ou l’allongement de la corde pendant le jeu dans l’objectif de gêner les autres. Celui qui déchausse la cordelette emporte la mise.

C’est un jeu de voyou, le genre de jeu de hasard que l’on pratique dans les tavernes : il n’est pas recommandé aux gens respectables.


4. Courses et combats animaliers

Cette catégorie est simple, toutes les informations sont dans le titre. De grandes courses ont lieu dans les régions dégagées de certains Secteurs, profitant de longues pistes tracées dans les steppes ou les déserts. Les péricabiles sont les animaux favorisés pour ce sport, et s’y révèlent très efficaces. Malheureusement, ces pratiques font des Gargoules les chevaucheuses privilégiées, grâce à leur petite stature, ce qui éloigne les plus faibles du dogme et de la vocation cléricale. De plus, ces courses sont entretenues et motivées par des actes moins charitables encore : les paris. Honnis soient les sujets qui s’enrichissent ou se ruinent en spéculant sur la victoire, aveugles aux voies du Messager.

Tout aussi répréhensibles, les combats animaliers ne sont produits que dans des rassemblements clandestins. Les braconniers n’hésitent pas à fournir à prix d’or des grocs, des vermaux à dents de sabre ou même des margyrens afin qu’un public bestial s’abîme dans des spectacles de sang et de violence. Là encore, les paris vont bon train et l’argent change de main sans que jamais l’Obscurie ne perçoive la moindre contribution.


5. Styles de musique et morceaux célèbres

Passons maintenant à des divertissements bien plus honorables. Il est coutume dans les milieux cultivés de se ravir au son du shinë-stem ; l’on attend distinction et silence de son audience, et même les applaudissements avant terme sont mal avisés. Le shinë-stem tire son nom d’un ancien dialecte parlé sur Nephel, évoquant la nature. Ainsi, ses notes sont boisées, riches et travaillées, souvent accompagnées de chœurs ou de vocalises – il va sans dire que jouer dans un orchestre shinë-stemien relève du plus haut prestige pour un musicien. L’opéra L’humble Keroub qui se voulait Gargoule figure parmi les pièces maîtresses de la cheffe d’orchestre Odélie Rougette, à qui l’on doit également la Sonate à l’Orichalque, ainsi que de nombreuses oeuvres liturgiques jouées dans les églises réputées. Il va sans dire que le shinë-stem relève du sacré.

Certains courants musicaux sont associés à des occasions particulières. C’est le cas du tanssi avec de joyeux cuivres, idéal pour accompagner sa danse sollicitant les hanches et le balancement de jambes. On la pratique généralement lors des Nuits du Messager, ouvertes par La ritournelle des premiers pas. La Paire de Foe, d’après le nom du compositeur qui lui donna naissance, repose davantage sur les cordes : elle est plus calme, lente, parfois sensuelle, et se danse en couple. Citons, pour ce style, le morceau traditionnel Comme un couple enlacé au bal d’Ylüne.

La kansan est l’un des styles profanes les plus appréciés. Dérivée des musiques populaires, elle puise ses influences des régions ocritiennes où elle émerge – arborant ainsi de sensibles nuances selon le Secteur où elle est jouée. Il s’agit d’interprétations principalement acoustiques, en solitaire ou à peu de musiciens, privilégiant les ballades et les chansons courtes et entraînantes, souvent teintées d’images religieuses. La ballade du pèlerin est un exemple parfaitement représentatif, bien que son origine reste floue : ce morceau est désormais repris par la majorité des groupes de kansan – je vous conseille la version habilement arrangée par Mirage, à qui l’ont doit notamment Je suivrai le vent des sables et Jeune Évala. La kansan connut une dérive regrettable lors des précédents décycles, s’abîmant dans les décibels électriques pour contenter les sujets les plus rustres, jusqu’à donner naissance au stoa-kov. Je préfère ne pas me risquer à en parler, ayant évité d’écouter ces assemblages de bruits, mais je peux vous dire que cette « musique » se joue avec des guitares criaillantes et des percussions assourdissantes. En me renseignant pour écrire ces présentes annexes, j’ai tout de même appris que les groupes Larme de Dragon et Vorcin Hurleur sont les plus en vue dans les spectacles clandestins.

Il existe, bien sûr, d’autres styles musicaux, mais ceux-ci étant d’importance mineure, je n’ai pas désiré m’y attarder. Vous pouvez cependant retenir, parmi les morceaux à connaître, la Marche ocritienne, devenue l’hymne de l’armée et jouée à chaque défilé.

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