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Julien Willig

dimanche 8 octobre 2017

Sous des milliers de soleils, I - Ocrit

Verset XIX

« Lumière reposait au bout de l’Univers, épuisée, inerte. Le Serpent de la Création s’étira jusqu’à elle.

Il brûla ses dernières forces pour la rejoindre. Il plaça sa tête contre le sein de la Primaire, et mourut auprès d’elle. »

 

(Le Grand Livre de l’Obscurie, annoté par l’archidiacre Jérimadeth Ie,

IVe Âge de la Création)

 

 

Ça frappe à ma porte. Des coups pressés, répétés, rendus criards par le métal creux. Je lâche un gémissement, enfouis ma tête sous l’oreiller. Nouvelle série de chocs. Merdelle.

« Levez-vous ; le jour s’est levé depuis plusieurs degrés déjà ! » jette Thalie, puis peste.

Même pas envie de répondre ; le lit est trop bon. Je commence à me souvenir de ce que je fais là : les chambres à l’étage du Palais d’Anthémis. J’ai jamais pieuté dans un cadre si confortable, je dois l’avouer. Mais chaque bonheur nouveau s’accompagne de son pendant désagréable, il faut croire…

Des voix vives ; ça s’agite dans le couloir. J’en déduis que mon harcèlement n’en prendra pas fin, aussi je décide de m’extirper de ma couche. En rêvant déjà d’y retourner. Je pose mes pieds maladroits sur le parquet[1], et, enfin, ma main parcourt ces cheveux, ce visage et cette barbe fatigués de m’appartenir. Soudain, la porte siffle et s’ouvre, m’inonde de la lumière extérieure. Madame Thalie se cache les yeux – un cri d’horreur :

« Couvrez-vous, imbécile !

— Faudrait savoir c’que vous vouliez ; j’en ai pas eu le temps. »

Derrière elle, Anthémis, clé magnétique à la main, affiche une mine gênée :

« Elle pensait que vous dormiez.

— Ouais, bah elle pense mal. »

L’huis se referme aussi prestement qu’il s’est ouvert. À travers la paroi, le maître de maison planifie son retour :

« Je vous prépare de quoi vous rafraîchir ! »

Je baille, je m’étire, profite au mieux de ces dernières secondes de solitude. J’attrape mon futal à tâtons et l’enfile, histoire de. Me vient ensuite l’idée, lumineuse, d’allumer l’éclairage électrique. Quelques minutes plus tard, Anthémis revient : il a la décence de frapper avant d’ouvrir. J’étais méfiant, au début, vu qu’il bosse pour Arkon, mais il m’a tout l’air d’être un bon gars. Un peu joufflu, les yeux aigue-marine, le collier de barbe fine mais au menton en pointe, et une longue crinière laquée, d’un acier virant sur le cobalt, maintenue en un double catogan à la nuque et sous les omoplates. Ses lèvres charnues ne sont jamais complètement fermées, et ses sourcils semblent figés en un joyeux croissant. Il se déplace souvent en sifflant, sa petite brioche engoncée dans une sorte de tunique-tablier élégante, crème aux contours pourpre, qui lui descend jusqu’au bas des cuisses. L’allure du type aisé, mais bienveillant.

Donc, Anthémis revient dans ma chambre… sans rien. Je m’en étonne :

« Mais…

— Vous venez ? C’est prêt.

— Euh, d’accord. »

Je ne sais pas vraiment ce qui m’attend, je dois dire. J’ai toujours connu la même façon de faire ma toilette, de chez mes parents à mon appartement minable, sans oublier mon regrettable passage au sein des rangs de l’Obscurie ; un bac d’eau, une éponge rugueuse et une serviette avec, les jours fastes, un savon au lait de thorée. Anthémis m’emmène au fond du couloir de l’étage.

« Vous avez de la chance, déclare-t-il, les quelques clients de l’établissement ont déjà fait leurs ablutions lorsque vous dormiez. »

Et diplomate, en plus. Je compte six chambres, la mienne incluse[2] ; si Madame Thalie crèche dans l’une d’elles aussi, ça doit représenter un sacré manque à gagner pour Anthémis[3]. À tous les coups, Arkon doit amortir ça… Le temps que mon cerveau arrive à cette conclusion, nous atteignons la fin du corridor :

« Voici la salle de bain. »

Le maître de maison en ouvre la porte : de la vapeur s’échappe dans une vague de chaleur. Je ne contiens qu’à grand-peine mon mouvement de recul, alors qu’il arbore, en plus de son habituelle bouille réjouie, une mine fière. Après que les volutes daignent s’estomper, l’intérieur de la pièce se révèle, lentement, comme par timidité. Partout, des petits carreaux de faïence blanche et bleue scintillent, jusque dans les étagères creusées à même le mur où somnolent, enivrés par la moiteur de l’instant, vasques, pots de grès et morceaux de savon en tous genres. Des étendoirs supportent çà et là de lourdes serviettes, mais ce n’est pas ce qui m’attire l’œil en cet instant. Au centre, un grand bassin d’acier béant, d’environ deux mètres et demi de long, trône en exhalant ses éphémères arabesques. Ses lèvres d’émail immaculé laissent deviner un gosier des plus doux. Et cette senteur… À Anthémis de révéler le mystère :

« La baignoire est prête ; l’eau est chaude et parfumée à la fleur de lamiacette, mais n’hésitez pas à employer la savonnette qui vous ferait envie.

— Mais… comment ? »

Mon hôte me regarde, circonspect – peut-être pense-t-il « comment, vous ne savez pas vous laver ? » Je reprends :

« Comment vous faites pour avoir tout ça ? Autant d’eau à l’étage, et chaude, en plus.

— Ah, au temps pour moi ; vous venez des quartiers populaires, j’imagine. Il est vrai que le centre de Lengel jouit de quelques privilèges, dont celui de l’eau courante.

— L’eau courante ?

— Vous savez, les puits et fontaines de la ville sont alimentés par un jeu d’aqueducs et de tuyauterie en plomb. Et bien, un réseau de canalisation supplémentaire fournit un débit régulier au centre, grâce à des châteaux en hauteur, dans les montagnes, qui maintiennent l’eau sous pression constante. Bien sûr, il faut en payer le prix, mais nos clients apprécient fortement ce soin, plus accessible dans les établissements publics que dans les logements privés où l’administration impose en plus un brevet de…

— Ouais. »

J’attrape une lourde serviette et une poignée de produits à la volée, puis pose le tout sur le plateau à hauteur de main, près de la « baignoire ». Drôle de truc ; c’est haut, c’est gros et bien rempli. J’immerge ma tête. Chaud, chaud, chaud. Une rafale de bulles s’échappe de mes narines. J’ouvre même les yeux : l’eau est claire, mais c’est trop pour moi. Je relève le chef avant que mes pupilles fondent…

Éclaboussures. Revigoré, je secoue mes cheveux. Ça n’est qu’après quelques secondes d’ébrouements peu civilisés que je remarque la présence d’Anthémis, toujours là, toujours… étonné. Quelques ratés rauques plus tard, ma voix parvient enfin à lâcher un profond :

« Bah quoi ?

— Vous… n’entrez pas dedans ?

— Ah, mais… Mais bien sûr que je vais rentrer dedans. »

C’est donc comme ça que ça marche. Mes doigts gourds s’attaquent déjà à ma braguette. Anthémis se balance sur ses pieds :

« Je vais vous laisser.

— Ouais.

— Vous avez des vêtements propres sur ce meuble. Mademoiselle Thalie vous attend dans mes quartiers privés. »

Le froc à mes chevilles achève de le faire partir ; plouf !

« Mademoiselle », hein ?

 

***

Quel petit cachotier, cet Anthémis. Ces atours ne sont pas que propres : malgré leur sobriété, ils dégagent un charme bien trop soigné pour ma gueule de fugitif. Une chemise au col droit, d’un gris acier parfait pour se marier avec une peau novarii, striée de fines lignes verticales plus claires, agrémentée d’une veste de velours noire où des coutures plus épaisses formes des motifs entrelacés ou spiralés, toujours dans la discrétion, et d’un pantalon droit teinté de même. J’ai, avec, des chaussures au cuir brun trop récent pour être souple : pas encore faciles à porter. Quelque chose me surprend vraiment dans cet accoutrement. Peut-être leur couture, solide et raffinée, ou leur coupe, sobre mais élégante. Ou, simplement, le fait qu’il soit neuf. Quoi qu’il en soit, je quitte la salle de bain propre comme jamais, sapé comme un prince et frais comme un nouveau-né. Crinière démêlée, barbe peignée et parfumée ; ça change[4].

Une porte de chambre s’ouvre à ma gauche : en sort un Keroub, aussi soigné que moi. Si je marque une demi-seconde d’arrêt, sur mes gardes, son apparence me détend vite : une peau lisse et une figure paisible, bien à l’opposé de la tronche hâve du vicaire Neptis, où le glauque le dispute au sinistre. Il arbore un ensemble neutre, une de ces robes tombantes qu’ils aiment porter, d’un bleu ciel des plus doux. À sa poitrine est brodée, en fils d’or, une fine étoile à quatre branches et son cercle à l’intérieur : symbole stylisé d’Ocrit… ou de Lumière, j’ai jamais vraiment su. Ce petit gars à la grosse tête serait donc un pèlerin, adepte du Remerciement de Lumière[5].

En me croisant, il s’arrête à son tour et me gratifie d’un salut du chef – ce qui, étant donné l’effort pour son espèce, représente la politesse la plus courtoise :

« Bien le bonjour, sujet. Êtes-vous ici pour la cérémonie du miracle de Lumière ? »

C’est donc ça. Toutes les six révolutions, le prêtre de Lengel procède à ce grand pataquès sur la place d’Ylüne. Une messe spectaculaire censée montrer les prétendus pouvoirs des fonctionnaires de l’Obscurie, dotés d’une parcelle de la puissance de Lumière par le Messager lui-même. Bien entendu, durant chaque prière révolutionnaire, les résidents de la cité sont tirés de chez eux par les escouades d’Hydres pour « communier avec le Seigneur-guide » : les habitants du centre sont amenés sur la place principale, tandis que ceux des autres quartiers assistent à la célébration via des haut-parleurs installés dans différents points de regroupement. Les « miracles » du prêtre, eux, sont visibles partout en ville grâce à l’arc lumineux qui s’élève dans le ciel. J’avoue ne jamais avoir percé ce mystère…

Si je veux en apprendre plus sur le prétendu Tombeau du Messager, je devrais peut-être m’intéresser au Remerciement de Lumière ; jouons les futurs pèlerins.

« Bien sûr, acquiescé-je, c’est un privilège que de pouvoir assister à la messe depuis la place d’Ylüne. Je suis Vito Majorien, marchand de passage. Le pèlerinage du Remerciement est une étape de ma vie qui me tend les bras, je dois dire. »

Le Keroub joint au niveau du plexus le bas de ses paumes, les doigts courbés se connectant à leur extrémité : une façon pour les pèlerins de saluer les leurs ou ceux qu’ils estiment, avec une évocation du globe de Lumière. Il se présente sur un ton suave, presque lénifiant :

« Lavin de Vigante, enchanté.

— Vigante, la capitale du Secteur 8.9 ? Vous venez de loin.

— Nombreux sont ceux qui souhaitent assister aux miracles d’Ylüne, sujet Vito.

— Vous n’avez rien de tel, chez vous ?

— Rien qui n’atteint un tel niveau de puissance. L’esprit du Messager semble imprégner le Secteur 5.4 ; Ses manifestations sont parfois sémillantes. »

Bon à savoir, ça. Je commence à comprendre pourquoi Gaeth m’a conseillé de rester à Lengel, malgré la proximité du château de Béthanie. Le quartier nord a beau être une enclave pour les sbires d’Arkon, ça ne m’empêche pas d’être recherché par l’Obscurie…

Lavin a tout du parfait adepte : le sourire béat, la voix trainante, et l’intime conviction que leur interlocuteur s’intéresse à leur foi. Toi, je ne te lâcherai pas.

« Je dois vous avouer que notre rencontre est une aubaine, sujet Lavin. J’imagine que pour vous, la vie d’un commercial doit s’apparenter à un vaste baguenaudage ; sur ce point, je ne peux vous donner tort. Heureusement, j’ai pu m’élever dans ma condition, et certaines rencontres m’ont ouvert à la grâce de Lumière. »

Ce ton obséquieux : je m’étranglerais moi-même. Quoi qu’il en soit, mes paroles ferventes semblent efficaces, puisque le Keroub y est comme suspendu :

« Vous souhaiteriez rejoindre le pèlerinage, sujet Vito ?

— Oui ! J’en remplis les conditions ; comment dois-je procéder ?

— Faites-vous recevoir en confession. Le père Lupart lui seul est habilité à juger chaque prétendant digne de rejoindre les adeptes du Remerciement. S’il accepte votre participation, vous serez reçu dans l’une de nos loges pour un entretien.

— Merci beaucoup, sujet Lavin ; j’irai le voir dès que possible. Demain, sûrement.

— Dans ce cas, je vous souhaite bonne chance, sujet Vito. ».

Puis le Keroub tourne les talons, et je le suis jusqu’en bas des escaliers. Arrivé à la porte du Palais d’Anthémis, il se retourne et m’adresse un sincère « Que Lumière inonde votre chemin. »

Et moi :

« Que le Messager veille sur vos pas. »

Gros coup de bol, hein ?

Enfin, je franchis la salle commune, déserte – midi ne sonne que dans un degré. Les vingtaines de tables patientent, le comptoir somnole alors que les cuisines, derrière, reviennent lentement à la vie sous l’action du maître de maison. Mais cela ne suffit pas : il n’est rien de plus triste qu’un restaurant vide. L’ennui, en logeant dans les chambres d’auberges, c’est que je dois traverser le rez-de-chaussée avant d’emprunter une nouvelle volée d’escaliers, au fond de la salle. Ceux-ci sont nettement plus exigus et bien moins éclairés. Qu’importe, ils m’emmènent là où je dois être : le salon privé. La lourde de fer s’ouvre en silence : si Anthémis semble privilégier une vie simple, à l’inverse de l’image donnée par son établissement, sa demeure n’en est pas moins entretenue avec soin.

Le boudoir est du même effet. C’est une tanière sans âge qui se dessine ici, un antre perduré à travers les cycles, hérité de propriétaire en propriétaire. Sous la rangée de fenêtres plongeant sur la cour, qui sait combien de séants ce canapé croulant – dont il conserve les formes – vit-il défiler sur son velours pourpre, effilé ? Ses rejetons, fauteuils bombés mais tout aussi fatigués, s’égrènent partout dans la pièce ; leurs pieds métalliques courbent sous le poids du temps. Çà et là, des étagères voilent comme elles le peuvent leurs ouvrages à la tranche de cuir, derrière un rideau fébrile d’ombre et de particules en suspension, éphémères pépites volatiles à la lueur des lampes à graisse de groc. Et au tapis centenaire, langue de fibres cotonneuses brune aux spirales crème, de dévorer chaque sons comme s’ils offensaient, par leur simple existence, le repos de ce vénérable estomac où la moindre volonté d’énergie macère, faute de s’exprimer.

Seuls deux écueils malmènent ce tableau de quiétude presque moribonde. Le premier, un amoncellement de grimoires alliant diverses formes et couleurs pour ne former qu’une grossière pyramide aux pavés d’ennui, à la couverture en cuir de thorée plus ou moins écaillée selon l’âge et l’oubli, dégoulinant d’une table basse dotée de pieds forgés et d’un plateau de bois. Le second prend la forme d’une Novarienne assise en tailleur sur la moquette, plongée dans l’un de ces bouquins grabataires. Dos à moi, elle ne m’a pas entendu entrer. Sa main gauche, celle aux doigts cassés, triture distraitement sa tresse, alors qu’elle lit à voix basse – détail amusant – des lignes sibyllines. Pompon sur la praline : Mademoiselle a l’air de se taper un livre en ancien ocritin, du genre qu’on ne parle plus depuis au moins trois cents cycles. On ne sait rien de la Médaille du Messager, ni même du prétendu Tombeau où il repose. Tout ceci promet d’être follement divertissant…

En face de Thalie, le divan sommeille à l’écoute des récitations ; je m’y jette. Éruption de poussière. Le meuble couine une plainte, la fille de glace se fend d’un hoquet avant de me découvrir allongé sur le flanc, un genou replié en hauteur, coude appuyé pour soutenir mon menton. En dieu séducteur, je lui décoche un clin d’œil embrasé tandis qu’elle me foudroie du sien, éternelle furie vengeresse. Mais alors ses sourcils s’arquent et ses paupières s’arrondissent. Aveu suprême de ses lèvres, entrouvertes :

« Vous… êtes…

— Classe, hein ?

— En retard. Mettez-vous au travail, enfin ! »

Un souffle balaye mes espoirs et ma bonne humeur : non pas une brise, mais mon propre soupir. Thalie m’ignore et retourne à son livre ; après tout, on ne change pas une équipe qui gagne.

 

***

 



[1] En bois, en vrai bois d’arbre là encore : Anthémis a vraiment les moyens ! [retour]

 

[2] Je suis tout près des escaliers, à l’autre extrémité du couloir : est-ce un hasard, ou Anthémis a-t-il prévu quelques… difficultés que je pourrais avoir, le soir, à monter me coucher ? Je pensais avoir été discret en lorgnant sur son bar, hier. [retour]

 

[3] J’espère qu’elle ne loge pas dans celle en face de moi. À l’autre bout du couloir, ça serait bien. Ou encore mieux : Anthémis pourrait lui céder sa piaule au rez-de-chaussée… Mais ça n’a pas l’air d’être le genre du bonhomme ; trop plein d’attentions envers ses hôtes, il va vouloir nous choyer. Mh, je dois trouver le moyen d’éterniser la mission… [retour]

 

[4] Par contre, je ne vous raconte pas la couleur de l’eau. [retour]

 

[5] Les citoyens aisés, sur Ocrit, peuvent adhérer à ce culte en versant une contribution substantielle à l’Obscurie. Ils sont alors déchargés des devoirs les plus ardus à dispenser au Messager : messes révolutionnaires, pénitences des quatre révolutions, offrandes variées, confession fustigatrice et autres joyeusetés. En échange, ils arpentent les terres-plaques pour visiter les lieux saints et y faire quelques offrandes. Les troupes de l’Obscurie sont censées les considérer avec respect, même si certains officiers ne cachent pas leur dégoût face à ceux qu’ils jugent comme des « fainéants au bord de l’hérésie ». Ce qui est sûr, c’est que ces gros bras au cerveau lavé par l’Ordination ne peuvent pas faire tabasser les adeptes du Remerciement de Lumière à chaque manquement. Pour les croquants standards, par contre, ils ne s’en privent pas. [retour]

 

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