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Marine Labaisse

samedi 20 octobre 2018

Le Royaume d’Éna — Livre I

Chapitre 7

« Les Réceptacles sont placés sous la protection du royaume, de leur naissance à leur disparition. Il ne leur est pas demandé de s’adonner à quelconque activité manuelle ou d’intellect, car leur présence est un don des Astres. Il est en revanche commun de les voir choisir un métier pour occuper leurs journées. À titre d’exemple, notre Vénérable Mihren exerce en qualité de négociateur auprès des commerçants en proie aux conflits, alors que notre Vénérable Wilann soutient nos Guerriers.

— Et Jonah deviendra précepteur. Il sera moins ennuyant que vous.

— Alren ! Ne dis pas n’importe quoi ! Je suis désolé, précepteur Nouq, il ne le pensait pas.

— Ce n’est pas à vous de vous excuser, Vénérable. »

Cours oral du précepteur Nouq sur la religion des Astres.



Le carillon sonna, et arracha un sursaut à Shana au premier coup. Cela faisait si longtemps qu’elle ne s’était pas rendue dans une ville, qu’elle en avait oublié à quel point le bruit des énormes cloches était impressionnant. Elle ferma les yeux et fronça les sourcils, en pinçant l’arête de son nez entre deux doigts fins. Elle devait cesser ce comportement de souris apeurée. Ses épaules se relâchèrent au onzième et dernier tintement. Elle acheva alors d’enfiler la tenue fournie par une servante de la Chancellerie. Le tissu, pourpre, ne convenait pas à son teint, mais elle n’avait osé en faire la remarque ; elle doutait que qui que ce soit s’en fût soucié. Les Ezfiens n’avaient pas pour habitude de s’adapter à son peuple et à leurs différences ; c’était même plutôt l’inverse. Et ce n’était pas à Völlat, la ville la plus au nord du royaume, que les Mariens trouveraient leur place. Shana avait perçu l’hostilité dès les abords de la capitale : les murmures, les regards noirs, les mères qui pressaient les enfants loin du convoi. Quelques-uns avaient tenu à saluer la Vénérable Lilly. Sa couleur de peau devenait secondaire face à son statut de Réceptacle de Fos. Mais Shana fut étonnée de l’accueil froid que la ville réserva à sa sœur dans l’ensemble : depuis quand le peuple se détournait-il des Astres ?

Völlat avait bien changé depuis la dernière fois qu’elle avait eu l’occasion d’en parcourir les rues. La Confrérie, isolée du reste, leur avait permis d’échapper à l’atmosphère lourde qui pesait sur la ville à la manière de sombres nuages. Les sourires se faisaient rares sur les visages, les yeux fixaient résolument le sol et les démarches se hâtaient. Shana se rappelait les chants, les danses, les discussions enjouées sur la Grand-Place, les fleurs qui ornaient les fenêtres des Hauteurs. Constater les changements qui s’étaient opérés au cours des sept dernières révolutions la laissait avec un sentiment de tristesse profonde, mêlée à une touche de nostalgie.

Tyan sortit de la petite salle d’eau de leur chambrée où il venait de se rafraîchir pour donner un peu d’intimité à la jeune femme le temps qu’elle se change. L’homme qui les avait accueillis avait jugé sa tunique de Guerrier suffisamment propre pour qu’il puisse la conserver pour la collation de l’après-midi en présence du Chancelier. Shana n’avait pas eu cette chance, tout comme Lilly qui avait dû troquer ses vêtements de voyage pour une robe. L’aînée se réjouissait d’avoir écopé d’une tenue plus sobre, et notamment d’un pantalon : en cas de problème, elle devait toujours pouvoir se battre, et les robes constituaient une entrave à ses mouvements. Elle n’avait jamais aimé ces fanfreluches, pas sur elle en tout cas.

« Allons-y, intima le Traqueur, ne faisons pas attendre le Chancelier Genvger. »

Shana acquiesça et le suivit hors de la chambre, où un servant les attendait pour les conduire dans les dédales du palais. La Chancellerie, bien qu’imposante, était dérisoire à côté de l’immensité de la demeure royale — érigée il y a si longtemps que l’Homme n’en avait guère le souvenir. Le bâtiment gouvernemental n’avait qu’une quinzaine de révolutions : c’était le Chancelier Natyl qui avait décidé qu’il serait préférable de séparer la politique de la royauté, jusqu’alors réunies sous le même toit. Néanmoins, les chambres et les cuisines n’avaient pu déménager dans la nouvelle extension. À l’intérieur de la Chancellerie, on retrouvait les officines du gouvernement, les appartements du Chancelier et des conseillers, ainsi qu’une petite salle de réception destinée aux collations. Les dîners, eux, se déroulaient dans les pièces du château.

Ils traversèrent la passerelle reliant les deux bâtiments et Shana put de nouveau constater la place presque vide sous leurs pieds. Lilly était déjà installée en compagnie du Chancelier Genvger lorsqu’ils arrivèrent dans la salle de réception. Divers mets étaient posés sur la table, pour la plupart froids, et une rune de Feu conservait le thé au chaud. Les nouveaux venus présentèrent tous deux leurs respects au dirigeant du royaume, puis s’installèrent après y avoir été conviés.

« Comme je l’expliquais à la Vénérable Lilly juste avant votre arrivée, nous faisons face à une situation des plus complexes. Lorsque j’ai souhaité m’entretenir avec la Vénérable Zoya pas plus tard qu’hier, il s’est avéré qu’elle avait, elle aussi, disparu. »

Shana fit tomber la cuiller qu’elle s’apprêtait à porter à sa bouche. Tyan fronça les sourcils face à elle, soucieux :

« Aurait-elle été enlevée comme les Vénérables Jonah et Mihren ?

— C’est une possibilité. Mais si vous voulez mon avis, elle est partie. Dans quel but, je ne saurais le dire. Les hypothèses sont nombreuses. Néanmoins, je ne pense pas me tromper en avançant qu’on devrait la retrouver là où les autres sont détenus.

— Elle est à leur recherche. J’en suis persuadée », intervint Lilly.

Somai Genvger n’essaya pas de la contredire ; il se contenta de boire une gorgée de thé.

« Quoi qu’il en soit, vous ne serez plus que trois pour accomplir votre mission. Le temps nous est précieux ici, car qui sait ce qu’il advient de nos Réceptacles en ce moment même. La maladie de Gi nous inquiète tous, et je ne voudrais pas voir de taches similaires apparaître sur nos Lunes. »

Shana allait protester, demander l’envoi de renforts pour les épauler : sans la Vénérable Zoya, leurs chances s’amoindrissaient. La Réceptacle d’Ánemos était une Guerrière redoutable. Ce n’était pas le cas de Lilly, handicapée par sa consistance fragile. Mais sa sœur prit les devants avant qu’elle ne puisse exprimer son désaccord :

« Vous pouvez compter sur nous, Chancelier. »

Le dirigeant reposa sa tasse vide en hochant la tête de contentement. Il repoussa l’assiette où un morceau de gâteau à la broche gisait, s’essuya les mains sur une serviette puis se leva.

« Les affaires m’appellent. Finissez votre collation, un serviteur vous conduira ensuite jusqu’au roi et à la reine pour que vous puissiez les saluer avant de vous rendre dans les appartements du Vénérable Mihren afin de commencer vos recherches.

— Pourrons-nous rendre visite à Son Altesse le prince également ? s’enquit Lilly.

— J’ai bien peur que cela ne soit pas possible : il est occupé en séance de doléances. »

Il les quitta sur ces mots, les laissant seuls face aux desserts et aux coupelles de fruits.





« Relevez-vous, mon enfant. Aucun Vénérable ne devrait avoir à s’incliner devant un simple roi. »

Le ton était léger. Ils attendirent tous trois un peu plus avant de se redresser : le protocole devait être respecté, quoi qu’en dise le roi Teloran Vasileia. Il arborait le visage doux de ceux qu’on aime instantanément. Il rassurait avec sa barbe blanche et ses iris couleur de thé. Avec l’âge, sa carrure musclée laissait place à un léger embonpoint et les rides faisaient sourire ses yeux. À ses côtés, une petite femme aux longs cheveux châtain clair remontés en une coiffe sophistiquée conservait une expression neutre : la reine Shelred. Que deux personnes aussi maîtresses d’elles-mêmes aient pu donner naissance à un impulsif de la trempe du prince Alren étonnait toujours. Mais après tout, c’était l’Astre de naissance qui définissait l’identité d’une personne, et non son sang.

« Bienvenue à Völlat, Lilly de Fos. Cela fait trop longtemps que nous ne t’y avons vu. Tu deviens une femme. Et si je ne me trompe pas, celle qui se trouve à ta droite est ta sœur. »

Shana s’inclina de nouveau.

« C’est un honneur de vous rencontrer, Votre Majesté. »

Le roi continua son inspection vers Tyan :

« Et l’un de nos fidèles Guerriers. Nous te remercions de servir notre royaume, jeune homme. »

Le concerné courba l’échine à son tour.

« Ton visage m’est familier. Nous sommes-nous déjà croisés ? »

Une légère rougeur se peignit derrière les oreilles du Traqueur qui secoua la tête.

« Je ne pense pas, Votre Majesté. J’ai un visage très classique.

— Allons, Teloran, ce n’est pas le moment de discuter de banalités. La Vénérable Lilly et ses compagnons sont là pour une mission importante. »

Le roi se tourna vers son épouse et posa une main apaisante sur son avant-bras.

« Tu as raison. (Il reporta son attention sur le trio.) Je place toute ma confiance en vous. Notre royaume souffre depuis de trop longues révolutions du conflit qui déchire nos Réceptacles. L’équilibre doit être restauré. Les coupables doivent être punis, et les innocents libérés. Les Mariens doivent retrouver leurs terres pour y vivre en paix et contribuer à la prospérité d’Ezfëm. Nous avons besoin de Jonah de Gi, tout comme nous avons besoin des autres. C’est en mon nom, mais également en celui du peuple que je m’adresse à vous pour vous confier mes espoirs. »

Shana tressaillit. Les mots s’insinuèrent dans son esprit avec force, presque violemment. Les espoirs d’une nation et d’un roi, ce n’était pas rien. Elle hasarda un regard vers sa cadette qui se tenait droite et fière, sa longue natte sombre parfaitement tressée dans son dos. Elle avait la main droite posée sur le cœur, paume ouverte pour que chacun de ses cinq doigts soit visible : un symbole de respect et d’obéissance aux Astres. Face à elle, le monarque sourit. Shana se redressa et mima le geste.





L’appartement était sens dessus dessous. Que ce soit la chambre, la salle d’eau ou le petit salon, rien n’avait été épargné. Aux auréoles présentes sur le tapis, on devinait qu’une grande quantité d’eau avait recouvert le sol, maintenant sec. Le conseiller Fyn — délégué à la sécurité du royaume — avait tenu à les accompagner et leur fournit une explication :

« Le Chancelier Genvger et moi-même avons fait en sorte de ne rien toucher avant votre arrivée pour que vous puissiez observer les lieux. Malheureusement, l’eau s’est évaporée au cours des dernières rondes. Nos premières conclusions nous ont conduits à l’hypothèse d’un enlèvement. Le Vénérable Mihren semble s’être vaillamment battu.

— Personne n’a entendu quoi que ce soit ? » s’enquit Lilly.

C’était étrange après tout, que pas le moindre serviteur ne soit intervenu alors que des meubles avaient été retournés et des coups certainement donnés. Un miroir était même brisé, les éclats de verre répandus partout au sol.

« Malheureusement, non, répondit le conseiller dans un soupir. Nous recevions des Citoyens de Shogi à dîner et les serviteurs étaient affairés aux cuisines ou à la préparation des chambres, dans une autre aile du palais. Cette partie du château est réservée aux Vénérables, vous le savez puisque vous y avez vous-même vos appartements, Vénérable Lilly. Quant à la Vénérable Zoya, elle était en retraite dans les montagnes.

— Le moment était donc parfaitement choisi. »

L’intervention de Tyan, jusqu’alors muet, les étonna. Il haussa les épaules face à leurs regards et reporta son attention sur la pièce :

« Il me faudra plusieurs rayons pour tout observer. Avec un peu de chance, les coupables auront laissé des traces derrière eux.

— Je reviendrai plus tard alors. J’ai d’autres devoirs qui m’attendent. Si vous terminez avant mon retour, venez dans mon bureau pour me faire part de vos découvertes. »

Il les salua tous trois puis les abandonna avec un simple garde devant la porte. Les deux sœurs se tournèrent vers leur coéquipier qui était déjà absorbé par sa tâche. Accroupi, il laissait sa main droite survoler le sol et les objets qui le parsemaient, comme s’il avait peur de les abîmer en les frôlant. Ses yeux balayaient chaque pouce de la pièce sans rien rater. Les Mariennes restèrent un moment à le regarder sans intervenir : il était rare de pouvoir observer le travail d’un Traqueur. Shana les admirait. C’était les premiers Ezfiens qu’elle avait croisé, lorsqu’ils étaient venus chez elle treize révolutions plus tôt afin de récupérer le nourrisson choisi de Fos. Lilly n’avait guère plus de deux cycles et ils avaient réussi à remonter les pistes jusqu’à elle. Longtemps, la jeune femme avait espéré rejoindre l’unité d’élite, mais elle avait dû se résoudre à une vie plus banale : elle n’avait pas le talent des Traqueurs.

Ce fut Lilly qui brisa le silence religieux :

« Est-ce qu’on peut faire quelque chose pour t’aider ? »

Tyan releva la tête, comme surpris de constater qu’il n’était pas seul. Ses yeux affichaient une lueur perdue et il jeta un regard alentour.

« Oh, euh… »

Il se gratta le menton où une barbe naissait.

« Shana peut s’occuper de fouiller la chambre. Vénérable…

— Lilly. »

Il soupira.

« Lilly… vous pouvez voir si vous ne ressentez rien en particulier. Je ne sais pas comment fonctionne votre lien avec les autres Vénérables, mais… »

L’enfant s’apprêtait à lui faire une remarque — et Shana savait que c’était en raison du vouvoiement — , mais elle s’abstint et hocha la tête avant de partir en direction de la salle d’eau. Son aînée, quant à elle, évita les décombres jusqu’au coin sommeil. Il avait été un peu plus épargné que le reste de l’appartement, comme si l’altercation n’avait pas pénétré la pièce : seuls quelques objets avaient roulé jusqu’ici. Soucieuse de ne rien manquer, Shana se laissa tomber sur les genoux et commença son inspection. Des feuillets parsemaient le sol, illisibles. L’encre avait coulé. Elle se rappela alors que tout avait été inondé. Ces papiers avaient-ils la moindre importance ? C’était peu probable. Le Vénérable Mihren devait y coucher ses pensées. Elle ne l’imaginait pas, en plein combat, saisir une plume et un morceau de parchemin pour y inscrire le nom de son ravisseur — quand bien même cela aurait été fort pratique pour eux. Néanmoins, elle ne pouvait laisser aucune piste de côté et entreprit donc de rassembler les feuilles pour que Lilly puisse les déchiffrer : elle-même ne savait ni lire ni écrire.

Sa sœur la rejoignit au bout de plusieurs divisions, le visage soucieux.

« Le salon est imprégné de peur et de colère. Il y a beaucoup d’incompréhension aussi. Je n’arrive pas à démêler ce que je ressens, mais Mihren a souffert. »

Shana n’eut pas de mal à comprendre ce qui tourmentait sa cadette. Elle passa un bras autour de ses épaules.

« On le retrouvera, Lilly, je te le promets. Tu pourras arranger les choses. »

La jeune Réceptacle s’en voulait de la dispute qui avait éclaté entre elle et le doyen la dernière fois qu’il s’était rendu à la Confrérie ; elle n’avait pas pour habitude d’être en mauvais termes avec qui que ce soit. Épuisée, elle se laissa aller contre l’épaule réconfortante de Shana.

« J’aimerais juste comprendre.

— Nous aimerions tous. Tiens, poursuivit la jeune femme en lui tendant les parchemins, regarde si tu peux déchiffrer quelque chose pendant que je finis ici. »

Un rayon plus tard, Lilly se frottait les yeux de fatigue et Shana pouvait affirmer que rien de ce qu’elle avait pu observer dans cette pièce ne les aiderait. Pourvu que ses deux coéquipiers aient trouvé quelque chose.

« Alors ? lança-t-elle en s’asseyant à côté de sa sœur.

— Rien. C’est inutilisable, je n’ai presque rien pu lire. Le seul mot qui a accroché mon regard est ici. (Elle pointa l’un des feuillets) J-O-N. Je pense qu’il a écrit Jonah, mais pourquoi ? »

La Guerrière n’avait pas de réponse à apporter.

« Allons voir si Tyan a été plus chanceux que nous. »

Lilly étouffa un bâillement et acquiesça avant de la suivre dans la pièce adjacente. Le Traqueur se tenait près de l’immense fenêtre et semblait fixer quelque chose entre ses doigts sous la lumière couchante de Fotiá. Elles s’approchèrent de lui et il tourna son regard dans leur direction.

« Je pense qu’il s’agit de charbon, mais il fait trop sombre pour que j’en sois certain. »

L’enfant le rejoignit et leva une main au-dessus de celle de l’adulte. De la lumière vint éclairer l’objet que Tyan avait posé dans sa paume. Il manqua de l’échapper sous la surprise : les pouvoirs de Lilly ne ressemblaient en rien à ceux des autres Réceptacles. Au creux de ses doigts brillait un petit soleil, comme si elle avait emprunté à Fos l’un de ses rayons pour qu’il lui montre le chemin à suivre.

« Dépêche-toi. Je suis fatiguée et je ne peux pas le faire éternellement. »

Le Guerrier se ressaisit et se pencha sur la petite pierre dans sa main. Il l’observa attentivement sous tous les angles puis l’appuya sur son bras, traçant une ligne noire. Le crépuscule redevint maître des lieux. Lilly s’affaissa, tout juste retenue par sa sœur.

« Que lui arrive-t-il ? s’inquiéta Tyan.

— Utiliser ses pouvoirs la fatigue beaucoup… Ce n’est rien de grave, mais elle a besoin de se reposer. Tu veux bien m’aider à la porter jusqu’à ses appartements ? »

Lorsqu’ils la déposèrent dans ses draps, Lilly dormait déjà à poings fermés, les traits encore crispés par cette longue journée. Shana l’embrassa puis referma la porte derrière elle et indiqua au garde de ne laisser entrer personne. Tyan l’attendait un peu plus loin, son minuscule morceau de charbon toujours dans les mains. La jeune femme le rejoignit, et ensemble ils prirent la direction de la Chancellerie pour faire leur rapport au conseiller Fyn.

« Que sait-on ?

— C’est bien du charbon, l’informa l’homme. C’était la seule chose qui n’avait rien à faire là. En si faible quantité, il se trouvait certainement accroché sous une chausse ou sur un vêtement. Quant au reste, tout laisse penser qu’il y avait au moins deux assaillants, dont une personne maîtrisant la magie de Neró.

— Comment peux-tu en être sûr ?

— L’inondation a laissé des traces plus sombres par endroits, des résidus. Or, le Vénérable Mihren semble avoir utilisé l’eau de son bain, et celle-ci était pure. Il y avait donc une autre source, sale cette fois. Les Mages de Neró ont pour habitude de transporter des outres d’eau afin de pouvoir utiliser leur magie. »

Shana acquiesça.

« Et de ton côté ? poursuivit Tyan.

— Rien d’intéressant. »

Elle ne mentionna pas le potentiel Jonah déchiffré par Lilly : cette information ne voulait rien dire.

Ils firent le compte-rendu au conseiller qui leur posa quelques questions et demanda à voir le morceau de charbon. Il l’observa à son tour sous la lueur d’un lampion avant de le déposer sur son bureau.

« Je dois en informer le Chancelier, mais je pense que cette piste nous mène vers Shogi. La présence de Citoyens originaires de la ville ne peut pas être une coïncidence, même si j’ai du mal à imaginer que quiconque à Ezfëm puisse vouloir du mal à nos Réceptacles. »

Shogi, la cité la plus à l’ouest, était bâtie à flanc des montagnes noires qui renfermaient les mines de charbon. C’était le seul endroit du royaume où l’on pouvait trouver cette matière première. Si son utilisation était assez répandue et ne désignait pas de coupables évidents, la concordance des événements laissait planer un doute, comme le soulignait le conseiller.

« Dans tous les cas, continua-t-il, il faut bien commencer quelque part. Un train partira demain au sixième rayon. Tenez-vous prêts à le prendre, je m’occupe de vous obtenir des laissez-passer. »

Il les congédia sur ces mots. Shogi. Encore un long trajet les attendait, même si la perspective de prendre le train emplissait Shana d’une excitation qu’elle avait grand mal à dissimuler. Elle avait hâte d’être au matin pour annoncer la nouvelle à sa sœur.

Commentaires

Les liens entre les personnages commencent à s'établir plus clairement ! Très hâte de retrouver Zoya, c'est inquiétant de n'avoir aucune nouvelle d'elle...
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samedi 20 octobre à 09h12
J'aime la façon dont l'univers est caractérisé. Par contre, pour Alren... comment tu veux qu'on prenne sa défense avec une ouverture pareille ? xD
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samedi 20 octobre à 11h47
Il était jeuuuuuuuune (comment ça ce n'est pas une excuse ?)
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samedi 20 octobre à 12h02
Je sais pas si j’avais loupé l’information ou si on l’apprend que maintenant, mais je sens que le fait que Shana et Lilly soient mariennes va pas les aider...
Tyan ment sûrement à propos de son visage prétendument inconnu du roi, mais je vois pas pourquoi pour l’instant. Peut-être qu’il ne l’a en effet jamais vu mais que les traits familiers sont en fait plutôt ceux d’un membre de sa famille lui ressemblant ? Mais dans ce cas, pourquoi le cacher ? Pas fier de ce lien de parenté ?
Qui le sent venir que le « J-O-N » n’était pas un indice insignifiant ? ✋En tous cas j’esperais que les persos se croiseraient, t’aimes bien nous faire mijoter hein ? X)
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samedi 20 octobre à 20h04
En voilà une qui a du nez ;)
Leur nationalité est clairement annoncée dans ce chapitre, jusqu'à présent on savait seulement qu'elles étaient noires de peau et que Shana était rejetée à cause de ça ^^
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samedi 20 octobre à 21h59
Merci ! A propos de tous les points ou un en particulier ? XD
Ok c'est bien ce qu'il me semblait alors ^^
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jeudi 25 octobre à 16h40
Ah, t'en dire plus pourrait te spoiler, mais je peux t'assurer que tu analyses bien :3
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jeudi 25 octobre à 19h15
Okay, on garde le mystère alors x)
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jeudi 25 octobre à 19h28
Allez, ça tacle dès le début avec Alren, haha x)

"Tyan sortit de la petite salle d’eau de leur chambrée où il venait de se rafraîchir pour donner un peu d’intimité à la jeune femme le temps qu’elle se change. L’homme qui les avait accueillis avait jugé sa tunique de Guerrier suffisamment propre pour qu’il puisse la conserver pour la collation de l’après-midi en présence du Chancelier."
> Je pinaille, mais je me suis essoufflée dans la première phrase, et la seconde ne m'a pas aidée à me rattraper. Si ça ne gêne personne d'autre, c'est pas grave. Je te le relève juste, à toi de voir. C'est vrai que ce ne sont pas les plus faciles à rythmer !

Moi aussi, j'aimerais une rune de Feu pour conserver mon thé au chaud ! Pourquoi suis-je née sous Neró, déjà ? #tristesse

Pauvre Alren, les doléances ! Ça aurait été tellement plus sympa qu'il voie Lilly et Shana, à la place...

"Les rides faisaient sourire ses yeux" > c'est très joli :O

"Je ne pense pas, Votre Majesté. J’ai un visage très classique.
— Allons, Teloran, ce n’est pas le moment de discuter de banalités."
> Banalités ? Eh, non, je suis sûre qu'il y a une vache dans ce couloir, là ! Ou alors tu tends de fausses perches... ? è__é

"C’était les premiers Ezfiens qu’elle avait croisé" > *croisés, non ? Qu'en penses-tu ?
De même, "c'était" ne me choque pas – j'ai le même réflexe – cependant on parle DES premierS EzfienS, donc ne serait-il pas plus juste d'écrire "c'étaient" ?

Peur, colère, incompréhension... Mihren connaissait-il ses agresseurs ?

Du charbon, comme les mines existantes sur Ezfem ? Coïncidence ou pas ? Ils parlent d'eau sale... [EDIT : bon oui, Shogi x)]

Ce chapitre nous en apprend beaucoup sur les protagonistes et ce qui existe entre-eux. C'est triste pour Lilly qu'elle ait quitté Mihren en mauvais termes... pourquoi donc ? Quel sujet aurait bien pu les séparer ? Et le "Jonah", seul mot à ressortir... ressort-il en particulier parce qu'il a été écrit plus tardivement ? Est-il réellement question de Jonah, ou d'autre chose commençant par les mêmes lettres ?

En tous cas, bravo ! C'est jamais facile de débuter une histoire, de tout amener au bon moment, comme il faut... et il faut dire que tu gères particulièrement bien :)
Je serai patiente jusqu'au prochain chapitre. Promis. L'attente me permettra de relire tout en entier ;)
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vendredi 2 novembre à 08h58
Alren aime bien taquiner son précepteur hehe

Je note tes remarques du coup pour les corrections !


Citation de @KaroleSchifferling :
> Banalités ? Eh, non, je suis sûre qu'il y a une vache dans ce couloir, là ! Ou alors tu tends de fausses perches... ? è__é


Des vaches partouuuuuuuut hahaha (tu verras bien)

Du coup, tu te poses les bonnes questions, mais il faudra attendre pour les réponses :P
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vendredi 2 novembre à 09h03