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Karole Schifferling

dimanche 10 février 2019

La Mécanique du Temps – Tome 1 : Promesse

Chapitre 2

VIVRE

Dimanche 6 juin 2010, 16h04

Il y a des images qui marquent le cœur. Des choses qu’on sera incapable d’oublier, quoi qu’il arrive, quoi qu’on y fasse et quelle que soit l’énergie qu’on y consacre. On ne peut que les mettre de côté, « faire avec » comme on dit, et prier pour qu’elles ne ressortent pas au moment où l’on perd pied.

— Et ça, vous le gardez ?

— Poubelle.

Les souvenirs valsaient déjà. Discrètement, peu à peu, mais ils partaient. Mon père avait demandé à ce que l’on débarrasse la chambre parentale de ses objets superflus. Peut-être que sous cet air imperturbable, notre mère commençait à lui manquer.

— Écoute Mia, on devrait simplement mettre ça de côté, tu ne crois pas ?

— Pou-belle.

Élisabeth soupira et lâcha le livre dans la corbeille. La quinquagénaire travaillait ici depuis maintenant vingt ans. Tout d’abord en tant que femme de ménage, puis comme nourrice à ma naissance. Elle coinça une mèche de cheveux derrière son oreille :

— Les enquêteurs aimeraient peut-être jeter un œil à tout ça, je ne suis pas sûre que…

— Beth, ce sont des livres !

— Et alors ? On pourrait les garder, ou en faire don si tu n’en veux pas !

J’arquai un sourcil :

— En faire don ?

— Oui, à la bibliothèque ou à des gens. Tu sais qu’il y a une structure à la gare pour les déposer…

— Les gens se fichent pas mal de ce genre de livres. Ce sont des théoriciens, des scientifiques en mal d’argent qui les ont écrits.

— Ta mère les appréciait.

— Oui, mais c’était à peu près la seule.

J’attrapai un nouveau bouquin sur la commode.

« La relativité selon Galilée »

Mh…

— C’était pas plutôt Einstein, la relativité et tout ça ?

— Ah, tu vois que ça t’intéresse !

L’ouvrage finit dans la poubelle comme tous les autres.

Dépitée, la femme s’approcha plutôt du bureau et plongea son regard sur les cadres qui l’ornaient. Un sourire lui échappa :

— Vous gardez les photos, tout de même ?

— Oui, bien sûr. Mais pas dans sa chambre.

— On les mettra au salon alors ?

— Je ne sais pas trop… Ça pourrait affecter Jules. De toute façon, je ne crois pas que ce soit très sain.

J’attendis qu’elle me contredise… mais rien. Elle opina. Elle déposa les clichés dans un carton et se dirigea vers la porte.

— Beth ?

— Oui ?

— Si papa veut que l’on se sépare de certaines photos : ne les jette pas, s’il te plaît. Mets-les sur mon lit.

Elle m’observa un moment. De la même manière qu’il y a quelques années lorsque, fière, elle voyait que j’avais bien appris mes leçons.

Elle promit avant de s’éclipser. Je terminai le tri dans les livres pour sortir à mon tour.

Deux étages plus bas, Raymond s’occupait de sa voiture. À plus de soixante-dix ans et au meilleur de sa forme, le doyen de la maisonnée passait son temps dans le garage auprès de son bijou, pour lui rendre son charme originel. Il époussetait les rétros de la vieille décapotable sous l’œil attentif de Jules, mon petit frère, posté sur un tabouret trop grand pour lui.

Je me raclai la gorge :

— Dis voir Jules, tu as goûté ?

Son regard pétillant bondit jusqu’à moi :

— Non, j’aide Ray !

— Beth a fait des cookies, chuchotai-je, je viens de la voir en sortir du four…

— Au chocolat ?

— Je crois, il y en avait pas mal.

Ni une, ni deux, il sauta de son siège et disparut dans les escaliers.

À peine quatre ans et déjà sprinter professionnel.

Ray garda le silence. Il en profita pour parfaire le nettoyage de son auto. Puis, quand il fut certain que Jules était trop loin pour l’entendre, il jeta un œil dans ma direction :

— Ça va ?

J’acquiesçai. Il se tourna finalement vers une voiture plus récente.

— Prête ?

— On y va déjà ?

Il consulta sa montre en décrétant qu’il valait mieux partir en avance, et il avait raison ; mon père détestait attendre. Les enquêteurs aussi.

***

La voiture avança dans le crissement des graviers sous les roues. C’était agréable… ou en tout cas plus agréable que la vision du ciel. Gris.

Tu parles d’un mois de juin.

— Donc, résuma mon conducteur, on ne va pas lui dire. Pour ta mère.

— À qui ?

— Jules.

Je haussai les épaules. Avec Raymond, évoquer les sujets « sensibles » n’était pas vraiment un problème. Je le côtoyais depuis toute petite.

Mes parents avaient acheté sa maison – celle-ci même – en viager. Un viager avec cohabitation. Ils lui versaient une rente chaque mois, disposaient de ses biens à ses côtés et, à sa mort, en deviendraient propriétaires. J’avais toujours trouvé ça glauque, mais cela leur convenait parfaitement.

Ray cherchait de la compagnie, et mes parents, quelqu’un pour veiller sur nous pendant leurs absences.

Certes, il ne pouvait pas s’occuper de tout – et ce fut pourquoi Beth venait en journée – mais pas une fois il ne nous avait fait faux bond. Au contraire. Il était toujours venu me chercher à l’école. Il m’emmenait me promener quand je n’avais pas le moral, fêtait avec nous Noël et les anniversaires…

Si j’avais connu mes grands-pères, j’aurais voulu qu’ils soient comme lui.

— Le pédopsychiatre a dit que l’on devait attendre, répondis-je.

— Attendre quoi ?

— Je ne sais pas. Il lui a expliqué qu’elle était morte, ce que ça signifiait et, d’après lui, Jules n’était pas prêt. Il s’est renfermé. Dès qu’on lui dit qu’elle ne reviendra pas, il…

Il dérape… C’était impressionnant. Différent des caprices enfantins. Cela crève le cœur lorsqu’un être aimé devient un étranger, prisonnier d’un déni aussi dur que la pierre.

Voir Jules devenir cet étranger était bien la dernière chose que je souhaitais.

J’ignore comment il fait pour passer outre nos dires. Comment il peut tout ignorer, faire comme si nous ne lui avions rien dit. « C’est inconscient », d’après les médecins, et cela est encore plus dur à contourner.

Les lèvres de Ray remuèrent :

— Je pense que ton père aurait dû l’emmener avec nous à l’enterrement. Peut-être même à la fermeture du cercueil, afin qu’il sache qu’elle était bien à l’intérieur.

— Elle s’est pris une balle en pleine tête ! Il aurait donc fallu que Jules voie ça ?

Je ne voulais pas. Pourtant, les larmes me montèrent aux yeux :

— Son crâne a explosé, Ray…

— Je sais.

— Même en la voyant avec le voile sur le visage, je ne sais pas s’il aurait admis quoi que ce soit. Et je doute que cela aurait été bénéfique.

Il ne répliqua pas. Cette situation l’attristait tout autant que nous.

— Quand revoit-il le psychiatre ?

— D’ici une dizaine de jours. Il veut lui laisser du temps.

Le menton de Ray remua en signe de compréhension. Ce dernier soupira :

— Jules est comme nous tous, l’admettre lui fera du mal. Mais on lui expliquera les choses. Ça va aller. D’accord ?

Je lui souris. Mon « merci », lui, fut étouffé par la sonnerie de son téléphone. Il actionna le haut-parleur sur le volant, et la voix de mon père nous parvint.

Je m’y attendais.

— Raymond ?

— Oui ?

— Bonjour ! Vous n’avez pas oublié le rendez-vous ?

— Non, non, on arrive.

—  Parfait. Vous déposerez Mia et vous pourrez repartir, ne nous attendez pas.

— À vrai dire, je pourrais tout à fait…

— Non merci, je m’en charge.

Connaissant son entêtement légendaire, mon chauffeur abdiqua :

— Comme vous voulez.

— Bien. À tout de suite.

Et la communication fut coupée.

Un silence plus complet aurait été difficile à obtenir. Je m’enfonçai dans mon siège :

— T’es incroyable.

Ça eut le mérite de le faire rire :

— Pourquoi ?

— Pour le supporter, entre autres. Tu pourrais, je ne sais pas… faire comme si nous n’étions pas là. Te calfeutrer à la maison, percevoir ta retraite et passer tes journées à lire le journal.

— Mais vous avez besoin de moi, non ?

— Tu ne nous dois rien.

Il plissa les yeux :

— Alors vous pourriez vous passer de mon aide ? Je suis inutile ?

— Eh non, je n’ai pas dit que…

Il m’offrit un coup de coude. Sa moustache frétillait, comme souvent lorsqu’il nous taquinait.

— Je suis sérieuse, tu n’es pas obligé de faire tout ça.

— Je n’ai rien d’autre à faire.

— C’est trop facile…

— Sachez, jeune fille, que ni vos interrogatoires, ni votre harcèlement ne me feront décamper. Je suis capable de choisir ce que je veux faire ou non… et de saisir l’occasion de sortir de chez moi ! J’en ai encore le droit, pardi ! Je me sens bien trop en forme pour me laisser aller au fond d’un fauteuil, d’un trou ou d’une maison de retraite.

J’aurais voulu être insensible à sa plaisanterie. Ou du moins, parvenir à le faire croire. Il n’en était rien.

— Moi aussi je suis sérieux, Mia. Que ce soit ton père, ton frère ou toi… Je me sens utile auprès de vous. Et je suis heureux de passer du temps en votre compagnie.

— Vraiment ?

— Vraiment. Tes parents se sont faits avoir avec cette histoire de viager, je ne compte pas vous lâcher de sitôt !

***

Nous arrivâmes de longues minutes plus tard à destination. Une voiture aux vitres fumées stationnait. Et, devant elle, mon père.

J’attendis. Quelques secondes… ou plus, peut-être. Seuls les mots de mon ami moustachu me donnèrent la force de le rejoindre.

Louis Starck passait une main dans ses cheveux bruns, qui tendaient vers le gris au niveau des tempes. Visage anguleux, sourcils froncés, il m’attendait comme s’il ne m’avait pas vue. Cette sensation de n’être sa fille que de manière administrative avait fini par ne plus me blesser, mais bizarrement, j’espérais que les événements récents avaient brisé sa carapace.

Peine perdue.

— Jules n’a rien dit ?

— Non.

Il me sourit tout de même et se dirigea vers le bâtiment.

Nous entrâmes dans la brigade. Là, en costume, attendaient quatre – que dis-je : cinq – visiteurs à qui il serra la main. Cinq hommes d’une quarantaine d’années, botoxés pour en paraître trente, de nombreux dossiers sous les bras.

On ne s’arrêta qu’aux côtés de deux d’entre eux. Ils avaient l’air si tristes…

— Mia, je te présente messieurs Necker et Degrand. Des collègues de ta mère.

Je les saluai d’un sourire. Maman ne parlait que peu de son travail, et leurs noms ne me disaient rien. Elle était chercheuse pour un laboratoire affilié au LEM3, le pôle de Génie Industriel du Grand-Est français. Parfois en ville, souvent à l’autre bout de la région. Cela dépendait de ce sur quoi elle planchait.

Une porte s’ouvrit ; mon père et moi étions appelés. Necker et Degrand furent demandés dans la salle voisine un instant plus tard.

***

— Capitaine Garlet, se présenta l’un des trois hommes. Voici l’officier Miller, et notre F.R.A.D. le lieutenant Aubert.

— Louis Starck, continua mon père en leur serrant la main.

« F.R.A.D. » ?

Garlet me tendit sa grosse patte. Je l’empoignai sans grande joie, on nous fit signe de nous asseoir, et il s’installa lourdement derrière le bureau. Son fauteuil soupira en même temps que lui :

— Pardonnez-nous cette nouvelle entrevue, monsieur, nous nous doutons que vous avez fort à faire ces temps-ci.

Mon paternel opina. En quelques jours, ces locaux étaient devenus son deuxième chez-lui. Même Raymond avait été convoqué.

—  Vous n’avez pas eu de problème particulier ?

—  Non, répondit-il.

—  Pas même hier à l’enterrement, avec les médias locaux ?

—  Non, la majorité a été tenue à l’écart.

Garlet eut l’air satisfait.

—  Bien. Nous avons d’autres questions à vous poser, à vous et à votre fille. Ce ne devrait pas être long.

Des questions. Élisabeth m’avait dit de m’y attendre.

Il s’éclaircit la gorge :

— Mademoiselle Starck, que faisiez-vous le mardi premier juin deux mille dix, dans la soirée ?

Il y avait un nœud au fond de ma gorge. Un nœud qui, alors que j’essayais de respirer le plus doucement possible, commençait à m’asphyxier.

Mardi…

— J’étais en cours.

— Le soir ?

— Oh, non… le soir, j’étais chez moi. À la maison.

— Je vois. N’ayez pas d’inquiétude, nous voulons juste valider certaines informations.

« N’ayez pas d’inquiétude ».

Facile à dire.

J’essuyai mes paumes sur mes genoux. Face à moi, l’officier Miller tapotait sur son clavier. Reprenait-il la conversation sur ordinateur ?

— Avez-vous une quelconque idée de ce que faisait votre mère, cette nuit-là ?

Encore une question pour moi.

— Pas vraiment.

— C’est-à-dire ?

— Elle travaillait. Soit sur Metz, soit au laboratoire de la ville, je ne sais pas exactement. Sur Metz, je pense. Elle était censée rentrer en milieu de semaine. Peut-être comptait-elle dormir à la maison, ce soir-là.

Il hocha longuement la tête… un peu à la manière des chiens mécaniques sur la banquette arrière d’une voiture. Ça ne me détendit pas pour autant.

— Vous avait-elle contactée dans la journée ?

— Non.

— Et les jours précédents ?

— Oui, mais il n’y avait rien de spécial. Enfin, je ne crois pas. Elle prenait souvent de nos nouvelles.

Il fronça un sourcil.

— Était-ce spécifique de ces derniers temps ?

— Non, elle a toujours fait ça.

— D’accord. Et, dernièrement, vous a-t-elle paru différente ? Anxieuse, déprimée, sur les nerfs ?

— Non.

— Avait-elle des problèmes qu’elle vous aurait confiés ?

— Des problèmes ?

— Oui, d’ordre personnel, professionnel, financier, ou de santé peut-être ?

Je répondis encore par la négative.

Mon père avait été entendu plusieurs fois. Ils devaient vraiment être désespérés pour me questionner à mon tour.

Après qu’il eut sans doute épuisé son stock de questions, Garlet laissa sa place au lieutenant Aubert. Celui-ci s’empara d’un dossier.

AFFAIRE SONIA STARCK

Il en sortit une feuille et prit la parole :

— Comme vous le savez déjà, Madame Starck a été retrouvée dans l’ancienne usine textile, au quartier de la Mouline. C’est un riverain qui a appelé après y avoir vu de la lumière. Or, le courant y est coupé depuis des années. Avez-vous une idée de ce qui l’a amenée là-bas ? Avait-elle pour habitude de s’y rendre ?

Ses yeux s’appuyèrent sur mon voisin.

— Non, je l’ai dit à vos collègues. Je n’en sais rien.

Le lieutenant me frôla ensuite du regard. Chose inutile ; je n’en savais rien non plus. Et personne n’allait plus là-bas, si ce n’était une bande de toxicomanes.

— Comme on vous l’a sans doute expliqué, poursuivit Aubert, les légistes ont noté une plaie par balle dans le bas-ventre, une seconde au niveau du cœur – celle-ci, infligée à bout portant – et une troisième à la tête. Contrairement à nos premières suppositions, la thèse de la mauvaise rencontre est aujourd’hui écartée. Nous envisageons celle du règlement de compte.

Un silence.

Pesant.

— Cette hypothèse a été renforcée ce vendredi. Nous avons retrouvé son sac – celui que vous aviez décrit, monsieur. Il contenait non seulement ses papiers, mais aussi et surtout de nombreuses traces de produits illicites. Il m’est inutile de préciser ce que font les gens qui fréquentent un tel lieu. Ce n’est pas la première fois qu’on y clôt des différends, entre trafiquants.

— Entre trafiquants ? gémit mon père. Vous êtes sérieux ?

Miller cessa de parcourir son clavier.

— Vous êtes en train d’accuser ma femme de trafic de drogue ?

— De simples dettes suffisent à lever la colère des dealers.

— Trois balles, vous appelez ça de la colère, vous ? Est-ce courant dans un pays comme le nôtre, dans une ville comme la nôtre, de trouver une femme sans histoire transpercée de trois balles ? Ce sont des jeunes qui se planquent là-bas, des gamins, pas des tueurs fous armés jusqu’aux dents !

— S’il vous plaît…

— Vous vous rendez compte de ce que vous dites ?

J’étouffais. Ma mère était morte. Ma mère. Elle était la plus douce personne que je connaissais, la femme la plus exemplaire qui soit. Et ils traînaient son nom dans la boue.

Mon cœur voulait exploser ma poitrine pour en sortir et les frapper. Mais moi, j’étais trop atterrée pour esquisser un geste. Je ne pus que verrouiller mes doigts sur le poignet de mon père. Il les repoussa une seconde plus tard.

— Je croyais que vous aviez pratiqué des examens cliniques, reprit-il plus bas. Y avez-vous trouvé ne serait-ce qu’une trace de stupéfiants ?

— Nous ne sommes pas en mesure de…

— Non, vous n’en avez pas trouvé et vous n’en trouverez pas. Sonia n’a jamais touché à ces merdes, jamais. Ni de près, ni de loin.

Le lieutenant se tut.

Je crus tout d’abord qu’il cherchait ses mots. Ou alors, qu’il attendait que mon père se calme. Il prenait juste le temps de rouvrir le dossier :

— Malheureusement, nous avons de quoi en douter.

Deux papiers furent posés devant nous. Des photos. Je me détournai sans attendre.

— Nous ne mettons pas votre honnêteté en cause, monsieur. Il est probable que votre femme vous ait caché son addiction, ainsi que le commerce qu’elle nourrissait…

Il continua de parler mais je ne l’écoutais plus. Je fixais leur mur moche, affreux, dégueulasse. Je le fixais si fort que je m’en faisais mal aux yeux. Je ne voulais plus l’entendre, plus le voir. J’enfonçai mes ongles dans mes paumes, serrai les dents aussi fort que j’en étais capable.

— Nous voulons simplement comprendre, tout comme vous.

— Alors… alors sachez que vous faites fausse route, répondit mon père. Ce n’est pas elle qui…

— Vous reconnaissez ses affaires personnelles ?

— Oui, avoua-t-il, mais…

— Tout ceci se trouvait dans son sac, traces de drogue comprises. De multiples natures.

Les photos glissèrent encore sur la table. À cet instant, ce bruit si doux me donna envie de vomir.

— Et cela coïncide avec vos déclarations, monsieur.

Je me tournai soudain vers lui. Il était mon miroir. Pétrifié.

— Qu’ai-je dit qui irait dans ce sens ?

— Lorsque vous avez reconnu son corps, vous auriez dit, je cite : « on aurait dû partir ». Fut-ce le cas ?

— C’est… oui, c’est possible.

— Puis, quand le capitaine Garlet ici présent vous a demandé à quoi vous faisiez allusion, vous avez déclaré : « Elle était très emballée par ma possible mutation en Allemagne. Elle voulait tout plaquer pour qu’on s’en aille, et elle a même songé à le faire sans délai malgré la scolarité des enfants et notre engagement dans la maison. J’ai pensé que c’était sur un coup de tête, mais elle m’en parlait très souvent. L’idée de rester ici la rendait malade. J’aurais dû comprendre qu’elle avait peut-être des problèmes ».

Et il se tut. Il se tut comme si sa phrase était logique, rationnelle, terminée. Comme si l’on pouvait désormais la comprendre. Je ne comprenais pas.

Mes yeux dévoraient mon géniteur. J’essayais d’en tirer quelque chose, d’y lire des réponses. Des explications. J’essayais d’y trouver ce qui m’avait échappé, ce que je n’avais pas su déchiffrer derrière leur routine et leurs silences. De savoir pourquoi je n’avais rien vu, rien entendu, rien deviné.

« C’est vrai ? » voulus-je demander. « Papa, c’est vrai ? »

Il y eut une voix, tout proche. Celle de Miller.

— Vous voulez sortir un moment ?

Il aurait pu me proposer de sauter par la fenêtre ou d’écouter de la musique, j’aurais répondu de la même manière : au hasard des mouvements de ma tête. Je me levai sans savoir comment, sentis plus puissamment le vide dans mes jambes et passai dans le couloir.

Il héla l’un de ses collègues. Une femme. Elle m’invita à la suivre. J’avais l’impression d’être une petite fille qui a besoin d’une nourrice.

J’aurais préféré que ce soit Beth. Ou personne. Je souhaitais juste me mettre en pause et faire de l’ordre dans ma tête…

… sans qu’on me regarde.

Sans qu’on me parle.

La femme faisait les deux en même temps.

— Tu veux boire un truc ? On a du café si ça te dit.

C’était au moins la deuxième fois qu’elle proposait. Je ne voulais pas de café. Elle m’emmena finalement prendre l’air sur le parking, et nous nous assîmes sur une murette.

Je ne saurais dire combien de temps nous étions restées là, silencieuses. Le néant ne s’estompa que lorsque deux personnes quittèrent le bâtiment. Deux des collègues de ma mère. Ceux auprès de qui nous nous étions arrêtés. Le plus jeune, Necker, m’adressa un signe de la main.

Alors qu’il partait, le ciel pleurait sur le goudron.

— Ce n’est pas toujours facile. Quand ça concerne des gens que l’on aime, on peut avoir besoin de temps pour entendre certaines choses.

Je consultai la femme à l’uniforme. Elle souriait :

— C’est normal.

— Oui.

Elle leva le nez vers les nuages et reçut une goutte sur le front. Je cessai de l’observer.

— Tu as quel âge ?

Encore une question. Ça doit être un réflexe pour eux.

— J’ai dix-sept ans.

— Et ton prénom c’est Mia, c’est ça ?

— Oui.

— C’est allemand ?

Si j’avais été d’humeur joueuse – et si elle n’avait pas été officier – je l’aurais fusillée du regard. Juste pour voir sa réaction. Ça aurait pu être drôle.

— À ce qu’on m’a dit, c’est danois. Mais aujourd’hui oui, c’est surtout répandu en Allemagne.

— Ah ! Je connais une Amélia qui se fait appeler Mia.

— Ça peut marcher comme diminutif.

J’aimais bien les diminutifs. Enfin, ça dépendait lesquels. Raymond, Élisabeth, beaucoup de gens connus dans mon enfance avaient vu leur nom se réduire à une syllabe. Je devais être flemmarde de naissance pour ne les prononcer qu’à moitié.

Quoique, Raymond s’est toujours fait appeler Ray, je crois.

— Lucie ? Y’a le capitaine qui voudrait savoir si vous pouvez revenir !

— Ah !

La dénommée Lucie pivota vers moi. J’étais déjà debout.

— Ça ira ?

— Oui, pas de souci.

Je n’étais pas mourante. Je n’aurais pas dû partir, de toute manière ; je n’aurais pas aimé être seule dans cette pièce, avec eux, face à leurs yeux qui tentent de lire jusqu’au fond de nos tripes. Ou du moins, qui font semblant.

S’ils ne souhaitaient pas nous mettre mal à l’aise, ce n’était pas pour autant agréable, et je m’en voulais déjà d’avoir laissé mon père là-bas. Ma présence n’aurait pas changé grand-chose mais au moins, il n’aurait pas été tout seul.

J’ignore ce qu’il aurait préféré. Moi, j’aurais préféré y être. Pour qu’il m’explique.

J’espérais qu’il m’expliquerait plus tard.

Lucie poussa la porte du bureau de Garlet et m’offrit un dernier sourire. Je m’installai sans un mot. Mon père se frottait le visage.

— Nous en avons fini, mademoiselle, souffla Aubert. Nous voulions juste savoir si vous avez des questions.

Sa voix était moins rêche qu’auparavant. Je réussis à croiser ses yeux sans trop ressasser ses médisances.

— Non.

— Bon…

Le lieutenant devait être de ceux qui, lorsqu’ils sont assis sur une chaise à quatre pieds, pensent qu’il suffit de la faire grincer contre le sol pour que des roulettes apparaissent. Ça ne marchait visiblement pas.

— Si vous avez un souci, conclut-il, une information, ou si quelque chose vous revient, n’hésitez surtout pas à…

— Oh, attends !

Miller avait ouvert la bouche. Il pianota sur son clavier, plissa les yeux, puis désigna le dossier que son collègue avait à la main.

— T’as oublié de parler du truc phosphorescent, là.

— Oh, oui !

Garlet se renfonça dans son fauteuil.

— Nous aurions voulu savoir : caché dans les vêtements de Madame Starck, nous avons trouvé une sorte de… un objet qui ressemble vaguement à une perle de bain. Sauf que ce n’en est pas une.

Une perle de bain ? Qu’est-ce qu’il raconte ?

Je me tournai vers eux. Le lieutenant m’observait.

— Une perle de bain ? répétai-je comme si j’avais mal entendu.

— Oui, la ressemblance est frappante.

Miller saisit l’une des feuilles posées sur la table et me la fit passer.

La page était composée de deux photos : sur la première, je devinais quelques effets personnels de ma mère. Ses clés. Son téléphone. L’un des carnets malmenés qu’elle emportait partout. Mais ce n’est pas cela qui attira mon attention : juste à côté trônait une boule bleue.

Je regardai la seconde photographie. On y voyait la bulle étrange sur fond noir, encadrée par un L gradué. En effet, avec cet aspect et un diamètre d’environ trois centimètres, on aurait pu la confondre avec une perle de bain.

— Qu’est-ce que c’est, alors ?

— Il se pourrait que nous ayons là une drogue de synthèse, conservée dans un matériau assez fragile. Nous n’avons aucune précision. L’analyse s’est révélée, mh, compliquée, et les tests n’ont pas pu être menés à leur terme. Tout ce que nous savons, c’est que cette perle ne contient ni parfum, ni produit cosmétique.

***

Le soleil avait disparu. Le ciel se limitait à un amas sombre derrière le pare-brise, un amas cotonneux mais guère sympathique. La pluie allait sans doute revenir…

— … Mia ?

Je calai une paume sous ma joue. Le temps était vraiment pourri.

— Il faudra que tu penses à réviser.

Décidément, mon père avait toujours de bonnes idées pour entamer la conversation – ou dans ce cas précis, pour changer de sujet. Toutefois, cela partait d’une gentille attention, alors j’acquiesçai.

— Quand sont tes épreuves ?

— Dans une semaine… et demie.

À peu près. Le baccalauréat le stressait plus que moi.

Je n’avais jamais craché sur mes révisions, il le savait. Mes notes ne faisaient pas bondir mes profs de joie, mais elles satisfaisaient les moins exigeants. Fut un temps, j’avais été bonne élève. Et puis j’avais choisi la filière scientifique, et les félicitations du conseil de classe m’ont fait un bras d’honneur.

Je n’aimais pas les maths. J’aimais les langues, les sciences et les tables près des fenêtres. J’écoutais en philosophie, gardais les yeux ouverts en Histoire, participais parfois pour prouver mon intérêt lorsqu’il était réel et ça ne se passait pas trop mal. En général.

— Si tu as besoin d’aide, je pense que tes professeurs seront tout ouïe.

Il empoigna le volant avant de poursuivre :

— Ils comprendront.

— Je n’ai pas besoin d’aide, pas plus que je n’ai besoin d’un traitement de faveur. J’irai les voir si j’ai une question, mais je ne vois pas ce qu’ils pourraient faire de plus.

— Tu réussiras à travailler ?

— Bien sûr.

Il secoua la tête. Vraisemblablement, il savait que non.

Je profitai de sa préoccupation pour l’examiner. Les enquêteurs l’avaient épuisé. En quelques jours, il avait fait face au meurtre de sa femme, préparé son enterrement, admis l’idée qu’une autopsie complète avait eu lieu, géré une montagne de formalités et… et dès lors, après que toute notre routine fut effondrée, après que la douleur fut profondément ancrée en lui, on entachait la mémoire de celle qu’il n’avait pas vue partir.

Tout était allé si vite.

Malgré ce que je pouvais reprocher à mon père, j’avais beaucoup de peine pour lui. Son âme devait être un champ de bataille. Un No man’s land ravagé.

— Je vais annuler mon départ pour Francfort, dit-il.

Il ne lâcha pas la route du regard.

— Mais, papa, tu n’as rien à te reprocher…

— Je le sais, et ils le savent. Seulement je dois rester disponible. Je ne peux pas me permettre de partir, pas en ce moment.

Ma ceinture se tordit entre mes doigts.

Francfort. Cela faisait si longtemps qu’il préparait la mise en place de la filiale allemande…

— Ton patron va grogner.

— D’autres se bousculeront pour me remplacer ; ce n’est pas la concurrence qui manque.

— Et tu réussiras à reprendre la tête du projet ?

Il carra la mâchoire. Ses lèvres étaient crispées.

— Ne t’en fais pas, murmura-t-il.

Le reste du trajet fut silencieux.

La maison était bâtie dans les hauteurs de la ville, uniquement accessible par le chemin des mines. Elle surplombait les alentours : il nous fallut quelques minutes supplémentaires pour y parvenir.

Mon père ne descendit pas de voiture.

— J’ai encore du travail, précisa-t-il alors que je sortais. Occupez Jules tant que vous le pouvez. Il retourne à l’école demain, sans faute. Élisabeth devrait être là pour le lever à sept heures trente, mais si ce n’est pas le cas, je compte sur toi pour t’en charger. Je serai de retour en fin de soirée si…

— Papa ?

Il clôt doucement ses lèvres. Je pris une inspiration :

— Je sais qu’ils se trompent.

Nous nous regardâmes. Longtemps.

— Prends soin de ton frère.

Je fermai la portière sur ces mots.


Lundi 7 juin 2010, 7h43

— Dis Mia, elle rentre quand maman ?

Lundi. Le rythme reprenait. À peine levé et déjà en forme, Jules dévorait le contenu de son bol de céréales. Son sourire s’agrandissait à chaque bouchée mais une ridule apparut entre ses sourcils en attendant ma réponse.

— Je ne sais pas si elle rentrera…

— On peut l’appeler ?

Beth, qui s’activait dans la cuisine, s’immobilisa. J’hésitai.

— Mange. Tu vas être en retard à l’école.

Il grimaça.

L’atmosphère se fit lourde. Ce n’était pas la première fois qu’il réclamait un appel, et plus le temps passait, plus il insistait, tandis que, de mon côté, je ne disposais d’aucune réponse convenable. Étais-je seulement à la hauteur, dans mon rôle de grande sœur ?

— Jules ?

Une voix enrouée résonna. Elle provenait du garage :

— Jules ?

— Quoi ?

— J’ai trouvé quelque chose qui t’appartient !

Il ne pouvait s’agir que de Raymond. Il laissa une oreille en coton dépasser de l’encadrement de la porte. Le lapin en peluche de mon frère.

Ses yeux s’écarquillèrent :

— Oh, Petit Sim !

Jules se leva d’un bond. Il le récupéra, et le pressa contre lui avec toute la tendresse du monde. Le vieil homme tendit sa main :

— Tu viens, maintenant ? On va à la voiture.

— Mais je ne me suis pas brossé les dents !

— Alors faisons ça vite.

Et, d’un simple regard, je remerciai Ray pour avoir une fois encore retourné la situation.



***

Notre ami nous conduisit en ville. Il me laissa accompagner Jules à l’école avant de me déposer à mon tour.

La troupe de fumeurs gangrenait déjà les entrées. Un peu à l’écart, sur un banc, deux silhouettes familières patientaient. Sam dessinait, et repoussait de temps à autre ses boucles rousses derrière ses oreilles. Quant à Chloé, l’allure de ses cheveux prouvait qu’elle s’était levée il y a moins de vingt minutes. Et, visiblement, elle n’avait pas prévu de les coiffer : elle était bien trop occupée à retourner son sac – avait-t-elle encore oublié ses clés ? – pour dompter une crinière aussi emberlificotée que la sienne.

Un matin comme les autres, en somme. Mes lèvres s’étirèrent en les voyant.

Elles, ne me virent que bien plus tard. Je devinai sur leur visage cette expression compatissante que je redoutais. Leur bouche s’apprêtait à lâcher les mêmes mots que ceux que j’entendais depuis bientôt une semaine, et l’envie de couper court à tout ça me secoua :

— Vous avez cours ?

Question bête si l’on n’avait pas été au mois de juin. Elles échangèrent un regard et Chloé prit la parole :

— Avec le bac la semaine prochaine, de toute manière, personne n’a vraiment cours.

— Mis à part les profs de maths, compléta Sam, les autres sont juste là pour répondre à nos questions. Qu’on soit là ou pas, ils s’en foutent.

— Et toi, ça va ?

Je répondis positivement par un mouvement de tête et un sourire enthousiaste.

Une main frappa mon épaule. Celle de Basile.

— Salut les feignasses !

Avant même que je puisse croiser son regard, il envoyait voler son sac et s’affalait sur le banc. Grâce à sa petite taille, il put caler sa tête sur le sac de Chloé, et ses pieds sous le nez de la jeune rousse. Cette dernière paraissait… ravie.

— Vous faites quoi aujourd’hui ?

— Physique, gronda son porte-pieds.

— Je pense réviser les maths, murmura sa voisine.

— Oh, vous me fatiguez déjà.

— Tiens donc, s’amusa Sam, que compte faire notre ami le L ?

— Philo si j’ai du courage, dormir s’il fait trop chaud.

Je ris. Les épreuves approchaient à grands pas, ce qui forçait tout le monde à recentrer ses priorités. Cela me permettait, par la même occasion, de souffler loin de la maison, auprès de mes amis. Eux trois, et…

— Théo n’est pas là ?

— Bah ! Ça ne sert à rien de le chercher, ricana Sam, il a arrêté de venir. Il faut croire qu’il préfère se planquer dans les gradins au lieu de réviser.

— Ouais, il doit être au stade, hasarda Basile.

— Comme d’hab.

— En même temps, il a bien besoin de décompresser, avec la mère qu’il a.

Les paroles de Chloé retentirent. Puis, une gêne gâcha son visage. Mais peu m’importait. C’était la vérité ; notre ami vivait un calvaire avec une mère alcoolique, que j’aie perdu la mienne ou non. L’unique garçon présent changea de sujet :

— Bon, et toi Mia, tu fais quoi ?

— Je vais aller le voir.

— Tu ne révises pas ?

— Plus tard, promis-je.

Je les quittai sans volonté aucune d’aborder d’autres sujets. À peine m’étais-je éloignée que Sam sortait sa tablette tactile. Son trésor, comme elle l’appelait, et dont elle se servait parfois pour éplucher les tabloïds. Basile et Chloé se jetèrent dessus.

Ne sois pas paranoïaque. Ce n’est pas parce que des articles sur ta mère pullulent sur le net qu’ils vont les lire. Ils doivent regarder autre chose : un torchon sur la découverte d’un bébé au fond d’un congélo, ou sur la dernière rhinoplastie de Janet Jackson.

N’y pense pas. N’y pense plus.

***

Théo était né sans thyroïde. Certains pensaient cela anodin, et ils avaient tout faux. Rythme cardiaque mal régulé, faiblesse, manque d’énergie : il suffisait d’un effort banal pour que sa vie soit en danger. Le sport lui était interdit, mais il aimait regarder les autres en faire. Pour s’imaginer à leur place, sans doute. Courir par procuration.

Je le retrouvai à l’endroit exact supposé par Basile : dans les gradins. Il avait les yeux rivés sur les coureurs, poings serrés, totalement absorbé par le trois fois cinq cents mètres qu’ils effectuaient.

Je lui tapotai l’épaule et m’assis à côté.

— Oh, Mia. Qu’est-ce que tu fais là ?

— Je veux une glace à la vanille, et tu es le seul à qui le glacier fait des ristournes. Alors je reste ici jusqu’à ce que tu daignes aller en acheter une avec moi.

Il pouffa. Ça m’avait manqué. Toutefois, son sourire retomba. Il ne tarda pas à se frotter le visage :

— Les autres ont dû te bombarder de questions.

— Je ne leur en ai pas laissé le temps.

— Tu as eu mon message ?

— Je… désolée, je n’en ai lu aucun.

Sans détecter mon mensonge, Théo grimaça et replongea dans la course.

— Si jamais tu as envie d’en discuter…

— Oui, ne t’inquiète pas.

— C’est pas en t’enterrant dans ton silence que ça va passer. Le jour où tu auras besoin d’en parler…

— … tu en seras le premier informé, le coupai-je.

Il dressa le menton sans me quitter des yeux. Puis, il abdiqua. Il bredouilla un « d’accord » qui me laissa perplexe.

— Et ton frère, hésita-t-il. Il va bien ?

— Pas vraiment.

Il passa encore une main sur son visage.

— J’imagine que ça ne doit pas être facile. Mais il s’en remettra, j’en suis sûr.

— Pour ça, il faudrait qu’il l’accepte.

— Qu’il l’accepte ?

— Il est dans le déni complet. Il a été pris en charge par un genre de psy, là, mais… il se braque. À ses yeux, un décès est anormal, contagieux et annulable. On n’y arrive pas.

— Mia, il est encore très petit, il faut lui laisser digérer ça.

— Oui, mais…

— Il y a un an il n’arrivait même pas à faire une phrase correcte. Je me trompe ?

Je levai les yeux. C’était évident, il ne se trompait pas ; il nous connaissait mieux que personne.

— C’est vrai, seulem…

Je n’eus pas le temps de finir. Sac en main, il s’éloignait.

— Où vas-tu ?

— Libre à toi de passer ta matinée ici ! Mais bon, personnellement, je préfère les sièges du glacier à ces gradins de béton. Et puis sans toi, ça me fera une plus grande coupe de sorbet à la van…

Il sourit.

Je l’avais déjà doublé.

*

— Capitaine ?

— Oui ?

— Le juge d’instruction a vu les procès-verbaux. Ils se recoupent bel et bien.

Plus un bruit.

Des pages que l’on tourne.

— Il ne manque plus que l’autorisation du magistrat.

— Quand aurons-nous la CR ?

— D’ici quelques heures. Mais il sera trop tard, nous ne pourrons commencer ce soir.

— Ce n’est rien.

Une chaise soupira. Un peu plus loin, une porte grinçait sur ses gonds.

— Préparez la paperasse. Je veux que tout soit d’équerre demain matin.

Commentaires

Pauvre Jules TT heureusement qu'il a Petit Sim pour veiller sur lui !
Ray ♡♡♡ Théo ♡♡♡♡♡♡
J'ai une question tiens : lors de leurs tests, ils n'ont jamais perforé la "boule de bain" et ouvert une brèche par inadvertance ? Comment ils ont pu en tester le contenu sans ça ?
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dimanche 10 février à 16h16
Oui, hein ?
Héhéhé, très bonne question. Ce n'est pas pour rien que « L’analyse s’est révélée, mh, compliquée ». ;) En effet, il a dû se passer un truc.
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dimanche 10 février à 16h44
AH ! Je découvre encore des trucs !
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dimanche 10 février à 17h48
Bonjour, 2 chapitres et j'accroche déjà bien! j'ai hâte de lire la suite. Juste une petite remarque, le "il closit ses lèvres" me perturbe.
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lundi 11 février à 20h59
Bonjour ! Merci pour le commentaire, et j'en suis ravie !
Ah, en effet, j'ai pris cette liberté de conjuguer le verbe clore au passé et à la 3e personne du singulier. Ça n'existe pas ; c'est impossible en français correct. Et c'est donc, en toute logique, faux. Simplement j'aimerais faire ressortir ce joli verbe des placards, et j'ai choisi cette tournure. J'aurais pu opter pour "clôt" – c'est moins choquant, toutefois cela correspondrait plus à du présent... je me tâte. Que proposeriez-vous ?
Si ça peut vous rassurer, c'est la seule liberté que j'ai pris avec la langue française pour tout le roman, aha.
N'hésitez pas si vous avez d'autres remarques, tout est bon pour progresser :)
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lundi 11 février à 23h04
clôt n’irais parfaitement!
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mardi 12 février à 18h34
Entendu ! Je m'en vais de ce pas faire toutes les modifications nécessaires, alors :) Merci pour votre aide !
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mardi 12 février à 18h58