2

Le Café Cobalt

lundi 29 avril 2019

Fingers Out 2 : Les participations des Baristes

Éphémère - Marine Labaisse

Il est tant de choses que j’aurais aimé pouvoir graver, tracer d’une plume sur un morceau de parchemin. Les mots me manquent, souvent, et pourtant je ne peux m’empêcher de vouloir les partager, les crier au vent d’Ánemos, les voir naviguer sur les vagues de Neró pour s’écraser contre les récifs. Ils sont éphémères, mes mots, et ils sont incapables d’apaiser mes maux. Mais peut-être pourraient-ils être utiles à quelqu’un, servir une plus grande cause. Mon récit intéressera forcément une personne en ce monde, n’est-ce pas ? Je raconterais Völlat et son histoire, mon périple et ses obstacles, mon amour et sa force. Aux yeux du monde, je ne serais plus le voleur de visages, mais un héros. Ça me plaît bien, ça.

Je leur dirais la vérité, les raisons qui nous ont tous poussés à nous entre-tuer, le ridicule de la guerre. Ils en ressortiraient plus grands, plus sages. Je décrirais la quiétude de nos plaines, la brume de nos montagnes, l’air iodé de nos côtes. Je leur parlerais de tout ça, afin qu’ils réalisent la beauté d’Ezfëm, qu’ils ne se détournent plus de nos Astres. Ne comprennent-ils donc pas ? Nous sommes nos propres ennemis. Nous sommes le poison de notre monde, la gangrène de nos terres, la fièvre de notre religion. Nous sommes le problème. À vivre dans les villes, nous en avons oublié le respect que nous devons à notre nature. Les miniers de Shogi pillent la terre de Gi sans relâche, les pêcheurs de Näja vident notre mer de sa vie. Nous dépensons, encore et toujours, sans rien donner en retour. Voilà ce que mon voyage m’aura enseigné.

J’aime le monde qui m’a vu naître et grandir. J’aime la chaleur de Fotiá, la douceur de Neró, la paisibilité de Gi. J’aime, par-dessus tout, la lumière de Fos et les caresses d’Ánemos. Mes paupières s’ouvrent aujourd’hui sur un ciel aussi gris et triste que les yeux qui le contemplent. J’avais tellement de choses à dire pour mettre un terme à ce désastre. Mais j’avais beau m’entêter à hurler au vent, chaque phrase me revenait au visage comme une gifle. Des mots éphémères. Un homme éphémère. Si seulement j’avais su écrire.

Commentaires

Très beau mais très triste, ce texte laisse un goût amer en bouche.
 3
lundi 29 avril à 12h03
Merci Corinne ! C'était le but recherché donc je suis contente que ça vous ait laissé cette impression.
 0
lundi 29 avril à 12h35