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Chimène Peucelle

mercredi 1 août 2018

L’empire des invisibles

Chapitre 4

La Première Guerre mondiale a changé la donne. Confrontés à des armements qui dépassaient notre imagination et surtout, à la mondialisation devenue primordiale pour les humains, nous avons connu une période de crise sans précédent. Alors la Confrérie a saisi l’occasion pour resurgir de l’oubli, en sauveteuse inespérée, afin de stabiliser une situation a priori insoluble. Depuis, le nombre de ses recrues n’a cessé de grimper. Les progrès technologiques réalisés par les humains au cours des dernières décennies ont poussé les Caciques à une catharsis idéologique. Finalement, pour marquer le coup et marcher avec son temps, notre Confrérie est devenue le Möbius qui sert désormais d’égide aux cryptides du monde entier.

Eunomie, Nocte reliée au Foyer principal de Paris, Histoire du Möbius : fédérer l’union des peuples, 1926.



Une première vibration ébranle la table de chevet et les notes profondément jazzy d’un morceau de Miles Davis s’immiscent dans le sommeil d’Attila.

Une longue inspiration gonfle sa poitrine ; son corps s’étire sous le drap. Il savoure la douceur de son édredon, perd sa pensée dans la musique, le temps de s’éveiller tout à fait. Les gouttes de pluie martelant ses volets battent la mesure à la trompette.

Un miaulement aigri l’aide à sortir du lit : derrière la porte de sa chambre, Ivan a entendu le réveil et manifeste son souverain mécontentement. Attila l’a acheté pour qu’il s’accorde avec les meubles de l’appartement, en se gaussant de donner un nom aussi noble à un chat aussi ridicule. Désormais, il soupçonne que sa farce ait ramené à l’ordre terrestre l’esprit de l’ancien dictateur, dans ce corps obèse et si imbu de sa féline personne.

Peut-être Ivan a-t-il mangé toutes ses croquettes, à moins qu’il ne soit pris d’une soudaine envie de faire ses griffes sur le matelas, comme quand son maître était revenu de Villenval… L’ordre du jour revient brutalement à l’esprit d’Attila. Ce matin, il doit aller dans la périphérie parisienne pour transmettre le rapport écrit de sa dernière mission. Et retrouver Jaspe, sortie des soins intensifs la veille après deux jours d’opérations… La perspective de s’aventurer hors de son appartement par mauvais temps arrache à Attila un soupir ennuyé et il passe une main dans ses cheveux.

Il faut que ses doigts frissonnent en effleurant leur masse informe pour qu’il se décide enfin à mettre sa journée en marche.

Un peu de lumière filtre de chaque côté des rideaux. Attila les écarte d’un coup sec et d’une pression sur un bouton mural, déclenche l’ouverture des volets. Sous l’assaut de la pluie, les tuiles de la capitale ont viré au noir pétrole. Le ciel, encore assombri par sa nuit, donne à Paris des allures de vieille photo en noir et blanc.

Quelques coups de pouce sur le téléphone coupent le réveil et lancent un morceau de classique plus reposant. En ignorant Ivan qui va et vient dans le couloir, Attila accède à son dressing. Quatre costumes d’un gris très clair, rigoureusement identiques et parfaitement repassés, se partagent une barre de penderie juste à côté de ses cintres à cravates – celui qu’il a porté à Villenval est encore au pressing. Il les écarte précautionneusement pour accéder aux habits civils, tous achetés chez les meilleurs créateurs de Paris. Hors de sa vue, un large carton accueille des oripeaux qui ne sont plus à la mode du siècle : des pantalons trop petits, des gilets séparés de leur ensemble d’origine, et même un béret. Attila n’y touche plus depuis des années, sans se résoudre à s’en débarrasser.

Il choisit un jean bleu marine et un pull de cachemire crème, dont la coupe moulante met en valeur la finesse de son torse. Une seconde d’hésitation, puis il plie un blazer blanc sur son bras : ce dessus fera office de costume.

Avant de quitter la chambre, il prend sa médaille de Nocte sur la table de chevet et la glisse dans la poche de son pantalon.

Il ouvre brusquement la porte en espérant cogner le chat mais le rate de plusieurs centimètres et doit claquer le battant à toute vitesse pour bloquer l’accès au matelas. La bête tournoie entre ses jambes en geignant de désespoir, esquive un coup de pied avec une insolente vivacité et finit par s’avachir devant sa gamelle vide, en arborant l’air de reproche qui ne quitte jamais totalement son faciès d’exotic shorthair. Plutôt que de satisfaire son appétit démesuré, Attila préfère s’occuper du sien et sort du frigo une bouteille de lait entier. Il en remplit un bol breton qui patientait sur l’égouttoir, orné de son prénom – il ne le sort jamais quand il reçoit.

Une boîte de muesli rejoint le bol sur la table ; Attila ajoute les céréales après le lait, évidemment. Quand Ivan monte sur une chaise, dangereusement près de sa préparation, il consent enfin à lui verser une ration de croquettes.

La symphonie diffusée par le mobile adoucit leur mastication : mesurée pour Attila, sèche et empressée pour Ivan. Le petit-déjeuner terminé, le chat va s’étendre sur le canapé et y étale son ventre touffu pendant que son maître ouvre les volets du salon.

Dans la salle de bains, son monde se réduit soudain à son crâne hérissé de mèches rebelles, qu’il s’efforce de domestiquer par touches de cire stratégiques. Deux minutes de pure concentration se soldent sur un succès : ses cheveux d’un blond pur sont coiffés sur le côté, sans un seul trait de peigne trop appuyé, sans une seule irrégularité. Il se brosse les dents, passe un peu d’eau sur son visage, couvre ses joues rosies d’une poudre légère et dépose une goutte de parfum dans le creux de son cou.

Dans sa poche de pantalon : portable, portefeuille, clés, nouvelle cigarette électronique déjà remplie d’e-liquide. Dans le revers de sa veste : sa médaille. Déverrouiller la porte sans attirer l’attention d’Ivan, ne pas oublier le parapluie au pied du porte-manteau.

Le rapport ! Il s’empare de la serviette de cuir, préparée la veille au soir, qui l’attendait dans l’entrée.

Tour de clé dans la serrure.

Dix heures tapantes. Très peu d’attente à l’entrée de l’immeuble, dans le 16e arrondissement, avant l’arrivée de son chauffeur. Attila traverse le trottoir ruisselant au pas de course sous son parapluie ; il parvient à s’installer sur un siège arrière sans que ses cheveux n’aient reçu la moindre goutte. La voiture grince quand il ajuste sa position – les essieux ont toujours été capricieux.

Le chauffeur porte un vieux chapeau de feutre sur ses longs cheveux blancs. Quand il se tourne vers son passager pour le saluer, les flammèches bleutées qui flottent dans ses orbites crépitent en signe de bienvenue.

« Bonjour, Attila. »

Sa voix crisse comme une lame mal aiguisée et son absence de nez lui donne la sifflante respiration d’un mourant.

« Bonjour, Ankou. Le Foyer en périphérie, s’il te plaît.

— C’est la petite vouivre que tu vas voir ? Elle a intérêt à guérir correctement, après la pléthore de Noctes qui se sont bousculés à son chevet.

— Je peux fumer ?

— Bien sûr, toujours. Elle suscite beaucoup d’émois, ta copine… Ça me décevrait presque qu’elle s’en tire aussi facilement après la gravité de sa blessure. Quelques siècles plus tôt et à une centaine de kilomètres près, c’était moi qui venais la chercher pour son dernier voyage. Si j’avais encore ma faux… »

Il éclate d’un rire aux notes métalliques. Attila claque de la langue mais l’audace d’Ankou l’amuse. Alors que le Möbius mène une chasse acharnée aux cryptides psychopompes et autres divinités de l’au-delà, le faucheur breton s’en est tiré avec quelques génuflexions et l’abandon consenti – quoique regretté – de sa précieuse faux aux Caciques, pour assurer sa bonne foi. L’Ankou, chauffeur de taxi ? Attila refuse de s’en attrister. N’est-ce pas là un autre miracle de la modernité ? Avec les décennies, il a pris du grade et sa voiture grinçante sert désormais de transport d’élite pour les cryptides de marque.

Il agrippe le volant de ses mains osseuses et s’engage dans le trafic. Une fois inséré dans la file de voitures dégoulinantes, il sort un paquet de cigarettes de sa boîte à gants.

« Une envie musicale, Monsieur Karison ?

— Dégote-nous un classique. Tu as du Wagner en réserve ? »


Parvenu devant le Foyer, il congédie l’Ankou.

« Repasse dans une heure et si je ne suis pas encore revenu, montre-toi patient. Il se pourrait que tu aies l’occasion de voir la petite vouivre de plus près. »

La tristesse du ciel s’accorde avec la morne façade du Foyer. Pour les humains, c’est le complexe d’une filière bureaucratique indigne d’attention ; pour les cryptides, l’un des campus qui accueille la majorité des archives surnaturelles françaises, mais aussi des appartements destinés aux agents en déplacement et aux pupilles du Möbius.

Un bureau lui est réservé dans le bâtiment administratif, empesé d’armoires métalliques dont il a presque oublié le contenu. Il s’installe, sort son rapport et le relit, stylo à la main, en attendant l’heure de son rendez-vous. À onze heures moins le quart, un agent lambda – encore un satyre, ils sont bons à tout faire… – introduit une timide demoiselle qui se cache derrière ses cheveux. Attila se lève pour la saluer d’une poignée de main, le menton haut et le regard froid : ici, il a une image à entretenir.

Alors qu’ils faisaient presque la même taille à Villenval, la posture courbée de la demoiselle lui enlève plusieurs centimètres. Son œil a retrouvé de l’éclat mais elle reste tristement chétive, trop pour faire honneur à la dangereuse créature qu’il a affrontée au fin fond des Vosges.

Son visage est toujours cassé en deux, divisé par la noirceur décadente.

Le satyre repart et Attila désigne une chaise à sa visiteuse ; elle s’y assoit avec précaution. Il entraperçoit les bandages qui recouvrent son ventre à travers sa chemise de soie. Elle lui tend des feuillets recouverts d’une écriture manuscrite d’un autre temps, en conserve un sur ses genoux.

« Merci. Tu ne sais pas taper à l’ordinateur ?

— Les écrans me font mal aux yeux.

— Tant pis. Je le ferai pour toi. »

Il retourne de son côté du bureau en examinant ses pattes de mouche.

« Ta convalescence se passe bien ? Pas de doléance particulière ?

— J’aimerais aller à Paris. Vraiment, insiste-t-elle quand Attila lève les yeux au ciel. J’ai passé ma vie cloîtrée dans les Vosges…

— J’y réfléchirai. »

La demoiselle se tait. Attila considère que l’entretien peut commencer.

« J’ai moi aussi rédigé un rapport sur nos aventures villenvaloises, expose-t-il en désignant le dossier qu’il a sorti de sa serviette. Je vais corriger le tien, éventuellement te demander des précisions s’il contient des maladresses, puis ils seront envoyés aux autres Noctes qui étudient la Décadence à échelle mondiale. Ne t’en préoccupe plus pour l’instant. Aujourd’hui, nous allons poser les bases de ta nouvelle vie en tant que pupille du Möbius. »

Il attrape une chemise cartonnée, l’ouvre avec sécheresse.

« Jaspe Montemont, lit-il. Identifiée Jacinthe Valenvers jusqu’en 1992. Dernière mairesse de Villenval, code postal 88740, de janvier 1987 à mars 2015. Nationalité française administrativement valide depuis 1961. Un seul idiome déclaré : le français métropolitain. »

Il quête l’affirmation dans ses yeux avant de continuer :

« Papiers identitaires, humains et cryptides, perdus dans la destruction de Villenval : complétion imparfaite du dossier déjà constitué dans nos archives. Nous allons les refaire aujourd’hui. Naissance en 1959, sans plus de précision. Un lieu et une date plus précis à renseigner ? »

La demoiselle bredouille qu’elle n’en a jamais eu connaissance. Elle a choisi le vingt-huit octobre avec ses consœurs vouivres.

« Tu n’es pas née à Villenval ?

— J’ai intégré mon clan en 1969 et je n’ai aucun souvenir antérieur à mes dix ans. »

Voilà qui intrigue Attila.

« Et en quarante-six ans de vie communautaire, tu n’as jamais jugé adéquat de questionner tes compagnes ?

— Elles m’ont trouvée au bord d’une rivière dans les hauteurs, balbutie la Vosgienne en laissant ses cheveux couler sur ses tempes. J’étais encore une enfant et je n’ai conservé aucun souvenir de mes jeunes années.

— N’essaie pas de m’embrouiller. Ton clan de vouivres est le seul des Vosges depuis le XIXe siècle. »

Un mélange d’incompréhension et d’impuissance ternit le visage de la demoiselle. Attila juge son désarroi sincère.

« Je me contenterai de ça pour le moment, soupire-t-il. Mais tu consulteras un psychologue. »

Elle semble soulagée qu’il jette l’éponge ; à creuser.

« Forme humaine : un mètre soixante-sept, soixante-et-un kilos. Forme reptilienne : informations non renseignées. Il faudra s’en occuper le plus tôt possible, entendu ? Nous récoltons ce genre de données pour établir des normes biologiques. Forme humaine : cheveux bruns et raides, yeux vert clair en amande, visage en cœur, bouche charnue. Épiderme hybride, carnation claire additionnée de zones noircies, résultant d’un contact avec la Décadence. Nous y reviendrons après. Escarboucle d’émeraude, caractéristique très rare chez une vouivre : typique d’une ascendance à Mélusine, c’est bien ça ? »

Jaspe acquiesce avec un fond de fierté dans les yeux. Attila s’est toujours méfié de ce genre d’information, défendues par des espèces ingrates en quête de reconnaissance, mais celle-ci semble avoir été vérifiée par le Möbius.

« Escarboucle fracturée, presque séparée en deux ; blessure grave. Sujet accueilli au Foyer secondaire de Paris le quinze mars 2015, en convalescence jusqu’à ce jour. Résultats en attente, évolution encourageante. Aucun antécédent notable avec le Möbius. J’ai le plaisir de t’annoncer, Jaspe, que nos instances t’ont déclarée non-coupable des infractions commises à Villenval. Beaucoup de circonstances atténuantes. Tu as déclaré vouloir rejoindre le Möbius en tant que Nocte par le futur : ta demande sera examinée par des professionnels. »

Il referme le dossier, au soulagement manifeste de Jaspe qui semble se détendre sur sa chaise.

« En raison de ton statut de pupille et de tes liens avec la Décadence que nous étudions, tu es placée sous ma tutelle pour une durée indéterminée. »

Il lit dans ses yeux la même irritation qu’il a ressentie quand on lui a annoncé la nouvelle.

« Dans ton cas, ça signifie qu’aucune sortie hors du Foyer n’est autorisée sans mon accord, voire sans ma présence. Ta sécurité passe avant ta curiosité ; tu m’en vois désolé. En guise d’accompagnement, le Möbius va te proposer une multitude de services pour t’aider à t’intégrer : beaucoup de cours, idiomatiques notamment. Est-ce que des cours d’anglais international t’intéresseraient ? »

Jaspe connaît quelques bases d’allemand, mais elle préfère se concentrer sur l’anglais. En remplissant le formulaire obligatoire, Attila consulte discrètement son téléphone : deux messages de Sigrid, toujours rédigés dans une ponctuation déplorable.

« Est-ce que les pupilles ont une médaille, elles aussi ?

— Ce privilège est réservé aux agents. Tu en auras une si tu deviens Nocte, avec le ruban de möbius bleu réglementaire. »

Les agents les plus ambitieux voient, quand vient leur promotion, ce bleu s’assombrir jusqu’au violet… puis, très rarement, virer au blanc, pour l’élite de l’élite. En tant que connaissance des Caciques, Attila s’est vu attribuer le blanc si convoité sans passer par les étapes officielles.

Ils entament la procédure qui permettra à Jaspe d’avoir de nouveaux papiers d’identité.

« En tant que pupille, tu possèdes désormais un compte bancaire sur lequel le Möbius te versera quelques centaines d’euros par mois, pour tes dépenses personnelles.

— On m’en avait parlé, oui. À ce sujet, comme tu ne me laisseras pas le faire moi-même, je voulais te soumettre une requête… »

Et de lui tendre la feuille qu’elle avait gardée. Attila s’en empare et la survole du regard.

« Qu’est-ce que c’est que ça ?

— Une liste de courses. Je pratique un peu de magie instrumentale mais tout mon matériel est resté à Villenval, même mes objets de rituel les plus puissants. Je voudrais reconstituer un semblant d’équipement pour mes prochaines pratiques. »

Des plantes, des huiles essentielles, des pierres semi-précieuses, des outils fantaisistes…

« Tu pourrais trouver ce genre de choses à Paris pour moi ? Il doit y avoir de bonnes enseignes où se les procurer. D’autant plus qu’avec tout ça, je devrais réussir à accélérer un peu la guérison de mon escarboucle.

— C’est faisable, bien sûr. Mais je ne m’en chargerai pas moi-même – bien assez de travail sans devoir te servir de coursier. Une amie à moi s’en occupera, elle adore faire les boutiques.

— Merci beaucoup. »

Il s’efforce de répondre au large sourire qu’elle lui offre.

« En échange, tu vas me remplir ce questionnaire, ordonne-t-il en retournant ledit papier pour qu’elle puisse le lire. Il compilera toutes les informations à caractère magique te concernant pour tes futurs examens. »

Elle s’y attelle avec un sérieux de bonne élève. Attila profite de sa concentration pour répondre à Sigrid. Quand Jaspe lui rend le document complété, il cède à la curiosité : une capacité d’accumulation magique maximale de 83,6 onces, une détection standard d’auras cryptides, influences active et passive sur végétaux, augmentation de performances physiques, confection de sortilèges basiques avec matériel… et des pouvoirs curatifs évalués à 4,7 sur l’échelle d’Asclépios, un score plus qu’honorable pour une vouivre. Pas étonnant qu’elle ait conservé tous ces chiffres dans un coin de sa mémoire pour faire valoir ses talents.

« Je m’attendais à pire, admet-il en réorganisant le dossier. Bien, nous en avons presque terminé. Quelque chose à ajouter avant la conclusion de cet entretien, Jaspe ? »

La demoiselle paraît hésiter ; il l’encourage d’un geste du menton.

« Malgré la guérison de mon escarboucle, je n’arrive plus à prendre ma forme reptilienne », murmure-t-elle.

L’information le gêne autant qu’elle l’attriste. Un cryptide métamorphe privé de sa transformation est amputé d’une moitié de son être. Finies les écailles, la bestialité au fond du regard, ces ailes qui l’ont porté loin du carnage décadent ?

« Tu m’en vois désolé, tente-t-il pour la rassurer. Ce sont des choses qui arrivent quand un organisme cryptide est bouleversé. Tu t’es transformée juste après la fracture de ton escarboucle, n’est-ce pas ? Je suis certain que ton corps récupérera suffisamment pour recouvrer toutes ses capacités. »

Néanmoins, il note l’information sur un coin du questionnaire.

« Enfin, il reste une dernière formalité. »

Il lui présente une feuille manuscrite, un encrier et une plume de chouette au bout taillé.

« C’est le contrat qui te place officiellement sous la protection du Möbius. L’encre est mêlée de je ne sais quelles mixtures qui garantissent sa dimension magique. »

Jaspe en étale un peu sur ses doigts, la renifle et la goûte. Attila s’efforce de ne pas céder à la moquerie.

« Rassurée ? »

Elle signe avec élégance.

« Parfait. Pour conclure, j’aimerais m’assurer qu’on t’a transmis les bonnes informations relatives à… disons, tes taches.

— Je n’aborde le sujet qu’avec toi et mon guérisseur attitré. Aux autres, je réponds que c’est une conséquence du sortilège d’espace-temps pour lequel j’ai servi de réceptacle.

— Exactement. Nous attendons de nouvelles consignes des Caciques avant de tenter quoi que ce soit les concernant. Tu es priée d’en surveiller l’évolution et d’avertir ton médecin du moindre changement qu’elles présenteraient. »

Elle opine avec application et il s’apprête à se lever quand elle ajoute, avec une timidité certaine :

« J’aimerais contacter mes consœurs qui sont parties vivre dans les Alpes. Pour les prévenir de ce qui m’est arrivé. C’est possible ? »

Ça l’émouvrait presque.

« Je vais me renseigner auprès des Noctes responsables du secteur. »

En consultant la montre à son poignet – un modèle neuf et hors de prix – Attila constate que l’Ankou revient dans moins de vingt minutes.

« Nous avons été efficaces. Retourne dans ta chambre enfiler quelque chose de chaud. »

Il lit la surprise puis l’espoir dans ses yeux.

« On va à Paris ?

— Affirmatif, demoiselle. Tu as mérité un déjeuner en ville : quelqu’un me doit un repas et consentira bien à t’en payer un. La cuisine parisienne relèguera les pâtisseries vosgiennes dans les oubliettes de ta mémoire, à côté de ta véritable date d’anniversaire… »



Commentaires

J'ai beaucoup beaucoup beaucoup aimé ce chapitre. Il est simple en apparence, avec principalement des descriptions du quotidien au début qui m'ont pourtant paru fort bien tournées. Pour la seconde partie avec Jaspe, c'était super intéressant d'en découvrir un peu plus sur elle, de rencontrer la dame archiviste, et de connaître un peu mieux cet univers des cryptides.

Attila fait une vanne sur une haleine de brûlé... Son mystérieux visiteur nocturne serait-il donc une victime de la Décadence ? Ou au contraire le responsable de la Décadence ? Hum voilà qui m'intrigue beaucoup.

Bref, j'ai passé un très agréable moment, j'aime l'univers que tu esquisses et j'ai hâte de lire la suite. Beau boulot m'dame !
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mercredi 1 août à 21h31
La morning routine d'Attila risque de devenir importante par la suite malgré les apparences ! Même Aristide deviendra important... Une faveur pour un chat aussi mal léché.
Pour l'haleine de brûlé, Attila pensait surtout à l'odeur typique qui avait envahi Villenval avant la fin de sa mission... Il semble bien qu'il ait tout oublié de sa rencontre nocturne :p
Merci beaucoup, et j'espère que la suite te plaira tout autant !
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mercredi 1 août à 21h45
Ohoh oh, ce chapiiiiitre! J’ai aimé le lire.
C’est fluide, plaisant.
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jeudi 2 août à 08h43
Merci ! Vous avez l'air de le préférer à l'action du début ahah
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jeudi 2 août à 14h12
"Bien qu’il s’agisse une entreprise privée", le " d' " n'a pas dû consentir à s'écrire ^^

La situation du personnage d'Ankou est assez cocasse... Chauffeur de taxis pour guider et accompagner les gens dans leurs déplacements professionnels, je trouve ça bien drôle... C'est un peu comme si le travail était devenu la mort moderne ! X)
Mais pourquoi le Möbius chasse-t-il les psychopompes ? Ce ne sont pas eux qui tuent, si ? '-'
Dans le dialogue entre Attila et Ankou, je trouve ça étrange que ce dernier appelle l'agent par son prénom, le tutoie et lui parle comme à un bon camarade (ou plutôt comme une concierge croisant la jeune locataire du 3e trop polie pour lui faire comprendre que ses commérages ne l'intéressent pas) , avant de l'appeler "Monsieur Karison" ensuite... On s'attend presque à ce qu'il le vouvoie, comme Alfred avec Batman :'D

"Villenval"... Comme dit l'autre jour, j'ai regardé si le nom du patelin existait et ce n'est pas le cas. Je dois te féliciter pour la composition qui est vraiment très crédible ! Par contre, je ne comprends pas l'ancien "préfixe canonique" que tu dis retiré par les cryptides... Je ne connais personne s'appelant Villenval ! Existe-t-il un saint nommé Villenval pour servir de patron au village ? À mon avis, le plus judicieux serait de considérer qu'en diachronie, il s'agissait de "Sainte-Ville-en-Val (s/ Moselle)", l'adjectif s'accordant au nom, ce qui aura été opacifié par la suite en un "Sainte-Villenval-sur-Moselle". Et là, je comprendrais mieux l'évolution... Mais peut-être as-tu une explication pour l'usage du masculin ? (Oui je sais, je ne suis pas sur le bon chapitre mais je fais d'un post plusieurs commentaires ^^')

Alors comme ça, Aristide aurait fait ses griffes sur le matelas ? Ce ne serait pas plutôt (ou du moins en lien avec) cette créature, Décadence personnifiée, venue visiter Attila pendant son sommeil ? '-'
Ton choix de reprendre Jack Frost pour ton personnage principal n'est pas tout à fait anodin, à mon avis... Si la Décadence est associée au brûlé, je suppose que tu dois te servir du côté glaçon d'Attila :3
J'aime beaucoup l'anecdote du bol breton avec son nom dessus btw, ça a un côté un peu enfantin qui fait penser au tout début... Le jeune garçon qui se choisit un nouveau nom, une nouvelle identité ! ^^

Oh ! Mélusine ! C'est très intéressant de la faire intervenir... Personnellement, j'adore les références que tu peux glisser dans ton texte, comme ça... Je le prends comme un défi ! Reconnaîtrais-je le prochain cryptide ? Ce nom m'est-il connu ? J'adore ! **
Alors les vouivres ont plus tendance à porter un rubis ou un saphir ? Est-ce pour ça que ta vouivre-émeraude s'appelle Jaspe ? Pour tromper le Möbius quant à la "couleur" de son escarboucle ? Mais pourquoi Jacynthe alors ? Ça n'a absolument rien à voir x)
Bref, beaucoup de mystères pointent leur nez (sans parler d'Euryale !)... Rendez-vous au chapitre suivant, donc ! ^^
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dimanche 5 août à 17h28
Hello ! Merci pour ce retour détaillé ahah
Attila et l'Ankou se connaissent depuis... longtemps ;) le "Monsieur Karison", c'est une blague entre eux. Mais on y reviendra !
Par "préfixe canonique", j'entendais surtout que "Saint-Villenval-sur-Moselle" est devenu "Villenval-sur-Moselle" tout court^^ le préfixe canonique, c'est ce "Saint" chrétien. Et concernant l'accord, je trouve ce nom tellement moche que j'avoue ne pas avoir fait attention à ce genre de détails xD
Tu tombes juste sur certains points, complètement à côté sur d'autres ahah, mais bravo d'autant réfléchir sur les éléments du texte ! Evidemment, je ne te dis pas ce qui est juste et ce qui est faux... tu le découvriras par toi-même et ça ne spoilera pas le reste :p Mais tu es sur de bonnes pistes !
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dimanche 5 août à 17h59
Hahaha, oui, je réfléchis beaucoup et j'aime émettre des hypothèses... x)
Et je ne te demande pas de me dire ce qui est juste et ce qui ne l'est pas, je te partage seulement mes réflexions, je pense bien que "tout" sera révélé en temps et en heure ^^ (maintenant à j'y pense, cette expression me paraît stupide... En temps et en heure... '-')
Hum, en fait, pour le "préfixe canonique", j'avais mis des guillemets car ce sont tes mots... Mais ça a rendu ma phrase ambiguës je crois : je ne comprenais pas l'usage du masculin sur ledit préfixe x)
Et excuse-moi si je t'ai fait mal à la tête avec mes analyses (pseudo)-linguistiques ^^'
J'ai hâte de voir lesquelles de mes hypothèses se confirment pour le coup ! :3
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lundi 6 août à 01h10
Pour le coup je ne vois pas ce que je peux dire de plus haha. Je viens tout juste de finir le chapitre et, comme toujours, je m'en vais lire les commentaires et, au final, je me rends compte que tout ce que je voulais écrire, tu le dis ici avec justesse haha.

J'ai plus qu'à réfléchir à tout ça d'ici le prochaine chapitre.
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dimanche 19 août à 13h04
Ah... Désolée de t'avoir coupé l'herbe sous les pieds x)
Mais nés suis contente de voir que quelqu'un est autant d'accord avec moi ^^
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samedi 1 septembre à 10h04
Haha pas grave t'inquiète pas ^^ j'avais pas spécialement eu le temps de le lire avant donc un peu logique ^^
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mardi 4 septembre à 17h28
C'EST TROP CHOU.
J'ai rien de plus à dire C'EST TROP CHOU.
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dimanche 5 août à 21h24
Contente que ça te fasse cet effet xD mais j'arrive pas à voir quel élément précisément tu trouves chou ahah
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lundi 6 août à 11h45
JSP.
Attila qui care bien plus qu'il ne voudrait l'admettre, c'est chou. :3
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jeudi 9 août à 00h54
Cette histoire de céréales... ahlala, une véritable tragédie.

J'ai vraiment beaucoup aimé ta manière de rédiger le passage où Attila quitte son appartement, le style marche bien, le rythme est super.

On commence à rentrer dans le vif du sujet, et je suis encore étourdie par la masse d'infos mais ça se tasse petit à petit et on entre bien dans l'univers.
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vendredi 22 mars à 22h04
Le lynchage systématique des gens mettant leurs céréales après le lait est une triste réalité de notre monde contemporain. Attila a bien du courage de s'affirmer et d'affronter ces visions étriquées.
Oui, les chapitres 4 et 5 posent énormément d'infos de lore, ils sont assez denses^^ c'était nécessaire de poser tout ça mais j'ai préféré le faire après Villenval pour ne pas perdre les lecteurs dès le début !
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samedi 23 mars à 09h07
Quelques trucs qui m'ont interpellée d'abord : "un éternuement orchestral" ? C'est particulier comme formulation, ça ne me paraît pas flatteur, mais ce n'est peut-être que moi ! Potentielle petite erreur aussi, "cruptologues" c'est cryptologues non ? (Sinon j'ai hâte de voir ce que ça veut dire)
Je vois que les satyres n'ont pas l'air très bien considérés, les pauvres ! Est-ce Attila qui est dédaigneux ou est-ce qu'il y a une sorte de hiérarchie pas très sympa dans le monde surnaturel ?
"Jaspe sourit ; son enthousiasme attendrit Attila." Attila, attendrit ? Qui l'eut crû ah ah, mais il est trop mignooon ! Il l'emmène manger et tout, il est beaucoup trop chou, je veux l'épouser. Et qu'il m'invite à manger aussi.
Youpi, on a bientôt la description du repas ! J'ai hâte !
Je sais pas si c'est moi, mais en relisant j'ai l'impression que ton écriture s'améliore à chaque chapitre, courage pour la suite de tes efforts !
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dimanche 7 avril à 00h12
Un éternuement orchestral, c'est un terme que j'ai vu en cours de solfège pour parler de l'espèce de bouquet final qu'il y a à la fin d'un morceau classique ! Personne ne connaissait autour de moi mais j'adore cette expression^^
Cruptologue est un néologisme tiré de la racine grecque de cryptide : les cryptologues étudient... les cryptes ! J'ai prévu de mettre une note explicative dans la prochaine màj du chapitre
Y a clairement une hiérarchie surnaturelle, et Attila étant dans les hauts échelons, il n'a que très peu de respect pour les "petits" cryptides... l'épouser, t'es sûre ? Tu tiens tant que ça à devenir sa domestique humaine personnelle ? :p déjà qu'il aime pas les petits cryptides, les humains...
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lundi 8 avril à 07h56
Merci pour ces précisions ! Je comprends mieux ! C'est dommage qu'il y ait une hiérarchie, mais bon en même temps un univers sans hiérarchie ça s'appelle une utopie à ce compte-là, pas de la fantasy urbaine x) Erf' c'est vrai que vu comme ça, j'ai beaucoup moins envie de l'épouser, déjà qu'avec son chat il n'est aimable, alors avec une humaine >.<
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mardi 23 avril à 23h30