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Antoine Bombrun

lundi 30 juillet 2018

Chroniques du vieux moulin - Tome 2 : Batailles

Chapitre trente-troisième

Le messager traversa Landargues au grand galop. Chaque fois qu’un badaud ne se jetait pas hors de sa route, un cri et des injures venaient presser l’importun de libérer la voie. Le coureur écumait, exténué, seulement son cavalier n’en avait cure ; c’était le troisième qu’il épuisait depuis Hautesherbes, mais on lui avait ordonné de faire au plus vite.

Il éperonna encore son cheval à bout de souffle en abordant la Grand-Place et parvint finalement devant le palais Souverain. Là, un palefrenier s’empara du licol de la monture, qui transpirait à flots et à vapeurs.

Le messager posa pied à terre, tremblant, ankylosé, mais ne prit que quelques secondes pour s’étirer et épousseter son pardessus. Cela fait, il se remit en route à grands pas, grimpa les marches en vitesse, puis se présenta aux factionnaires.

Le jeune homme se savait porteur d’une missive d’importance – et chez lui le métier se faisait bien ou ne se faisait pas – mais surtout il se hâtait pour finir sa mission – car chez lui travail bien fait méritait sa gâterie. Oui, il ne rêvait que d’une chaise et d’une bonne bière bien fraîche.

Le temps s’étira alors que le portier s’en allait annoncer sa venue. Pour le faire passer plus vite, le messager se lissait la moustache avec frénésie. Finalement, le domestique revint lui signifier qu’il pouvait entrer : le Seigneur Souverain Alphidore de Pal attendait ses nouvelles avec impatience.

Le jeune homme parvint enfin devant la salle de la couronne. Il en faut des jours de chevauchée depuis le sud du pays juste pour ça ! Hautesherbes est décidément le trou du cul du monde !

Alors qu’il pénétrait dans la grande pièce, un serviteur l’annonça :

« Rosilien Viqueford, neveu et messager du Sénéchal Bélésaire Viqueford, apportant des nouvelles du vieux moulin et de la querelle entre les Groëe. »

Rosilien s’avança jusqu’au centre de la salle et s’inclina devant le Seigneur Souverain. Il resta penché en avant jusqu’à ce que l’antique Gris lui adresse la parole :

« Comment se porte votre oncle, jeune homme ? Se fait-il trop vieux pour venir en personne annoncer les nouvelles, ou bien nous rejoue-t-il l’embarrassante histoire d’une liaison avec une patronne d’auberge qu’il ne veut plus quitter ? Parce que cela n’est pas digne de lui, je lui en fais la réflexion régulièrement. Un homme de son acabit ne peut s’enticher d’une roturière sans fortune. Et un homme ayant de telles responsabilités ne peut décider, un beau jour, de s’enfermer jusqu’à la mort dans la cave d’un hameau du seigneur Cachampgueux… »

Rosilien allait répondre, mais la parole lui fut dérobée avant même qu’il n’ait pu ouvrir la bouche.

« Gris, Gris… Je te prie de bien vouloir cesser tes désespérantes pleurnicheries ; les Groëe vivent à Hautesherbes, non à Cachampgueux. Et puis, cette histoire d’auberge date de plus de dix ans, il faudrait songer à passer à autre chose…

— Bien, Rouge, bien. Tu as raison, bien entendu, alors écoutons ta sagesse habituelle nous illuminer et nous montrer la marche à suivre. Il est vrai que toi et ton ordre êtes toujours les plus pondérés d’entre tous… »

Le Sacerdoce écarlate ne parvint à laisser filer la pique et répondit avec hargne :

« Bien plus que mes homologues gris, tout du moins. Ce n’est pas nous qui avons été accusés de traîtrise envers la Cannirnosk et de rébellion. Dois-je te remettre en mémoire l’incident de Geraint et la plainte du grand prêtre rouge Emilphas à l’encontre d’un des tiens, le gris Charekon ? Car, si une aubergiste de Cachampgueux passe au premier plan de tes préoccupations quand la traîtrise d’un gris met en péril la politique du pays, il serait temps de te trouver un remplaçant. Peut-être le poids de l’âge t’aura finalement rattrapé, mon cher ami…

— La traîtrise n’est pas prouvée ! Si l’homme n’était pas mort, assassiné par les soldats de ton subalterne, peut-être la plainte serait-elle différente aujourd’hui ! Je ne crois pas que la politique qu’Emilphas mène à Geraint soit des plus pacifiques, si tu vois ce que je veux dire… »

Le vieillard ponctua sa tirade par un ricanement sénile et Rouge s’emporta davantage :

« Certes non ! Mais comment pourrait-elle l’être quand une cohorte de gris s’acharne à créer des révoltes contre mon pouvoir ! »

— Ah ! Il s’agit de cohortes à présent, je croyais que l’accusation ne portait que sur un seul homme !

— Un seul homme oui, mais non des moindres : un des plus anciens membres de ta communauté de mendiants ! »

Vert, amusé par la dispute, considérait avec plaisir ses deux condisciples s’entre-déchirer. Quant à Alphidore, s’il laissait habituellement les conflits entre ses conseillers s’envenimer jusqu’à leur terme, il ne possédait aujourd’hui pas ce flegme. L’affrontement entre les Groëe revêtait pour lui trop d’importance, fautif qu’il se voyait dans l’affaire depuis son commencement. Il se sentait si concerné qu’il éleva la voix en même temps que son grand corps :

« Sacerdoces ! Taisez-vous. »

À cette directive simple, si inhabituelle, les deux religieux se calmèrent et le silence retomba. Alphidore continua d’un timbre moins rude :

« Nous avons déjà réglé ce litige. Nous avons convenu que Gris devait changer la conduite de son ordre à Geraint et que de nouveaux prêtres seraient envoyés. Quant à Emilphas, la rébellion qu’il a laissé naître ainsi que la fuite de plusieurs centaines de paysans sont de son tort. Il se doit de le réparer. Il rejoindra donc les forces que nous avons dépêchées à Hautesherbes contre Daogan. Il n’est ainsi plus besoin de débattre, chacun de vous sait quel est son devoir, alors qu’il le fasse et qu’on en finisse. À présent, si nous pouvions écouter ce que le héraut doit nous dire, ce serait certainement beaucoup plus constructif. »

Les trois Sacerdoces demeurèrent bouche bée : jamais Alphidore ne les avait remis à leur place de cette manière.

« Rosilien Viqueford, nous vous écoutons. »

Le messager se redressa et déclara à haute et intelligible voix :

« J’ai ici une lettre du Sénéchal Bélésaire Viqueford. (Il décacheta le pli et le lut sans plus de préambule.) Cher Seigneur Souverain, chers Sacerdoces. Me trouvant actuellement fort occupé à Hautesherbes, où entre les dîners une guerre se déroule, je vous envoie mon neveu Rosilien aux nouvelles. Les troupes Groëe se sont vues renforcées de centaines d’hommes des Marches en plus des cavaliers que vous avez fait parvenir. Relonor Helvival semble vouloir, comme nous, presser la fin du conflit.

« Avec cela la victoire paraissait acquise mais, hélas, la forteresse du vieux moulin s’est vue elle aussi renforcée de nombreux hommes ; des paysans en armes et en fureur, survenus du village de Geraint, ont pris la défense de Daogan.

« Messire Sylvert Groëe a tout de même mené une charge héroïque, soutenue de la part de tous. Le Seigneur Relonor Helvival seul resta en arrière, sans que mes yeux observateurs ne pussent en déceler la raison – si toutefois il en existait une. Cette lâcheté causa-t-elle la défaite ? Je ne saurais le dire, tout du moins le fait est que l’offensive fut un échec. De nombreux hommes moururent, mais aucune percée ne put être réalisée dans les murs du vieux moulin, et le seigneur foncier Sylvert Groëe fut blessé par une flèche bien ajustée qui lui transperça l’épaule.

« Cette première bataille est donc une défaite pour le camp de la justice, mais la guerre continue. En effet, en ce moment même les généraux se réunissent afin de définir la marche à suivre pour la prochaine offensive. Bien à vous, Bélésaire Viqueford, Sénéchal de la Cannirnosk. »

Sa lecture terminée, Rosilien s’inclina et entreprit de sortir. Il n’était qu’à quelques pas de la porte, se croyant déjà tiré d’affaire, lorsqu’il entendit le Souverain prononcer son nom. Il se retourna :

« Oui, mon Seigneur.

— Vous partez immédiatement dans le Sud. Je dois être informé de tout ce qui se déroule là-bas. Prévenez votre oncle que je veux un rapport journalier par lettres, où il m’expliquera les avancées de l’opération. À présent, vous pouvez nous laisser. »

Le messager sortit la tête basse, rayant douloureusement de son cœur l’espoir d’une bonne bière et d’un siège dans une auberge de la capitale. Sa déception se révélait telle qu’il n’accorda pas un regard au conseil de ville qui patientait dans le couloir. Composé des deux grands marchands Octavin et Thilaf, du maître charpentier Ovront et du maître forgeron Balm, ainsi que d’Adonidas, le chef de la garde de la ville, le conseil venait en audience. On le fit entrer dès que Rosilien Viqueford eut disparu à l’autre extrémité du corridor.

* * *

À Hautesherbes, comme l’avait si finement observé le Sénéchal, les préparatifs de la prochaine bataille étaient en cours. Sylvert se remettait doucement de sa blessure, et les réunions avaient donc lieu dans sa chambre, autour du grand lit.

Chacun des mouvements du vieillard lui déclenchait un élancement dans l’épaule et, chaque fois, il vitupérait contre son fils, Daogan, dont la folie était cause de tous ses malheurs. Il rappelait les temps anciens de la jeunesse de son rejeton, où déjà celui-ci œuvrait contre lui. La douleur de son bras lui faisait peindre un portrait des plus sombres du Nordique, le convainquant un peu plus à chacune de ses accusations de la malignité de son fils.

Et ce n’était pas la rivalité opposant les chefs de guerre qui permettait de détendre l’ambiance. Relonor Helvival insistait pour que la prochaine offensive fût lancée au plus vite et sous sa direction. Les trois autres généraux se récrièrent à cette idée. Les troupes étaient soumises à des autorités différentes et il était pour eux hors de question de les assembler en une seule force.

Pour contrer les arguments du Seigneur de guerre, LeNoblet mit en avant l’importance d’avoir une direction à plusieurs têtes, qui permettait d’esquiver de nombreux pièges. Laurendeau Vignonel s’était rangé à cet avis, mais sans voir que ce n’était là qu’un argument destiné à éviter de perdre le contrôle de ses hommes.

Le Seigneur de guerre leur opposa que posséder plusieurs généraux était une option efficace lorsque ceux-ci travaillaient de concert et accordaient leurs atouts. Sylvert Groëe trancha en affirmant qu’il participerait au prochain assaut. En tant que seigneur de Hautesherbes, il avait l’autorité, et l’offensive fut donc repoussée.

Au sortir de la réunion, Relonor se prit à rêver des Marches et du plein pouvoir qu’il y possédait. La date de son retour dans les septentrions s’éloignait et cela ne lui plaisait guère. Ah, douces plaines nordiques, douce Wilhjelm !

Théophore, penché une fois de plus à sa fenêtre, observait les enfants qui jouaient dans les herbes hautes. Ces fils et filles de serviteurs avaient une vie simple ; plus riches que de vulgaires pêcheurs, ils mangeaient à leur faim. Ils n’avaient pas à se préoccuper de leur avenir, car celui-ci était tout tracé : ils seraient domestiques à leur tour et épouseraient celui ou celle que l’on jugerait bon de leur faire épouser. Somme toute, leur vie ne se révélait pas très dissemblable de la sienne, à la différence près que lui était éduqué. On lui avait appris ce qu’était la liberté, le libre arbitre. Puis, après lui avoir fait miroiter tous ces beaux concepts, on avait refermé la porte de la cage dorée – celle de sa chambre – à clef. Son père ne l’ouvrait plus que pour lui apporter à manger.

Soudain, Théophore eut une idée. Il héla les enfants, ceux-ci se retournèrent et accoururent. Le jeune homme s’adressa au plus grand d’entre eux. C’était un garçon d’une dizaine d’années, l’âge où l’on peut réaliser des choix, l’âge où la liberté nous semble encore à portée de doigts.

« Petit, sais-tu qui je suis ?

— Oui monseigneur, vous êtes Théophore. Le fils de la maison.

— Bien. Puisque tu me connais, tu vas m’aider. Je suis confiné dans ma chambre. Tout ce que tu as à faire, c’est monter à mon étage, le troisième, et ouvrir le verrou qui bloque ma porte. Tu as bien compris ?

— Oui, monseigneur. Mais pourquoi êtes-vous enfermé ?

— Ne te préoccupe pas de cela, essaie plutôt d’imaginer ce que tu pourras faire avec la récompense que je te donnerai si tu parviens à me faire sortir. Maintenant, va ! »

L’enfant partit en courant vers la porte du château, pendant que Théophore le regardait s’éloigner avec espoir.

Comme il ne pouvait continuer la guerre immédiatement, Sylvert décida de se lancer dans un combat d’un autre ordre. Il avait, sur son lit de blessé, pris le temps d’analyser la faiblesse qui l’avait trahi lors de la bataille, ainsi que l’erreur qu’il avait commise. Il eut l’idée de porter une attaque du même acabit à Daogan, non pas physique, mais psychologique. Il espérait semer le trouble dans l’esprit de son fils et, de fil en aiguille, dans les rangs de ses hommes.

Le mariage de Théophore et d’Elzémie approchait. Le rapprochement des paysans de Geraint avec Daogan avait facilité la prise de décision quant à la date. En effet, les insurgés étant des serfs de Laval, leur fuite et leur changement de camp se trouvaient donc de sa responsabilité. Sylvert, étendu dans son lit et la flèche fraîchement retirée de l’épaule, avait utilisé cet argument avec brio. Il s’en était servi comme d’un levier pour soulever la volonté de son ami et pour la déplacer où il le désirait.

Avec cette responsabilité de Vigneveaux engagée, Laval ne pouvait fuir le combat, trahir Sylvert et régler ses problèmes de son côté. Non, l’alliance et le renforcement de leurs ennemis consolidaient leur propre union. « Or, en ces temps de jeunesse qui se perd, comment mieux signifier un accord que par un mariage ? » Formulation impeccable, raisonnement implacable : et le mariage fut !

Les contrats étaient en cours de rédaction et Laval Vignonel ne se pressait pas pour les écrire. En tant que vieux marchand, il prenait garde à ne rien laisser passer, à ne montrer aucune faiblesse et à ne donner aucune chance à Sylvert. Ce dernier s’en trouvait furieux, mais ce mariage demeurait malgré tout une aubaine : les liens du sang renforceraient ceux de la terre, leur alliance n’en serait que plus solide. Il se répétait que c’était là l’important.

Le point qui le chiffonnait réellement était l’attitude de Théophore. Le gamin immature refusait de se soumettre à tout préparatif et préférait passer ses journées allongé dans son lit, ou les yeux à la fenêtre. Il avait même eu l’audace de déchirer le costume qu’on lui avait fait faire. Jeune sottard ! Le mariage aurait lieu : que Théophore le veuille ou non, cela n’était pas le problème. Sylvert espérait seulement que son fils ne lui ferait pas honte.

Tout à son idée, le vieillard écrivit une lettre à Daogan pour l’inviter aux épousailles de son frère. C’était par cette pique qu’il souhaitait entamer le combat psychologique. Pendant plusieurs pages, il décrivit la noce à venir et le bonheur de cette union. Il y parlait à Daogan comme si celui-ci s’appelait encore Euphème, comme si rien ne s’était passé entre eux. Le message était clair ; Daogan, le mauvais fils, ne possédait pas d’existence propre, et Sylvert n’aspirait qu’à l’anéantissement de cet être sans nom de famille. Il concluait sa lettre par la formule suivante :

Euphème Groëe, fils de Sylvert Groëe, vous êtes convié au mariage de votre frère, Théophore Groëe, dans une semaine, deux heures après midi, pour le bien et l’élévation de la famille Groëe. Méfiez-vous en revanche du guerrier Daogan, plus sauvage que les Barbares des Marches, qui terrorise la région depuis trop longtemps.

Bien à vous, votre père, Sylvert Groëe.

Sylvert confia la lettre à son héraut. Il était si emporté, à la fois par sa colère et par sa vengeance, qu’il ne pensa pas une seule seconde qu’Innocent pourrait ne pas revenir de cette course. Le jeune homme n’était pas lâche, mais il alla tremblant à Castel-à-bois, pris par une terreur bien compréhensible. Les événements montrèrent qu’il faisait bien de se méfier car, une fois encore, il n’en revint pas.

Théophore entendit grincer le verrou. Il bondit du lit sur lequel il était assis et se précipita vers la porte. Il tenait une besace contenant des habits, le peu qu’il avait jugé nécessaire d’emmener. Le loquet de fer se délogea dans un petit bruit et l’huis s’entrebâilla. Théophore le saisit et l’ouvrit en grand. Au lieu du jeune garçon qu’il pensait découvrir derrière le panneau de bois, il tomba sur le visage sinistre de son père, flanqué par deux gardes au physique peu engageant. Théophore recula d’un pas, stupéfait, et Sylvert s’avança d’autant.

« Alors, tu essaies de te faire la belle ? »

Pour toute réponse, Théophore tomba sur son lit, l’air désolé. Sylvert traversa la pièce et ferma la fenêtre. Il sortit une petite clef de sa poche et l’introduisit dans la serrure du châssis. Le bruit que cela produisit, au son très proche du précédent, sonna dans l’esprit de Théophore de manière très différente. Au lieu du retentissement de la liberté, c’était un cliquetis de chaîne. Il était piégé plus sûrement encore, porte et fenêtre barricadées.

Dans le jardin, le jeune garçon jouait de nouveau, la poche remplie par une jolie pièce bien ronde. Il avait dix ans, l’âge où nos choix sont ceux de nos parents, mais où on les croit nôtres. C’est une liberté, en somme, celle que Théophore cherchait à fuir.

Commentaires

Je sentais venir la fin de ce chapitre haha, ça ne pouvait pas être si simple. En tout cas c'est toujours un vrai plaisir de te lire, on est totalement immergé dans ton univers.
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jeudi 2 août à 09h44
Oui, c'était trop facile sinon ! Mais Théophore n'a pas dit son dernier mot !
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jeudi 2 août à 10h02
Pour ça, j'espère bien ! Haha
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jeudi 2 août à 16h58
« Messire Sylvert Groëe a tout de même mené une charge héroïque » : des barres x')
Pauvre Innocent...
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mardi 11 septembre à 15h52
C'est tout simplement une question de point de vue ;)
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mercredi 12 septembre à 10h47
Pas celui de Relonor en tout cas !
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mercredi 12 septembre à 14h43