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Antoine Bombrun

samedi 30 mars 2019

Chroniques du vieux moulin - Tome 2 : Batailles

Chapitre quarante-sixième

Ayzebel ne savait que penser de la situation. Elle avait vu en Daogan un homme fort et faible, un enfant et un géant, un individu complet. Complexe. Il la faisait songer depuis le premier jour, depuis leur premier regard. Parfois elle le trouvait doux, attentionné, timide même. Il la fixait et ne savait plus quoi dire, elle non plus d’ailleurs.

D’autres fois, il ne la voyait pas. Elle était pour lui comme tous les autres, tous les paysans de Geraint. Alors, elle ne se sentait plus exister, elle devenait diaphane, imparfaite, absente.

Enfin, de temps en temps, il s’emportait, fou à lier. C’était dans ces moments qu’elle le détestait le plus, mais c’était dans ces moments aussi que ses sentiments pour lui se révélaient les plus forts. Souvent, lors de ses crises, Daogan s’en prenait à Estenius, et Ayzebel ne savait plus qui elle devait protéger. Bien évidemment, elle bondissait à la rescousse de son frère, mais elle sentait bien qu’au fond, Daogan avait autant besoin de soutien, si ce n’était plus…

Depuis de nombreuses années, Estenius était le seul homme de sa vie. Elle s’attachait à veiller sur lui, bien que sur les derniers temps il ait pris son envol. Il n’avait plus besoin d’elle, c’était, tout du moins, ce qu’il affirmait. Ayzebel sentait, elle, qu’elle avait encore sa place auprès de lui. Elle le devait comme l’avait fait sa mère avec son père. Elle devait le soustraire aux duretés de la vie : les maladies, les blessures, la guerre, Daogan…

Et en étant là pour lui, elle était de fait un peu présente pour l’autre, pour Daogan. Elle voulait le protéger lui aussi, c’était un désir qui brûlait ardemment en elle. Après la dernière dispute entre les deux hommes, qui avait laissé sur le visage d’Estenius des marques profondes, Ayzebel avait détesté le guerrier. Elle l’avait haï avec une force qu’elle n’avait jamais éprouvée auparavant : il mettait en danger son frère.

Pourtant, en pansant les coupures, en épongeant le sang, elle se prit à rêver que ce n’était pas Estenius qu’elle soignait mais bien lui, le féroce combattant des Marches. Son pouls s’était accéléré sensiblement, et même en ouvrant bien les yeux pour fixer son frère, pour fixer son sang et sa douleur, elle ne pouvait effacer l’image du guerrier fichée dans ses rétines.

Pour la première fois depuis leur enfance, Ayzebel refusa de dormir auprès d’Estenius, prétextant qu’elle risquait de lui faire mal durant la nuit, en bougeant. En réalité, elle avait peur de ce qu’elle pourrait entreprendre, plongée dans l’intensité de ses rêves pour un autre.

Puis, il y avait eu l’arrivée de cette Kryaä. Elle les détesta dès le premier abord, cette trappeuse et ses seins. Le regard qu’elle échanga avec Daogan, alors que ce sottard entrait à la suite de la Krzëe dans le vieux moulin, lui déchira le cœur. La nuit, elle ne put en dormir ; elle craignait trop de trouver dans ses rêves leurs deux corps. Elle couvait des yeux celui d’Estenius, qui ronflait à poings fermés. Elle se sentait fébrile, ardente.

Finalement elle n’en put plus, et bondit en dehors du baraquement. Elle marcha jusqu’à la place centrale, où un foyer se consumait toujours durant la nuit. Le lieutenant Jérémiah, en tailleur, penché par-dessus, jouait avec une branche qu’il passait dans les braises. Il était si absorbé qu’il ne l’entendit pas arriver. Elle s’assit près de lui, à sa gauche, tout près :

« Que faites-vous ici ? »

Jérémiah sursauta. De surprise, il lâcha le bâton dans les flammes. Il la dévisagea avant de répondre :

« Insomnies, mon amie, insomnies… »

Il aurait voulu ajouter quelque chose. Elle lui paraissait triste, mais il ne savait comment s’y prendre. Sa place et sa loyauté l’avaient empêché de trouver le temps de découvrir les femmes. Les seules qu’il avait connues ne parlaient pas beaucoup…

Que leur dire ? Comment ? C’était là pour lui de grandes questions. Il ramassa son bâton pour le replonger dans le feu.

Ce fut Ayzebel qui relança la conversation en désignant la tempe du lieutenant :

« D’où vous vient cette cicatrice ? »

Jérémiah caressa un instant la balafre du doigt :

« Ma vieille compagne ? Ah, une ancienne histoire !

— Racontez. »

Ayzebel avait employé le ton péremptoire qu’elle réservait habituellement aux enfants : elle ne demandait pas, elle ordonnait.

Jérémiah sourit, la regarda, puis se tourna un peu pour lui faire face. La chevelure rousse de la paysanne, éclairée par la lueur oscillante du feu, donnait l’impression qu’une rivière de flammes lui dévalait le long du dos.

« Qu’en dire ? Une bataille comme tant d’autres. Les barbares nous ont débordés par la droite. Je me trouvais en première ligne, jeune, débutant. Je me rappelle très bien de cet homme. Petit. Trapu. Je vois encore ses yeux : verts… vert profond. Comme une pierre de jade et quelques éclats foncés. Je m’en souviens très bien, mais ce qui est drôle, c’est que je n’ai aucun souvenir de l’arme qui m’a frappé.

« Ce que je sais, c’est que le coup m’a envoyé à terre. Le sauvage s’est rapproché encore et allait m’achever. Je l’ai éventré d’un revers. Pour la première fois, je me suis senti ravi d’arracher la vie d’un homme. C’était la sienne ou la mienne. Ensuite, je me suis enfoncé dans nos lignes, titubant, ignoré par mes camarades, pour gagner l’infirmerie. J’y ai passé plus d’une semaine à m’en remettre. »

Le doux rire de Jérémiah vint clore son récit.

« Elle vous va bien. Elle rappelle que vous êtes un guerrier. Parce que… vous avez l’air honnête et, à vous voir comme ça, auprès du feu, on ne dirait pas que votre gagne-pain est de tuer des hommes. »

Jérémiah ne répondit pas ; il ne savait pas comment se comporter avec la jeune femme. Il ne voulait pas paraître désagréable. Ayzebel désirait relancer la conversation, mais elle ne put se retenir de poser la question qui la taraudait :

« C’est elle qui vous empêche de dormir ?

— Elle ?

— Vous savez très bien de qui je parle. Tous les hommes le savent.

— Oui, c’est elle.

— Elle… et lui ?

— …

— C’est une question.

— Elle et lui. »

Ayzebel appuya la tête sur l’épaule du lieutenant. Elle s’y trouva bien. Elle appréciait cet homme : sa force, sa timidité, sa gentillesse. Lui passa son bras autour de la taille de la jeune femme, pour la soutenir. Elle a la peau douce… Ils restèrent longtemps ainsi, enlacés.

* * *

Le lieutenant Jérémiah revint assez tôt dans la matinée. Il était parti à l’aube, comme tous les jours, visiter les trois camps d’éclaireurs. Sur le chemin, peu avant la forteresse, il avait trouvé un pli cacheté au nom de Laval Vignonel. Enfin, la réponse qu’ils attendaient depuis des jours ! Le messager, probablement par crainte, avait déposé la lettre sous une grosse pierre, puis avait détalé. Jérémiah s’empara du courrier et galopa jusqu’au vieux moulin.

Il arriva rapidement dans le donjon où une discussion battait son plein. Les chefs de guerre écoutaient Estenius qui, comme à son habitude, tâchait de claironner son opinion. Les autres hommes, meneurs comme lieutenants, plus accoutumés à l’art du combat, paraissaient faire front commun contre lui.

« Nous ne pouvons attendre sans rien tenter que notre adversaire renonce à la castagne ! Paysan je suis, mais pas idiot. À lambiner ainsi, nous les laissons rassembler leurs hommes ! »

Relonor répondit, prenant de vitesse Marjobert qui allait faire de même. Daogan demeurait étonnamment silencieux. Théophore aussi ne disait rien, mais lui semblait dépassé par la situation, se contentant d’écouter patiemment.

« Nous ne sommes pas inertes, jeune paysan ; nous nous préparons pour la bataille. L’entraînement de vos hommes continue et vous-même avez ramené des combattants de la forêt, ceux de Kryaä. Cette immobilité forcée n’est pas nuisible à nos plans. Je suis aussi pressé que vous d’en finir, si ce n’est plus. Ma femme m’attend, les Marches entières. Mais il ne s’agit pas d’agir sans prendre le soin de réfléchir.

— Nous devons agir, au contraire ! Croyez-vous que j’ai pris le temps de penser à leur légende avant de m’enfoncer dans la forêt ? Non, et bien m’en a pris, car malgré toute vraisemblance, Kryaä existe belle et bien ! »

Kaaomar intervint soudainement :

« Où est-elle d’ailleurs ? Elle n’a pas l’excuse de Jérémiah…

— Au fond d’un lit, je présume, ronchonna Relonor, mais je ne saurai dire lequel… La femme prend ses devoirs de manière très… personnelle. »

Jérémiah entra sur ces paroles. Il brandissait la lettre de Laval. Daogan se dressa pour la lui arracher des mains.

***

Si Ayzebel ne possédait que des compétences très rudimentaires en médecine, elle suivait au mieux les conseils qu’avait pu lui donner Charekon. Elle pensait au vieil homme chaque fois qu’elle faisait face à une blessure, et se demandait comment le prêtre aurait procédé.

Son infirmerie ne ressemblait encore en rien à l’hospice des gris, à Geraint, mais elle s’activait au mieux, chaque jour, pour la transformer. Elle présentait régulièrement la requête de nouveaux lits, pour compléter les quelques couches grossières qu’elle avait installées, mais les bûcherons avaient encore trop à faire pour s’en occuper. Sans parler des linges, des bandages et autres ustensiles indispensables.

Mais ce problème matériel ne valait rien, comparé à celui des remèdes et des cataplasmes. Si elle savait les utiliser, Charekon ne lui avait jamais trop enseigné leur conception. Ainsi, elle était parvenue à réinventer les plus simples, mais la plupart restaient hors de sa portée.

La libération de Théophore lui avait fourni un travail conséquent, et la paysanne ne quittait que tard l’infirmerie, demeurant aux petits soins de ses blessés tout le long du jour.

Ses pensées avaient dérivé vers Daogan alors qu’elle recouvrait une plaie infectée d’angélique et de feuilles de pavot. Elle avait ressenti les premiers symptômes en tranchant les racines. Ce geste de va-et-vient, si familier, ces racines qu’elle avait utilisées pour guérir les contusions d’Estenius après leur échauffourée. Elle se sentit rougir, frémir ; elle avait chaud et froid, le cœur lui battait à tout rompre dans la poitrine. Elle manqua de se couper tant elle tremblait.

Elle frissonna de nouveau en plaçant les racines sur la plaie du blessé. Celui-ci gémit comme elle appuyait, plus fort qu’elle ne l’aurait voulu, sur la chair tailladée. Elle s’excusa aussi platement que possible, mais ses pensées ne suivaient pas ses mots. Elle n’entendait que le sang battre dans ses oreilles, brûlant, vif. Elle passa la main sur son front pour en essuyer la sueur. Il ne faisait pas chaud dans la pièce et le malade grelottait sous la fièvre. Elle transpirait.

Elle le voyait entre ses paupières entrouvertes, le désirait. Elle sortit précipitamment de l’infirmerie.

***

« Le fot-en-cul ! Il refuse ! Comme quoi son alliance avec mon père dépasse ce simple mariage ! »

Théophore intervint pour la première fois de la matinée :

« Ah, les fripons, toujours à se disputer et à se tirer dans les pattes. À présent les voilà qui jouent le grand amour ! Mais tu sais, mon frère, je craignais bien qu’il ne décline. J’ai entendu notre père et Laval chuchoter à ce propos : ils ne voulaient rien me dire, et je n’étais pas certain d’avoir tout compris, mais à présent je le suis. Le Seigneur Souverain a en quelque sorte forcé la main de Vignevaux ; tant que le peuple de Geraint ne sera pas assagi, ou défait, il ne peut abandonner le conflit. »

Estenius s’empara de la nouvelle pour clamer :

« J’avais donc raison ! Point n’était besoin d’attendre, attaquons ! Paysan certes, mais pas si bête ! »

Relonor prit le message des mains de Daogan et le relut. Une mièvrerie et une noblesse à faire vomir ! Le vieil homme n’a pourtant aucun avantage à combattre derrière Sylvert. Surtout qu’avec l’affranchissement de Breridus, il aurait facilement pu se libérer de cette obligation auprès du Souverain. Peut-être que le gamin Laurendeau, son fils, se sera fait prendre par LeNoblet et aura donné sa parole…

Jérémiah observa Daogan qui allait se rasseoir, sans un mot de plus. Le lieutenant en fut alarmé : l’absence de réaction devant une mauvaise nouvelle ne lui ressemblait pas. Du moins, pas dans son état normal. Cela faisait plusieurs jours que le guerrier allait mal, qu’il dormait peu et s’inquiétait beaucoup. Relonor s’en était aperçu, sans doute, car il le connaissait bien, mais il n’avait rien entrepris pour l’aider. Il était certainement trop concentré sur son objectif. Et puis, l’annonce de la fourberie du félon de Landargues lui causait tant de souci, qu’il ne pensait guère à autre chose.

Estenius reprit sa harangue. Il ordonnait que l’on attaque sans tarder. Il voulait une offensive, il désirait du sang :

« Rien ne pourra nous arrêter ! Vous l’avez bien vu lors des deux batailles que nous avons menées, chaque fois nous avons défait les armées de ton père, Daogan ! Fonçons dans le tas, tranchons dans le lard ! Je le répète : rien ne pourra nous arrêter ! »

Daogan se leva, imité par Jérémiah. Le lieutenant s’approcha de son supérieur, inquiet.

Estenius ne s’en rendit pas compte et poursuivit sa harangue. Lui-même se demandait pourquoi il s’emportait tant, pourquoi tout cela lui paraissait si important. Il voyait qu’autour de lui tous commençaient à se lasser de son bavardage et de ses discours. Il se fatiguait du rôle de boute-en-train qu’il s’évertuait à jouer. Mais c’était la façon qu’il avait trouvée pour exister, entre tous ces hommes de guerre. L’ouvrir et l’ouvrir plus grande que les autres était sa seule astuce pour ne pas disparaître.

Et il ne voulait pas disparaître, il ne le pouvait pas. Il le devait à son père et à sa mère, assassinés pour avoir tenté de libérer leur peuple, il le devait à tous ceux qui étaient morts pour lui, sous ses ordres. Il ne devait pas s’atténuer pour ne devenir plus qu’un insurgé parmi d’autres. Tous ces fantômes, tous ces cadavres qu’il avait sur la conscience l’en empêchaient.

Enfin, il vit que Daogan s’approchait. Il découvrit son visage. Le frémissement de sa lèvre. Il reconnut cette grimace que le guerrier avait eue à leur première rencontre, et se souvint de sa douleur. Il sut ce qui allait se produire, il le devina intuitivement, mais n’entreprit rien pour l’en empêcher. Il ne le pouvait pas, il ne le devait pas.

« Nous devons attaquer, nous devons profiter qu’ils ne possèdent pas encore suffisamment d’hommes pour les repousser ! Reprenez-vous, foutrecouilles ! Nous ne sommes pas des fillettes ! »

* * *

Ayzebel traversa la forteresse. Elle devait voir Daogan. Rouge de ses pensées, le cœur battant de ce qu’elle comptait faire, le corps en ébullition. Des bulles de fantasmes lui éclataient dans les tempes, dans les seins, dans les cuisses. Elle le désirait.

Elle ne pouvait se retenir plus longtemps, se mentir. Elle le désirait. Et puis, c’était la solution à tout. Elle ne devait plus partager la couche de son frère, comme deux enfants alors que leurs corps avaient changé. Elle ne pouvait plus le regarder, l’admirer la nuit, se retenir de le toucher et de penser à Daogan.

C’était la solution à la violence de Daogan, aussi, à sa faiblesse. Elle le protégerait, elle le surveillerait, elle l’aimerait. Comme elle le faisait avec Estenius depuis toujours. Et d’apaiser le guerrier, elle l’empêcherait de s’en prendre à son frère. C’était la solution à tout.

Elle devait le faire. Elle courut presque sur les derniers mètres. Il n’était même pas envisageable, dans son esprit, que Daogan puisse ne pas se trouver dans le moulin, ou y être occupé. Elle se jeta sur la porte.

* * *

« Nous devons attaquer ! Reprenez-vous donc ! Faut-il que ce soit un paysan qui vous apprenne la guerre ? »

Daogan continuait de s’approcher et, bientôt, il fut devant Estenius. Jérémiah n’avait pas été assez rapide, il lui restait encore deux mètres à parcourir.

« Attaquons, merde ! Attaquons ! »

Daogan empoigna Estenius par les cheveux. Les yeux rouges, le visage qui tremblait. De la bave aux lèvres. Une crise, une putain de crise ! Jérémiah saisit Daogan par l’épaule et voulut le tirer à lui, le retenir.

« Arrête tes conneries, Daogan. Arrête, je te dis ! »

Relonor, Marjobert et Kaaomar se levèrent d’un bond de leurs chaises, et se précipitèrent. Ils avaient compris. Ils avaient enfin compris. Ils avaient compris trop tard. Théophore ne put bouger, dépassé par la vitesse des évènements, et n’eut que le temps de dresser les bras pour se protéger le visage. Réflexe. Estenius hurlait déjà.

* * *

Ayzebel saisit la poignée de la porte et l’ouvrit d’une tirée. Le bâtant heurta la cloison comme elle entrait. Elle vit Daogan, Estenius, l’amas des autres hommes. Elle vit Daogan repousser Jérémiah d’un coup de coude au visage. Estenius, emporté par ses cheveux, tomba à terre. Le hurlement n’abandonnait plus sa gorge.

Relonor arriva le premier contre Daogan. Il le bouscula pour le jeter au sol, mais le guerrier tint bon. D’un coup de boule, Daogan envoya le protecteur des Marches rouler entre les chaises. Ce dernier emporta dans sa chute Kaaomar et Marjobert. Daogan releva Estenius d’un geste, sortit son poignard.

Ayzebel hurla à son tour. Un braillement aigu. De peur, de panique, d’effroi total. Elle sentait dans son corps le désir lui battre les sangs. Elle le désirait.

Jérémiah se retourna en l’entendant. Il la vit, se releva, dérapant, trébuchant, achoppant pour parvenir jusqu’à elle. Il la saisit par les épaules et la rejeta au dehors de la pièce.

Ayzebel fut poussée en arrière, mais son regard s’attarda sur la figure du guerrier et de sa lame. Elle le désirait, lui, son corps, son amour. Elle pleurait de terreur et d’horreur. Le poignard de Daogan s’enfonça dans le torse d’Estenius. Ressortit et pénétra de nouveau. Ce geste de va-et-vient, si familier.

Estenius glapissait, sa douleur ne cessait pas. Sa peur ne cessait pas. Ayzebel continua sa chute. Elle heurta le sol, Jérémiah sur elle. Le lieutenant se redressa, la saisit comme il pouvait. Ses doigts lui faisaient mal. Il la porta, sur son épaule, sur son dos, il l’emmena, presque en courant, loin des cris de son frère. Ceux-ci battaient encore le corps de la jeune femme, se mêlant au sang, au désir, au dégoût. Puis tout s’arrêta.

Commentaires

Mais... Mais ANTOINE !
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samedi 30 mars à 13h40
Pauvre, pauvre Ayzebel
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samedi 30 mars à 13h40
Et Estenius alors ?
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samedi 6 avril à 22h47
Hof, maintenant qu'il est mort...
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dimanche 7 avril à 17h44